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Victoire sans surprise de Dmitri Medvedev à l'élection présidentielle russe

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Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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3 mars 2008
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

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Victoire sans surprise de Dmitri Medvedev à l'élection présidentielle russe

PDF | 190 koEn français

Dmitri Medvedev a remporté le 2 mars 2008 l'élection présidentielle russe dès le 1er tour de scrutin, une élection qui s'apparentait plus à une passation de pouvoir qu'à un véritable scrutin. Successeur désigné du Président russe sortant, Vladimir Poutine, Dmitri Medvedev a recueilli 70,28% des suffrages. Il devance Guennadi Ziouganov (Parti communiste, KPRF) qui obtient 17,75% des voix, Vladimir Jirinovski (Parti démocrate libéral, LDPR), qui recueille 9,36% des suffrages et Andreï Bogdanov (Parti démocratique de Russie, DPR), 1,29%.

La participation s'est élevée à 63,78%, soit légèrement inférieure à celle enregistrée lors de la dernière élection présidentielle du 14 mars 2004 (- 0,61 point).

"Nous avons choisi le chemin du développement pour de nombreuses années et nous allons poursuivre la voie tracée ces dernières années. En renforçant la stabilité et en augmentant le niveau de vie, nous pouvons maintenir le cap fixé par Vladimir Poutine et nous avons toutes les chances de le faire. Vladimir Poutine et moi-même avons confiance l'un dans l'autre, c'est probablement le plus important. Nous allons mener une politique internationale indépendante, celle-là même que nous avons menée ces 8 dernières années, avec l'objectif principal de protéger nos intérêts nationaux sur tous les fronts et par tous les moyens possibles, tout en restant bien sûr dans le domaine légal" a déclaré Dmitri Medvedev dès l'annonce des résultats. Le nouveau Président de la Fédération de Russie a tenu un meeting sur la place Rouge à Moscou avec Vladimir Poutine. "Je vous remercie, ainsi que tous les citoyens de la Russie qui se sont déplacés dans les bureaux de vote. Cela signifie qu'on vit dans un Etat démocratique et que notre société civile devient vraiment efficace, responsable et active" a souligné Vladimir Poutine, affirmant que l'élection de Dmitri Medvedev garantissait la poursuite de sa politique. "L'élection a eu lieu. Notre candidat Dmitri Medvedev a une solide avance et je lui souhaite du succès. L'élection présidentielle s'est déroulée en stricte conformité avec la Constitution. Une telle victoire implique beaucoup d'obligations et servira de garantie que le cours que nous avons suivi ces huit dernières années, sera poursuivi" a t-il poursuivi.

"C'est une élection peu honnête. J'ai une liste de 201 violations, toutes plus cyniques les unes que les autres" a déclaré Guennadi Ziouganov à l'annonce des résultats. Le candidat communiste a assuré avoir le soutien de 25% à 35% des Russes et affirmé "Pour moi, Dmitri Medvedev n'a pas gagné". Il s'est plaint notamment d'irrégularités dans les opérations de vote dans l'Extrême-Orient russe. "Je suis étonné que certains gouverneurs régionaux aient pris la parole hier pour appeler les électeurs à soutenir le parti du pouvoir" a t-il indiqué, annonçant qu'il allait engager une action en justice. "Nous sommes en possession de preuves de falsification des élections et nous irons en justice" a-t-il précisé. Il s'est toutefois déclaré satisfait de sa 2e position "dans le contexte de la campagne menée par les autorités".

Le candidat ultranationaliste Vladimir Jirinovski a fait part de son intention de se pourvoir en justice pour contester les résultats de l'élection présidentielle. "Nous ferons obligatoirement appel devant la justice, mais cela ne donnera rien" a t-il déclaré.

L'Organisation non gouvernementale russe Golos a dénoncé des irrégularités : bourrages d'urnes, observateurs refoulés des bureaux de vote ou salariés forcés d'aller remplir leur devoir civique sous la menace de sanctions. "Le tableau est très sombre. Il y a eu des intimidations, certaines personnes ont été obligées de voter sur leur lieu de travail. Nous avons assisté à des fraudes similaires à celles que nous avons connues lors des précédentes élections législatives du 2 décembre dernier qui sont malheureusement devenu la norme" a déclaré Lilia Shibanova du comité exécutif de l'ONG.

Les rares observateurs occidentaux chargés de surveiller l'élection présidentielle ont fait part de leurs préoccupations sur les irrégularités du scrutin et le déroulement de la campagne électorale. La mission d'observateurs de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) a estimé que "l'élection présidentielle n'a pas été libre et juste et n'a pas atteint son potentiel démocratique" selon son chef Andreas Gross. Cette mission était la seule délégation occidentale présente en Russie pour ce scrutin, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ayant annulé sa mission après que les autorités ont empêché ses observateurs de se déployer sur le terrain dans des délais leur permettant d'effectuer correctement leur travail.

