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Face à la crise, les Européens expriment majoritairement leur confiance aux forces de droite et de centre droit, déjà au pouvoir dans 2/3 des Etats membres

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Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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7 juin 2009
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Deloy Corinne

Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

Robert Schuman Fondation

Fondation Robert Schuman

La droite et le centre droit s'étaient imposés dans 14 Etats membres et la gauche dans 11 lors des élections européennes de 2004. En 2009, la droite et le centre droit sont victorieux dans 20 pays (en Lettonie, si un parti de droite arrive en tête, le scrutin est toutefois difficilement réductible à un conflit entre les deux bords de l'échiquier politique) et la gauche dans seulement 7 - Slovaquie, Malte, Danemark, Grèce, Roumanie, Suède, ainsi qu'en Estonie où le résultat et la deuxième position occupée par le candidat indépendant Indrek Tarand (25,81% des voix) rendent la lecture du scrutin peu aisée.

L'érosion de la participation

La participation est en recul pour ces premières élections à 27 : 43,23% en moyenne dans l'Union, soit -2,4 points par rapport au scrutin de juin 2004. Cependant, ce chiffre global, plus élevé que les sondages ne l'avaient anticipé, doit être nuancé. En effet, dans les 15 plus anciens membres, la participation s'établit à 47,04%, soit un chiffre en léger recul par rapport à celui de 2004 (- 2,06 points). Il existe cependant d'importantes variations entre les Etats membres : le vote est stable en Belgique (90,39%, - 0,42 point) et au Luxembourg (91%, + 2 points), ce qui est assez normal puisque le vote est obligatoire dans ces 2 pays, mais il se maintient également à son niveau de 2004 en Allemagne (43,3%, + 0,27 point), en Finlande (40,3%) et en Espagne (46%), progressant de 0,9 point dans les deux cas. La participation augmente fortement au Danemark (59,52%, + 11,67 points) car un référendum sur l'ordre de la succession au trône y était organisé le même jour, en Suède (45,53%, + 7,73 points) mais aussi, de façon certes plus légère, en Autriche (45,34%, + 2,94 points). La participation a chuté de façon importante dans 2 pays : l'Italie (66,46%, - 6,64 points) où des élections locales partielles se déroulaient le même jour et en Grèce (52,63%, -10,55 points), pays qui traverse depuis plusieurs mois une grave crise politique. En France, au Portugal, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, ce pays votait également pour des élections locales partielles qui mobilisent traditionnellement peu les électeurs, la participation est en recul mais de façon moins importante.

Les choses diffèrent dans les 12 Etats membres qui ont intégré l'Union depuis 2004 et 2007. La participation s'est élevée dans les pays d'Europe centrale et orientale (et dans les îles de Chypre et Malte) à 28,65%, +0,99 point par rapport à 2004 (scrutin auquel la Bulgarie et la Roumanie ne participaient pas). L'ancienneté de l'intégration européenne s'impose donc de nouveau comme un facteur important de la participation au scrutin européen. Comme il y a 5 ans, Malte décroche la palme du civisme puisque 78,81% des électeurs se sont rendus aux urnes (-3,57 points par rapport à 2004), une partie des Maltais renouvelaient aussi leurs représentants locaux. Viennent ensuite la Lettonie avec 52,56% (+11,22 points) et l'Estonie (43,9%, +17,2 points). Il reste que ce taux de participation a constitué une surprise en Lettonie, de nombreux analystes avaient en effet prédit une sorte de "grève des urnes" dans ce pays très affecté par la crise économique. Cette hausse de la participation s'explique en partie par le vote de la communauté russophone, dont une partie ne possède pas la nationalité lettone et ne peut donc pas voter aux élections nationales. De nombreux citoyens russophones s'étaient inscrits sur les listes électorales dans la perspective de ces élections.

En Estonie, le vote par internet, déjà expérimenté lors des élections locales du 16 octobre 2005 et des élections législatives du 4 mars 2007, est l'un des facteurs ayant permis d'augmenter la participation : 14,9% des votants ont utilisé Internet. La crise socioéconomique et gouvernementale a aussi certainement poussé les électeurs à faire entendre leur voix.

La participation reste faible mais augmente légèrement en Pologne (24,53%, + 3,66 points) et en Slovaquie (19,64%, + 2,68 points), deux Etats membres où elle avait été la plus faible en 2004. Elle se maintient en République tchèque (en dépit de l'appel à l'abstention du Président Vaclav Klaus, dont le pays assure la présidence du Conseil de l'Union européenne jusqu'au 30 juin prochain) et en Slovénie.

