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Le Parti démocratique du Premier ministre sortant Hashim Thaci arrive en tête des élections législatives kosovares mais pourrait avoir des difficultés à former un gouvernement

Actualité

Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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13 décembre 2010
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

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Le Parti démocratique (PDK) du Premier ministre sortant Hashim Thaci est arrivé en tête des élections législatives anticipées qui se sont déroulées au Kosovo le 12 décembre. Selon des résultats partiels portant sur 99%, il aurait recueilli 33,5% des suffrages. Il devance son principal rival, la Ligue démocratique (LDK) dirigée par le maire de Pristina, Isa Mustafa, qui a obtenu 23,6% des voix.

Le Mouvement pour l'autodétermination (Vetvendosje) d'Albin Kurti, positionné à gauche, hostile à la présence étrangère dans le pays et prônant le rattachement du Kosovo à l'Albanie, arrive en 3e position avec 12,2%. Il est suivi de l'Alliance pour l'avenir du Kosovo (AAK), de Ramush Haradinaj actuellement emprisonné au Tribunal pénal international de La Haye (TPIY), qui a recueilli 10,8%. En revanche, Nouvel esprit (Fryma e Re), parti fondé et dirigé par Ilir Deda and Shpend Ahmeti, n'est pas parvenu à dépasser le seuil des 5% de suffrages indispensables pour être représenté au Parlement.

La participation totale s'est élevée à 47,5%, soit +7,4 points par rapport aux élections de novembre 2007.

Les Serbes vivant dans les enclaves situées dans le Sud du Kosovo se sont rendus aux urnes (41% de participation à Gracanica, 48% à Strpce, 50% à Partes et 50,32% à Novo Brdo) tandis que la participation a été quasiment nulle parmi ceux vivant dans le Nord du pays. Le Kosovo compte environ 120 000 Serbes. Le gouvernement de Belgrade, qui revendique toujours le Kosovo comme une de ses provinces, avait appelé à boycotter le scrutin.

Ces élections législatives, les premières depuis l'indépendance du Kosovo (17 février 2008), étaient considérées par l'Union européenne et par les Etats-Unis comme un test de la maturité démocratique du pays. Le vote a été surveillé par 32 000 observateurs, dont 840 étrangers, et la police avait mobilisé 6 000 hommes pour assurer le bon déroulement du scrutin.

"La victoire est à nous ! Les élections législatives étaient un référendum sur l'avenir européen du Kosovo. Le Parti démocratique a enregistré ce soir une victoire historique, profonde et décisive" a déclaré Hashim Thaci à l'annonce des résultats. "Le Kosovo vote pour un avenir européen, pour la libéralisation des visas, pour un Kosovo faisant partie de l'OTAN, pour l'intégration à l'Union européenne et à l'Organisation des nations unies" avait-il déjà affirmé en se rendant aux urnes.

"Le Parti démocratique de Hashim Thaci jouit du soutien d'une base électorale très disciplinée" indiquait, avant les élections, Krenar Gashi, journaliste et directeur de recherches du think tank KIPRED. La fidélité de l'électorat du PDK lui a permis de résister à la poussée des nouveaux partis. En dépit des scandales de ces dernières années, les Kosovars restent effectivement très attachés au PDK qui compte en ses rangs de nombreux anciens de l'Armée de libération du Kosovo (UCK) considérés comme des héros de l'indépendance du pays.

La Ligue démocratique, membre, il y a quelques semaines encore, du gouvernement dirigé par Hashim Thaci, a pâti de la courte durée de la campagne électorale, et n'a pas disposé du temps suffisant pour affirmer son opposition à son ancien partenaire gouvernemental. Cependant, son leader Isa Mustafa poursuivait dans ces élections un objectif de plus long terme, souhaitant sans doute davantage renforcer la LDK que s'imposer à tout prix dans les urnes. Le maire de Pristina sait qu'il lui faudra du temps pour construire un parti capable de séduire de nouveaux électeurs et capable de concurrencer le PDK et ses autres rivaux.

"Albin Kurti était en marge, mais il était là, il existait. C'était déjà une alternative existante auparavant et il offre de nouvelles possibilités dans une situation nouvelle" a déclaré l'analyste politique Ramush Tahiri. Vice-président du syndicat des étudiants de l'université de Pristina, Albin Kurti a été le principal organisateur des manifestations non-violentes de l'automne 1997 et du printemps 1998 au Kosovo. Il a ensuite été porte-parole de l'Armée de libération du Kosovo (UCK) avant d'être emprisonné 2 ans par les Serbes (1999-2001). Libéré, il prend la tête d'un mouvement nationaliste non-violent et s'élève contre la présence étrangère au Kosovo et la corruption endémique. "L'Union européenne devrait nous envoyer des médecins et des économistes, pas des policiers et des juges. Ils nous qualifient de nouveaux nés mais ils nous jettent dans l'arène comme des gladiateurs. Qu'ils nous traitent comme des adultes, nous pouvons nous débrouiller tous seuls" a déclaré Albin Kurti.

Avec 16% des suffrages et une 3e place pour sa première participation à des élections législatives, le leader du Mouvement pour l'autodétermination pourrait participer au renouvellement de la classe politique kosovare.

Le prochain gouvernement kosovar aura la lourde tâche de poursuivre la construction de l'Etat. Il devra conduire le dialogue avec la Serbie souhaité par l'Union européenne et les Etats-Unis, obtenir la libéralisation des visas, normaliser le statut du Nord du Kosovo – territoire que Pristina ne contrôle toujours pas –, rapprocher le pays de l'UE et préparer son entrée dans l'OTAN.

