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La coalition de centre-droit au pouvoir sort victorieuse des élections législatives

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Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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9 octobre 2006
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

Robert Schuman Fondation

Fondation Robert Schuman

Le Parti du peuple (TP), formation du Premier ministre Aigars Kalvitis, est arrivé en tête des élections législatives qui se sont déroulées en Lettonie le 7 octobre, les premières depuis l'entrée du pays dans l'Union européenne le 1er mai 2004. Le parti recueille 19,49% des suffrages, soit 2,81 points de plus que lors du dernier scrutin du 5 octobre 2002, et 23 sièges (+3). Aigars Kalvitis est donc le premier Chef de gouvernement à être reconduit dans ses fonctions par les urnes depuis l'indépendance du pays le 21 août 1991. Deuxième parti de la coalition gouvernementale, l'Union des fermiers et des verts (ZZS) d'Augusts Brigmanis, arrive en deuxième position, obtenant 16,69% des voix, en forte hausse par rapport à 2002 (+7,22 points), et 18 sièges (+6). Le Parti du peuple arrive en tête dans le district électoral de Vidzeme tandis que l'Union des fermiers et des verts le devance dans ceux de Kurzeme et Zemgale, situés à l'Ouest du pays. La troisième formation gouvernementale, Premier de Lettonie (LPP) d'Ainars Slesers, enregistre en revanche un recul. Elle recueille 8,59% des suffrages (-0,98 point) et 10 sièges. Ses positions conservatrices (et anti-homosexuelles) et son alliance électorale avec la Voie lettone (LC) n'ont pas séduit les électeurs. Au total, la coalition gouvernementale sortante obtient 44,77% des voix et 51 des 100 de la Saeima, soit la majorité absolue.

Rivale du Parti du peuple bien que située aussi au centre-droit de l'échiquier politique, l'ancienne formation gouvernementale, Nouvelle ère (JL), qui a quitté le gouvernement en avril dernier, arrive en troisième position avec 16,38% des voix, un recul de 7,60 points par rapport au dernier scrutin législatif, et 18 sièges (-8 ).

La véritable surprise de ce scrutin réside dans la percée du Centre de l'harmonie (SC) qui recueille 14,42% des suffrages (17 sièges), soit environ 8 points de plus par rapport aux enquêtes d'opinion pré-électorales. Dirigé par l'ancien journaliste de la First Baltic Channel, Nils Usakovs, le Centre de l'harmonie est une formation russophone. Défenseur de la diversité de la population et favorable au libre choix de chacun de choisir la langue dans laquelle ses enfants seront éduqués, le parti apparaît plus modéré que son principal concurrent, Pour les droits de l'homme dans une Lettonie unie (PVTCL). « Le résultat du Centre de l'harmonie pourrait bien être le signe d'un déclin du radicalisme et de la polarisation » analyse Nils Muiznieks, ancien ministre de l'Intégration et professeur de science politique à l'université de Lettonie. Une nouvelle fois, une formation de création récente (le Centre de l'harmonie a été fondé en 2005) créé la surprise aux élections législatives en Lettonie. Le bon résultat du Centre de l'harmonie a entraîné la chute de Pour les droits de l'homme dans une Lettonie unie, dirigé conjointement par la députée européenne Tatjana Zdanoka et Jakovs Pliners. Avec 6,02% des voix et 6 sièges, le parti enregistre un recul de 13,07 points et de 19 sièges par rapport à 2002. Ensemble, les deux formations russophones ont recueilli 20,44% des suffrages, soit légèrement plus que la seule Pour les droits de l'homme dans une Lettonie unie il y a quatre ans (+1,35 point). Les deux partis russophones obtiennent leurs meilleurs résultats dans les districts de Riga et Latgale (respectivement 33,49% et 35,66%).

Enfin, un septième parti a franchi le seuil de 5% des suffrages exprimés indispensable pour être représenté à la Saeima, Chambre unique du Parlement : l'Union pour la patrie et la liberté (TB/LNNK) de Janis Straume qui obtient 6,95% et 8 sièges (+1), soit 1,56 point de plus qu'il y a quatre ans.

La participation s'élève à 62,20% et est en forte baisse par rapport à celle enregistrée lors des dernières élections législatives du 5 octobre 2002 (-9,2 points). Selon le directeur de l'institut d'opinion Latvijas Fakti, Aigars Freimanis, ce recul est « la conséquence de l'immigration ». La Présidente de la République, Vaira Vike-Freiberga, était pourtant intervenue le 5 octobre dernier à la télévision pour encourager ses concitoyens à se rendre aux urnes. « Si vous ne votez pas, vous n'avez pas le droit de vous plaindre de ce qui se passe dans le pays » avait-elle déclaré. Le jour du scrutin, elle avait renouvelé ses propos alors qu'elle se rendait à son bureau de vote en affirmant « Si un citoyen ne fait pas son choix maintenant, quelqu'un d'autre le fera à sa place ».