La participation recule légèrement en Hongrie (36,29%, -2,15 points). Elle chute plus fortement à Chypre (59,4%, -11,79 points) où le vote est obligatoire mais où les autorités avaient annoncé qu'aucune sanction ne serait appliquée en cas d'abstention. Elle s'effondre en Lituanie (20,92%, -27,46 points) où les électeurs étaient appelés aux urnes pour la 3e fois en 8 mois (législatives en octobre 2008 et présidentielle le 17 mai 2009). En 2004, les élections européennes avaient été couplées avec le 1er tour de l'élection présidentielle.

L'indifférence croissante au scrutin européen ne doit cependant pas être lue comme un désintérêt pour l'Europe. Les Etats d'Europe centrale et orientale, où la participation est la plus faible, sont pourtant, selon toutes les enquêtes Eurobaromètre, ceux où les habitants se montrent les plus satisfaits de l'appartenance de leur pays à l'Union et les plus favorables à la poursuite de l'intégration européenne. La faible participation témoigne de la crise de la démocratie représentative et doit être lue au regard de celle que l'on observe depuis plusieurs années aux élections nationales au sein de chacun des Etats membres. Dans la grande majorité des 27 pays, les électeurs sont en effet de moins en moins nombreux à se rendre aux urnes lors de chaque élection nationale.

Ces données ne doivent bien sûr pas nous empêcher de nous interroger sur les raisons pour lesquelles la désignation de la plus grande assemblée transnationale élue au suffrage universel dans le monde mobilise si peu les électeurs. Le succès d'un scrutin requiert au moins 4 conditions : la clarté des enjeux, l'existence de règles communes et compréhensibles, un pluralisme maîtrisé et un débat public polarisé. Aucune d'entre elles n'étaient au rendez-vous. Les partis de gauche avaient même renoncé à présenter un candidat pour le poste de Président de la Commission européenne ; beaucoup prévoyaient la reconduction du président sortant José Manuel Barroso avant même que les citoyens ne se prononcent dans les urnes. La dimension européenne du vote, sans être absente, reste faible. L'érosion continue de la participation menace la légitimité d'une institution, dont le rôle va croissant au fil des années, et rend urgente une réforme de l'organisation des élections européennes au regard de la demande de démocratisation de l'Union exprimée par les citoyens dans les enquêtes d'opinion.

Une large victoire des forces de droite

Les 7e élections européennes au suffrage universel direct ont vu la nette victoire des forces de droite et du centre-droit. Dans 11 des Etats membres où elles sont au pouvoir, elles arrivent en tête du scrutin. En Allemagne, l'Union chrétienne-démocrate (CDU) de la Chancelière Angela Merkel, recueille 30,7% des suffrages et devance de 10 points son rival social-démocrate (SPD), un résultat de bon augure pour les élections législatives prévues le 27 septembre prochain. Le Parti démocrate-libéral (FDP) peut également être satisfait puisqu'il obtient 11%, soit +4,8 points par rapport à 2004. En France, l'Union pour un mouvement populaire (UMP) du Président Nicolas Sarkozy obtient 27,8% des voix (+11,32 points par rapport au Parti socialiste, PS) ; en Finlande, les deux partis du gouvernement, le Rassemblement conservateur (KOK) et le Parti du centre (KESK), recueillent respectivement 23,2% et 19% des suffrages pour 17,5% au Parti social-démocrate (son plus faible résultat électoral depuis 1962) ; en Italie, le Parti du peuple pour les libertés (PDL) du Président du Conseil Silvio Berlusconi échoue à atteindre les 40% des voix mais arrive largement en tête (35,25% des suffrages pour 26,14% au Parti démocrate, PD) ; aux Pays-Bas, l'Appel chrétien-démocrate (CDA) du Premier ministre Jan Peter Balkenende devance, avec 19,9% des voix, son partenaire gouvernemental le Parti travailliste (PvdA) de 7,8 points ; le Parti chrétien-social (PCS/CVS) du Premier ministre sortant Jean-Claude Juncker arrive en tête au Luxembourg avec 31,33% des voix pour 19,42% au Parti socialiste ouvrier (POSL/LSAP) – le Parti chrétien-social remporte également les élections législatives qui se déroulaient le même jour que le scrutin européen dans le Grand-Duché – ; en Pologne, la Plateforme civique (PO) du Premier ministre Donald Tusk écrase ses adversaires en obtenant 44,43% des voix (le parti Droit et justice (PiS) du président Lech Kaczynski obtient 27,4% des suffrages) ; en Lituanie, l'Union du Chef du gouvernement Andrius Kubilius recueille 26,8% des suffrages (+ 8,2 points par rapport au Parti social-démocrate, LSDP) ; en Irlande, le Fianna Fail de Brian Cowen (24,08%) est devancé mais par un autre parti de droite, le Fine Gael (FG) qui obtient 29,13% des voix et en Belgique, les Libéraux et démocrates flamands (Open VLD) arrivent en tête du scrutin au niveau national (le Parti socialiste retrouve sa place de première force politique en Wallonie). Enfin, en République tchèque, le Parti démocrate-civique (ODS) du précédent Premier ministre Mirek Topolanek recueille 31,45% des suffrages loin devant le Parti social-démocrate (CSSD) qui obtient 22,38% des voix.

