Elections législatives en Hongrie, le point une semaine avant le scrutin

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Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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29 mars 2006
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

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Plus de huit millions de Hongrois sont appelés aux urnes le 9 avril prochain pour le premier tour des élections législatives pour lesquelles l'actuel Premier ministre, Ferenc Gyurcsany (Parti socialiste, MSZP), est candidat à sa propre succession. Son principal adversaire est l'ancien Chef du gouvernement (1998-2002), Viktor Orban (Alliance des jeunes démocrates, FIDESZ). Les deux hommes, qui ont quasiment le même âge (quarante-quatre ans pour le leader social-démocrate et quarante-deux pour Viktor Orban), ont rivalisé de promesses durant cette campagne électorale et sont donnés au coude à coude dans toutes les enquêtes d'opinion. Les résultats des « petites » formations que sont le Forum démocratique (MDF) et l'Alliance des démocrates libres (SZDSZ), partenaire des sociaux-démocrates au sein de l'actuelle coalition gouvernementale, pourraient donc s'avérer décisifs les 9 et 23 avril (date du deuxième tour de scrutin) prochains.

Le Premier ministre Ferenc Gyurcsany a entamé le 12 mars dernier une tournée à travers la Hongrie. Il sillonne le pays à bord de deux camions ultramodernes et fera étape dans une cinquantaine de villes durant les quatre dernières semaines de campagne. Le Premier ministre devrait tenir sept meetings par jour jusqu'au 9 avril prochain. Bien implanté dans les villes, le Parti socialiste essaie de conquérir l'électorat rural, traditionnellement plus proche de l'Alliance des jeunes démocrates. Ferenc Gyurcsany a présenté son programme électoral, dont le titre est « Nouvelle Hongrie », le 19 février dernier lors du congrès national de sa formation. Celui-ci prévoit de nombreuses créations d'emplois dans les petites et moyennes entreprises (300 000 dans le bâtiment public, dont 170 000 pour les travailleurs non qualifiés) et définit trois priorités : la modernisation de l'industrie, des services et du tourisme. Le Premier ministre a également déclaré qu'il souhaitait développer les biotechnologies dans le secteur agricole et exprimé son désir que la Hongrie devienne « le deuxième ou troisième pays en matière de biocarburants en Europe ». Une réforme de l'Etat, qui contribuera à en réduire les coûts de fonctionnement, permettra de financer en partie le programme du Parti socialiste. Le leader des sociaux-démocrates, Istvan Hiller, a cependant affirmé que sa formation n'accepterait en aucun cas de réduire les investissements prévus dans les infrastructures pour équilibrer le budget de la nation. Ferenc Gyurcsany a annoncé qu'une grande part des fonds européens seront affectés à la création d'emplois. « Il ne me paraît pas possible de baisser les impôts de façon radicale dans l'année qui vient » a-t-il affirmé, précisant que « le développement, la réduction du déficit public et les baisses d'impôts ne constituaient pas des objectifs pouvant être atteints en même temps ».

Le 17 mars, le Premier ministre a quelque peu créé la surprise en déclarant que la question de l'appartenance de la Hongrie à l'Union économique et monétaire (UEM) ne pouvait être tranchée que par le peuple et en annonçant l'organisation d'un référendum sur le sujet. « Nous devrons demander aux Hongrois s'ils le souhaitent ou non » a t-il souligné dans une interview au quotidien économique Vilaggazdasag. La Hongrie s'est engagée, en signant son traité d'adhésion à l'Union européenne le 16 avril 2003, à rejoindre la zone euro. Le pays ne bénéficie donc pas, comme le Royaume-Uni ou le Danemark, de la clause d'opting out, mais peut cependant prendre exemple sur la Suède qui a organisé le 14 septembre 2003 un référendum sur son adhésion à l'Union économique et monétaire (adhésion rejetée par 56,1% des électeurs avec une participation de 81,2%). Avec cette proposition de référendum, Ferenc Gyurcsany pense séduire les électeurs qui sont nombreux à craindre que le passage à l'euro ne se traduise par une hausse des prix. A moins que le Premier ministre n'utilise ce moyen pour faire accepter par la population les mesures de rigueur que le prochain gouvernement devra prendre pour respecter ses engagements auprès des institutions communautaires.

