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Le président de la République sortant Filip Vujanovic peut-il être battu ?

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Corinne Deloy

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11 mars 2013
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

Le président de la République sortant Filip Vujanovic peut-il être battu ?

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515 000 Monténégrins sont appelés aux urnes le 7 avril prochain pour le 1er tour de l'élection présidentielle. Le chef de l'Etat sortant Filip Vujanovic (Union démocratique des socialistes, DPS) est candidat à sa propre succession, une candidature qui a suscité la polémique auprès d'une partie de la classe politique. En effet, Filip Vujanovic a été élu le 11 mai 2003 président de l'Etat de Serbie et Monténégro. A cette époque, Podgorica était une partie de l'Etat de Serbie-et-Monténégro, le Monténégro ayant recouvré son indépendance le 3 juin 2006. Filip Vujanovic a ensuite été élu à la présidence de la République du Monténégro indépendant le 6 avril 2008. Il a recueilli 51,89% des suffrages et gagné l'élection dès le 1er tour devançant Andrija Mandic (Parti populaire serbe, SNS), qui a obtenu 19,55% des voix.

Source : Agence France-Presse

Le Parti social-démocrate (SDP), fidèle allié du DPS du Premier ministre Milo Djukanovic (les deux partis gouvernent de concert le Monténégro depuis 1998), s'est opposé à une 3e candidature de Filip Vujanovic à la présidence de la République. Son leader Ranko Krivokapic, éternel rival du chef de l'Etat monténégrin, la juge inconstitutionnelle et a saisi la Cour constitutionnelle sur ce fait. La Loi fondamentale monténégrine (article 86) autorise le président de la République, dont la fonction est essentiellement honorifique, à effectuer 2 mandats de 5 ans consécutifs. Selon le DPS, qui dirige le pays depuis le début des années 1990, le premier mandat du chef de l'Etat, qui a débuté avant l'indépendance du Monténégro, ne doit pas être pris en considération.

Le 15 février dernier, la Cour constitutionnelle du Monténégro a statué par 6 voix contre 1 et autorisé Filip Vujanovic à être candidat à l'élection présidentielle. Ranko Krivokapic a annoncé le 8 mars dernier qu'au vu de cette décision, son parti boycotterait le scrutin.

Le chef de l'Etat sortant a lancé sa campagne électorale à la fin du mois de février. Il a mis en avant le fait qu'il travaillerait en partenariat avec le gouvernement de Milo Djukanovic alors que, selon lui, une victoire de son principal rival, Miodrag Lekic, leader du Nouveau Front démocratique, coalition de plusieurs partis de l'opposition, déstabiliserait le Monténégro. Filip Vujanovic a accusé son adversaire de s'être opposé à ce que le Monténégro retrouve son indépendance lors du référendum organisé le 21 mai 2006. "Miodrag Lekic déclarait que l'union avec la Serbie était notre avenir" a t-il souligné. Ce dernier a cependant été affecté par les documents publiés par le quotidien Dan le 15 février dernier qui révèle la façon dont le DPS place ses partisans aux postes publics.

Miodrag Lekic, leader du Nouveau Front démocratique, coalition créée à l'occasion des élections législatives du 14 octobre 2012 et qui rassemble la Nouvelle démocratie serbe (NSD) d'Andrija Mandic, le Mouvement pour les changements (GZP) dirigé par Nebojsa Medojevic et le Parti des retraités, des invalides et de la justice sociale, est le principal candidat de l'opposition. Ancien ministre des Affaires étrangères et ambassadeur de Yougoslavie en Italie, soutenu par le Parti populaire socialiste (SNP) de Srdjan Milic, il se présente néanmoins en indépendant. Il a lancé sa campagne électorale le 4 mars dernier.

