Elections législatives et sénatoriales en Roumanie, Le point à une semaine du scrutin

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Corinne Deloy,  

Mirabela Lupaescu

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21 novembre 2008
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

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Mirabela Lupaescu

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2 960 candidats sont en lice pour les élections législatives et sénatoriales qui se dérouleront le 30 novembre prochain en Roumanie : 2 065 pour les 346 sièges de la Chambre des députés (Camera deputatilor) et 895 pour les 143 sièges du Sénat.

Le Parti social-démocrate (PSD), principal parti d'opposition, et le Parti national-libéral (PNL) actuellement au pouvoir, présentent chacun 452 candidats; le Parti libéral-démocrate (PD-L) dirigé par Emil Boc, 451; l'Union démocratique des Hongrois de Roumanie (UDMR), parti membre de la coalition gouvernementale sortante conduit par Marko Bela, 449 et le Parti de la grande Roumanie (PRM), d'extrême droite, 441. 31 personnes se présentent de façon indépendante (28 à la Chambre des députés et 3 au Sénat). Les autorités roumaines ont provisionné 160 millions de lei (45 millions €) pour ce scrutin.

Le Président de l'association Pro démocratie a annoncé son intention d'attaquer la décision du Bureau électoral central de restreindre l'accès des journalistes et des observateurs aux bureaux de vote le jour du scrutin. Le président de l'association a menacé de ne pas légitimer les résultats du vote si cette décision, qu'il a comparée aux mesures prises en Moldavie voisine, est maintenue, L'association Pro démocratie et le Centre roumain pour le journalisme indépendant ont également publié les résultats d'une étude intitulée L'action pour un vote uninominal propre dans laquelle ils citent les noms de 130 candidats (de tous les bords de l'échiquier politique) qui ne peuvent légitimement être élus député ou sénateur soit qu'ils soient soupçonnés d'avoir collaboré avec l'ancien régime communiste, soit qu'ils ne peuvent justifier de leurs revenus ou que leur situation (professionnelle ou personnelle) entre en conflit d'intérêt avec le statut de parlementaire.

Une mesure de la nouvelle loi électorale est largement contestée, celle obligeant les 450 000 étudiants roumains à voter dans leur ville de résidence permanente qui correspond rarement avec celle où ils accomplissent leurs études. La vice-présidente du Parti libéral-démocrate, Raluca Turcan, est allée jusqu'à demander au gouvernement d'émettre une ordonnance d'urgence afin de modifier cette mesure. "Le 30 novembre, nous avons des élections nationales et les étudiants ne doivent pas être exclus du processus électoral par des empêchements bureaucratiques".

Quant aux Roumains de l'étranger, qui possèdent désormais leurs propres circonscriptions, ils peuvent accomplir leur devoir civique dans les ambassades et les consulats de leur pays de résidence. Les autorités roumaines ont mis en ligne Le guide de l'électeur roumain de l'étranger pour mieux informer les expatriés des procédures du vote.

Les salaires et les pensions sont les deux thèmes centraux de cette campagne. Le 27 octobre dernier, le Président roumain Traian Basescu (PD-L) a promulgué la loi accordant une augmentation de plus de 50% des salaires et des pensions de retraite aux enseignants. Cette hausse fait passer la rémunération mensuelle des professeurs et instituteurs de 900 lei à 1350 lei. "Celui qui néglige l'éducation et la considère comme un élément secondaire dépendant des circonstances et des ressources se condamne lui-même pour l'avenir" a t-il déclaré, ajoutant que "l'intelligence est la plus grande ressource d'un pays. Elle constitue 75% des ressources nationales, les autres – le pétrole, le gaz ou le charbon – n'en représentant que 25% . C'est de cette façon que j'explique que des pays comme la Finlande ou le Japon aient si bien réussi et obtiennent de très bons résultats économiques : ils ont un système éducatif très performant" a conclu Traian Basescu qui a encore déploré que les meilleurs professeurs roumains enseignent à l'étranger et que les doctorants partent étudier dans d'autres Etats européens.

Le 27 octobre dernier, il a également promulgué une loi sur le système de santé. Il s'est dit favorable à l'augmentation d'autres catégories de fonctionnaires par exemple ceux travaillant pour la justice. Il a cependant déclaré qu'il souhaitait que la hausse des performances accompagne ces augmentations de salaires. La Roumanie compte 1,5 million de salariés et 4,45 millions de retraités du secteur public. Le Chef de l'Etat, qui répète que l'éducation et la santé devront constituer les priorités du futur gouvernement, assure que l'économie roumaine va continuer à croître en dépit de l'actuelle crise financière et prévoit une croissance du PIB de 4,5% pour 2009.

Selon les analystes financiers, la hausse du salaire des enseignants coûtera environ un milliard € et 0,8% de PIB.

