Elections législatives en Allemagne Le point à une semaine du scrutin

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Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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21 septembre 2009
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

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A une semaine du scrutin, l'Union chrétienne-démocrate (CDU) de la Chancelière Angela Merkel conserve son avance sur son principal rival, le SPD, représenté par Frank-Walter Steinmeier, ministre des Affaires étrangères. Néanmoins, dans un paysage politique mouvant et incertain, les jeux sont loin d'être faits. En 2002, Gerhard Schröder (SPD) avait battu Edmund Stoiber (CDU) de justesse et en 2005, moins d'un point (0,9) séparait la CDU du SPD alors même que la CDU possédait une confortable avance un mois avant le scrutin.

Une campagne atone

Absence de véritable débat d'idées ou d'engagements clairs sur des enjeux essentiels, la campagne électorale allemande s'avère particulièrement atone. En outre, la fragmentation de la scène politique est telle qu'une reconduction de la "grande coalition" sortante n'apparaît pas impossible. Enfin, il n'existe pas de véritable alternative à la politique actuelle.

"Je ne suis pas d'accord avec ceux qui dénigrent le travail de cette grande coalition uniquement parce que le SPD en fait partie. Mais il est clair que ce gouvernement est en fin de course et que l'Allemagne a besoin d'une équipe formée par la CDU et le FDP" répète Angela Merkel. Si elle affirme vouloir gouverner avec le Parti libéral-démocrate (FDP), elle a cependant jusqu'alors soigneusement évité de dire quels changements de politique entraînerait cette alliance. Elle a récemment salué les syndicats pour "leur rôle essentiel dans le succès des plans de relance du gouvernement" et promis de "ne pas toucher aux garanties sociales comme la protection contre les licenciements ou les salaires minimum instaurés dans certaines branches", deux mesures réclamées par les Libéraux.

"Mon credo tient en une phrase : la croissance crée les emplois" répète la Chancelière. Wir haben die Kraft (Nous avons la force) clame le slogan de la CDU. Toutefois, la Chancelière sortante se veut au-dessus des partis politiques et, forte du fait que les 2/3 des Allemands l'éliraient à la tête du gouvernement si ce choix pouvait se faire au suffrage universel, a centré la campagne sur sa personne. Elle refuse de répondre aux attaques de ses adversaires comme de laisser tout clivage idéologique se faire jour. "J'ai toujours constaté que je recevais beaucoup de lettres de mécontentement lorsque j'élevais la voix. Les gens n'aiment pas cela" affirme Angela Merkel qui sait, mieux que quiconque, que les campagnes électorales empreintes d'agressivité n'ont jamais bénéficié à ceux qui les ont portées en Allemagne. "La campagne de la CDU est très judicieuse. Elle place en quelque sorte la Chancelière au dessus des querelles de partis. La réduire à une simple candidate partisane serait une erreur" souligne Oskar Niedermayer, politologue à l'université libre de Berlin.

Cette stratégie est cependant loin de faire l'unanimité au sein de la CDU. Beaucoup s'interrogent sur le flou entretenu par Angela Merkel, sur sa volonté de consensus et sur son absence d'ardeur ou de combativité et qui souhaiteraient voir la Chancelière gagner en pugnacité et se différencier plus nettement de ses opposants. Horst Seehofer, leader de l'Union chrétienne-sociale (CSU), alliée de la CDU, a demandé à la Chancelière de présenter son programme et les mesures qu'elle compte mettre en œuvre pour sortir l'Allemagne de la crise économique. "Nous devons maintenant expliquer de façon très claire les aspects positifs d'une alliance avec le FDP. Cela devient urgent, nous devons décliner notre projet commun" a-t-il souligné. La CSU est opposée à un assouplissement de la loi sur les licenciements, à la suppression des salaires minimaux institués dans certaines branches ou à la forfaitisation les cotisations d'assurance maladie, mesures préconisées par les Libéraux.

Le leader du FDP, Guido Westerwelle, reproche à la CDU de ne pas faire cause commune avec son parti et accuse Angela Merkel de souhaiter, sans le dire, la reconduction de la grande coalition sortante, un schéma qui lui permettrait de diriger le pays sans véritable opposition durant 4 années supplémentaires. "La CDU se bat contre le FDP plutôt que contre le SPD, les Verts ou le Parti de gauche (Die Linke), elle se trompe de cible. J'ai encaissé cette situation avec stoïcisme pendant des semaines, voire des mois, maintenant, j'en ai assez" a-t-il déclaré. "Si la CDU ne commence pas à dire clairement ce à quoi elle aspire, alors le danger est grand que sa forte avance dans les sondages ne se réduise parce que les électeurs vont penser qu'elle souhaite poursuivre la grande coalition" a renchéri le secrétaire général du FDP, Dirk Niebel. Enfin, Hans-Dietrich Genscher, ancien ministre des Affaires étrangères (FDP) de 1974 à 1992, a indiqué que "l'incertitude entretenue par la CDU sur les partenaires avec lesquels elle souhaiterait gouverner explique ses piètres performances en Sarre et en Thuringe lors des élections régionales du 30 août dernier".

