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France - Législatives

La majorité présidentielle remporte les élections législatives
mais l'opposition résiste mieux que prévu

La majorité présidentielle remporte les élections législatives
mais l'opposition résiste mieux que prévu

18/06/2007 - Résultats - 2ème tour

La majorité présidentielle sort victorieuse des élections législatives. A l'issue du deuxième tour qui s'est déroulé le 17 juin, l'Union pour un mouvement populaire (UMP) remporte 317 sièges à l'Assemblée nationale, Chambre basse du Parlement; le Nouveau centre, formation créée le 29 mai dernier par une partie des députés de l'Union pour la démocratie française (UDF) qui ont quitté François Bayrou et dirigée par le ministre de la Défense, Hervé Morin, 20 députés (soit le minimum exigé pour constituer un groupe parlementaire), et le Mouvement pour la France (MPF), parti de Philippe de Villiers, conserve ses deux élus.
Cependant, l'opposition de gauche résiste mieux que prévu à la vague bleue qui avait été annoncée au soir du premier tour le 10 juin dernier. Le Parti socialiste (PS), dirigé par François Hollande, obtient 212 députés, le Parti communiste (PCF) de Marie-George Buffet, 18 et les Verts, 4. Enfin, le Mouvement démocrate (MoDem), formation centriste dirigée par François Bayrou, remporte également 4 sièges.
107 femmes sont élues à l'Assemblée nationale, soit 18,34% du total des députés, un record pour la France qui reste cependant très loin de nombreux pays européens en matière de représentation féminine.
La participation a été la plus faible de la Ve République : 59,99%. Les circonscriptions qui restaient en lice pour ce 2e tour, plus urbaines et plus à gauche, sont également légèrement plus abstentionnistes que la moyenne française.

"Aujourd'hui, la France s'est dotée d'une majorité pour agir. Je dis aux électeurs qui n'ont pas voté pour les candidats de la majorité présidentielle que leur espoir déçu nous oblige, comme nous oblige l'immense attente de ceux qui nous ont fait confiance. Il n'y a pas un peuple de droite contre un peuple de gauche, il n'y a qu'un seul peuple, le peuple français, dont toutes les sensibilités doivent être respectées" a déclaré le Premier ministre, François Fillon. Le Chef du gouvernement a également salué le "choix clair et cohérent" des électeurs "qui permet au Président de la République de mettre en oeuvre son projet" et affirmé que "la victoire de l'UMP confirme la volonté d'ouverture de Nicolas Sarkozy et valide son projet de moderniser résolument la France".

Si la majorité présidentielle est reconduite et obtient la majorité absolue à l'Assemblée nationale, elle est cependant amoindrie par rapport aux dernières élections législatives des 9 et 16 juin 2002. Par ailleurs, l'UMP essuie un revers important avec la défaite d'Alain Juppé, numéro deux du gouvernement, ministre de l'Ecologie, du Développement et de l'Aménagement durable, dans la 2e circonscription de la Gironde, une circonscription dominée par la droite depuis 60 ans. "Je présenterai dès demain matin au Président de la République et au Premier ministre ma démission de mes fonctions de ministre de l'Ecologie, du Développement et de l'Aménagement durable" a déclaré Alain Juppé. "S'agissant de mon mandat municipal, je réunirai dans les prochains jours mon équipe municipale et nous déciderons de ce qu'il convient de faire" a t-il ajouté. Le Chef de l'Etat avait lui-même édicté la règle que tout membre du gouvernement qui échouerait aux élections législatives devrait quitter son poste. Alain Juppé est le seul des 11 ministres qui se présentaient aux suffrages des électeurs à avoir été battu.

Outre Alain Juppé, quelques autres personnalités de la majorité présidentielle ont été battues : l'ancien ministre du Tourisme Léon Bertrand en Guyane, l'ancien ministre et ex-maire de Grenoble Alain Carignon, l'ancien ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres, l'ancien ministre du Logement Pierre-André Périssol, l'ancien ministre François d'Aubert, l'ancien ministre de la Sécurité sociale Philippe Bas, Alain Marsaud et enfin le juge Jean-Louis Bruguière qui tentait une reconversion de la magistrature vers la politique. Enfin, Arno Klarsfeld échoue à conserver la 8e circonscription de Paris à droite. L'opposition de gauche gagne donc un député à Paris (13 sur 21) et reste majoritaire dans la capitale.