Le Premier ministre Calin Popescu Tariceanu (PNL) a tenté, en vain, de s'opposer à ces augmentations de salaires. "Nous ne sommes pas dans la situation où nous pouvons jeter l'argent par les fenêtres" a-t-il indiqué, qualifiant la loi de "catastrophe économique". Il affirme que la hausse du salaire des enseignants ne peut à elle seule améliorer le système éducatif. Il rappelle également que le programme "Un ordinateur pour chaque étudiant" qu'il souhaitait mettre en place a été bloqué au Sénat par le Parti social-démocrate et le Parti démocrate-libéral.

Calin Popescu Tariceanu, dont le gouvernement a augmenté le salaire minimum de 8% en juillet dernier (celui-ci s'élèvera à 600 lei au 1er janvier prochain), soigne son image de responsable défendant l'intérêt national. "Les élections législatives et sénatoriales mettent à jour chez beaucoup de gens un manque de lucidité qui m'inquiète. Le gouvernement n'autorisera aucun dérapage. Nous n'accepterons pas le sacrifice de l'économie roumaine" a-t-il indiqué affirmant qu'il ne peut augmenter de moitié le salaire des enseignants sous peine de mettre l'économie à genoux. "Les enseignants auront un salaire de moitié plus élevé mais le pain va coûter 5 fois plus cher" a-t-il averti. Selon lui, seule la croissance économique peut permettre d'augmenter les salaires.

Il a donc repoussé au 1er avril 2009 la hausse de 50% des salaires dans l'éducation, proposant aux syndicats enseignants une augmentation immédiate de 28%. Ces derniers ont décliné l'offre, mais accepté de repousser après les élections la grève programmée pour le 18 novembre. "Il n'y a aucun doute sur le fait que la gauche poursuive des objectifs politiques et, plus précisément, électoraux. La gauche a pour objectif de gagner les prochaines élections parlementaires, pas de gouverner la Roumanie" affirme le Premier ministre.

La Commission européenne a mis en garde le pays contre de trop fortes hausses de salaires. "Une augmentation de 50% des salaires fera diminuer la croissance économique et croître l'inflation" peut-on lire dans le rapport de la Commission qui prévoit un accroissement du déficit du pays. Le salaire moyen roumain a cru de 24,6% en un an (entre septembre 2007 et 2008), passant de 1040 lei à 1296 lei.

La crise financière qui a frappé de plein fouet la Roumanie a fortement marqué les discours de campagne. Fin octobre, la Bourse de Bucarest a été obligée de fermer temporairement à la suite de la baisse de 15% des principaux titres. La rapide dévalorisation de la monnaie nationale, bien que contenue par la Banque centrale roumaine, a obligé à revoir à la hausse les prévisions en matière d'inflation. La Banque centrale prévoit désormais une hausse des prix de 6,7% en 2008 et de 4,5% en l'année prochaine.

"Les pressions sur les salaires - ces derniers étant véritablement le thème central de cette campagne électorale - constituent une aubaine pour les formations de l'opposition qui peuvent aisément les utiliser pour attaquer les partis au pouvoir" analyse Catalin Stoica de l'institut d'opinion CURS.

Le Premier ministre a adopté le 18 novembre dernier un plan anti-crise prévoyant de consacrer 10 milliards € à différentes mesures qui devraient entrer en vigueur le 1er janvier 2009. Le plan comprend des baisses d'impôts et l'attribution d'un bonus fiscal de 5% pour les particuliers et pour les entreprises qui paient régulièrement leurs impôts. Parmi ces dernières, celles qui investissent plus de 100 millions € et créent au moins 500 emplois devraient recevoir la somme de 50 millions €. Celles qui embaucheront une personne au chômage depuis au moins 3 mois se verront accorder une subvention de 1000 €. D'après le Chef du gouvernement, ces nouvelles mesures permettront de créer 100 000 nouveaux emplois dans le pays.

Le ministre des Finances, Varujan Vosganian (PNL), a affirmé que le programme de son parti avait été construit avec modération et réalisme et qu'il ne nécessiterait aucune révision après la crise financière. Celle-ci a remis en question la réalisation des promesses électorales faites par les partis politiques les semaines précédentes. Le président de l'Association des analystes financiers, Radu Craciun, a mis en garde contre la facture des promesses électorales : "Personne n'ose dire en pleine campagne électorale qu'il y aura, après les élections, une période d'austérité budgétaire, que les salaires du secteur public risquent d'être gelés et que dans le secteur privé, les augmentations seront limitées".

L'opinion publique est déjà heurtée par le coût total de la campagne électorale qui s'élève à 160 millions de lei, soit 45 millions €. Les spots télé des candidats peuvent atteindre 20 000 €!

