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Victoire attendue du gouvernement en place aux élections législatives de la République d'Irlande

Actualité

Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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17 mai 2002
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Deloy Corinne

Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

Robert Schuman Fondation

Fondation Robert Schuman

Les sondages l'avaient annoncé, les électeurs l'ont confirmé : regroupant 43% des voix, soit quatre points de plus qu'en 1997, le Fianna Fail (qui signifie Soldats de la destinée en gaélique), parti de centre droit du Premier ministre au pouvoir depuis cinq ans, sort victorieux des élections législatives irlandaises qui se sont tenues le 17 mai. C'est une large victoire pour Bertie Ahern qui rate néanmoins d'une poignée de sièges la majorité absolue. Les électeurs semblent avoir gardé un goût amer des années postérieures à la dernière majorité absolue obtenue par le Fianna Fail en 1977 durant lesquelles le gouvernement de Jack Lynch avait, par ses dépenses excessives, lourdement endetté le pays. Le Premier ministre Bertie Ahern avait d'ailleurs préféré annoncer durant la campagne que « quels que soient les résultats, il reconduirait la coalition sortante avec le Parti démocrate progressiste » . Selon le dernier décompte portant sur quarante des quarante-deux circonscriptions (les résultats définitifs du scrutin ne devraient pas être connus avant la fin de cette semaine), le Fianna Fail passe à côté de la majorité absolue mais améliore toutefois son score des dernières élections législatives de 1997 en remportant quatre-vingts élus.

Principal parti d'opposition, le Fine Gael ( Clan des Gaels en gaélique) est le grand perdant du scrutin. Avec 22% des voix, son plus mauvais score depuis 1948, il perd vingt-trois sièges par rapport aux dernières élections de 1997. Plusieurs figures historiques du parti ont perdu leu siège, notamment Alan Dukes, ancien ministre et ancien dirigeant du parti. Son président Michael Noonan a d'ailleurs déclaré « accepter la responsabilité de ces élections » et donné sa démission dès l'annonce des premiers résultats. Les analystes politiques ont comparé la débâcle du Fine Gael à celle du Parti conservateur britannique lors des élections législatives du 7 juin 2001 au Royaume-Uni. William Hague, chef de la formation tory, qui avait échoué à redresser son parti après sa précédente défaite de 1997, avait également démissionné aussitôt après l'annonce des résultats.

La véritable surprise de ces élections est venue du Sinn Fein, parti catholique républicain d'Irlande du Nord et aile politique de l'Armée républicaine irlandaise (IRA) qui réalise une belle percée en obtenant 7% des suffrages, soit une progression de 4,5% par rapport au scrutin législatif de 1997 et remporte, à ce stade du dépouillement, cinq sièges dont deux à Dublin. Selon le chef du parti Gerry Adams, ce résultat est une «approbation du processus de paix et de la vision de l'unité de l'Irlande » défendue par sa formation. La presse s'est largement fait écho des bons résultats du Sinn Fein qui ne sont pas sans inquiéter une partie de l'électorat irlandais. Ainsi, le Sunday Independent titrait ce week-end « Notre démocratie est maintenant en péril », ajoutant « La victoire électorale du Sinn Fein signifie que nous avons laissé des extrémistes entrer dans notre Assemblée ».

Quant aux autres formations, le Parti travailliste progresse légèrement passant de 10,4 à 12% des voix et améliore son nombre de sièges (de dix-sept à vingt-et-un). Même chose pour les Verts qui triplent le nombre de leurs députés et le Parti démocrate progressiste qui recueille 4,5% des suffrages et obtient sept sièges.

En dépit d'efforts particuliers pour lutter contre l'abstention, les Irlandais ont été moins nombreux qu'en 1997 à se rendre aux urnes, 63% de participation contre 65% il y a cinq ans. Comme le veut la tradition, les habitants des îles les plus éloignées des côtes irlandaises (Arranmore, Fola, Inishboffin, Inishfree et Tory) avaient commencé à voter dès le mardi 14 mai pour éviter que le mauvais temps n'empêche l'acheminement des urnes et le décompte des votes. Le 17 mai, les bureaux de vote de l'ensemble du pays ont été exceptionnellement ouverts durant quinze heures (de 7h30 à 22h30) afin de limiter l'abstention. Par ailleurs, trois des quarante-deux circonscriptions ont expérimenté le vote par ordinateur, un nouveau système permettant d'accélérer le décompte des voix traditionnellement très long en raison d'un mode de scrutin complexe (plurinominal à la représentation proportionnelle).

Résultats des élections législatives du 17 mai 2002 :

Participation : 63%

Comparaison du nombre de sièges obtenus entre les élections du 6 juin 1997 et celles du 17 mai 2002 :

Sinn Fein (qui signifie « nous-mêmes » en gaélique) est la seule formation politique à être présente aux élections législatives de deux Etats de l'Union européenne, à savoir le Royaume Uni et la République d'Irlande. Quatre députés Sinn Fein ont été élus à la Chambre des Communes lors des élections législatives du 7 juin 2001 au Royaume Uni, dix-huit siègent à l'Assemblée locale d'Irlande du Nord où le parti recueille 20% des suffrages et deux ministres de cette formation siègent au gouvernement de Belfast. Jusqu'aux accords de paix d'avril 1998, le parti républicain n'était présent que dans la seule partie nord de l'île, son soutien à l'action violente de l'IRA (Armée républicaine irlandaise) ayant toujours empêché son implantation en République d'Irlande. Son leader, Gerry Adams, qui ne se présentait pas personnellement à ces élections législatives, craignant de passer pour un parachuté, a cependant été extrêmement présent durant toute la campagne, devenant même, selon les sondages, l'homme le plus populaire du pays après Bertie Ahern.

