Elections législatives en Islande, le point à une semaine du scrutin

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Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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7 mai 2007
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

Robert Schuman Fondation

Fondation Robert Schuman

Le 12 mai prochain, environ 200 000 Islandais sont appelés aux urnes pour renouveler les 63 membres de l'Althing, Chambre unique du Parlement. A une semaine du scrutin, le Parti de l'indépendance (SJ) du Premier ministre Geir H. Haarde est en tête des intentions de vote dans toutes les enquêtes d'opinion, recueillant autour de 40% des suffrages. Il est suivi par la principale formation de l'opposition, le Parti de l'alliance social-démocrate (SF), qui obtiendrait entre 20% et 25% des voix. La principale question concerne la composition du futur gouvernement. Les observateurs politiques envisagent plusieurs coalitions possibles : la reconduction de l'actuel gouvernement, Parti de l'indépendance-Parti du progrès (FF) ; une alliance des formations de gauche et du centre (Parti de l'alliance social-démocrate- Mouvement de gauche-Les Verts (VG) et Parti du progrès) ; ou une coalition gauche/droite (Parti de l'indépendance-Parti de l'alliance social-démocrate).

La liste de l'Alliance pour le combat (BS) pour la défense des droits des personnes âgées et des invalides dirigée par Arndis Björnsdottir s'est retirée de l'unique circonscription dans laquelle elle présentait des candidats (Nord-Est).

Les 14 et 15 avril, le Parti de l'alliance social-démocrate a tenu son congrès national au cours duquel sa présidente, l'ancienne maire de Reykjavik, Ingiblorg Solrun Gisladottir, a qualifié la dernière législature de période tourmentée évoquant, entre autres, l'engagement des troupes en Irak (auquel le Parti est opposé), la gestion des retraites et la loi sur les médias (le 2 juin 2004, Olafur Ragnar Grimsson avait apposé son veto, une première dans l'histoire du pays, à une loi sur les médias votée le 25 mai précédent par le Parlement et qui entendait lutter contre les concentrations jugées susceptibles de restreindre la liberté du consommateur au niveau économique et au plan politique ; cette loi a finalement été abrogée le 22 juillet 2004). Ingiblorg Solrun Gisladottir a affirmé que la prospérité du pays était inégalement partagée et s'est engagée à lutter contre la pauvreté, à réformer le régime de retraites des fonctionnaires, à accroître le nombre de places dans les maisons de retraite et à augmenter les allocations sociales en faveur des familles. Elle souhaite engager l'Islande dans l'économie du savoir et développer les nouvelles technologies. Enfin, le Parti de l'alliance social-démocrate a rappelé qu'il était favorable à l'adhésion de l'Islande à la zone euro et à l'Union européenne.

Interrogé par le journal Vidskiptabladid sur les partenaires avec lesquels sa formation envisage de gouverner en cas de victoire aux élections législatives du 12 mai prochain, Ingiblorg Solrun Gisladottir a refusé de s'exprimer sur ce sujet, estimant que le résultat des élections législatives répondrait de lui-même à cette question.

Le même week-end se tenait également le congrès national du Parti de l'indépendance. Geir H. Haarde a été réélu à la tête de la principale formation de la coalition gouvernementale avec 95,8% des suffrages et la ministre de l'Education, de la Culture et de la Science, Thorgerdur Katrin Gunnarsdottir, a été réélue à la vice-présidence avec plus de 91% des voix.

« L'Islande est devenu ce que le Parti de l'indépendance avait promis, le pays de toutes les opportunités » a déclaré le Premier ministre, affirmant que durant ses 16 années à la tête de l'Etat, le Parti de l'indépendance avait apporté la prospérité en libéralisant l'économie, en privatisant les entreprises et en diminuant les impôts. « Nous avons réussi à renforcer les fondations économiques de l'Islande en suscitant l'admiration du monde entier » a souligné Geir H. Haarde qui s'est félicité du bilan économique du gouvernement : taux de chômage estimé à 2% pour les trois premiers mois de l'année, 60% d'augmentation du pouvoir d'achat des habitants et dette de l'Etat inexistante.

