Elections législatives en Bulgarie, Le point à une semaine du scrutin

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Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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26 juin 2009
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

Robert Schuman Fondation

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4 295 candidats représentant 14 partis politiques et 4 coalitions de partis sont en lice pour les élections législatives organisées le 5 juillet prochain en Bulgarie. Les Bulgares vivant à l'étranger pourront remplir leur devoir civique dans 62 pays ; 252 bureaux de vote ont en effet été ouverts à l'étranger dont la moitié (123) en Turquie.

"Stabilité et efficacité sont les mots clés qui devront caractériser la gestion du pays au cours des deux prochaines années, surtout dans des conditions de crise. Il est également impératif que nous aboutissions à un consensus à l'issue des élections législatives, ce qui permettrait de former un gouvernement stable qui soit à même d'appliquer les mesures nécessaires pour faire face à la crise économique et financière mondiale. La situation actuelle est telle qu'elle exige du futur gouvernement de présenter son programme dans les meilleurs délais" a déclaré le Président de la République Georgi Parvanov dans le quotidien Standart. Le Chef de l'Etat a également précisé qu'il ne s'attendait pas à des changements radicaux dans les résultats par rapport aux élections européennes. "Cela veut dire que la constitution du futur gouvernement sera en effet très difficile. Une coalition bipartite me semble impossible à l'heure actuelle. Je suis en tout cas sceptique pour ce qui est d'une éventuelle coalition rassemblant le Parti socialiste (BSP) et les Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie (GERB). La formation du prochain gouvernement sera difficile" a-t-il conclu.

Concernant le vote au scrutin majoritaire (la loi électorale a été modifiée en avril dernier et un système mixte de vote, proche de celui en vigueur en Allemagne, a été mis en place : 31 des 240 parlementaires seront désignés au scrutin majoritaire, les 209 restants élus au scrutin proportionnel), le Président bulgare a regretté que les partis n'aient pas invité des personnalités de la vie politique et sociale expérimentées à être candidates. "Je m'attendais à beaucoup plus de comités d'initiative, à des gens dont les candidatures seraient lancées d'une manière tout à fait spontanée" a indiqué Georgi Parvanov.

Principal parti d'opposition, les Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie (GERB) semblent avoir perdu l'espoir de remporter la majorité absolue le 5 juillet, tandis que le Parti socialiste (PSB) paraît avoir renoncé à son rêve de demeurer la première force politique. Selon Antoni Todorov, politologue à la nouvelle université bulgare, cinq partis sont quasiment assurés d'entrer au Parlement : le GERB, le Parti socialiste, le Mouvement pour les droits et les libertés (DPS) qui représente la minorité turque, la formation d'extrême droite dirigée par Volen Siderov, Ataka, et la Coalition bleue qui rassemble l'Union des forces démocratiques (ODS) et les Démocrates pour une Bulgarie forte (DSB).

Aux élections européennes du 7 juin dernier, les "petits" partis ont créé la surprise, notamment le Parti de l'ordre, de la loi et de la justice (RZS) qui a recueilli 4,67% des suffrages et Lider qui a obtenu 5,7% des voix. 8 partis ont dépassé le seuil de 4% des suffrages indispensable pour être représenté à Strasbourg. "L'explication réside dans les partis créés par des hommes d'affaires qui sont apparus à beaucoup d'endroits à la veille des dernières élections municipales du 28 octobre et 4 novembre 2007. Ils avaient déjà prouvé leur force en 2007 dans certaines régions où ils avaient dépassé aussi bien le GERB que le BSP. C'est notamment ces partis-là que Lider a su unir" indique le politologue Ivan Krastev dans le journal Troud. "Le vote anti-gouvernemental ne s'est pas focalisé sur un seul parti" souligne Tsvetozar Tomov de l'agence Sacla.

A une semaine des élections législatives, la question est donc de savoir si le vote va de nouveau se fragmenter ou bien s'il va, au contraire, se polariser sur le GERB. La fragmentation de l'espace politique reste l'option privilégiée par les analystes politiques.

Lider a été fondé en 2007 par l'oligarque de l'énergie Hristo Kovachki dont la réputation reste sulfureuse. Celui-ci a promis que son parti, qui compte 50 000 membres, doublera ses effectifs à l'issue des élections législatives. Parti d'hommes d'affaires, allié à Novoto vreme (Nouveaux temps), Lider espère obtenir entre 14 à 18 sièges le 5 juillet. L'électorat du parti est majoritairement urbain et positionné à droite sur l'échiquier politique. Son programme qui comprend 30 points contient un nouvel accord avec le FMI, la création d'un fonds d'investissements avec la participation de banques bulgares et étrangères, une baisse de la TVA de 20% à 18% et l'adoption d'une loi sur le partenariat entre secteurs public et privé. Lider est également favorable à une plus grande discipline fiscale et à l'adoption rapide de l'euro par la Bulgarie. Enfin, Hristo Kovachki a déclaré qu'il était prêt à travailler avec la formation d'extrême droite, Ataka.

De son côté, le Parti de l'ordre, de la loi et de la justice (RZS) veut modifier l'Etat en profondeur et demande une nouvelle Constitution. Son leader, Yané Yanev, se bat également pour l'éradication de la corruption qu'il qualifie de problème n°1 en Bulgarie.