8 Etats membres gouvernés par des forces de gauche ont accordé la majorité de leurs voix aux partis de l'opposition de droite. En Autriche, le Parti populaire (ÖVP) (29,97%) devance le Parti social-démocrate (SPÖ) du Chancelier Werner Faymann (23,81%) ; en Hongrie, l'Alliance des jeunes démocrates (Fidesz) écrase avec 56,37% des suffrages le Parti socialiste (MZSP) qui obtient 17,38% ; en Espagne, avec 42,23% des suffrages, le leader du Parti populaire (PP) Mariano Rajoy parvient enfin à remporter une victoire sur le Parti socialiste ouvrier (PSOE) du Premier ministre José Luis Rodriguez Zapatero qui recueille 38,51% des voix ; au Portugal, le Parti social-démocrate (PSD) a fait mentir les sondages et s'est imposé avec 31,69% des suffrages face au Parti socialiste (PS) du Chef du gouvernement José Socrates (26,57%) qui remettra son mandat en jeu à l'automne prochain ; en Bulgarie, le Parti socialiste (BSP) du Premier ministre Sergueï Stanishev (18,5%) est devancé par les Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie (GERB, qui signifie blason en bulgare), qui recueille 24,36% des voix (le pays devrait confirmer ce vote lors des élections législatives qui se dérouleront le 5 juillet prochain) ; en Slovénie, le Parti social-démocrate (SD) dirigé par Borut Pahor, Premier ministre depuis les législatives du 21 septembre dernier, est devancé par le Parti démocrate d'opposition (SDS) (26,92%) et au Royaume-Uni, le Parti travailliste de Gordon Brown n'arrive qu'en 3e position (15,31%) derrière le Parti conservateur qui recueille 27% des voix et le Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP) qui obtient 16,09%. A Chypre, le Parti progressiste des travailleurs (AKEL) du Président Demetris Christofias (34,9%) est devancé par le Rassemblement démocratique (DISY) (35,65%).

Les résultats obtenus par les partis de droite et de centre droit s'inscrivent dans la ligne de ce que l'on observe au niveau national depuis la fin des années 1990. A la veille du scrutin, la droite et le centre droit était au pouvoir dans les 2/3 des Etats membres (18 sur 27). La réponse de la majorité des gouvernants à la crise économique (interventionnisme et protection de l'Etat, demande de régulation et de moralisation du capitalisme sauvage, nationalisation des banques, creusement des déficits publics, mise en place de plans de relance) a visiblement convaincu les électeurs qui considèrent la droite et le centre droit plus crédibles et davantage capable d'agir sur les événements. Dans une Europe vieillissante, la crise économique a indéniablement bénéficié aux équipes en place.

La déroute de la social-démocratie

Plus encore que la victoire des partis de droite et de centre droit, la déroute des partis sociaux-démocrates semble être l'événement majeur de ces élections européennes. L'ampleur de la défaite est parfois considérable, notamment dans les "grands" pays de l'Union : le Parti social-démocrate (SPD) allemand ne recueille ainsi que 20,8% des suffrages (le plus faible résultat de son histoire), le Parti socialiste (PS) français parvient de justesse à prendre la 2e place du scrutin avec 16,48% des voix, le Parti démocrate (PD) italien, s'il se maintient mieux que ce que laissaient entendre les sondages, est cependant à la peine (26,14%), enfin, le Parti travailliste britannique n'en finit pas de sombrer (15,31%), devancé par une formation antieuropéenne (UKIP). Les Travaillistes de Gordon Brown arrive même en 2e position au Pays de Galles, une première depuis 1918, comme en Ecosse où il est devancé par le Parti national écossais (SNP).

La Slovaquie est le seul Etat membre gouverné par la gauche où celle-ci parvient à remporter le scrutin. Direction (SMER) du très populaire Premier ministre Robert Fico recueille 32,02% des suffrages et devance largement ses principaux adversaires.