Le Premier ministre a également indiqué que le Parti de l'indépendance ne se joindrait pas au concert de promesses des formations de gauche et rappelé que l'opposition avait récemment promis d'augmenter les dépenses de l'Etat. « Les dépenses de l'Etat ne doivent pas augmenter plus que la croissance de l'économie nationale » a t-il répété. Geir H. Haarde a démenti les propos des formations de gauche sur un accroissement des inégalités en Islande, citant un rapport de l'Office des statistiques qui compare l'Islande à d'autres Etats européens et où il apparaît que le pays est plus égalitaire que la plupart de ses voisins.

Enfin, le Premier ministre a réaffirmé son opposition à l'adhésion de l'Islande à l'Union européenne (« la plus mauvaise option » selon lui), arguant du fait que le pays ne pourrait plus bénéficier de sa position s'il la rejoignait. Il reconnaît toutefois que l'appartenance du pays à l'Espace économique européen (EEE) a joué un rôle important dans la réussite économique du pays.

Après un début de campagne très focalisé sur les thèmes environnementaux, les questions socioéconomiques ont repris leur place au cœur du débat. Les thèmes de l'Etat providence et des personnes âgées figurent au centre de cette campagne. « Il s'agit de savoir, pour ces élections législatives, si l'on continue ou non sur la voie du progrès que nous avons ouverte ou si l'on souhaite mettre un frein à ce progrès et entrer dans une période de stagnation » a déclaré le Premier ministre dans un entretien au journal Vidskiptabladid. Selon lui, les Islandais doivent décider s'ils souhaitent que le Parti de l'indépendance continue à conduire le pays et donc rester à la tête du gouvernement. Le Premier ministre a également noté que les réductions d'impôt avaient constitué un enjeu moins important dans la campagne électorale de 2007 qu'elles ne l'avaient été lors des précédentes élections législatives du 10 mai 2003, précisant que le Parti de l'indépendance souhaitait bien poursuivre la baisse des taxes.

Voulant rassembler l'ensemble de la société, le Parti de l'indépendance s'est positionné durant cette campagne électorale au centre de l'échiquier politique, tandis que le Parti de l'alliance social-démocrate a dû se déplacer vers la gauche pour espérer rallier les sympathisants du Mouvement de gauche-Les Verts, la formation écologiste devançant encore largement les sociaux-démocrates il y a quelques semaines. Les Verts doivent affronter la concurrence du Mouvement islandais-terre vivante, formation écologiste qui se veut « à 100% vert », créée le 22 mars dernier et dirigée par le journaliste Omar Ragnarsson. Le parti demande l'arrêt immédiat de tout projet industriel durant cinq ans afin de faire la lumière des effets réels de l'industrie sur l'environnement. La formation est cependant positionnée sur la gauche de l'échiquier politique, mettant l'accent sur la défense des droits des enfants, des personnes âgées, des handicapés, ainsi que des immigrés vivant en Islande et se battant pour l'accès de tous à une meilleure éducation et à la formation professionnelle.

Selon la dernière enquête d'opinion publiée le 6 mai par le quotidien Frettabladid, le Parti de l'indépendance arriverait en tête des élections législatives du 12 mai prochain en recueillant 42,5% des suffrages, soit 28 députés. Il serait suivi du Parti de l'alliance social-démocrate qui obtiendrait 24% des voix (16 élus), du Mouvement de gauche-Les Verts (16% et 10 députés), du Parti du progrès (9,5% et 6 élus) et du Parti libéral (F), 5,4% et 3 députés. Le Mouvement islandais-terre vivante recueillerait 2,1% des suffrages. Le net recul du Mouvement de gauche-Les Verts ces dernières semaines (la formation était créditée de 28% des suffrages il y a encore un mois) semble avoir profité majoritairement au Parti de l'Alliance social-démocrate.

Si le Parti de l'indépendance a toujours affiché sa préférence pour un gouvernement rassemblant seulement deux formations politiques, à une semaine du scrutin, Geir H. Haarde a déclaré n'exclure aucune coalition.

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