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Boïko Borissov réussit son pari en remportant largement les élections législatives et sera le prochain Premier ministre bulgare

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Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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6 juillet 2009
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

Robert Schuman Fondation

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Comme l'avaient indiqué toutes les enquêtes d'opinion, le parti des Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie (GERB, blason en bulgare) emmené par le maire de Sofia, Boïko Borissov, a remporté une large victoire aux élections législatives qui se sont déroulées le 5 juillet. Le GERB a recueilli 39,70% des suffrages et remporté 116 sièges à l'Assemblée nationale, Chambre unique du Parlement bulgare. Le parti socialiste (PSB) du Premier ministre sortant, Sergueï Stanichev, a subi un lourd revers et obtient 17,72% des voix et 40 sièges (- 42 par rapport au précédent scrutin législatif du 25 juin 2005). Son partenaire dans le gouvernement sortant, le Mouvement pour les droits et les libertés (DPS) représentant la minorité turque du pays, recueille 14,47% des suffrages (38 sièges, + 4). Il devance la formation d'extrême droite, Ataka, qui obtient 9,37% des voix (21 sièges, un chiffre identique à celui de 2005), la Coalition bleue formée par l'alliance de l'Union des forces démocratiques (ODS) et des Démocrates pour une Bulgarie forte (DSB) qui recueille 6,73% des suffrages (15 sièges) et le Parti de l'ordre, de la loi et de la justice (RZS) qui obtient 4,13% des voix (10 sièges).

Le Mouvement national pour la stabilité et le progrès (MNSP) de l'ancien roi Siméon II de Saxe-Cobourg-Gotha, membre du gouvernement sortant, qui avait remporté 53 sièges en 2005, ne parvient pas à passer pas le seuil des 4% des voix obligatoire pour être représenté au Parlement. Siméon II a présenté le 6 juillet sa démission de chef du parti " J'assume toute la responsabilité en démissionnant en tant que dirigeant du parti", a-t-il déclaré.

La participation s'est élevée à 59,76%, soit +3 points que lors du scrutin du 25 juin 2005.

"Nous devons constituer un gouvernement aussi rapidement que possible" a déclaré le maire de Sofia, Boïko Borissov, sur la chaîne de télévision bTV après l'annonce des premiers résultats. "Je m'inquiète de l'énorme déficit budgétaire et de l'effondrement total du pays laissé par le Premier ministre socialiste Sergueï Stanichev. Considérant l'héritage qui nous est laissé, je ne peux promettre de faire des miracles dans les cinq ou six prochains mois" a-t-il ajouté. Interrogé sur son avenir personnel et sur sa volonté de prendre la tête du prochain gouvernement, Boïko Borissov a affirmé : "Toute autre réponse (qu'une acceptation de ma part de devenir Premier ministre) avec ce résultat aux élections signifierait que je n'endosse pas la responsabilité dans une période parmi les plus difficiles pour la Bulgarie".

Le président du GERB, Tsvetan Tsvetanov s'est déclaré en faveur d'une alliance avec La Coalition bleue. "Je ne crois pas que le GERB aura plus d'un partenaire au gouvernement (...) ce sera probablement notre partenaire du PPE". La Coalition bleue est donc favorite pour entrer au gouvernement. "C'est une nette victoire pour les partis de droite. C'est le grand retour des partis de droite et un vote sanction considérable pour la coalition sortante" s'est d'ailleurs réjoui son porte-parole, Petar Moskov. La Coalition bleue s'est déclarée ouverte à une alliance avec le GERB. En s'associant avec la Coalition bleue, membre comme lui du Parti Populaire Européen (PPE), et qui compte 15 sièges, le GERB disposerait d'une majorité suffisante pour une coalition gouvernementale.

Ataka et le Parti de l'ordre, de la loi et de la justice se sont également déclarés prêts à soutenir un gouvernement dirigé par Boïko Borissov qui, de son côté, a répété qu'il refusait de gouverner avec le Mouvement pour les droits et les libertés.

"Ceux qui ont volé doivent avoir peur. Les voleurs iront tous en prison" a affirmé Boïko Borissov qui avait fait de la lutte contre la corruption et le crime organisé l'un des éléments centraux de sa campagne électorale. La Bulgarie a été rappelé à l'ordre par la Commission européenne qui, en juillet 2008, a gelé l'octroi de 220 millions € au pays et suspendu un prêt de 500 millions € pour cause de fraudes au sein du fonds "Infrastructures routières". L'Union européenne reproche également au pays de tarder à mettre en œuvre la réforme de son système judiciaire. En juin, dans le cadre du programme européen ISPA, Bruxelles a accepté de débloquer 115 millions € qui devraient être consacrés à la construction et la rénovation de 10 000 kms de routes.

"Si nous voulons continuer d'être frappés par des sanctions, votons dimanche pour la coalition sortante. Voter pour nous (le GERB) vous apportera en revanche la solidarité de l'Europe" avait souligné Boïko Borissov durant la campagne électorale. Touchés de plein fouet par la crise économique, les Bulgares ont également condamné par leur vote du 5 juillet l'inefficacité du gouvernement de Sergueï Stanishev en matière de lutte contre la corruption.

"Le soutien au futur gouvernement dépendra de sa capacité à lutter contre la corruption et à punir ceux qui ont abusé de leur pouvoir" indique le politologue Ivan Krastev, directeur du Centre pour les stratégies libérales de Sofia.

Pour la première fois depuis les années 1990, des missions de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe étaient présents en Bulgarie pour surveiller le déroulement du vote législatif. Les accusations de fraude électorale sont fréquentes dans le pays.

Agé de 50 ans et originaire de Bankya (banlieue de Sofia), Boïko Borissov a commencé sa carrière professionnelle comme pompier. Après avoir travaillé au ministère de l'Intérieur, il fonde son entreprise – Ippon – au début des années 1990. Spécialisée d'abord dans le commerce du textile, elle se tourne ensuite vers le secteur de la sécurité. Boïko Borissov a travaillé comme garde du corps pour l'ancien leader de la Bulgarie communiste (1971-1989), Todor Jivkov, puis pour le Roi Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha lors de son retour d'exil en 1996. Après l'accession de ce dernier au poste de Premier ministre en 2001, il devient secrétaire en chef du ministre de l'Intérieur, c'est-à-dire chef de la police nationale. Elu député lors des élections législatives du 25 juin 2005, il choisit de ne pas siéger au Parlement et le 8 novembre 2005, il remporte la mairie de Sofia lors d'une élection partielle. Le 3 décembre 2006, Boïko Borissov fonde le GERB qui, dès l'année suivante, s'impose comme le principal parti d'opposition du pays.

Grand sportif (il a été entraîneur de l'équipe nationale bulgare de karaté), Boïko Borissov, surnommé Batman pour son courage et son zèle dans l'action, a bâti sa popularité sur son action d'ancien chef de la police nationale et son discours, populiste, contre le crime, l'inaction du gouvernement et l'inefficacité de la justice.

Le nouveau Parlement bulgare siègera pour sa première session le 14 juillet prochain.

Source : Commission électorale centrale de Bulgarie

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