Le candidat du parti au pouvoir Rossen Plevneliev grand favori de l'élection présidentielle bulgare des 23 et 30 octobre prochains

Actualité

Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

-

26 septembre 2011
null

Versions disponibles :

FR

EN

Deloy Corinne

Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

Robert Schuman Fondation

Fondation Robert Schuman

Le candidat du parti au pouvoir Rossen Plevneliev grand favori de l'élection pré...

PDF | 281 koEn français

Le 15 juin dernier, l'Assemblée nationale, chambre unique du parlement, annonçait que le 1er tour de la prochaine élection présidentielle aurait lieu en Bulgarie le 23 octobre. Si besoin est, un 2e tour aura lieu une semaine plus tard, soit le 30 octobre. 6,5 millions de Bulgares sont appelés aux urnes pour désigner le successeur de Georgi Parvanov, qui, arrivant au terme de son 2e mandat, ne peut se représenter. Ce scrutin présidentiel, s'il n'est pas sans importance, ne devrait cependant pas avoir de véritable conséquence sur la politique, intérieure comme extérieure, du pays.

Les 23 et 30 octobre prochains, les électeurs bulgares désigneront également leurs représentants locaux (maires, élus de régions et conseillers municipaux).

La fonction présidentielle

Le chef de l'Etat (et son vice-président avec lequel il forme un ticket) est élu pour un mandat de 5 ans renouvelable une seule fois. Les candidats à la magistrature suprême peuvent être présentés par des partis politiques ou par des comités d'électeurs.

La fonction présidentielle est essentiellement honorifique, le chef de l'Etat possédant toutefois un pouvoir de veto lui permettant de renvoyer un projet de loi vers l'Assemblée nationale obligeant les députés à ouvrir un nouveau débat. Le président de la République est le chef des armées, conclut les traités internationaux et représente le pays à l'étranger. La Constitution bulgare interdit l'appartenance du chef de l'Etat à un parti politique. Par ailleurs, le président et le vice-président ne peuvent être issus du même parti.

Ancien leader du Parti socialiste (BSP), Georgi Parvanov a été élu une première fois à la présidence de la République, à la surprise générale le 18 novembre 2001 avec 54,10% des suffrages, pour 45,90% à son adversaire, le chef de l'Etat sortant, Petar Stoïanov (Forces démocratiques unies). Il a été réélu le 29 octobre 2006 avec 75,94% des suffrages, devant le leader du parti d'extrême droite, Volen Siderov (Ataka), qui a recueilli 24,05% des voix. Lors du 1er tour de scrutin du 22 octobre, Georgi Parvanov était arrivé largement en tête avec 64,04% des suffrages mais la participation (42,51%) avait été insuffisante pour valider l'élection (la loi électorale exige une participation minimale de la moitié des inscrits pour qu'un candidat soit désigné au 1er tour). Entre les deux tours de scrutin, le chef de l'Etat sortant Georgi Parvanov avait refusé tout débat avec son adversaire Volen Siderov, "par respect de la dignité de l'institution présidentielle" avait-il affirmé, ajoutant que la Bulgarie avait besoin "d'un patriotisme qui unit au lieu de diviser la nation".

Georgi Parvanov est le premier président de la République bulgare à avoir effectué deux mandats consécutifs depuis la chute du communisme dans le pays. Angel Marin a été son vice-président durant 10 ans. Dans un discours à Krivodol (nord), Georgi Parvanov a évoqué son retour au Parti socialiste à l'issue de son mandat. Il a cependant indiqué qu'il ne briguerait pas un siège de député.

Les candidats en présence et les enjeux de la campagne présidentielle

18 personnes ont fait acte de candidature à la magistrature suprême, chacune en ticket avec un(e) vice-président(e). 12 sont présentées par des partis politiques et 6 par des comités d'électeurs.