Les partis de droite font par ailleurs l'objet d'un vote sanction dans 5 Etats : en Grèce, pays en pleine crise politique et économique où le Mouvement socialiste panhellénique (PASOK) recueille 36,7% des voix pour 32,3% à la Nouvelle démocratie (ND) du Premier ministre Costas Caramanlis, à Malte où avec 55% des suffrages, le Parti travailliste (MLP) devance de 14 points le Parti nationaliste (PN), au pouvoir depuis 11 ans et qui s'était imposé d'extrême justesse lors des élections législatives de mars 2008, au Danemark où le Parti social-démocrate recueille 20,9% des suffrages et devance, de peu cependant, le Parti libéral du Chef du gouvernement, Lars Loekke Rasmussen (19,6%), en Suède, le Parti social-démocrate (SAP) obtient 24,41% des voix devant le Parti du rassemblement modéré (M) du Premier ministre Fredrik Reinfeldt (18,83%) et en Estonie, le Parti du centre (KE) recueille 26,4% des suffrages pour 15,3% au Parti de la réforme (RE) du Premier ministre Andrus Ansip.

En Roumanie, (gouvernement de coalition gauche-droite), le Parti social-démocrate (PSD), membre de la coalition gouvernementale, recueille 31,7% des suffrages et devance le Parti démocrate-libéral (PDL) du Premier ministre Emil Boc et du Président Traian Basescu (29,71%). L'élection d'Elena Basescu (4,22% des voix), fille cadette du Chef de l'Etat, qui se présentait en candidate indépendante mais qui a choisi, après le 7 juin, de rallier le Parti populaire européen (PPE), groupe dans lequel siège le Parti démocrate-libéral, permet cependant à cette dernière formation d'obtenir un nombre de sièges équivalent à celui que remporte le Parti social-démocrate (11).

Les résultats des partis situés à la gauche de la gauche s'inscrivent dans la ligne de ceux des sociaux-démocrates. En Allemagne, le Parti de gauche (Die Linke), un temps crédité de plus de 10% des intentions de vote, recueille 7,5% des suffrages ; en France, le Front de gauche (qui rassemble le Parti communiste (PCF) et le Parti de gauche (PG) créé en début d'année) obtient 6% des voix. En Italie, les communistes sombrent à 3,3% des suffrages et pour la première fois de leur histoire, n'enverront pas d'élus au Parlement de Strasbourg. Le Parti communiste portugais allié aux Verts (CU-PEV) est le seul à dépasser les 10% de suffrages exprimés (10,6%).

En dépit de leurs performances en Belgique (22% dans le collège francophone, +18,3 points, et 15% dans le collège néerlandophone, +10,1 points), en France (19,91% des suffrages, +11,53 points) et de leur(timide percée en Grèce (en 2004 0,6%, en 2009 3,4%), les résultats obtenus par les partis écologistes, pour la plupart positionnées sur la gauche de l'échiquier politique, ne contribueront pas non plus à consoler les sociaux-démocrates. Les écologistes allemands (12%) et néerlandais (8,9%) recueillent pour leur part des résultats sensiblement identiques à ceux obtenus en 2004. Les Verts enregistrent une légère progression en Finlande (12,4%, +2 points), au Luxembourg (16,8%, +1,76 point) et au Royaume-Uni (8,3%, +2 points) mais reculent en République tchèque (2,06%, -1,11 point), pays où ils étaient membres du précédent gouvernement dirigé par Mirek Topolanek (ODS) dans lequel leur leader Martin Bursik, démissionnaire à l'issue du scrutin européen, était ministre de l'Environnement, en Autriche (9,5%, -3,2 points) et à Malte (2,3%, -7,5 points).

A l'ère de la mondialisation, les sociaux-démocrates semblent incapables de proposer une réelle alternative au libéralisme économique. L'Etat providence est à la peine, condamné par son coût exorbitant et le modèle social-démocrate "épuisé" selon le terme qu'utilisait le sociologue Ralf Dahrendorf en 1989. En outre, les électeurs traditionnels des partis de gauche, les plus touchés par la crise économique actuelle, sont également les plus nombreux à voir dans l'Union européenne la cause de tous leurs maux. Les classes populaires sont de plus en plus souvent abstentionnistes ou prêtes à se détourner de la gauche pour exprimer leur désarroi. Incapables de formuler un nouveau modèle de gouvernement et d'organisation sociale, dans de nombreux pays, les sociaux-démocrates sont également en manque de leader (Italie, France, Allemagne). Pour revenir au pouvoir, la gauche devra donc impérativement redéfinir son identité, revoir sa stratégie et imaginer un nouveau modèle européen.