Si la réunification de l'île constitue le principal point du programme du Sinn Fein, le parti a centré sa campagne sur les problèmes de logement, de transport, d'éducation, de santé mais aussi sur la lutte contre la corruption, l'insécurité et la drogue. Son discours social et populiste a séduit la classe ouvrière et des jeunes des quartiers pauvres du nord de la capitale, les oubliés du miracle économique irlandais. La formation catholique républicaine d'Irlande du Nord occupant le vide laissé à gauche par le repositionnement au centre du Parti travailliste a été la seule à faire entendre durant la campagne un son de cloche différent. « Je serais satisfait si nous obtenions trois sièges » déclarait Gerry Adams lors de la campagne. Aujourd'hui, ses cinq députés suffisent théoriquement au Sinn Fein pour entrer au gouvernement comme partenaire du Fianna Fail. Une hypothèse que Bertie Ahern a catégoriquement rejetée durant toute la campagne estimant qu'il ne pouvait y avoir de place dans son gouvernement pour ceux qui soutiennent un groupe clandestin (l'IRA ). « Tant qu'ils s'opposeront à la constitution irlandaise en exigeant une seule armée et une seule police, il sera impossible pour nous d'envisager la moindre coalition avec eux » a-t-il déclaré. Mais pour l'heure le mouvement républicain, qui affirme avoir « une vision à long terme » se satisfait pleinement d'une victoire électorale qui dépasse ses ambitions. « D'ici dix ans, nous serons une force avec laquelle le Fianna Fail devra composer » affirme ainsi Alex Maskey, député Sinn Fein de l'Assemblée de Belfast.

Bertie Ahern a donc réussi son pari et après avoir été le premier Taoiseach (Premier ministre en gaélique) à battre le record de longévité absolue depuis la deuxième guerre mondiale en restant cinq ans au pouvoir, il est aujourd'hui le premier à être élu pour un deuxième mandat consécutif à la tête du pays. Une consécration pour l'un des dirigeants les plus populaires de l'après-guerre, miraculeusement épargné par l'usure du pouvoir comme par les scandales récents qui ont ébranlé son parti. Ainsi Bertie Ahern a su prendre ses distances avec Charles Haughey, son père en politique, poursuivi pour enrichissement illégal durant son mandat de Premier ministre et dont il a dénoncé « les pratiques inacceptables » sans pour autant le renier. De même, les accusations d'évasion fiscale qui ont contraint plusieurs députés de son parti à la démission n'ont à aucun moment terni l'image d'un homme que les Irlandais ont judicieusement surnommé le « Taoiseach en téflon ». Le Premier ministre a su s'appuyer sur l'excellente santé économique de l'Irlande. Troisième exportateur mondial, le pays a connu une croissance économique de 10% ces dernières années, le chômage y est quasi inexistant (4,1%), les impôts foncier et locatif ont été supprimés, les salaires n'ont cessé de croître (8 à 10% d'augmentation annuelle en moyenne), les retraites ont connu une augmentation de 50%, et les impôts une baisse de 20%. Enfin, les Irlandais peuvent s'enorgueillir d'avoir créé le salaire minimum le plus élevé d'Europe. Seuls points noirs : l'inflation, péniblement contenue autour de 4% et l'insuffisance des infrastructures publiques (transports, services de santé, etc.). Comme il s'y est engagé pendant la campagne, le Premier ministre devrait reconduire sa coalition avec le Parti démocrate progressiste. Il pourrait également, en cas de difficultés sur la répartition des portefeuilles ministériels, gouverner seul en recherchant l'appui ponctuel des députés indépendants (quatorze sièges) dont beaucoup sont d'anciens membres du Fianna Fail.

A peine réélu, Bertie Ahern va également devoir rouvrir l'épineux dossier européen. Durant sa campagne, le leader du Fianna Fail a soigneusement évité de mentionner l'Union européenne et surtout d'annoncer la tenue prochaine d'un deuxième référendum. Chacun sait pourtant que celui-ci aura lieu à l'automne prochain. « Tant que nous n'aurons pas résolu cette question, nous sommes en mesure de bloquer tout le processus. Il est essentiel que nous ratifions le Traité de Nice afin que l'élargissement puisse avoir lieu » a déclaré le Premier ministre en décembre 2001. Pour tenter de convaincre les Irlandais, le précédent gouvernement de Bertie Ahern a mis en place un Forum national sur l'Europe qui, chaque semaine, réunit des représentants des partis politiques et de la société civile. Les Irlandais, qui à 53,87% (soit environ 18% des inscrits compte tenu d'une très faible participation, 34,7%) avaient rejeté la ratification du Traité de Nice le 7 juin 2001, devraient donc être appelés aux urnes prochainement pour se prononcer de nouveau sur cette même question. Et selon les dernières enquêtes d'opinion, la victoire n'est rien moins qu'acquise.

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