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Les électeurs géorgiens sanctionnent le président Edouard Chevardnadze

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Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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2 novembre 2003
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

Robert Schuman Fondation

Fondation Robert Schuman

Le Président Edouard Chevardnadze a essuyé un sérieux revers lors des élections législatives qui se sont tenues le 2 novembre en Géorgie. Sa formation Nouvelle Géorgie, créée en avril 2003 en vue de ce scrutin législatif et dirigée par l'ancien ambassadeur de Géorgie à Moscou Vaja Lordkipadnidze, a recueilli 26% des suffrages, selon des estimations encore partielles, alors que les partis d'opposition dépassent les 70% de voix. Le Mouvement national, dirigé par Mikhail Saakashvili, obtient 23,5% des suffrages et cinq autres formations de l'opposition, dont le Parti travailliste (dirigé par Chalva Natelachvili), le Parti de la renaissance (dirigé par le Président de la République autonome d'Adjarie, Aslan Abachidze), et le Bloc démocratique (emmené par la président du Parlement Nino Bourdjanadze) recueillent ensemble 45,1% des voix. Les forces d'opposition sont divisées mais certains analystes politiques n'excluent pas que deux de ses plus importantes formations parviennent à s'allier et disposent ainsi de la majorité des sièges au Parlement.

La participation s'est élevée à 63%, soit une baisse de 4,6 points par rapport aux précédentes élections législatives des 31 octobre et 14 novembre 1999.

Les élections législatives géorgiennes ont été suivies par quatre cent cinquante observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Ceux-ci ont constaté de nombreuses irrégularités dans le scrutin (listes électorales incomplètes ou disparues, bulletins de vote épuisés, non-respect des règlements de vote à l'intérieur de certains bureaux de vote, etc.). Ces irrégularités «reflètent un manque de volonté politique collective et de capacités administratives pour organiser une élection » a déclaré Julian Peel Yates, chef de la mission d'observation de l'OSCE. Le secrétaire général du Conseil de l'Europe, Walter Schwimmer, avait pourtant appelé, le 31 octobre dernier, les autorités et les forces de l'opposition géorgiennes à s'assurer que les élections se déroulent dans le respect des normes du Conseil de l'Europe. « Le pays mérite des élections libres et équitables et il en a besoin » avait-il affirmé. La directrice de la commission électorale géorgienne, Nana Devdariani, a elle-même reconnu que le scrutin avait été mal organisé dans certains endroits mais estimait que « les élections pouvaient être considérées comme valides », déclarant « avoir vu pire ». Enfin, le Président Edouard Chevardnadze a admis que des violations avaient eu lieu mais souligné que « l'essentiel était que ces élections se soient finalement tenues ».

La commission électorale géorgienne a indiqué que les élections avaient été invalidées dans dix-sept bureaux de vote à la suite d'infractions. Un nouveau scrutin pourrait se tenir dans ces mêmes bureaux de vote le 16 novembre prochain. En outre, en raison de retards dans l'ouverture de certains bureaux et de files d'attente qui se prolongeaient, le scrutin a été prolongé d'une heure à Tbilissi et de quatre heures à Kutaisi, deuxième ville du pays située à l'Ouest de la capitale, où un tiers seulement des bureaux de vote avaient été ouverts faute d'avoir reçu à temps leurs listes électorales. Le porte-parole du Parti de la renaissance, Georgi Targamadze, a dénoncé « une fraude massive et une violation du droit des gens ». « Le gouvernement a perdu, a déclaré Mikhail Saakashvili (Mouvement national), ils n'ont reçu qu'un faible pourcentage des suffrages et maintenant ils essaient de falsifier les résultats. J'ai appelé les électeurs à défendre leurs droits ».

Le jour du vote, les forces de l'ordre et l'armée avaient été mises en état d'alerte pour prévenir tout incident et le Président Chevardnadze avait prévenu que tout désordre consécutif à l'annonce des résultats des élections serait sévèrement puni. La police anti-émeutes avait ainsi fermé dimanche après-midi l'une des principales voies d'accès à Tbilissi afin de bloquer un groupe de quelques deux cent cinquante personnes exprimant leur mécontentement et décidées à aller manifester devant le siège de la commission électorale. A Roustavi, près de la capitale, des policiers ont été dépêchés en renfort après le saccage de plusieurs urnes. Le 4 novembre au soir, environ trois mille partisans des forces de l'opposition ont manifesté, à l'appel de leurs leaders, dans le centre de la capitale Tbilissi, protestant contre les fraudes et réclamant la reconnaissance officielle de leur « victoire ». « Ils ont falsifié les élections, l'opposition a gagné partout. Nous devons montrer aux autorités que nous ne voulons plus vivre sous l'ancien régime, que nous voulons une nouvelle Géorgie » a déclaré Mikhail Saakashvili (Mouvement national). Les forces d'opposition ont également mis en doute le chiffre de 2,9 millions d'électeurs inscrits avancé par la commission électorale, constatant une augmentation injustifiée de ce nombre depuis le dernier scrutin de 1999 (+ huit cent mille personnes).

Ces élections législatives géorgiennes ont été suivies attentivement par l'ensemble du monde occidental en raison de la place stratégique qu'occupe le pays dans les exportations de pétrole provenant de la mer Caspienne. La République du Caucase doit être prochainement traversée par l'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan qui sera construit par les sociétés pétrolières occidentales avec l'appui des Etats-Unis. Les Américains ont tenu des propos moins critiques que ceux des Européens sur ce scrutin législatif, se bornant à relever de simples « inexactitudes » dans les listes électorales. « Nous approuvons l'évaluation préliminaire de l'OSCE selon laquelle des imprécisions dans les listes électorales ont amoindri la confiance des électeurs dans le processus électoral qui pourrait avoir privé du droit de vote un grand nombre d'électeurs. Mais nous notons également que l'OSCE a reconnu que certains aspects des élections démontraient des progrès importants, notamment le passage à un code électoral unifié et la transparence de la nouvelle commission électorale centrale » a déclaré le porte parole du Secrétariat d'Etat, Adam Ereli.

Le Président Edouard Chevardnadze, qui s'était personnellement impliqué dans la campagne électorale, promettant des réformes et se présentant comme le garant de la stabilité politique du pays tout en mettant en garde les Géorgiens contre le retour en arrière que symbolisaient, selon lui, les forces d'opposition, a été défait par les électeurs. Les forces gouvernementales ont été sanctionnées pour ne pas être parvenues à relancer l'économie dans l'une des plus prospères des anciennes Républiques soviétiques, autrefois considérée comme le verger et le vignoble de l'URSS.

La Géorgie est donc entrée dans une nouvelle ère politique, l'opposition étant assurée, si elle parvient à s'unir, de prendre le contrôle du Parlement. Agé de trente-cinq ans, Mikhail Saakashvili, avocat formé à Harvard, ancien ministre de la Justice et actuel président du conseil municipal de Tbilissi, part désormais favori pour l'élection présidentielle qui se déroulera en 2005, un scrutin auquel Edouard Chevardnadze, acteur principal de la scène politique géorgienne depuis vingt-cinq ans et qui effectue actuellement son deuxième mandat à la tête du pays, ne pourra se représenter.

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