Le 4 septembre dernier, les Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie (GERB, "blason" en bulgare), parti du Premier ministre Boïko Borissov, désignaient Rossen Plevneliev, ministre du Développement régional et des Travaux publics comme candidat à la magistrature suprême. Celui-ci a aussitôt démissionné de ses fonctions et été remplacé par sa vice-ministre, Liliana Pavlova. Il forme un ticket avec la ministre de la Justice Margarita Popova. Ni l'un ni l'autre ne sont membres du GERB.

Margarita Popova a déclaré qu'elle désirait, en cas de victoire, poursuivre et mener à terme la réforme judiciaire en cours. Elle a précisé qu'elle souhaitait que la pratique du veto présidentiel, seulement formel puisqu'il peut être suivi d'un nouveau vote du parlement, soit réexaminée de manière à ce que le chef de l'Etat puisse participer davantage à la rédaction des lois.

Interrogé sur son éventuelle propre candidature à l'élection présidentielle, le Premier ministre Boïko Borissov a affirmé que celle-ci "constituerait une trahison par rapport aux électeurs du GERB et une abdication de toute responsabilité de (s)a part". Le chef du gouvernement avait un temps songé à la candidature de Tsvetan Tsvetanov, numéro deux du GERB et actuel ministre de l'Intérieur. "j'ai fort besoin de lui" a indiqué Boïko Borissov pour justifier son choix.

Certains analystes politiques se sont déclarés inquiets de l'inexpérience de Rossen Plevneliev et des menaces qui pèseraient sur la division des pouvoirs si celui-ci remportait l'élection présidentielle. "Dans ce cas, nous aurions un président de la République faible, avec une concentration totale du pouvoir dans les mains du gouvernement et du puissant Boïko Borissov" a souligné Antony Todorov, politologue. Johanna Deimel, directrice adjointe de la Südosteuropa-Gesellschaft de Munich, a affirmé que le Premier ministre avait choisi de nommer Rossen Plevneliev pour écarter du gouvernement un rival politique. De même, la désignation de Margarita Popova au poste de vice-présidente lui aurait permis d'écarter l'une de ses principales opposantes, la ministre de la Justice étant souvent en désaccord avec les mesures mises en place pour lutter contre la criminalité.

Ivaïlo Kalfine, député européen et ancien ministre des Affaires étrangères (2005-2009) du gouvernement dirigé par Serguei Stanichev, sera le candidat du Parti socialiste. Il se présente avec Stefan Danaïlov, célèbre acteur (il est l'un des héros de la série télévisée Stuklen Dom, la Maison de verre) et ancien ministre de la Culture (2005-2009) qui a refusé de concourir à la première place. "La Bulgarie a besoin d'une politique différente, d'une politique de dialogue, d'alternatives de responsabilité" a-t-il déclaré, indiquant que le Parti socialiste devait contrer la "politique de pression sur les institutions" menée par le GERB, qui ne fait que "défendre les intérêts du monde des affaires", tout comme l'agressivité du parti au pouvoir envers "quiconque pense différemment".

Serguei Stanichev, leader du parti socialiste, a menacé de démissionner de ses fonctions "si le Parti socialiste ne parvient pas à rétablir la confiance perdue auprès de ses électeurs traditionnels lors des prochaines élections locales et présidentielle".

Le 6 juin dernier, Meglena Kuneva, ancienne ministre des Affaires européennes (2002-2006) et commissaire européenne à la Protection du consommateur (2007-2009), a annoncé sa candidature. "Je rassemblerai autour de ma candidature la majorité du changement. Je ne cherche le soutien d'aucun parti politique, je ne défends les intérêts d'aucun lobbyiste ou politique, je ne prends aucun engagement envers un parti. Ma force repose sur mon indépendance" a-t-elle déclaré. Le comité à l'origine de sa candidature est présidé par la réalisatrice Ilglika Trifonova et composé de 53 personnes dont les chanteurs Mariana Popova, Doni et Kotseto Kalki, les acteurs Yoanna Boukovska et Petar Popyordanov, des économistes, des musiciens, des sportifs et plusieurs personnalités du Mouvement national pour la stabilité et le progrès (MNSE), parti dirigé par Hristina Hristova.