La décision de Srdjan Milic pourrait annoncer un rapprochement des partis serbes. Elle constitue une menace pour Filip Vujanovic, qui se montre pourtant confiant dans sa réélection. La longévité au pouvoir du DPS s'explique en grande partie par l'impossibilité pour les partis de l'opposition de s'unir et de s'accorder sur un programme commun. "Un candidat d'union serait un bon choix mais les leaders de l'opposition ont besoin de se faire davantage confiance les uns les autres" soulignait Daliborka Uljarevic, directeur du Centre d'éducation civique à Podogorica. Si nous n'y sommes pas encore, un pas a toutefois été franchi. Miodrag Lekic a d'ailleurs conseillé au chef de l'Etat sortant d'attendre le résultat du vote avant de célébrer sa victoire.

Les analystes politiques considèrent que Filip Vujanovic se montre trop confiant dans ses capacités à s'imposer de nouveau à la tête de l'Etat et soulignent qu'il n'est pas à l'abri de subir un sort identique à celui de son homologue serbe, Boris Tadic (Parti démocrate, DS) qui, le 6 mai dernier, a été battu par Tomislav Nikolic (Parti progressiste serbe, SNS) au 2e tour de l'élection présidentielle serbe.

D'autant que le Monténégro traverse une situation difficile. Le 28 janvier dernier, les syndicats ont manifesté devant le Skupstina, chambre unique du parlement, contre le projet du gouvernement d'augmenter de trois points1 l'impôt sur le revenu pour tous les salaires supérieurs à 400 € mensuels afin de lutter contre le déficit budgétaire (qui s'est élevé à 128,6 millions € pour les onze premiers mois de 2012 contre 80,8 millions € pour la même période en 2011). Pristina a institué un impôt à taux unique pour la TVA, l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés fixé depuis 2010 à 9%. Le salaire moyen est de 480 € par mois.

Rade Bojovic, membre du club politique Monténégro juste, souhaite se présenter en candidat indépendant. Dans un entretien accordé au quotidien Pobjeda, il a affirmé que rien ne changerait si Filip Vujanovic gagnait le scrutin. "En revanche, si Miodrag Lekic remporte le scrutin, cela entraînera certainement de nouvelles élections législatives. Nous aurons alors une crise politique. Mais si je m'impose, il n'y aura pas de turbulences supplémentaires ni de crise politique. Mon rôle sera constructif" a-t-il indiqué. Il n'a cependant pas encore présenté à la Commission électorale les 7 500 signatures d'électeurs que tout candidat doit recueillir afin d'être autorisé à participer à la l'élection présidentielle. Miodrag Lekic a présenté 8 200 signatures, Filip Vujanovic en a déposé 13 500.

Monténégro positif (PCG), nouveau parti de centre gauche fondé en mai 2012 par Darko Pajovic, a choisi de boycotter l'élection présidentielle. Les partis représentant les minorités vivant dans le pays sont liées au DPS et ne présentent donc pas de candidat au scrutin. Mehmet Bardhi, président de l'Alliance démocratique du Monténégro (DCG), a toutefois manifesté le désir d'utiliser l'opportunité du scrutin pour obtenir une révision de la loi électorale en faveur d'un accroissement du nombre des sièges des députés albanophones au parlement. Il a exigé de recevoir une garantie que cette promesse serait respectée avant de soutenir la candidature du chef de l'Etat sortant.

Les candidats ont jusqu'au 18 mars prochain pour se déclarer auprès de la Commission électorale.

L'élection présidentielle du 7 avril prochain est loin d'être jouée et la plus incertaine que le Monténégro ait connue. Si aucun des personnalités en lice ne parvient à recueillir la majorité absolue le 7 avril, un 2e tour aura lieu le 21 avril.

Des élections locales auront également lieu le 7 avril au Monténégro dans les villes d'Andrijevica et de Niksic. Dans cette dernière municipalité, les partis de l'opposition, arrivés en tête lors du scrutin du 14 octobre 2012, ne sont pas parvenues à former une coalition pour diriger la ville. Les habitants doivent donc retourner aux urnes.

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