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La Chancelière Angela Merkel réussit son pari et gouvernera l'Allemagne avec les Libéraux

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Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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27 septembre 2009
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

Robert Schuman Fondation

Fondation Robert Schuman

La Chancelière sortante Angela Merkel (Union chrétienne-démocrate, CDU) a réussi son pari en remportant les élections législatives en Allemagne le 27 septembre. La CDU, avec l'Union chrétienne-sociale (CSU), recueille 33,5% des suffrages, le Parti libéral-démocrate (FDP) 14,6%. Ensemble, ils obtiennent donc 48% des suffrages. Cela ouvre la voie à une coalition, dite noire-jaune, entre la CDU/CSU et le FDP. La Chancelière sortante Angela Merkel est reconduite dans ses fonctions.

Ces élections législatives allemandes ont été celles de tous les records. Le faible score des 2 grands partis du pays – CDU et SPD – fait des "petits" partis les grands vainqueurs de ce scrutin. En effet, le FDP réalise son résultat le plus élevé depuis son record de 1961 en obtenant 14,6% des voix. Du côté de l'opposition, le Parti social-démocrate s'effondre et recueille son plus faible résultat depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale avec 23% des suffrages (son précédent record remontait à 1953, année où il avait recueilli 28,8% des voix).

Le Parti de gauche (Die Linke) d'Oskar Lafontaine et Gregor Gysi, augmente de 3,2 points son résultat de 2005 et obtient 11,9% des voix. Enfin, les Verts battent leur record de 2002 et franchissent la barre des 10% des voix, en recueillant 10,7% des suffrages.

Ces élections ont donné lieu à une vaste abstention. Le taux de participation s'élève à 70,8%, soit le plus faible jamais enregistré en Allemagne (- 6,9 points par rapport au précédent scrutin du 18 septembre 2005).

Le pari réussi d'Angela Merke

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Angela Merkel est la grande gagnante du scrutin. Reconduite dans ses fonctions, la Chancelière peut savourer sa victoire et se féliciter d'avoir fait le bon choix en menant une campagne centrée sur sa personne (Nous votons pour Angela Merkel pouvait-on lire sur les dernières affiches), inhabituelle outre-Rhin où les électeurs se prononcent davantage pour un parti que pour un candidat. Personnalité politique la plus populaire d'Allemagne, Angela Merkel avait choisi de se positionner au-dessus des partis politiques, une stratégie décriée par certains des membres de la CDU, mais qui s'est avérée la bonne.

Les électeurs, en quête de stabilité (notamment au moment où leur pays traverse sa plus grave récession économique depuis la Deuxième Guerre mondiale), ont choisi de reconduire à la tête du gouvernement une Chancelière qui a su imposer son image de solidité notamment par sa gestion de la crise économique internationale, et de femme de consensus, une valeur particulièrement appréciée de se compatriotes allemands.

"Ce soir, vous êtes satisfaits et heureux. Je le suis aussi. Nous avons réussi quelque chose de formidable. Nous avons réussi à atteindre notre objectif électoral d'une majorité stable en Allemagne pour un nouveau gouvernement de la CDU et du FDP" a déclaré Angela Merkel à l'annonce des premiers résultats, ajoutant qu'elle souhaitait "continuer à être la Chancelière de tous les Allemands". Exprimant son désir de parvenir rapidement à un accord de coalition, la Chancelière a indiqué "Ce soir, nous pouvons vraiment célébrer la victoire mais je dirais qu'après, il y a du travail qui nous attend. Nous ne voulons pas oublier qu'il y a beaucoup de problèmes à résoudre dans notre pays".

Si elle arrive en tête, la CDU, au pouvoir dans 13 des 16 Länder du pays – une première depuis 1949 – n'est toutefois pas à l'abri de plusieurs menaces. Tout d'abord, son résultat est inférieur de 1,7 point aux 35,2% obtenus lors du scrutin de 2005, un résultat jugé à l'époque fort médiocre. Les deux "grands" partis politiques allemands continuent d'ailleurs de reculer dans les urnes, rassemblant dorénavant moins de 6 électeurs sur 10 (56,5%) pour environ les 3/4 d'entre eux (et avec une participation supérieure de 10 points environ) il y a 30 ans.