Le 13 septembre, Angela Merkel et Frank-Walter Steinmeier se sont affrontés lors d'un débat télévisé de 90 minutes retransmis par 4 chaînes publiques et privées allemandes et qui a été regardé par plus de 20 millions d'Allemands. Ce débat était seulement le 4e du genre dans toute l'histoire du pays (le 1er avait eu lieu à l'occasion du scrutin législatif de 2002), ce qui s'explique par le fait que les électeurs d'outre-Rhin se prononcent davantage pour un parti que pour un candidat lors des élections législatives. Comme la campagne, ce duel n'a pas vraiment tenu ses promesses et a finalement ressemblé davantage à une conversation entre amis qu'à un combat politique. "Cela sonne plus comme un duo que comme un duel" a déclaré l'un des journalistes qui animait le débat. "Cela sentait la grande coalition à plein nez" a souligné le leader du FDP, Guido Westerwelle, à l'issue du débat.

Lors de ce débat, Frank-Walter Steinmeier a reproché à la Chancelière de refuser l'adoption d'un salaire minimum réclamé par le SPD et s'est opposé au projet de prolonger certaines centrales nucléaires au-delà de 2020.

Enfin, l'Allemagne a été montrée du doigt par ses partenaires européens dont certains l'accusent d'avoir défendu ses seuls intérêts dans le dossier Opel. Comme le souhaitait Angela Merkel, le constructeur automobile allemand, filiale de l'entreprise américaine General Motors, sera repris par l'équipementier canadien Magna qui se verra accorder 4,5 milliards € de garanties publiques. Magna, qui détiendra 55% d'Opel, prévoit de supprimer 10 500 des 50 000 emplois du groupe en Europe mais s'est engagé à ne fermer aucune des 4 usines situées en Allemagne et dans lesquelles travaillent 25 000 personnes. "Si nous n'avions pas accordé un financement relais (de 1,5 milliard €) à l'automne afin de maintenir Opel à flot, d'autres Européens auraient connu des difficultés. C'est du donnant-donnant" a indiqué, le 17 septembre, la Chancelière ajoutant qu'elle s'engageait à "résoudre les problèmes restants, dans un esprit d'équité au niveau européen".

Les leçons des élections régionales

3 Länder (Saxe, Sarre et Thuringe) ont renouvelé leur Parlement régional le 30 août dernier. Ils étaient jusqu'alors gouvernés par la CDU (en coalition avec le SPD en Saxe). La Sarre est la région du leader de Die Linke, Oskar Lafontaine, souvent surnommé le Napoléon de la Sarre, qui a dirigé ce Land entre 1985 et 1998. En Thuringe, Dieter Althaus, candidat à sa propre succession, est sous le coup d'une mise en examen pour homicide par négligence. Le 1er janvier 2009, il a heurté sur une piste de ski une femme qui a trouvé la mort dans cette collision.

Ces élections ont montré un recul de la CDU dans les 3 Länder, même si elle arrive partout largement en tête du scrutin. La baisse de la CDU ne profite pas au SPD – qui ne progresse qu'en Thuringe et recule nettement en Sarre – mais à Die Linke qui obtient des résultats élevés, arrivant en 2e position en Saxe et en Thuringe. A l'issue de ces scrutins, Angela Merkel a affirmé avoir tiré les leçons des élections, qui ont vu la défaite de l'un de ses proches, Dieter Althaus (qui a démissionné de ses fonctions quelques jours après le scrutin), et compris "combien la question sociale était importantes pour les gens". Mais les scrutins régionaux, qui ont mis en lumière les difficultés que pourrait avoir la Chancelière à obtenir un nombre suffisant de suffrages pour pouvoir former une coalition avec le FDP, ne constituent pas un sondage grandeur nature un mois avant le scrutin législatif du 27 septembre.

Les stratégies des forces en présence

"Il va falloir que les partis s'habituent à nous" a affirmé Gregor Gysi, président (avec Oskar Lafontaine) du groupe parlementaire Die Linke, à l'issue des élections régionales. Die Linke a également rappelé son opposition à la présence militaire allemande en Afghanistan. "Die Linke méprise les engagements internationaux de l'Allemagne en réclamant le retrait des troupes d'Afghanistan et la fin de l'OTAN" a déclaré le leader du SPD, Franz Müntefering, accusant Oskar Lafontaine d'avoir "laissé tomber son pays". "Il n'y aura pas de coopération au plan national entre le SPD et Die Linke" a-t-il répété.

