Élection présidentielle en Islande 26 juin 2004 le point à une semaine du scrutin

Actualité

Corinne Deloy,  

Jacques Mer,  

Egill Helgason

-

26 juin 2004
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Deloy Corinne

Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

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Jacques Mer

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Egill Helgason

Le 2 juin dernier, le Président de la République d'Islande, Olafur Ragnar Grimsson, a apposé son veto à la loi sur les médias votée le 25 mai dernier par le Parlement, l'Althing. Trente-deux députés de la majorité (Parti de l'indépendance, SSF et le Parti du progrès, FSF) se sont prononcés favorablement, les vingt-quatre membres des formations de l'opposition (le Parti de l'Alliance, SF, et le Parti libéral, FF) ont voté contre, les six députés de l'Alliance rouge-verte (VG) se sont abstenus. Le veto présidentiel, une première dans l'histoire de l'Islande puisque aucun Président de la République n'avait jusqu'alors utilisé ce pouvoir que lui accorde la Constitution, a fait l'effet d'un coup de tonnerre sur l'île. Cette décision crée en effet un conflit entre le pouvoir législatif comme entre les deux têtes de l'exécutif : le gouvernement et le Président de la République. L'ancienne Présidente (1980-1996), Vigdis Finnbogadottir, avait régulièrement mis en avant ce risque de division pour s'abstenir d'apposer son veto sur les lois avec lesquelles elle n'aurait pas été d'accord.

Le Président du Parlement, Halldor Blondal, a affirmé que la décision du Président de la République constituait une attaque contre la démocratie parlementaire. En revanche, les formations de l'opposition considèrent que le veto apposé par Olafur Ragnar Grimsson renforce la démocratie et les droits des Islandais. « Il ne fait pas de doute que, par ce veto, le Président veut s'opposer au Parlement » a déclaré le Premier ministre David Oddson. « Il n'y a pas de quoi se réjouir du fait que le droit de veto accordé au Président s'exerce sur un tel sujet. Aucun Président n'a utilisé ce droit durant soixante ans, on aurait pu penser que celui-ci s'exercerait sur un sujet de première importance, comme par exemple la peine de mort ou l'adhésion de l'Islande à l'Union européenne. En revanche, il est pour moi incompréhensible que le Président exerce son droit de veto sur la loi sur les médias » a-t-il ajouté. Il a également accusé le Président de la République de répondre à des intérêts personnels en défendant le groupe Baugur, la fille d'Olafur Ragnar Grimsson travaillant pour le groupe.

La loi sur les médias entend lutter contre les concentrations dans le secteur médiatique, susceptibles de restreindre la liberté du consommateur au niveau économique et au plan politique, selon le Premier ministre David Oddson. En Islande, à côté du service public (Rikisutvarpid), qui possède deux chaînes de radio et un canal de télévision, existent diverses sociétés privées. Selon certaines personnes critiques, la loi actuelle semble destinée à empêcher Jon Asger Johanesson, propriétaire de la chaîne de magasins d'alimentation Baugur, d'investir dans les médias. Le groupe Baugur contrôle Northern Lights (Nordjulos) qui dirige la chaîne de télévision Stod 2, plusieurs stations de radio et édite deux journaux, Frettabladid et DV.

Lors d'une déclaration, le Président de la République a insisté sur la liberté d'expression et la nécessité pour l'Islande d'avoir des médias libres. Il a justifié sa décision d'apposer son veto par le fait que la loi votée par le Parlement était trop controversée. « Le peuple a le droit de se prononcer sur la loi par un référendum » a t-il affirmé. L'article 26 du texte fondamental islandais stipule en effet que si le Président refuse de signer un texte de loi, celui-ci doit être soumis à référendum dans les plus courts délais. La décision repose donc entre les mains des Islandais qui se prononceront en faveur du maintien ou du rejet de la loi sur les médias. Le Parlement se réunira le 5 juillet prochain pour préparer le référendum qui pourrait être organisé durant la première quinzaine d'août. Le Parti de l'indépendance a décidé de n'engager aucune dépense pour la future campagne électorale.

Selon une enquête d'opinion publiée par le journal Frettabladid au début du mois de juin, sept Islandais sur dix (74%) se déclaraient favorables au veto présidentiel et souhaitaient pouvoir voter sur la loi sur les médias. Fin mai, environ trente mille personnes avaient signé une pétition demandant au Président de ne pas signer la loi.

Olafur Ragnar Grimsson remettra son mandat présidentiel en jeu le 26 juin prochain. Contrairement à la tradition islandaise qui veut qu'aucune personne ne concourre contre un Président en exercice sollicitant un nouveau mandat, deux autres candidats se présentent aux suffrages des électeurs. Il s'agit d'Asthor Magnusson, homme d'affaires et militant pacifiste qui avait obtenu 2,6 % des suffrages à l'élection présidentielle du 29 juin 1996, et de Baldur Agustsson, qui a fait fortune en dirigeant une compagnie de sécurité au Royaume-Uni mais qui est complètement inconnu du grand public. Toutes les enquêtes d'opinion donnent Olafur Ragnar Grimsson largement vainqueur du scrutin, Asthor Magnusson devant recueillir, selon les sondages, 1,5% des suffrages et Baldur Agustsson environ 5%.

La participation constituera le seul véritable enjeu de cette élection présidentielle. En effet, si peu d'Islandais se rendent aux urnes, la réélection de Olafur Ragnar Grimsson sera considérée comme un échec. Le Président ne sera véritablement victorieux que si la participation atteint ou dépasse les 70%.

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