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Le Parti chrétien-social arrive en tête des élections législatives au Luxembourg mais pourrait ne pas retrouver le pouvoir

Élections en Europe

Corinne Deloy

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15 octobre 2018
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

Le Parti chrétien-social (PCS/CVS), principal parti d'opposition dirigé par Marc Spautz, est arrivé en tête des élections législatives le 14 octobre au Luxembourg. Il a recueilli 28,31% des suffrages et remporté 21 des 60 sièges (-2 par rapport aux précédentes élections du 2 octobre 2013) de la Chambre des députés, chambre unique du Parlement, soit son résultat le plus faible depuis 1974. S'il reste la première force politique du pays, le parti, dans l'opposition depuis 4 ans, ne semble pas avoir profité de son éloignement du pouvoir autant qu'il l'espérait.

Le Parti ouvrier socialiste (POSL/LSAP), membre de la coalition gouvernementale sortante et présidé par Claude Haagen, a pris la 2e place avec 17,6%, - un résultat au-dessous de 20% des suffrages, une première dans son histoire - mais n'a remporté que 10 sièges (-3), soit son plus faible résultat depuis la Seconde Guerre mondiale. Le Parti démocratique (PD/DP) du Premier ministre sortant Xavier Bettel et dirigé par la ministre sortante de la Famille et de l'Intégration et de la grande Région, Corinne Cahen, a obtenu 16,91% et 12 élus (-1). Le découpage électoral explique cette répartition.

Les Verts/Dei Greng (LV-DG), membre de la coalition gouvernementale sortante, apparaît comme l'un des vainqueurs du scrutin. Avec 15,12% des voix et 9 députés (+3), le parti est en progression atteignant 15% de suffrages pour la première fois de son histoire.

Le Parti réformiste d'alternative démocratique (ADR), parti populiste de droite emmené par Jean Schoos et qui se présentait allié avec Wee 2050, issu de Nee 2015, mouvement créé par Fred Keup en 2015 pour lutter contre le vote des résidents étrangers aux élections législatives proposé par le référendum du 7 juin [1], est en progression : le parti a obtenu 8,28% et 4 sièges (+1).

La Gauche/Dei Lenk (LG/DL), parti d'extrême gauche, a enregistré une légère hausse même s'il échoue à atteindre son objectif de conquérir un siège supplémentaire. Il ne profite pas autant que prévu du recul du Parti ouvrier socialiste: et n'a recueilli que 5,48% et 2 sièges (=).

Enfin, surprise de ces élections, le Parti Pirate (PPLU), dirigé par son fondateur Sven Clement, fait une entrée remarquée au parlement. Allié au Parti pour la démocratie intégrale (PID), il a recueilli 6,45% et remporté 2 sièges.

La participation a été légèrement inférieure à celle enregistrée lors du scrutin du 2 octobre 2013. Elle s'est élevée à 89,7%, soit -1,45 point. Le vote est obligatoire au Grand-Duché mais pour la première fois cette année, les Luxembourgeois étaient autorisés à voter par correspondance sans avoir à justifier leur absence le jour du scrutin. Ce qui explique que plus de 40 200 électeurs s'étaient inscrits pour voter de cette façon, soit 15,70% de l'électorat (ile étaient 7,6% il y a 5 ans).

"La tendance n'est pas à l'euphorie. Les grands partis ont perdu des voix au profit des petits partis. Et pourtant avec Les Verts/Dei Greng et le Parti démocratique, nous avons fait du bon travail... Dommage que cela ne s'accompagne pas d'une reconnaissance au niveau des urnes" ont déclaré Francine Closener (POSL/LSAP), secrétaire d'Etat sortant à l'Economie, à la Sécurité intérieure et à la Défense, et Lydia Mutsch (POSL/LSAP), ministre sortant de la Santé et de l'Egalité des chances à l'annonce des résultats.

Au Luxembourg comme ailleurs en Europe, les partis traditionnels, et notamment ceux de gauche, sont à la peine et enregistrent tous un recul dans les urnes au fur et à mesure des scrutins. En revanche, les "petits" partis et, dans une moindre mesure, les partis populistes ou radicaux sont en progression.

CSV sort gagnant du scrutin mais pas en position de force. Il y a 4 ans, déjà dans cette situation, il avait été victime d'une coalition tripartite qui voulait changer alors de Premier ministre (Jean-Claude Juncker depuis 18 ans).

Il pourrait envisager de former une coalition gouvernementale avec le Parti démocratique (à eux deux, ils ont obtenu 33 sièges au parlement). Encore faut-il que le dirigeant du DP et Premier ministre sortant accepte d'endosser le rôle de partenaire junior.

Il pourrait aussi former une coalition avec le LSAP comme cela était le cas avant 2013. Ils ont tout juste le nombre de sièges pour le faire (31 sur 60). Les Verts/Dei Greng pourraient être sollicités pour rejoindre une telle coalition. Seul parti de la coalition gouvernementale sortante à enregistrer une progression, les écologistes ont revendiqué de participer au futur gouvernement par la voix du ministre sortant du Développement durable et des Infrastructures, François Bausch (LV/DG).

"Le Parti chrétien-social est toujours, de loin, le plus fort dans le paysage politique luxembourgeois et je crois qu'il est évident et légitime que nous demandions de participer au prochain gouvernement" a déclaré Claude Wiseler, candidat du CSV au poste de Premier ministre. "Nous sommes ouverts à toutes les discussions, sans que je puisse vous dire dans quelle direction cela va aller" a-t-il ajouté.

Toutefois, la coalition gouvernementale sortante emmenée par Xavier Bettel pourrait tout juste reformer cette coalition avec 31 sièges sur 60. Le dirigeant démocratique a souligné que "l'électeur luxembourgeois a envoyé un signal clair pour poursuivre le travail commencé il y a 5 ans". Il est donc possible que le gouvernement sortant soit reconduit. Dans ce cas, considérant les résultats de chacun des 3 partis, Xavier Bettel semble le mieux placé pour prétendre au poste de Premier ministre et succéder à lui-même.

Le Grand-Duc va recevoir en audience les présidents des différents partis politiques pour déterminer la coalition qui composera le prochain gouvernement.

[1] Le 7 juin 2015, plus des trois quarts des Luxembourgeois (78,02%) se sont prononcés contre le vote des résidents non luxembourgeois aux élections législatives et 80,87% contre l'abaissement du droit de vote à 16 ans sur le vote des et sur l'octroi du droit de vote dès l'âge de 16 ans.

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