"Nous sommes satisfaits de ce résultat exceptionnel, mais nous savons qu'il nous rend responsables. Nous sommes prêts à assumer cette responsabilité. Nous voulons contribuer à gouverner l'Allemagne parce que nous devons nous assurer qu'il y ait un système d'imposition équitable, de meilleures chances en matière d'éducation et que les droits des citoyens sont à nouveau respectés" a déclaré le leader du FDP, Guido Westerwelle, qui devrait devenir le prochain ministre des Affaires étrangères, un poste réservé au partenaire de la coalition.

Défaite historique du SPD

Le candidat du SPD à la Chancellerie, Frank-Walter Steinmeier, a reconnu la défaite de son parti, grand perdant de ce scrutin "Il n'y a aucun moyen de le présenter favorablement, c'est une défaite amère" a-t-il souligné, précisant que le SPD fera preuve de fermeté dans son opposition à la future coalition gouvernementale. "En ce soir d'amertume, je n'entends pas fuir mes responsabilités" a déclaré le président du parti, Franz Müntefering.

En chute libre depuis la mise en place de l'Agenda 2010, adopté entre 2003 et 2005 sous le gouvernement du Chancelier Gerhard Schröder pour réformer le marché du travail et le système de protection sociale, le SPD ne parvient pas à faire cesser l'hémorragie qui le vide de ses adhérents (il a perdu plus de 1/3 de ses membres au cours des 10 dernières années) et de ses électeurs. Divisé entre son aile gauche et une partie plus centriste, sans réel leader, privé de programme et en panne de stratégie, le SPD fait face à une grave crise identitaire. La double règle (accord possible au niveau des Länder, aucun accord au niveau fédéral) mine la crédibilité d'un parti de plus en plus directement concurrencé par Die Linke. Selon les premières enquêtes post-électorales réalisées par l'institut d'opinion Infratest, le SPD aurait perdu, lors de ce scrutin, de nombreux électeurs au profit du parti d'Oskar Lafontaine, et notamment ceux issus des catégories socioprofessionnelles les plus défavorisées. "Nous sommes le parti qui fera pression pour que l'Etat social soit reconstitué" a affirmé le leader de Die Linke.

Les sociaux-démocrates, incapables à l'ère de la mondialisation de formuler un nouveau modèle de gouvernement, se sont fait subtiliser leurs idées (étatisme, demande de régulation) par une Chancelière qui, si elle défend une politique libérale, a su convaincre qu'elle était très attachée à l'équilibre social. Les forces de droite, qui se sont plus rapidement adaptées aux évolutions du monde, sont, à l'heure de la mondialisation, jugées plus crédibles par les électeurs qui les pensent également davantage en mesure de les protéger et d'agir sur les événements. "Nous ne sommes pas un parti du passé" a déclaré Franz Müntefering. S'il veut revenir au pouvoir, le SPD ne pourra faire l'impasse sur une redéfinition de sa politique et du modèle de société qu'il souhaite voir advenir. De nombreux analystes politiques prédisent une radicalisation et un virage vers la gauche.