Le Premier ministre britannique Tony Blair (Parti travailliste) a récemment apporté son soutien à Ferenc Gyurcsany et l'a félicité pour les performances économiques de son pays. « Ferenc, mes félicitations à toi et à ton équipe pour présenter une croissance aussi forte (4% en 2005) avec une inflation aussi basse. Il y a de quoi être fier » a déclaré, lors de sa visite à Budapest, Tony Blair qui l'a aussi remercié d'avoir défendu en décembre dernier les Etats d'Europe centrale lors des négociations sur le budget 2007-2013 de l'Union européenne ; le Royaume-Uni assurait alors la présidence de l'Union. Tony Blair a affirmé qu'il existait de nombreuses similitudes entre le Parti socialiste hongrois et le Parti travailliste. Il est vrai que Ferenc Gyurcsany a souvent été surnommé le « Tony Blair hongrois » pour sa volonté de transformer le Parti socialiste, fondé en 1989 par des réformateurs issus de l'ancien Parti communiste, en une formation social-démocrate moderne. Appelé le 13 octobre 2005, par le journal Les Echos, à choisir entre la politique menée par Tony Blair au Royaume-Uni et celle suivie par Gerhard Schröder en Allemagne, Ferenc Gyurcsany répondait « Je plaide pour une troisième voie, la voie hongroise : il faut permettre au capital et au travail de coopérer, suivre une politique courageuse de réformes mais prendre aussi en compte le fait que, sans une aide de l'Etat, des centaines de milliers de personnes ne peuvent pas rattraper leur retard. Cohésion sociale et modernisation ne peuvent être réalisées au détriment l'une de l'autre. Tous les hommes politiques de gauche doivent bien le comprendre : suivre une politique sociale traditionnelle et défensive est condamnée à l'échec ».

L'Alliance des jeunes démocrates (FIDESZ), réunie en congrès le 19 mars dernier, a désigné Viktor Orban comme candidat au poste de Premier ministre. L'ancien Chef du gouvernement (1998-2002) a recueilli les voix de 1 384 délégués sur les 1 395 présents. Viktor Orban a présenté le programme de l'Alliance des jeunes démocrates, centré sur la lutte contre le chômage et promettant la création de 500 000 nouveaux emplois en quatre ans. La formation libérale propose de « promouvoir un système d'impôts et de sécurité pour aider les entreprises à embaucher », d'augmenter les pensions de retraite, de rendre les frais médicaux gratuits pour les moins de trois ans et les plus de soixante ans, de baisser (de 10%) les prix de l'électricité et du chauffage ainsi que les contributions sociales des employeurs de 29% actuellement à 19%, une mesure dont le Parti socialiste estime le coût à 2,5 milliards d'euro et qui, selon les sociaux-démocrates « conduirait le pays à la catastrophe ». Enfin, la formation de l'opposition se prononce pour une révision partielle des privatisations et l'adoption d'une politique plus protectionniste. L'Alliance des jeunes démocrates prévoit de se donner les moyens de faire revenir en Hongrie les étudiants et chercheurs partis à l'étranger en les aidant à trouver du travail dans le pays et à créer leurs propres entreprises. La formation libérale souhaite également augmenter le budget consacré au tourisme et faire de la Hongrie la première destination touristique d'Europe centrale. Le programme de l'Alliance des jeunes démocrates comprend ainsi la construction à Budapest d'un nouveau centre des congrès pouvant accueillir 5 000 personnes. Augmentation des dépenses sociales, baisse des impôts et réduction simultanée du déficit public figurent dans le programme sans que l'Alliance des jeunes démocrates n'explique jamais comment il lui sera possible d'atteindre ces trois buts à la fois. Le coût du programme de l'Alliance des jeunes démocrates a été pourtant estimé par les économistes à 3,8 milliards de forints (environ 15 millions d'euro).

Les deux principales formations politiques mènent une campagne de démonisation de leur adversaire. La présidente du Forum démocratique, Ibolya David, a d'ailleurs tenu des propos très durs envers le Parti socialiste et l'Alliance des jeunes démocrates, soulignant que durant ces dix-sept dernières années, elle n'avait jamais participé à une campagne électorale « aussi pleine de mensonges et de promesses irréalistes ». Le MSZP, la FIDESZ et l'Alliance des démocrates libres ont pourtant signé le 10 mars dernier un code éthique en vue des élections législatives.

L'Alliance des démocrates libres (SZDSZ) a centré sa campagne sur la réforme du système social. La réduction du nombre de parlementaires et l'établissement d'un impôt à taux unique de 20% pour la TVA, l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés figurent également dans le programme de la formation. L'Alliance des démocrates libres, qui présentera 158 candidats au niveau national, a par ailleurs décidé de ne pas s'allier au Parti socialiste à Budapest et de mener sa propre campagne. La formation se bat pour atteindre les 5% de suffrages exprimés indispensables pour être représentée au Parlement. « Nous voulons un système multipartisan, le bipartisme n'est pas une bonne chose » a déclaré son leader, Gabor Kuncze, affirmant qu'il souhaitait que le Forum démocratique atteigne également les 5% des voix.