La situation économique et sociale du pays reste précaire : 45% des Kosovars vivent en dessous du seuil de pauvreté, dont 15% dans une situation extrême. L'ensemble des partis ont fait campagne sur les thèmes de la relance économique, de la réduction du taux de chômage (qui affecte 48% de la population active) et de la lutte contre la corruption, endémique dans le pays. Hashim Thaci a promis d'augmenter les salaires (jusqu'à 50% pour les fonctionnaires de l'Etat), de construire des autoroutes et de négocier la suppression des visas pour les Kosovars souhaitant se rendre dans l'Union européenne ou aux Etats-Unis. Isa Mustafa avait centré ses discours sur le mécontentement croissant de la population ainsi que sur la lutte contre la corruption et le crime organisé.

Les deux principaux partis ont exclu de s'allier pour former le prochain gouvernement. Ils devront donc composer avec l'une ou plusieurs des 27 partis – dont 15 représentent les minorités ethniques du pays – qui étaient en lice pour ce scrutin. Le Mouvement pour l'autodétermination et l'Alliance pour l'avenir du Kosovo ont explicitement fait savoir qu'ils ne souhaitaient pas rejoindre une coalition dominée par le PDK. "Nous allons connaître des temps difficiles après ces élections législatives car il faudra plus de 2 partis pour former un gouvernement et au final, il n'y aura pas de gouvernement stable pendant les 4 prochaines années" a indiqué Ardian Arifaj, éditorialiste au quotidien Koha Ditore.

Le Parti démocratique maintient son avance après les élections législatives partielles au Kosovo

Corinne Deloy - Fondation Robert Schuman

Le 12 janvier 2011

Les électeurs des villes de Ferizaj-Urosevac, Decan-Decani, Malishevo, Skenderaj-Srbica et Gllogovce-Glogovac étaient appelés à voter pour des élections législatives partielles au Kosovo le 9 janvier après que les opérations de vote du scrutin du 12 décembre 2010 eurent été annulées dans ces 5 municipalités pour irrégularités.

Le Parti démocratique (PDK) du Premier ministre sortant Hashim Thaci a recueilli 32% des suffrages, (– 1,5 point par arpport au résultat obtenu le 12 décembre dernier). Il est suivi par la Ligue démocratique (LDK) du maire de Pristina, Isa Mustafa, qui a remporté 24,7% des voix (+ 0,9 point).

La participation a chuté entre le 12 décembre et le 9 janvier de 22 points à Skenderaj-Srbica et de 27 points à Gllogovce-Glogovac.

Les résultats du scrutin législatif ne sont cependant toujours pas définitifs puisqu'une nouvelle élection partielle se tiendra le 16 ou le 23 janvier à Mitrovica. Le vote des électeurs de la 2e ville du pays ne devraient toutefois pas modifier les résultats finaux du scrutin.

Les observateurs du Parlement européen chargés de surveiller le scrutin du 9 janvier ont de nouveau exprimé leur inquiétude quant au déroulement démocratique du vote. "Des carences sérieuses ont mis en évidence un manque de volonté politique, y compris au niveau local, pour tenir des élections législatives conformes aux critères internationaux. Des rapports de fraude électorale et d'intimidation ont été portés à l'attention de la délégation" a déclaré le rapporteur du Parlement européen pour le Kosovo, Ulrike Lunacek. La députée européenne Jutta Steinruck a parlé de "situation chaotique", évoquant un bureau de vote du village de Prekaz, où une coupure d'électricité a laissé tout le monde "dans le noir dans tous les sens du terme". "Ce qui s'est passé ensuite n'est pas clair pour moi ni pour les autres observateurs internationaux" a-t-elle précisé.

Hashim Thaci ne semble pas avoir souffert des accusations de trafic d'organes formulées contre lui par Dick Marty, rapporteur de la Commission des droits de l'Homme du Conseil de l'Europe. Celui-ci a affirmé que le Premier ministre sortant a commis de "graves crimes contre des ressortissants serbes restés sur place (au Kosovo) et faits prisonniers". Il a souligné que "des organes auraient été prélevés sur ces prisonniers dans une clinique située en territoire albanais près de Fushe-Kruje pour les transporter ensuite à l'étranger à des fins de transplantation".

Le Parti démocratique doit parvenir à trouver au moins 2 partenaires pour former une coalition gouvernementale. La Ligue démocratique a d'ores et déjà indiqué qu'elle ne reconduirait pas sa précédente alliance avec Hashim Thaci. Le 28 décembre dernier, le Parti libéral indépendant (SLS) a accepté de s'unir au Parti démocratique ; la Liste serbe unie et l'Alliance pour un nouveau Kosovo (AKR), dirigée par Behxhet Pacolli, ont été pressenties pour compléter cette coalition avant que ce dernier déclare qu'il ne gouvernerait pas avec des personnes soupçonnées de crime demandant toutefois d'être le candidat du pouvoir au poste de Président de la République (élu par le parlement au Kosovo) en échange de l'entrée de son parti dans la prochaine coalition gouvernementale. Le Kosovo devra attendre encore quelque temps, au moins jusqu'en février, pour savoir quels partis et quels hommes le dirigeront pour les 4 années à venir.

Source : Agence Reuters

(résultats 9 janvier : http://www.kqz-ks.org/SKQZ-WEB/al/materiale/2011%20Kosovo...)

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