Une poussée de l'extrême droite circonscrite à quelques pays

Du côté des extrêmes, on observe une stagnation de l'extrême gauche. En France, le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), crédité de plus de 10% des intentions de vote quelques mois avant le scrutin, recueille finalement 4,9%, Lutte ouvrière (LO) obtient 1,2%. En 2004, les deux partis, qui avaient fait listes communes, avaient obtenu 3,33% des voix. Au Luxembourg, Dei Lenk-La gauche progresse avec 3,41% des suffrages (+1,73 point) ; en Grèce, le Parti communiste (KKE) obtient 8,35% des suffrages (-1,13 point) et la Coalition des forces de gauche et du progrès (Synaspismos) recueille 4,7% des voix (+0,5 point) ; aux Pays-Bas, la Gauche verte (GL) obtient 8,9% (+1,51 point) et le Parti socialiste (SP), 7,1% (+ 0,13 point).

L'extrême gauche est en net recul en Suède où le Parti de la gauche (VP) perd 7,14 points (5,66% des voix). Elle chute également au Danemark où la Gauche radicale (RV) perd 2,3 points (4,1%) et en Finlande où l'Alliance des gauches (VAS) obtient 5,9% (- 3,7 points). Seule exception, le Portugal où le Bloc des gauches (BE) recueille 10,73% des suffrages (+ 5,54 points), l'alliance Parti communiste-Verts obtient également 10,66% des suffrages, en légère progression par rapport à 2004 (+1,2 point). Le Sinn Fein (Nous-mêmes en gaélique, SF), arrive en tête en Irlande du Nord avec 26,04% des suffrages, un résultat quasiment identique à celui obtenu en 2004, mais qui lui permet cette fois de devancer le Parti démocratique d'Ulster (DUP), en fort recul de 13,67 points et le Parti unioniste d'Ulster (UUP) qui progresse de 0,51 point.

Beaucoup d'analystes ont vu dans les élections européennes une nouvelle poussée de l'extrême droite. Celle-ci doit être relativisée. Les partis d'extrême droite atteignent un résultat à deux chiffres dans 8 Etats membres : en Belgique (28,5% si l'on additionne les résultats des partis au niveau national), aux Pays-Bas (17%), en Hongrie (14,7%), en Finlande (14%), en Autriche (17,37% si l'on additionne les résultats du FPÖ et du BZÖ), au Danemark (14,8%), en Bulgarie (11,96%) et en Italie (10,22%).

Aux Pays-Bas, le député Geert Wilders a réussi l'exploit de faire de son parti populiste et anti-européen, le Parti de la liberté (PVV), la 2e formation politique à l'occasion des élections européennes. Le PVV a mené une campagne contre l'Union européenne ("Moins d'Europe, plus de Pays-Bas et jamais de Turquie") et "l'islamisation de la société néerlandaise". Favorable à la suppression du Parlement européen, il se bat pour l'exclusion de la Roumanie et de la Bulgarie de l'Union et la limitation de l'exécutif européen à un seul poste de Commissaire, l'Union ne devant s'occuper, selon lui, que de la monnaie unique et de coopération économique.

Les Pays-Bas, pays réputé pour sa tolérance et son sens du consensus, traversent une crise identitaire profonde depuis une dizaine d'années et apparaissent plus divisés que jamais. Le chercheur de l'institut néerlandais de relations internationales Clingendael, Alfred Pijpers, affirme que la percée de Geert Wilders aura cependant pour conséquence de renforcer la cohésion entre les partis de gouvernement qui, en 2002, avaient gouverné avec le parti de Pim Fortuyn (leader populiste assassiné en mai 2002, 9 jours avant les élections législatives du 15 mai 2002 où son parti, la Liste Pim Fortuyn – LPF –, était arrivé 2e avec 26% des suffrages). "Même si le Parti de la liberté obtient 25% à 30% des voix, il n'entrera pas au gouvernement" souligne le politologue.

Avec 15% des suffrages, le Vlaams Belang (VB) améliore très légèrement son résultat de 2004 (+ 0,66 point) en Flandre – anciennement Vlaams Blok. La Liste Dedecker (LDD) du sénateur populiste Jean-Marie Dedecker réussit sa percée avec 4,9% des suffrages. La Nouvelle alliance flamande (N-VA), qui s'était présentée en coalition avec le Parti démocrate chrétien (CD&V) en 2004, recueille 8,21% des voix. au collège francophone, le Front national (FN) progresse de 1,72 points (4,51%).