Le Parti démocrate-libéral met l'accent sur la gravité de la situation et n'exclut pas une révision au moins partielle de son programme. Son leader, Emil Boc, a annoncé fin octobre qu'il présenterait de façon symbolique le 23 novembre au Parlement une motion de censure spéciale contre le Parti national-libéral. Selon lui, pour le bien des citoyens, le gouvernement doit partir car celui-ci "gouverne dans son seul intérêt, accroissant les fortunes de ses amis et modifiant les lois à sa convenance". Ce texte s'inscrit dans la bataille qui fait rage à droite de l'échiquier politique entre le Premier ministre Calin Popescu Tariceanu et le Président de la République Traian Basescu.

Le Parti social-démocrate a centré son programme sur des mesures sociales. Son leader, Mircea Geoana, souhaite un changement radical de politique. Il entend "dire non à un capitalisme sans pitié et à un socialisme obsolète" et veut enterrer la notion d'Etat minimal. Son programme prévoit un soutien de l'Etat aux banques et une réforme des dépenses de l'Etat. "Je ne veux pas d'un gouvernement de technocrates, le prochain gouvernement sera un gouvernement politique" a t-il affirmé.

Selon la dernière enquête d'opinion réalisée par le Bureau des recherches sociales (BCS) et publiée le 17 novembre dernier, le Parti démocrate-libéral recueillerait 34,7% des suffrages devançant le Parti social-démocrate avec 31,7% et loin devant le Parti national libéral au pouvoir, 20%. Le sondage, financé par la Fondation La Société civile, a été réalisé entre le 10 et le 14 novembre et possède une marge d'erreur de 2,5%. Les spéculations sur les alliances post-électorales entre les 3 grands partis en course vont donc bon train dans les média.

Les déclarations du Président Traian Basescu sur la désignation du futur Premier ministre sont équivoques : "Je veux prévenir les Roumains : même si un parti obtient 51% des suffrages, le choix du Premier ministre ne peut pas être imposé au Président de la République, seulement le parti dont il doit être issu. Et si aucun parti n'obtient 51% des voix, le choix de désigner le Premier ministre m'appartient, comme en 2004. La Constitution nous a rendus dépendants l'un de l'autre. Je dois nommer, en premier lieu, un Premier ministre dans lequel j'ai confiance" a t-il déclaré le 1er novembre dernier. Interrogé sur le candidat du Parti démocrate-libéral à cette fonction, l'économiste et actuel président de la formation, Theodor Stolojan, Traian Basescu a rétorqué qu'"il pouvait y avoir d'autres solutions". Theodor Stolojan est le seul des candidats à la fonction de Premier ministre à ne pas se présenter aux élections législatives.

A la suite des propos de Traian Basescu accusant Viorel Hrebenciuc (leader du groupe parlementaire social-démocrate à la Chambre des députés), Dan Voiculescu (président fondateur du Parti conservateur allié au Parti social-démocrate dans cette campagne électorale), Mircea Geoana et Calin Popescu Tariceanu de planifier un coup d'Etat après les élections parlementaires, Viorel Hrebenciuc a déclaré être prêt à s'asseoir à une table avec le Président roumain pour "négocier un gouvernement de coalition Parti social-démocrate-Parti national-libéral". Cette déclaration, qui crédite la possibilité d'une alliance entre les 2 partis, n'a cependant pas reçu l'assentiment du parti au pouvoir.

"Celui qui s'imagine qu'il pourra former le gouvernement seul est un rêveur" a indiqué le vice-président du Parti national-libéral et actuel ministre des Finances, Ludovic Orban, le 18 novembre, en direct dans l'émission Elis le Premier ministre sur la chaîne de télévision Realitatea TV. Dans cette même émission, il a lancé l'idée d'une alliance entre son parti et le Parti démocrate-libéral, déclarant : "J'ai toujours dit que je préférais un gouvernement avec le Parti démocrate-libéral, qui, même s'il garde quelque chose de l'Internationale socialiste à laquelle il a longtemps adhéré, reste de droite. Avec une partie de ses membres, nous avons réussi à imposer le taux d'imposition unique (fixé à 16% depuis le 1er janvier 2005) et une autre série de mesures qui ont permis à la Roumanie de connaître la croissance économique". Cette main tendue vers le parti de Traian Basescu constitue donc une nouvelle stratégie de la part du parti au pouvoir.

Le Parti démocrate-libéral semble être tenté par une telle alliance. "Je n'exclus pas une collaboration avec le Parti national-libéral. Nous avons eu des divergences importantes avec Calin Popescu Tariceanu, mais nous n'avons jamais eu de problème avec la base du parti" a déclaré le vice-président du parti au pouvoir, Gheorghe Flutur. Une telle coalition Parti national-libéral-Parti démocrate-libéral laisse cependant entière la question de la personnalité qui occupera la fonction de Premier ministre.

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