Election présidentielle en République Tcheque, premier tour 15 janvier 2003

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Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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15 janvier 2003
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

Robert Schuman Fondation

Fondation Robert Schuman

Le 15 janvier 2003, les deux Chambres du Parlement tchèque (Sénat et Chambre des Députés) se réuniront pour élire le Président de la République. La Constitution tchèque n'autorisant pas le chef de l'Etat à effectuer plus de deux mandats, l'actuel Président, Vaclav Havel, élu à la magistrature suprême du pays le 3 février 1993 et réélu le 20 janvier 1998 (après avoir occupé par deux fois ces mêmes fonctions présidentielles du temps de la Tchécoslovaquie), ne peut donc se représenter. La personnalité du dramaturge, célèbre dissident de la Charte 77 sous le régime communiste et véritable héros de la Révolution de velours de 1989, a marqué de son empreinte un poste aux fonctions pourtant essentiellement symboliques. Par son rôle personnel dans l'histoire récente du pays et dans la transformation de l'ex- Tchécoslovaquie en véritable Démocratie, la figure de Vaclav Havel s'est imposée à la tête de la République tchèque ces treize dernières années. Tel ne sera pas le cas de son successeur qui devra mener une farouche bataille politique et rassembler au-delà de sa propre formation pour parvenir à s'imposer à la magistrature suprême. Deux semaines avant le premier tour de l'élection, quatre personnalités se sont déclarées candidates au poste de chef de l'Etat. Notons toutefois que les candidatures à l'élection présidentielle peuvent être déposées et enregistrées jusqu'au 13 janvier au soir.

Les candidats en lice

Les personnalités officiellement candidates à ce jour sont les suivantes :

Vaclav Klaus, 61 ans, candidat du Parti démocrate civique (ODS) dont il est le leader depuis sa création en 1991, ministre des Finances après la chute du régime communiste en décembre 1989 et ex-Premier ministre de la République tchèque de 1993 à 1997 ;

Jaroslav Bures, candidat du Parti social-démocrate (CSSD), ancien ministre de la Justice ;

Petr Pithart, 61 ans, candidat présenté par l'Union chrétienne-démocrate -Parti tchèque du peuple (KDU-CSL), ancien dissident de la Charte 77, réélu début décembre à la présidence du Sénat (fonction qu'il a précédemment occupée entre 1996 et 1998 et entre 2000 et 2002) ;

Miroslav Krizenecky, candidat du Parti communiste de Bohème et Moravie (KSCM), ancien procureur militaire et actuel avocat.

La coalition actuellement au pouvoir, réunissant le Parti social-démocrate (CSSD) et la Coalition centriste (Union chrétienne-démocrate -Parti tchèque du peuple, KDU-CSL, et Union de la liberté-Union démocratique, US-DEU), n'est pas parvenue à s'accorder sur un candidat commun pour le scrutin présidentiel. A la fin du mois de novembre dernier, le CSSD a organisé, en son sein, des élections primaires afin de désigner son propre candidat. Cette consultation, qui a attiré peu de militants, a vu la victoire de l'ex-Premier ministre social-démocrate (1998-2002) Milos Zeman, 58 ans, devançant Jaroslav Bures et Otakar Motejl, actuel médiateur de la République tchèque et célèbre avocat, défenseur de nombreux opposants tchèques après la normalisation de la Tchécoslovaquie par l'Union soviétique en 1968. Cependant, Milos Zeman a déclaré, à de nombreuses reprises, ne pas être intéressé par la succession de Vaclav Havel à la tête de la République tchèque et souhaiter mettre un terme à ses activités politiques.

Une élection indirecte controversée

Le Président de la République tchèque est élu au scrutin secret par les deux Chambres du Parlement qui, à l'occasion de cette élection, se réunissent ensemble au Château de Prague, siège officiel de la Présidence. Pour être élu dès le premier tour, un candidat doit recueillir la majorité absolue des voix au sein de chacune des deux chambres. Si aucune des personnalités présentes n'atteint ce résultat, seuls les deux candidats ayant obtenu le plus de suffrages sont autorisés à se présenter au deuxième tour de scrutin. Néanmoins, une formation politique peut changer de candidat entre les deux tours. Ainsi, Milos Zeman envisage de se présenter au vote au cas où le Parlement échouerait à élire un nouveau Président à l'issue du premier tour de scrutin. Une candidature à laquelle est opposée la direction du Parti social-démocrate et notamment l'actuel Premier ministre Vladimir Spilda, par ailleurs leader du CSSD.

La Chambre des Députés comprend deux cents membres, le Sénat en comptant pour sa part quatre-vingt un. La coalition gouvernementale (CSSD-KDU/CSL-US/DEU) ne possède qu'une seule voix de majorité à la Chambre des Députés. Quant aux forces en présence au sein de la Chambre haute, les dernières élections d'octobre et novembre derniers ont tourné à l'avantage de l'opposition libérale, le Parti démocrate civique gagnant quatre sièges pour atteindre vingt-six membres alors que le Parti social-démocrate reculait de dix sièges passant ainsi à trente-six membres. La partie est donc loin d'être gagnée pour les candidats des deux principales formations, Vaclav Klaus (ODS) et Jaroslav Bures (CSSD), qui devront impérativement rassembler au-delà de leurs familles politiques s'ils veulent avoir une chance d'accéder à la magistrature suprême.

La nature de la République fait à Prague l'objet d'un vif débat entre les différentes formations politiques : le régime doit-il rester parlementaire ou devenir présidentiel ? La question de l'élection du chef de l'Etat au suffrage universel direct est régulièrement posée. L'année dernière, un consensus s'est fait jour entre les principaux partis en faveur d'une élection directe du Président. Le Parti démocrate civique, longtemps opposée à cette modification du mode de scrutin pour cause de « faible maturité politique des Tchèques », a fini par s'aligner sur ses partenaires politiques. L'actuel Président Vaclav Havel, qui n'avait été élu que par une seule voix de majorité lors du scrutin du 20 janvier 1998, aurait également souhaité que le peuple choisisse directement son successeur afin que celui-ci acquiert la légitimité lui permettant de se situer véritablement au-dessus des partis politiques. Quant aux Tchèques eux-mêmes, ils se déclarent favorables à plus de 80% dans toutes les enquêtes d'opinion à une élection directe du chef de l'Etat. Le calendrier électoral chargé de 2002 (élections législatives les 14 et 15 juin et élections sénatoriales les 25 et 26 octobre et 1er et 2 novembre) n'a pas permis de modifier le mode de scrutin présidentiel. Sur ce sujet, le Parti social-démocrate s'oppose au Parti démocrate civique qui souhaiterait un simple remaniement de la Constitution, le CSSD estimant que les compétences du Président de la République doivent également être redéfinies à cette occasion.

Si le Président n'a officiellement en République tchèque qu'un rôle symbolique, la succession de Vaclav Havel est fortement disputée. La majorité des analystes politiques estime qu'aucun candidat ne devrait être élu lors du premier tour de l'élection présidentielle tchèque. Dans ce cas, le deuxième tour devrait avoir lieu, au plus tard deux semaines après le premier.

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