La véritable "surprise", annoncée par les sondages préélectoraux et prévisible au vu des précédents scrutins qui se sont déroulés dans le pays, vient de la Finlande. Les Vrais Finlandais avaient déjà réalisé une percée lors des élections municipales du 26 octobre 2008 (5,4% des voix), devenant la 6e force politique du pays et attirant de nombreux électeurs du Parti social-démocrate. "Le cauchemar est maintenant arrivé chez nous" avait souligné à l'époque le politologue Tuomo Martikainen qui ajoutait "les gens sont insatisfaits et déplorent que certains problèmes graves ne soient pas résolus. Ils ont donc utilisé le scrutin municipal pour protester". Le leader des Vrais Finlandais, Timo Soini, est par ailleurs le candidat qui a obtenu le plus grand nombre de voix sur son nom le 7 juin en Finlande (130 432, soit 50 425 de plus que Anneli Jäätteenmäki – Parti du centre – qui arrive en 2e position). En Hongrie, le Mouvement pour une meilleure Hongrie (Jobbik) a su brillamment surfer sur le mécontentement de la population. Le pays traverse une grave crise politique et économique et le Parti socialiste (MSZP) au pouvoir sort laminé du scrutin européen. Le pays a une tradition d'extrême droite : en 1998, le Parti pour la justice et la vie (MIEP) avait recueilli 5,47% des suffrages aux élections législatives (et remporté 14 sièges au Parlement hongrois). Par ailleurs, des milices d'extrême droite se sont illustrées lors des violentes émeutes qui ont eu lieu en Hongrie à l'automne 2006. En Autriche, le Parti libéral (FPÖ) confirme son résultat des élections législatives du 28 septembre 2008 (18,01%) et progresse de 11,68 points par rapport à 2004. En revanche, l'Alliance pour l'avenir de l'Autriche (BZÖ) dont le leader Jörg Haider est décédé le 11 octobre dernier, enregistre un repli par rapport au précédent scrutin législatif.

La hausse de l'extrême droite est également importante au Royaume-Uni où le Parti national britannique (BNP) recueille 8,3% des suffrages (+3,4 points par rapport à 2004). Le parti de Nick Griffin, qui obtient ses deux premiers sièges au Parlement de Strasbourg, a su, par une campagne anti-establishment, récupérer la colère d'une partie des Britanniques contre l'ensemble de la classe politique engluée dans des scandales politico-financiers. Le résultat du principal parti d'opposition, le Parti conservateur, qui ne parvient pas à atteindre son objectif de 30% des voix, montre combien les récentes affaires ont touché l'ensemble des politiques.

En Italie, la Ligue du Nord (LN) progresse de 5,36 points par rapport à 2004 en recueillant 10,2% des suffrages. Au Danemark, le Parti du peuple danois (DF) enregistre une hausse de 8 points (14,8% des voix) mais obtient un résultat stable par rapport aux deux précédentes élections législatives. Enfin, Ataka, parti d'extrême droite bulgare, recule par rapport aux élections européennes qui s'étaient déroulées le 20 mai 2007 dans le pays (12%, - 2,2 points).

Les partis d'extrême droite obtiennent des résultats notables dans d'autres Etats membres : 8,6% pour le Parti de la grande Roumanie (PRM) qui avait échoué à entrer au Parlement lors des dernières élections législatives du 28 novembre 2008, 7% pour l'Alarme orthodoxe populaire (LAOS) en Grèce (+ 2,88 points par rapport à 2004), 6,3% pour le Front national en France (-3,51 points) et encore 5,5% pour le Parti national slovaque (SNS). En Lituanie, 12,31% des suffrages se sont portés sur Pour l'ordre et la justice (TT), dirigé par l'ancien Président de la République Rolandas Paksas (destitué de sa fonction de Chef de l'Etat en avril 2004 après avoir été reconnu coupable d'avoir violé la Constitution et des secrets d'Etat),

Enfin, pour être complet, il faut rappeler qu'en 2004 en Pologne, la Ligue des familles (LPR) recueillait 15,92% des suffrages en Pologne. 5 ans plus tard, les partis d'extrême droite n'obtiennent ensemble que 8,9% des voix (pour 22,8% au total en 2004) et ne seront pas représentés au Parlement de Strasbourg. De même, alors que la fin de la campagne électorale avait porté, en République tchèque, sur des thèmes identitaires et la question rom, le Parti des travailleurs et le Parti national n'obtiennent que 1,07% et 0,26% des voix.