Positionnée au centre sur l'échiquier politique et proche des structures européennes, Meglena Kuneva est une personnalité populaire en Bulgarie, notamment parce qu'en tant que première commissaire européenne de ce pays, elle a accompagné l'entrée de Sofia dans l'Union européenne. Elle pourrait attirer un électorat jeune et urbain. Elle a choisi de former un ticket avec l'économiste Lioubomir Hristiv. Celui-ci a travaillé à la Banque centrale bulgare et à la Banque mondiale.

Le leader d'Ataka, Volen Siderov, sera, comme en 2006, candidat. Soutien officiel du gouvernement de Boïko Borissov, Ataka a cependant pris beaucoup de distance par rapport au GERB. Cet été, Volen Siderov a mis en garde le parti du Premier ministre. "S'il continue à travailler pour le grand capital plutôt que pour le peuple, le GERB pourrait finir comme le Mouvement national pour la stabilité et le progrès (MNSE)" a-t-il déclaré. Après avoir dirigé la Bulgarie de 2001 à 2005, ce parti de centre-droit est en totale déliquescence.

Volen Siderov forme un ticket avec Pavel Chopov.

Roumen Hristov a été désigné candidat à l'élection présidentielle de la Coalition bleue, alliance formée par l'Union des forces démocratiques (ODS), dirigée par Martin Dimitrov, et des Démocrates pour une Bulgarie forte (DSB) d'Ivan Kostov (ainsi que 3 autres partis) le 12 juin dernier par 55,74% des suffrages lors d'élections primaires organisées par son parti. Son rival, Svetoslav Malinov (DSB), a recueilli 44,26% des voix. Tous les Bulgares étaient autorisés à participer à ce vote. Une polémique avait éclaté à propos de la forte participation de la communauté Rom, et ce en faveur de Roumen Hristov. Le président des Démocrates pour une Bulgarie forte, Ivan Kostov, avait parlé "d'achat de voix".

Roumen Hristov se présente en ticket avec l'ancien ministre de l'Intérieur (1999-2001), Emanouïl Yordanov.

Mais la droite bulgare qui, en 2009, s'était unie au sein de la Coalition bleue, est de nouveau menacée de division. Le leader de l'Union des forces démocratiques Martin Dimitrov a signé à l'insu d'Ivan Kostov un accord pour l'élection présidentielle avec la Communauté des forces démocratiques, mouvement regroupant plusieurs organisations et dirigé par l'ancien maire de Sofia Stefan Sofianski, Evgueni Bakardjiev et Liouben Dilov junior. Cette nouvelle alliance a pris le nom d'Union des forces de la droite (ODS). Les Démocrates pour une Bulgarie forte, autre parti de la Coalition bleue, sont opposés à cette alliance au nom de leur accord avec l'Union des forces démocratiques pour les élections municipales. Les deux partis se sont en effet mis d'accord pour soutenir la candidature de Prochko Prochkov (DSB), actuel maire de l'arrondissement de Lozénets dans la capitale et vainqueur des primaires (devant Ventseslav Kissiov, ODS), à la mairie de Sofia alors que la Communauté des forces démocratiques possède son propre candidat pour ce scrutin.

Le Parti de l'ordre, de la loi et de la justice (RZS) de Yané Yanev a choisi son vice-président Atanas Semov comme candidat à l'élection présidentielle du 23 octobre prochain. "Je me lance courageusement dans un combat pour la conquête des cœurs de mes compatriotes, ou du moins pour les cœurs de cette partie des Bulgares qui attachent plus d'importance à la règle du professeur qu'à la matraque du policier" a t-il déclaré en lançant sa campagne électorale. Atanas Sémov forme un ticket avec Polia Stancheva, conseillère municipale de Sofia. Cette dernière a déclaré avoir choisi de soutenir le candidat du Parti de l'ordre, de la loi et de la justice parce qu'il était le seul à être favorable à une modification de la Constitution bulgare.