Le GERB a rejeté la proposition d'alliance faite par la Coalition bleue pour le scrutin législatif qui consistait, dans les 31 circonscriptions qui éliront des députés au scrutin majoritaire, à ce qu'un quart des candidats soient issus de ses rangs et les trois quarts restants au GERB. Ce dernier a choisi de concourir seul. Son leader, Tsvetan Tsvetanov, a indiqué que l'élection de 10 députés de son parti au scrutin majoritaire serait considérée comme un bon résultat. La Coalition bleue et le GERB poursuivent leurs négociations en vue de la formation du futur gouvernement. "Si cela s'avère nécessaire, je pourrais devenir Premier ministre" a déclaré le maire de Sofia et leader informel du GERB, Boïko Borissov.

Le parti estime insuffisantes les mesures adoptées par le gouvernement pour lutter contre la crise économique et demande la signature d'un accord avec le FMI. Le parti propose une réduction des cotisations de sécurité sociale et l'établissement de sanctions pour les retards de restitution de TVA qui constitue le problème n°1 des entreprises bulgares. Boïko Borissov a signé un pacte de stabilité avec la Confédération du patronat et des industriels en Bulgarie dirigée par Ivo Prokopiev. Il a enfin menacé de démettre, s'il est nommé à la tête du gouvernement, tout ministre de son parti qui "oserait procéder à d'éventuels détournements de fonds ou des pratiques de corruption".

Selon les enquêtes, les électeurs du GERB sont en grande partie issus des classes moyennes. Leur moyenne d'âge est de 45 ans, ils vivent majoritairement dans des villes et sont plus diplômés que la moyenne de la population.

S'il a plutôt bien résisté lors des élections européennes du 7 juin dernier, le Parti socialiste a cependant perdu une partie de sa capacité à mobiliser. "Je ne vois pas entre les socialistes et le GERB la "différence écrasante" qui avait été promise, ce qui veut dire que les électeurs ne voient pas dans le parti de Boïko Borissov d'alternative à l'actuelle coalition tripartite" a déclaré le Premier ministre Sergueï Stanichev à l'issue du scrutin européen. Il a ajouté que les 3 partis de la coalition au pouvoir (BSP, Mouvement national pour la stabilité et le progrès et Mouvement pour les droits et les libertés) avaient recueilli ensemble davantage de suffrages que le parti du maire de Sofia

Le Chef du gouvernement fait campagne en affirmant que la coalition gouvernementale a réalisé plus de choses que promis au moment où elle avait pris ses fonctions en 2005. Il affirme que, grâce à la hausse du PIB, les revenus des Bulgares ont augmenté de 70% au cours de son mandat et que la Bulgarie a été moins affectée que d'autres pays de l'Union européenne par la crise économique internationale. "Les Bulgares sont mieux protégés que les citoyens de la République fédérale d'Allemagne" a souligné Sergueï Stanishev. La Confédération des organisations de retraités a apporté son soutien à la Coalition pour la Bulgarie que dirige le Parti socialiste. "La plate-forme électorale du Parti socialiste est la seule à relayer nos demandes et nos besoins" peut-on lire dans un communiqué de la confédération qui rappelle néanmoins que 1,3 million de retraités, soit plus de 65% d'entre eux, perçoivent des revenus inférieurs au seuil de pauvreté qui est en Bulgarie de 194 leva par mois (99,2 €) et par personne. Le Parti socialiste s'est engagé à poursuivre les réformes engagées en cas de victoire aux élections législatives.

Selon Boryana Dimitrova de l'institut Alpha Research, l'électorat du BSP au pouvoir est âgé : 39% des électeurs de plus de 50 ans ont voté en faveur du Parti socialiste aux élections européennes du 7 juin dernier pour 17% seulement qui se sont prononcés pour les Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie.

Le Mouvement pour les droits et les libertés, membre de la coalition gouvernementale sortante, compte sur la mobilisation de son électorat pour maintenir ou améliorer son résultat le 5 juillet. Le parti d'Ahmed Dogan possède en effet une base électorale solide et en constante progression depuis plusieurs années.

Le Mouvement national pour la stabilité et le progrès (MNSE) a signé un accord électoral avec le Parti vert d'Alexandre Karakatchanov qui a promis de lui apporter au moins 80 000 voix aux élections législatives. Le résultat du MNSE lors du scrutin européen a surpris des analystes politiques. Cependant, la personnalité de la tête de liste (la Commissaire européenne à la Protection des consommateurs, Meglena Kuneva) est certainement pour beaucoup dans le succès du parti – ce qui montre l'importance de la modification du mode de scrutin et le fait que le vote majoritaire, qui en général augmente l'intérêt pour les élections notamment dans les circonscriptions où des personnalités sont candidates, pourrait réserver quelques surprises – et rien n'indique que le MNSE pourra réitérer ce résultat.

Selon les observateurs politiques, les élections législatives du 5 juillet devraient attirer un million de Bulgares de plus que le scrutin européen du 7 juin (où la participation s'est élevée à 37,49%). Si le taux de participation s'élève par exemple à 3 millions de votants, 120 000 suffrages seront nécessaires pour obtenir un siège, 140 000 si 3,5 millions de Bulgares se rendent aux urnes.

Selon la dernière enquête d'opinion réalisée par l'agence Mediana et publiée dans le quotidien Standart, le GERB devrait recueillir 35,8% des suffrages, devant le Parti socialiste23,9%, le MDL 12,8% Ataka 8,9%, le Parti de l'ordre, de la loi et de la justice 6%, la Coalition bleue 5,7% et Lider 3,9%.

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