Des eurosceptiques en retrait

Ces élections européennes marquent enfin un nouveau retrait des eurosceptiques. Le résultat élevé (et mal anticipé par les sondages) de la liste conduite par Hans-Peter Martin en Autriche et celui du Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP) ne sont que les exceptions qui confirment la règle. Plus qu'eurosceptique, ce dernier parti est d'ailleurs foncièrement anti-européen puisqu'il est l'un des rares en Europe à exiger que son pays quitte l'Union. En France, le Front national est sur la même ligne.

Ces derniers mois, l'affirmation du rôle des Etats face à la crise économique a affaibli l'argumentaire des souverainistes, toujours prompts à s'élever contre une Europe qui se substituerait aux nations.

En Autriche, Hans-Peter Martin améliore son résultat de 2004 de 4 points en recueillant 18% des suffrages. L'ancien eurodéputé du Parti social-démocrate a été soutenu durant sa campagne par le Kronen Zeitung, journal aux 3 millions de lecteurs quotidiens (43% de la population autrichienne en âge de lire un journal, soit, rapporté à la population, le plus grand quotidien au monde) et propriété du fervent eurosceptique Hans Dichand. C'est dans ce journal que le 26 juin 2008, le précédent Chancelier autrichien Alfred Gusenbauer (SPD) et celui qui l'a remplacé à ce poste, Werner Faymann (SPD), avaient publié une lettre ouverte dans laquelle ils affichaient leur souhait de voir toute modification des traités européens touchant aux intérêts autrichiens (y compris toute révision du traité de Lisbonne, ratifié par l'Autriche le 13 mai 2008) décidée par référendum. Le Parti social-démocrate s'était ensuite allié aux deux partis d'extrême droite du pays (FPÖ et BZÖ) pour voter au Parlement en faveur d'un tel projet de loi.

Le succès de la liste Hans-Peter Martin s'explique en grande partie par la forte poussée de l'euroscepticisme en Autriche au sein de toutes les formations politiques. "L'hostilité à l'Europe est devenu une force puissante en Autriche" affirmait le politologue Thomas Hofer en septembre dernier. Pour ce scrutin européen, aucun parti, à l'exception des Verts, n'a été en mesure de mener campagne en s'appuyant sur ce que l'adhésion à l'Union européenne a apporté au pays. En 2006, le Parti social-démocrate avait accusé les immigrés venus d'Europe centrale et orientale "de constituer un danger et de porter atteinte au modèle social autrichien".

Outre Manche, l'UKIP obtient un résultat similaire à celui recueilli en 2004 (16,1% des suffrages). Sa 2e position illustre donc davantage la déroute du Parti travailliste qu'une véritable progression de la formation anti-européenne. Traditionnellement, le scrutin européen est l'occasion pour les mouvements eurosceptiques du Nord du continent (le Mouvement du peuple et le Mouvement de juin au Danemark et la Liste de juin en Suède) de compter leurs troupes. Au Danemark, les deux partis ont, durant 20 ans (1979-1999), remporté environ 20% des suffrages à chaque élection européenne. En 2004, ils obtenaient 13% des voix. 5 ans plus tard, ils n'en recueillent plus que 9,3%. Le Mouvement du peuple souhaite voir le Danemark quitter l'Union européenne tandis que le Mouvement de juin, favorable au maintien du royaume dans l'Union, se bat pour conserver les clauses d'opting-out dont bénéficie le Danemark par rapport à l'Union monétaire et en matière de politique étrangère et de sécurité, de police et de justice. En outre, le Parti socialiste populaire (SF) enregistre une forte progression (15,4%, +7,5 points). Précédemment eurosceptique, il a récemment évolué vers une position favorable à l'intégration européenne. Elle reste toutefois opposée à la Politique agricole commune (PAC) et à l'adhésion du Danemark à l'Union économique et monétaire. En Suède, la Liste de juin qui avait recueilli 14,4% des voix en 2004 et était devenu le 3e parti est en net recul et ne recueille que 3,55% des suffrages.