« Les électeurs soutiennent le gouvernement actuel » a déclaré, à l'annonce des résultats, le Premier ministre Aigars Kalvitis, qui a qualifié sa victoire « d'historique ». « Je suis prêt à continuer à diriger le gouvernement. Il n'est pas facile de dire combien de temps il faudra pour former une nouvelle coalition mais nous devons être prêts dans un mois, avant le sommet de l'Otan» a-t-il ajouté. La Lettonie accueille en effet à la fin du mois de novembre le sommet des chefs d'Etat et de gouvernement membres de l'Otan.

« Nous n'avons jamais fait de promesses que nous ne pouvions tenir. Nous avons su nous montrer pragmatiques, patriotes et efficaces. Nous avons prouvé que l'on pouvait nous faire confiance » a affirmé le ministre des Affaires étrangères, Artis Pabriks, pour expliquer la victoire de sa formation.

Agé de 40 ans, Aigars Kalvitis est diplômé en agriculture de l'université de Lettonie. Secrétaire général du syndicat des producteurs laitiers de 1994 à 1998, il entre en politique en 1997 en participant à la création du Parti du peuple. Elu député lors des élections législatives du 3 octobre 1998, il devient ministre de l'Agriculture dans le gouvernement dirigé par Andris Skele (TP) en 1999, puis ministre de l'Economie de 2000 à 2002 dans celui conduit par Andris Berzins (LC). Réélu député lors des élections législatives du 5 octobre 2002, il est élu chef du groupe parlementaire du Parti du peuple avant d'être nommé Premier ministre le 2 décembre 2004, à la tête d'une coalition regroupant sa propre formation, l'Union des fermiers et des verts, Nouvelle ère et Premier de Lettonie.

Aigars Kalvitis devrait faire appel à un autre partenaire pour conforter sa majorité parlementaire. Il pourrait se tourner vers Nouvelle ère, mais aussi vers le parti russophone, le Centre de l'harmonie, ce qui constituerait une première dans le pays. « Je doute que le Parti du peuple essaie de coopérer avec Nouvelle ère. Il y a trop de problèmes de personnes. Mais le Centre de l'harmonie pourrait être invité à participer au gouvernement. Idéologiquement, la formation est un parti du centre plutôt que de gauche» considère le politologue Ivars Indans. Le parti russophone, qui semble avoir rassemblé au-delà de l'électorat de la minorité russe, a, durant ces derniers mois, soutenu plusieurs projets de la coalition gouvernementale minoritaire d'Aigars Kalvitis. Enfin, certains de ses membres possèdent une solide expérience politique, ce qui pourrait encore inciter le Parti du peuple à s'associer avec cette formation.

« Il serait logique que le gouvernement soit constitué des formations qui ont recueilli le plus grand nombre de suffrages » a déclaré à la télévision l'ancien Premier ministre et leader de Nouvelle ère, Einars Repse. « Notre but est de diriger la prochaine coalition gouvernementale ou d'y participer » a affirmé l'ancien ministre de l'Economie Krisjanis Karins (JL). De nombreux analystes de la vie politique considèrent cependant que Nouvelle ère a été à l'origine de trop nombreux conflits pour qu'Aigars Kalvitis prenne de nouveau le risque d'une alliance avec la formation d'Einars Repse.

« Il n'y a aucun doute que la prochaine coalition gouvernementale sera formée par des partis de centre-droit et qu'elle sera très similaire sinon identique à celle d'aujourd'hui. Toutes les indications montrent que le paysage politique de la Lettonie restera largement inchangé» a affirmé le directeur de l'institut d'opinion Latvijas Fakti, Aigars Freimanis. Le politologue Ivars Indans partage cette opinion : « Nous aurons un gouvernement de centre-droit, similaire à celui que nous avons aujourd'hui ».

La Présidente de la République, Vaira Vike-Freiberga, s'est dit confiante dans le fait que le Premier ministre et le gouvernement seront rapidement désignés et confirmés par le Parlement, à la différence de ce qui s'était passé lors des dernières élections législatives du 5 octobre 2002 où cette opération avait pris six semaines. « Je pense que cela sera plus facile parce que les leaders des formations politiques ont exprimé le désir de travailler ensemble » a-t-elle déclaré. « Il est évident qu'Aigars Kalvitis sera le prochain Premier ministre » a souligné le politologue de l'université de Lettonie, Daunis Auers. « J'ai du mal à imaginer que quelqu'un d'autre puisse être nommé à ce poste » a confirmé le politologue Karlis Streips.

Longtemps politiquement instable (12 coalitions gouvernementales différentes se sont succédé en 15 ans), la Lettonie, pays de l'Union européenne qui connaît actuellement la plus forte croissance économique (10% l'an passé et 12% au premier semestre 2006), a toujours maintenu un cap économique libéral. Le Premier ministre Aigars Kalvitis s'est engagé à poursuivre sa politique de rapprochement avec les différents pays de l'Union européenne et à travailler à ce que la Lettonie puisse adopter l'euro le plus tôt possible. « Le soutien à l'Union européenne est élevé parmi les Lettons. En rencontrant les gens, j'ai constaté qu'ils vivaient beaucoup mieux qu'il y a quelques années » a-t-il déclaré.

Résultats des élections législatives du 7 octobre 2006 en lettonie

participation : 62,20%

source : commission électorale lettone

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