De son côté, le Forum démocratique (MDF) propose de réduire les impôts et se déclare favorable à l'établissement d'un impôt à taux unique de 18%. Le parti, qui présentera 121 candidats aux prochaines élections, prévoit dans son programme de nombreuses mesures à l'attention des plus jeunes, ainsi que la création d'un ministère de la Jeunesse.

Le Forum démocratique, membre de la coalition gouvernementale emmenée par l'Alliance des jeunes démocrates de 1998 à 2002, a choisi de ne pas faire alliance avec la FIDESZ pour ces élections législatives. « Le Forum démocratique est une formation de centre-droit. Alors que nos membres sont proches de l'Alliance des jeunes démocrates, ce parti est devenu, en particulier depuis l'année passée, une formation développant une rhétorique populiste de gauche digne de l'ère de Janos Kadar (Chef du gouvernement après l'insurrection de 1956 jusqu'en 1958 et entre 1961 et 1965, premier secrétaire du Parti communiste de 1956 à 1988), sans parler du comportement de ses militants envers nos candidats » a déclaré Ibolya David. Celle-ci faisait allusion aux menaces et au chantage exercé par un militant de l'Alliance des jeunes démocrates (Zoltan Bago) sur un candidat du Forum démocratique, en l'occurrence Imre Romsics, pour que celui-ci retire sa candidature afin de favoriser le candidat de la FIDESZ. Dès qu'elle a pris connaissance de cette affaire, l'Alliance des jeunes démocrates a immédiatement réagi en excluant de ses listes électorales et du parti le militant incriminé. Viktor Orban a rédigé une lettre d'excuse à Ibolya David. La formation centriste a cependant affirmé que vingt-sept de ses candidats avaient été menacés de la sorte par les représentants de l'Alliance des jeunes démocrates et décidé de porter plainte en justice contre ces agissements.

Le 16 mars dernier s'est déroulé le premier débat électoral télévisé qui a vu s'affronter le ministre de l'Economie Janos Korda (MSZP) et le chef du groupe parlementaire de l'Alliance des jeunes démocrates, Janos Ader. Les deux hommes ont débattu des problèmes de l'énergie, de l'Etat providence et de la famille. Les candidats au poste de Premier ministre, Viktor Orban (FIDESZ) et Ferenc Gyurcsany (MSZP), se retrouveront en face-à-face le 5 avril prochain. Deux jours plus tôt, les deux hommes participeront à un débat télévisé auquel seront également présents Gabor Kuncze (SZDSZ) et Ibolya David (MDF).

Pour la première fois depuis 1990, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), soulignant le caractère désormais « honnête et professionnel des scrutins en Hongrie », a décidé de ne pas envoyer d'observateurs pour ces prochaines élections.

Environ 5 000 Hongrois vivant à l'étranger se sont fait enregistrer en vue du scrutin des 9 et 23 avril prochains. Les Hongrois du Royaume-Uni en constituent la part la plus importante (environ 700 personnes). Les analystes politiques s'attendent, pour les élections législatives du mois prochain, à une participation plus faible que lors du scrutin des 7 et 21 avril 2002 (70,43% au premier tour et 73,47% au deuxième). Selon les enquêtes d'opinion, les proches du Parti socialiste au pouvoir semblent les plus mobilisés : 76% d'entre eux se disent certains de se rendre aux urnes contre 73% parmi les sympathisants de l'Alliance des jeunes démocrates. Les électeurs des autres formations apparaissent moins mobilisés : 67% des proches du Forum démocratique et 64% des sympathisants de l'Alliance des démocrates libres se déclarent sûrs d'aller voter.

Alors que l'Alliance des jeunes démocrates a longtemps fait la course en tête, elle est rejointe depuis peu par le Parti socialiste. Le 16 mars dernier, les sociaux-démocrates ont même pris la tête de la course dans une enquête d'opinion réalisée par l'institut Median et publiée par l'hebdomadaire HVG. Le Parti socialiste recueillerait ainsi 37% des intentions de vote, contre 32% pour l'Alliance des jeunes démocrates. Selon ce sondage, l'Alliance des démocrates libres dépasserait le seuil des 5% des voix indispensable pour être représentée au Parlement, contrairement au Forum démocratique qui ne recueillerait que 3% des suffrages. Environ deux électeurs sur dix restent cependant indécis (22%). Le 24 mars, un nouveau sondage réalisé par l'institut Szonda Ipsos et publié dans le journal Nepszabadsag créditait le Parti socialiste de 30% des intentions de vote, contre 28% pour l'Alliance des jeunes démocrates.

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