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Le parti de l'indépendance arrive largement en tête des élections législatives islandaises

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Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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14 mai 2007
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

Robert Schuman Fondation

Fondation Robert Schuman

Le Parti de l'indépendance (SJ) du Premier ministre, Geir H. Haarde, est arrivé largement en tête des élections législatives qui se sont déroulées le 12 mai dernier. Il recueille 36,6% des suffrages et remporte 25 sièges, soit +3 par rapport au dernier scrutin du 10 mai 2003. Il est suivi du Parti de l'alliance social-démocrate (SF) de Ingibjörg Solrun Gisladottir qui obtient 26,8% des voix et 18 sièges (-2). Le Mouvement de gauche-Les Verts (VG) dirigé par Steingrimur Sigfusson enregistre une forte progression, recueillant 14,3% des suffrages et 9 sièges (+4). En revanche, le Parti du progrès (FF), membre de la coalition gouvernementale sortante, est en recul, obtenant 11,7% des voix et 7 sièges (-5). Son président, le ministre sortant de l'Industrie et du Commerce, Jon Sigurdsson, échoue même à retrouver son siège. Le Parti libéral (F), dirigé par Gudjon Kristjansson, recueille 7,3% des suffrages et obtient 4 sièges comme en 2003. Enfin, le Mouvement-terre vivante, formation écologiste créée le 22 mars dernier par le journaliste Omar Ragnarsson, obtient 3,3% des voix et échoue à entrer à l'Althing. La participation s'est élevée à 83,6%, soit un résultat inférieur de 4,2 points à celui de 10 mai 2003.

Successeur le 16 octobre 2005 de l'ancien Chef du gouvernement (1991-2004) David Oddsson, personnalité qui a dominé la vie politique durant 15 ans, le Premier ministre Geir H. Haarde, qui s'est dit « très heureux des résultats obtenu par son parti », a donc parfaitement réussi à conduire de nouveau sa formation à la victoire (le Parti de l'indépendance a remporté les élections législatives de 1991, 1995, 1999 et 2003). Le Parti du progrès, en revanche, déjà défait aux élections municipales du 27 mai 2006, n'est pas parvenu à renouer avec ses électeurs. La coalition gouvernementale sortante (Parti de l'indépendance-Parti du progrès) sauve d'extrême justesse sa majorité (32 sièges). Cependant, le Parti du progrès ne devrait pas participer au prochain gouvernement.

« Si les résultats sont confirmés, nous quitterons le gouvernement. C'est une déception Ce résultat est l'affirmation solide que nous devrions nous retirer. Nous écouterons le jugement des électeurs qui ont appelé à ce que la direction de la politique change de main » a déclaré son président Jon Sigurdsson à l'annonce des premiers résultats. Quelques voix s'étaient déjà élevées durant la campagne électorale pour signifier que la formation pourrait ne pas souhaiter renouveler son partenariat avec le Parti de l'indépendance à la tête de l'Etat. Valgerdur Sverrisdottir, ministre des Affaires étrangères, avait déclaré que son parti ne devrait pas participer à un gouvernement si ses résultats aux élections législatives du 12 mai n'étaient pas satisfaisants. Quelques semaines plus tôt, le ministre de l'Agriculture, Gudni Agustsson (FF), s'était exprimé dans des termes comparables. « Le gouvernement qui a obtenu les meilleurs résultats économiques d'Europe a été puni ».

Le Parti de l'indépendance a également indiqué qu'il pourrait être tenté par d'autres alliances. Le Premier ministre avait indiqué à la veille du scrutin que « si la coalition gouvernementale s'écroulait, il démissionnerait ». « Même si nous obtenons la majorité, il n'est pas sûr que nous reformions la même coalition. Notre système politique est tel que tout le monde doit pouvoir travailler ensemble » a déclaré Geir H. Haarde, ajoutant « Nous collaborerons avec tout parti qui sera d'accord avec nous sur les dossiers qui nous importent le plus ». « Ce vote est une victoire personnelle pour le Premier ministre, mais la coalition actuelle ne devrait pas survivre » a affirmé l'analyste politique, Jon Hakon Magnusson.

Du côté de l'opposition, si le Parti de l'alliance social-démocrate a largement dominé ses partenaires du Mouvement de gauche-Les Verts, ces derniers ont cependant parfaitement réussi leur percée. Ils sont parvenus à imposer les thèmes environnementaux au cœur de la campagne électorale, obligeant les autres formations à se positionner clairement sur les grands projets industriels, qui s'ils constituent le moteur de la croissance économique de l'île, mettent en danger l'environnement et, par là même, la qualité de vie des Islandais. Le Mouvement de gauche-Les Verts souhaite que le développement de certains projets industriels, notamment la construction de hauts-fourneaux alimentés par énergie géothermique et hydroélectrique, soient suspendus pour que leurs effets réels sur l'environnement puissent être évalués. Fin mars, les habitants de Hafnarfjördur avaient rejeté par référendum une extension d'une fonderie d'aluminium de l'entreprise Alcan.

« Ce sont les élections les plus excitantes depuis des décennies. L'important, c'est que le gouvernement sortant perde. Il nous faut un nouveau gouvernement efficace, puissant, de gauche de préférence, dont les sociaux-démocrates seraient le pilier central » avait déclaré la leader du Parti de l'alliance sociale-démocrate, Ingibjörg Solrun Gisladottir, le jour du vote. A l'annonce des premiers résultats, elle s'est félicitée du score de sa formation et demandé « une union des forces de gauche ».

Enfin, le Parti libéral n'a visiblement pas souffert des réactions négatives qu'avaient provoqué en novembre 2006 les critiques de plusieurs de ses membres sur la politique d'immigration du gouvernement, le thème de l'immigration n'ayant jusqu'alors jamais été utilisé par aucun parti politique en Islande au contraire de ce qui a pu se passer en Norvège ou au Danemark. La formation se maintient par rapport aux élections législatives de mai 2003 sans enregistrer aucune progression.

Les négociations en vue de la formation de la future coalition gouvernementale s'annoncent longues et difficiles pour le Premier ministre. Les deux coalitions gouvernementales les plus probables selon les observateurs de la vie politique sont les suivantes : une alliance Parti de l'indépendance/Parti de l'alliance social-démocrate conduite par le Premier ministre sortant Geir H. Haarde ou bien un partenariat Parti de l'alliance social-démocrate/Mouvement de gauche-Les Verts/Parti du progrès qui ferait d'Ingibjörg Solrun Gisladottir la future Chef du gouvernement. Certains imaginent également que dans cette dernière coalition, le Parti libéral pourrait remplacer le Parti du progrès.

Une coalition Parti de l'indépendance/Parti de l'alliance social-démocrate risque d'être cependant difficile, les deux formations étant en désaccord sur des sujets importants tels que la poursuite de certains projets industriels, la place de l'Islande en Europe ou encore la redistribution des fruits de la croissance, le Premier ministre étant favorable à de nouvelles réductions d'impôts pour les entreprises quand la présidente sociale-démocrate souhaite une réduction des inégalités et une plus grande prise en compte des besoins des catégories les plus exposées.

Les discussions d'états-majors seront longues et il faudra probablement attendre plusieurs semaines pour connaître la composition du prochain gouvernement. La tradition veut que la principale formation de la coalition gouvernementale occupe le poste de Premier ministre tandis que le deuxième parti de la coalition gère le portefeuille des Affaires étrangères.

Résultats des élections législatives du 12 mai 2007 en Islande :

Participation : 83,6%

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