Le scrutin régional n'a en tout cas pas permis au SPD de réaliser une percée. "Le principal problème du SPD est que les gens pensent qu'il n'a aucune compétence en économie, ils ont l'impression qu'il n'est pas capable de gouverner" affirme Manfred Güllner de l'institut d'opinion Forsa. Le candidat du SDP à la Chancellerie, Frank-Walter Steinmeier, n'en finit pas de chercher la confrontation avec Angela Merkel. Peu charismatique et sans expérience électorale, il n'est pas parvenu à s'imposer comme une alternative crédible à la Chancelière à la tête du gouvernement ni permis à son parti de renouer avec ceux de ses électeurs traditionnels qui s'en sont éloignés, notamment au cours des 10 dernières années. "J'ai du respect pour ses talents de communicante mais personne ne sait en quoi elle (la Chancelière) croit, y compris au sein de son parti. Si la majorité des électeurs attend un concours d'idées, nous avons une chance d'inverser la vapeur" a souligné Peer Steinbrück, ministre des Finances (SPD).

Le 5 septembre, le syndicat IG Metall (2,3 millions d'adhérents) a organisé un meeting de mobilisation préélectoral sans – et c'est une première – donner de consigne de vote. Si son président Bertold Huber appuie personnellement Frank-Walter Steinmeier, il épargne également la CDU, réservant ses critiques au FDP qu'il accuse d'être "soumis à la loi du marché et de mettre en péril l'Etat social". Les derniers chiffres du chômage (8,3%, soit 3,4 millions de chômeurs), qui ont marqué une baisse ces derniers mois, ont constitué une surprise.

Le FDP attire les électeurs les plus inquiets de l'intervention croissante de l'Etat dans l'économie. "Ceux qui ne veulent pas que les socialistes et les communistes puissent décider doivent se rendre aux urnes et soutenir la classe moyenne en votant pour le FDP" répète Guido Westerwelle. Les Verts s'opposent à toute baisse d'impôts, proposent l'établissement d'un minimum retraite garanti pour toute personne ayant travaillé au moins 33 ans et demandent un moratoire sur la construction de centrales à charbon. Si le parti écologiste se dit ouvert à la discussion avec l'ensemble des autres partis, Jürgen Trittin, vice-président du groupe vert au Bundestag (chambre basse du Parlement) a souligné que son parti était déterminé à empêcher la constitution d'une coalition CDU-FDP et qu'il n'envisageait donc pas de s'allier avec l'une de ces 2 partis. "Nous voulons empêcher la formation d'un gouvernement conservateur-libéral qui signifierait moins d'argent pour l'éducation comme pour la lutte contre le réchauffement climatique et la poursuite du programme d'énergie nucléaire" a-t-il déclaré.

Le 6 septembre, une lettre écrite par l'assemblée des évêques allemands a été lue lors de la messe pour inciter les chrétiens à se rendre aux urnes le 27 septembre. "Celui qui n'exerce pas son droit de vote renonce à influencer activement la politique" disait le texte. La résolution de la crise financière et sociale par des mesures éthiques, la protection de la dignité de la vie de la personne dans toutes les phases de son existence et l'accès au système d'assurance sociale pour tous, tels sont les thèmes que, selon les évêques, les électeurs devraient avoir à l'esprit avant de déposer leur bulletin dans l'urne. En février dernier, le courant catholique de la CDU, inquiet de voir son électorat le plus conservateur se détourner du parti, avait très mal réagi aux critiques du Pape Benoît XVI émises par la Chancelière, élevée dans la religion protestante et fille de pasteur. Angela Merkel avait fait part de son indignation après la réintégration de l'évêque intégriste Richard Williamson qui nie la réalité de l'Holocauste.

"La configuration politique à 5 partis va perdurer au-delà des élections législatives du 27 septembre et nous pouvons compter sur des négociations incertaines et complexes" a déclaré le politologue Oskar Niedermayer. A une semaine du scrutin, il n'y a aucune certitude sur le résultat des élections et les coalitions qui pourraient se constituer à l'issue du scrutin.

Selon la dernière enquête d'opinion réalisée par l'institut Forsa le 14 septembre, la CDU reste, avec 37% des suffrages, largement en tête des intentions de vote. Elle devance le SPD qui recueille 24%, le FDP 12%, les Verts 11% et Die Linke 10%. Cependant, près de 4 électeurs sur 10 seraient toujours indécis à quelques jours du vote.

"2 ou 3 points de pourcentage dans un sens ou dans l'autre et le rêve d'une coalition CDU-FDP peut faire long feu" indique le politologue Everhard Holtmann.

La reconduction de la grande coalition sortante serait, pour la CDU, synonyme d'un maintien au pouvoir avec un partenaire affaibli. Cette option semble pourtant la seule réaliste qui s'offre au SPD qui ne semble pas prêt à faire le choix d'une alliance avec Die Linke.

Comme lors de chaque élection législative, les Allemands ont été interrogés sur la portée du scrutin. A la question "Ce vote va-t-il changer le destin du pays ?", près des ¾ des personnes interrogées (73%) ont répondu "non", le chiffre le plus élevé jamais enregistré.

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