Angela Merkel, la conquérante

Agée de 55 ans, Angela Merkel a étudié à l'université Karl-Marx de Leipzig en ex République démocratique allemande (RDA) et possède une formation de physicienne. Elle a récemment expliqué avoir choisi d'étudier cette matière "parce que, dans ce domaine, la vérité n'est pas si simple à déformer". Elle a travaillé à l'Institut central de chimie-physique de Berlin-Est jusqu'en 1990, année où elle devient porte-parole adjoint du dernier gouvernement de la RDA dirigé par Lothar de Maizière. Cette même année, elle devient membre de la CDU après la fusion de l'Eveil démocratique (DA), mouvement auquel elle a adhéré en décembre 1989, avec ce parti. Elle est élue députée en décembre 1990 et nommée l'année suivante ministre de la Famille, des Personnes âgées, des Femmes et de la Jeunesse dans le gouvernement dirigé par le Chancelier Helmut Kohl (CDU), qui la surnomme Das Mädchen (la gamine). Elue présidente de la CDU du Land de Mecklembourg-Poméranie occidentale en 1993, un poste qu'elle occupera jusqu'en 2000, elle devient l'année suivante ministre de l'Environnement, de la Protection de la nature et de la Sécurité nucléaire.

Désignée Secrétaire générale de la CDU en 1998, Angela Merkel en deviendra la présidente 2 ans plus tard, succédant à Wolfgang Schäuble. Elle a depuis été réélue continuellement à ce poste. Elle devra cependant laisser à Edmund Stoiber la place de candidat à la Chancellerie lors du scrutin législatif du 22 septembre 2002 qui sera remporté par le SPD de Gerhard Schröder. Après ce scrutin, Angela Merkel prend la tête de l'opposition en devenant la présidente du groupe parlementaire CDU/CSU au Bundestag, Chambre basse du Parlement. Candidate de son parti pour les élections législatives anticipées du 18 septembre 2005, elle devient la première femme et la première citoyenne de l'ancienne RDA à accéder au poste de Chancelier. Elle est cependant contrainte de diriger une grande coalition regroupant la CDU et le SPD.

Figure atypique au sein de la CDU, celle que les Allemands surnomment Mutti (Maman), fille d'un pasteur protestant, femme divorcée et sans enfant, a contribué à moderniser son parti. Sous son leadership, la CDU s'est modernisée et libéralisée sur les questions de société, en accordant un statut aux couples homosexuels et en adoptant une approche plus positive de l'immigration désormais décrite comme un enrichissement pour l'Allemagne. Femme d'une grande simplicité et au mode de vie empreint de sobriété et de discrétion, celle que le magazine américain Forbes a désignée 4 ans de suite comme la femme la plus puissante du monde reste une figure énigmatique aux yeux de la plupart de ses compatriotes qui apprécient ses compétences, son côté raisonnable et sa réserve. "Elle n'aime pas beaucoup montrer les cartes qu'elle a en mains" affirme son biographe Gerd Langguth. "Elle incarne l'Allemagne, le calme, l'absence d'excitation, nous ne sommes pas Hollywood" souligne Inga Griese, chroniqueuse au quotidien Die Welt. Le 27 septembre, Angela Merkel, qui a été réélue en décembre dernier, à la tête de la CDU avec son résultat le plus élevé depuis 8 ans, a donc été reconduite à la tête de l'Allemagne qu'elle devrait gouverner durant les 4 prochaines années avec le FDP.

L'Allemagne sera désormais dotée d'un gouvernement fort et d'une réelle opposition. Les deux partis de la coalition gouvernementale devront rapidement parvenir à prendre les mesures qu'impose la crise économique afin de réussir la relance. La CDU/CSU et le FDP sont tous deux favorables à des baisses d'impôt, même si la Chancelière sortante a, tout au long de sa campagne électorale, refusé de s'engager sur un calendrier en matière de fiscalité.

Le FDP souhaite rendre les licenciements plus aisés et s'oppose à l'établissement d'un salaire minimum que la CDU de la Chancelière souhaite instaurer par branche d'activité. Les deux partis sont en revanche d'accord pour repousser la fermeture des centrales nucléaires allemandes, programmée pour 2020. De même, elles sont toutes deux opposées à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne. Enfin, CDU/CSU et FDP se sont engagés à développer une politique familiale volontariste pour encourager la natalité, qui est l'une des plus faibles d'Europe, et faire face au vieillissement de la population. La question démographique est considérée par de nombreux analystes comme le problème n°1 de l'Allemagne sur le long terme.

Source : Site internet :http://www.bundeswahlleiter.de

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