Les autres candidats à l'élection présidentielle des 23 et 30 octobre sont :

– Maria Cappone et Nikola Kissiov (Parti populaire uni) ;

– Pavel Tchernev et Anélia Deltchéva (Parti pour les gens du peuple) ;

– Sali Ibriam et Valentina Gotseva (Mouvement national Unité) ;

– Krassimir Karakatchanov et Daniela Simidtchiéva-Dimitrova (Organisation interne révolutionnaire macédonienne-Mouvement national bulgare, VMRO-BND) ;

– Stefan Solakov et Galina Vassileva (Front national pour le salut de la Bulgarie, NDSO) ;

– Nikolaï Nentchev et Jéko Ivanov (Union populaire des agriculteurs, BZNS) ;

– Andreï Tchorbanov et Anguel Mirtchev (Communauté bulgare démocratique) ;

– Ventsislav Yossifov et Emilian Dimitrov ;

– Dimitar Koutsarov, ancien policier et propriétaire d'une entreprise de sécurité, et Kamelia Todorova, chanteuse de jazz ;

– Alexeï Petrov et Nikolaï Gueorguiev ;

– Svetoslav Vitkov et Ventsislav Mitsov ;

– Nikolaï Vassilev et Vladimir Savov.

Selon la dernière enquête d'opinion réalisée par l'institut Mediana, le candidat du parti au pouvoir, Rossen Plevneliev, recueillerait 29,1% des suffrages au 1er tour et devancerait Ivaïlo Kalfine, qui obtiendrait 21,9% des voix, et Meglena Kuneva, qui recueillerait 14,1% des suffrages. Les électeurs de Rossen Plevneliev sont à 81,4% des proches du GERB ; ceux d'Ivaïlo Kalfine à 78,1% des sympathisants du Parti socialiste et enfin ceux de Meglena Kouneva à 62,5% des personnes ne se disant proches d'aucun parti politique, à 22,1% des sympathisants du Parti socialiste et à 12,5% des proches du GERB.

Source : Commission électorale nationale bulgare

Le candidat du parti au pouvoir Rossen Plevneliev grand favori de l'élection pré...

PDF | 281 koEn français

Pour aller plus loin

Élections en Europe

 
2013-05-28-16-28-33.2244.jpg

Corinne Deloy

19 février 2024

Le 9 novembre dernier, le président portugais, Marcelo Rebelo de Sousa, a dissous l'Assemblée de la République, chambre unique du Parlement, et annoncé la tenue d’&ea...

Élections en Europe

 
2013-05-28-16-24-16.5364.jpg

Corinne Deloy

12 février 2024

Alexander Stubb (Parti de la coalition nationale, KOK) a remporté l’élection présidentielle en Finlande. Il s’est imposé le 11 février au 2e tour de scru...

Élections en Europe

 
2013-05-28-16-24-16.5364.jpg

Corinne Deloy

29 janvier 2024

Alexander Stubb (Parti de la coalition nationale, KOK), est arrivé en tête du premier tour de l’élection présidentielle organisé le 28 janvier en Finlande. L&rs...

Élections en Europe

 
2013-05-28-16-24-16.5364.jpg

Corinne Deloy

15 janvier 2024

Le 28 janvier, pour le premier tour de l’élection présidentielle en Finlande, 9 personnes sont en lice. Si aucun candidat ne recueille plus de la moitié des suffrages, un se...

La Lettre
Schuman

L'actualité européenne de la semaine

Unique en son genre, avec ses 200 000 abonnées et ses éditions en 6 langues (français, anglais, allemand, espagnol, polonais et ukrainien), elle apporte jusqu'à vous, depuis 15 ans, un condensé de l'actualité européenne, plus nécessaire aujourd'hui que jamais

Versions :