L'opposant Garry Kasparov (L'Autre Russie) a dénoncé "une farce qu'on appelle élection mais qui n'est rien d'autre qu'une intrigue du Kremlin". L'ancien champion du monde d'échecs a tenté, sans succès, d'accéder à la place Rouge en brandissant une banderole sur laquelle on pouvait lire "Pas impliqués dans cette mascarade ! C'est une fraude massive, avec une politique d'intimidation, dont on entend parler de Vladivostok jusqu'à Kaliningrad. Les électeurs sont obligés de participer à cette farce. Tout le droit russe est en train d'être violé. Les autorités ont liquidé l'élection dans ce pays. Il est à présent nécessaire de lancer une campagne pour qu'on reconnaisse l'illégitimité de ce scrutin" a t-il affirmé. La veille du scrutin, il a remis à la Commission électorale russe une pétition rassemblant les signatures de 5000 personnes qui condamnent le scrutin qualifié d'"illégitime". Il a également annoncé que son parti organiserait le 3 mars une marche de protestation à Moscou et à Saint-Pétersbourg avec pour slogan "A bas la monarchie et la succession".

L'autre opposant, Mikhaïl Kassianov, leader de l'Union populaire et démocratique de Russie (RNDS) qui s'était vu refuser, le 27 janvier, le droit à être candidat à l'élection présidentielle (la Commission électorale avait jugé que 13,36% des 2 067 000 signatures qu'il avait recueillies afin de pouvoir se présenter étaient invalides), a dénoncé les résultats du scrutin. "Une élection sans choix n'est pas une élection. C'est une opération des services secrets du KGB visant à transférer le pouvoir d'une personne à une autre" a t-il déclaré. "Il n'y a pas de vainqueur, mais les perdants sont les 140 millions de Russes, la Fédération de Russie et sa réputation sur la scène internationale" a affirmé l'ancien Premier ministre (2000-2004) du Président sortant Vladimir Poutine.

"Je crois qu'il est bien préparé, bien formé et moderne. Il a une bonne expérience en tant qu'avocat, il est intelligent, mais il a une faiblesse, il n'a pas travaillé assez longtemps au niveau fédéral" a déclaré l'ancien Secrétaire général du Parti communiste de l'Union soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, à propos de Dmitri Medvedev. L'ancien leader a affirmé que cette élection avait été "meilleure que la précédente, mais loin de ce qu'elle devrait être".

Dmitri Medvedev a fait toute sa carrière dans le sillage de Vladimir Poutine qu'il a connu à la mairie de Saint-Pétersbourg, ville dont il est originaire comme l'actuel Président. Agé de 42 ans, le nouveau Président est diplômé de droit. Il débute même sa carrière en enseignant le droit. De 1990 à 1995, il travaille à la mairie de Saint Pétersbourg dirigée alors par Anatoly Sobtchak. En 1999, Dmitri Medvedev suit Vladimir Poutine à Moscou et devient, en décembre, le chef de la campagne électorale pour l'élection présidentielle de mars 2000. Nommé président du Conseil d'administration de Gazprom en juin 2000, il sera nommé chef de l'administration présidentielle en 2003 puis obtiendra le poste de premier vice-Premier ministre chargé des grands projets nationaux en novembre 2005.

"Un conflit entre Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev est plus que probable, pas à cause de leurs relations personnelles qui sont bonnes mais à cause de la configuration compliquée et controversée du pouvoir. La Présidence de la Fédération est un instrument colossal mais Dmitri Medvedev aura besoin de temps avant de prendre une décision de façon vraiment indépendante" indique Nikolaï Petrov, analyste au Centre Carnegie de Moscou. "Au moins les déclarations de Dmitri Medvedev sont-elles un peu libérales. Il soutient le développement des affaires et il semble favorable à une réduction de l'influence de l'Etat dans l'économie. Il est aussi le plus pro-Européen de toute l'équipe de Vladimir Poutine mais la question est : quelle va être sa marge de manoeuvre ? La réponse à cette question dépend entièrement de l'équilibre entre les différentes influences" déclare Mark Urnov, directeur du think tank Expertiza. "Le couple harmonieux que Vladimir Poutine veut former avec Dmitri Medvedev est un voeu pieux. Le poste de Président rendrait fort un homme politique faible. Celui-ci commencera à se débarrasser de ceux qui l'ont amené au pouvoir" prévoit Alexandre Konovalov, responsable de l'Institut des évaluations stratégiques. "Lorsque vous devenez n°1, vous vous mettez dans les pas de Pierre le Grand, de tous les Ivan et les Alexandre de Russie. Vous devez penser à vous-même comme un tsar. Vous ne pouvez vous dire que vous gardez la place au chaud pour quelqu'un d'autre" affirme Dmitri Trenin, analyste au Centre Carnegie.

Le choix par Dmitri Medvedev de ses collaborateurs devrait fournir les premières indications de ses intentions à la tête de l'Etat.

Le nouveau Président russe, Dmitri Medvedev, sera officiellement investi dans ses fonctions le 7 mai prochain. Le Président sortant, Vladimir Poutine, devrait devenir son Premier ministre.

Résultats de l'élection présidentielle du 2 mars 2008 en Russie

Participation : 63,78%

Source : Commission électorale russe (http://cikrf.ru)

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