Declan Ganley, fondateur de l'organisation Libertas qui présentait des candidats dans de nombreux Etats membres et se targuait d'obtenir 100 élus à Strasbourg, échoue. Libertas n'aura finalement qu'un élu au sein de la nouvelle assemblée, Philippe de Villiers, le président du Mouvement pour la France (MPF). La France, où Libertas-Mouvement pour la France-Chasse, pêche, nature et tradition (MPF-CPNT) recueille 6,3% des suffrages, figure d'ailleurs parmi les trois pays les plus eurosceptiques de l'Union., Battu en Irlande où il était candidat, Declan Ganley a annoncé son retrait de la vie politique et affirmé qu'il ne ferait pas campagne contre le traité de Lisbonne lors du référendum qui se tiendra sur ce sujet à l'automne prochain. Enfin, en République tchèque, le Parti des citoyens libres, formation eurosceptique créée en janvier 2009 par Peter Mach, directeur du Centre pour l'économie et la politique, think tank proche du Président tchèque, Vaclav Klaus (qui avait démissionné en décembre dernier de son poste de président d'honneur du Parti démocrate-civique dont il jugeait la position trop proeuropéenne), ne recueille que 1,26% des suffrages.

Autres faits marquants

La Lettonie, tout d'abord, où deux faits ressortent. On note en premier lieu la percée d'une nouvelle formation, l'Union civique, créée en 2008 par l'ancienne Commissaire européenne, Sandra Kalniete, à la suite de la division de deux partis de droite, l'Union pour la patrie et la liberté (TB/LNNK) et Nouvelle ère (JL). L'Union civique arrive en tête des élections européennes avec 24,33% des suffrages. Deuxième élément, le résultat élevé réalisé par les partis russophones – le Centre de l'harmonie (SC) et Pour les droits de l'homme en Lettonie unie (PCTVL) – qui recueillent respectivement 19,57% et 9,66% des voix et se placent en 2e et 3e positions. Dans ce pays en proie à une crise économique aiguë, le vote reste très divisé entre les électorats letton et russophone (la langue reste un problème majeur dans le pays) et plus encore entre le centre et la périphérie. La Lettonie possède la minorité russophone la plus importante des trois Etats baltes. Selon les chiffres officiels de juillet 2004, les "Lettons de souche" représentent 58,7% de la population et les "Russes", 28,8%. 58,2% des habitants ont le letton pour langue maternelle, 37,5% le russe. Les russophones sont également majoritaires dans 7 des 8 plus grandes villes du pays. Les élections européennes sont le seul scrutin où peuvent voter les citoyens "russes" auxquels la nationalité lettone n'a pas été accordée. Alfred Rubiks, ex-Premier secrétaire du Parti communiste letton, emprisonné pour haute trahison entre 1991 et 1997 pour son soutien à la répression soviétique au moment de l'indépendance de la Lettonie qui était la tête de la liste du Centre de l'harmonie, siègera donc à Strasbourg.

En Estonie ensuite, Indrek Tarand, fils de l'eurodéputé social-démocrate Andres Tarand et actuel directeur du musée de la guerre d'Estonie, qui se présentait en candidat indépendant, arrive en 2e position (25,81% des voix) à quelques voix du Parti du centre (KE), principal parti d'opposition du pays (26,07%). Le candidat, qui s'oppose à "l'arrogance de la partitocratie" et aux listes bloquées "avec lesquelles les partis prennent les citoyens pour des imbéciles", a rallié sur son nom un grand nombre de votes protestataires. Indrek Tarand arrive largement en tête du vote des cyberélecteurs (32,25% des suffrages électroniques). L'Estonie, pionnière en ce domaine, autorisait le vote par internet pour ces élections européennes. Près de 15% (14,9%) des citoyens ont choisi d'utiliser un ordinateur pour remplir leur devoir citoyen.

Enfin, on notera la percée, en Suède, du Parti des pirates (PP) qui recueille 5,13% des voix et obtient un élu au Parlement européen. Fondé en 2006 par Rick Falkvinge, le parti se bat pour "un internet libre sans licence dans une société ouverte" et a attiré des (jeunes) électeurs peu intéressés par la politique et peu mobilisés par les élections européennes mais furieux de la condamnation, le 17 avril dernier, à un an de prison ferme des quatre responsables du site d'échanges de fichiers The Pirate Bay qui avaient procédé à des téléchargements illégaux. A la suite de ce jugement, le nombre des adhérents au Parti des pirates a triplé en Suède.

La large victoire des forces de droite et de centre droit à travers l'Union marque le caractère européen de ce scrutin européen auquel étaient conviés environ 380 millions de citoyens.

Si le recul continu de la participation reste inquiétant et devrait conduire les hommes politiques à une réflexion poussée sur l'organisation du scrutin à l'échelle de l'Union, la stagnation des extrêmes (en dehors de quelques cas particuliers) et le retrait des eurosceptiques constituent des éléments encourageants et rassurants.

Face à la crise économique, les Européens ont majoritairement exprimé leur confiance aux forces modérées qui proposaient des réponses européennes aux problèmes actuels.

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