La victoire de l'UMP, alliée au Nouveau centre, est historique puisque c'est la première fois depuis trente ans qu'une majorité parlementaire sortante est reconduite.

Seule candidate de la formation d'extrême droite, le Front national (FN) présente au 2e tour, Marine Le Pen a été battue dans la 14e circonscription du Pas-de-Calais. La fille du leader du Front national obtient toutefois 41,65% des voix.

Du côté des forces de l'opposition, le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, largement réélu dans la 1ère circonscription de Corrèze avec 60,3% des suffrages, s'est félicité du résultat de ces élections législatives. Il s'est réjoui que le 2e tour ait "corrigé la tendance de ce qui s'était dessiné au premier tour". "La vague bleue annoncée qui devait déferler n'a donc pas eu lieu. Il y aura, et c'est tant mieux, de la diversité et du pluralisme à l'Assemblée nationale" a-t-il déclaré.
La candidate du Parti socialiste à l'élection présidentielle des 22 avril et 6 mai derniers, Ségolène Royal, a souligné que "les Français ont voulu par leur vote donner un sens à la République, une liberté démocratique avec une vraie force d'opposition constructive. Le mouvement et la dynamique de l'élection présidentielle se sont prolongés. Entre les deux tours, il y a eu une prise de conscience. L'opposition à la tâche de surveiller, de protéger et aussi de proposer", revendiquant par ces propos une partie de la responsabilité du sursaut de la gauche entre les deux tours des élections législatives. "Les électeurs attendent de nous de continuer le travail d'imagination pour répondre aux défis de ce siècle et aux urgences quotidiennes. Le travail commencé doit être poursuivi" a t-elle ajouté mentionnant "quatre défis à relever : celui du travail pour tous et du pouvoir d'achat, la lutte contre le réchauffement climatique, l'invention de nouvelles relations Nord-Sud et la diminution de la dette". "C'est tout cela la nouvelle frontière de la gauche. Le travail continue, les socialistes unis et rassemblés vont montrer qu'ils en sont capables" a-t-elle conclu.
La présidente de la région Poitou-Charentes peut également se féliciter que la grande majorité de ses proches, qui semblaient en position difficile au soir du 1er tour, aient été élus ou réélus. Ainsi, Arnaud Montebourg, Jean-Louis Bianco et Julien Dray conservent leurs sièges de députés. Dephine Batho est élue dans la 2e circonscription des Deux-Sèvres, et succède à Ségolène Royal qui ne se représentait pas. Seul Vincent Peillon échoue dans la 3e circonscription de la Somme.

Le Parti communiste résiste beaucoup mieux que prévu et conserve un grand nombre de ses bastions. "Il s'agit d'un très beau résultat. Le Parti communiste sera le 4e groupe à l'Assemblée nationale" a souligné sa leader Marie-George Buffet. La très grande majorité des députés communistes sortants ont été réélus et le président du groupe communiste dans la précédente Assemblée nationale, Alain Bocquet, a même réalisé l'un des scores les plus élevés de ces élections législatives en recueillant 69,17% dans la 20e circonscription du Nord.

Les Verts gagnent un siège à l'Assemblée nationale. Leurs trois députés sortants (Martine Billard, Yves Cochet et Noël Mamère) sont réélus et François de Rugy s'impose dans la 1ère circonscription de Loire-Atlantique. Le Parti socialiste n'avait pas présenté de candidat dans cette circonscription.

Quelques personnalités de l'opposition de gauche ont toutefois été battues dont Jean-Pierre Chevènement (Mouvement républicain et citoyen, MRC), l'une des dernières figures historiques de l'époque mitterrandienne, dans son fief de Belfort. Ces élections ont été difficiles pour la formation de Jean-Pierre Chevènement puisque son fidèle lieutenant Georges Sarre (MRC) s'est également incliné dans la 2e circonscription de la Creuse. Le Parti radical de gauche (PRG) a essuyé quelques pertes importantes : Roger-Gérard Schwartzenberg a été battu dans la 3e circonscription du Val-de-Marne et Emile Zuccarelli s'est incliné dans la 1ere circonscription de Haute Corse dont il était l'élu depuis 1986.

Enfin, le Mouvement démocrate (MoDem) de François Bayrou, s'il sort laminé par le mode de scrutin, réalise un meilleur résultat que prévu, parvenant à décrocher 4 sièges à l'Assemblée nationale. Son leader, François Bayrou, est aisément réélu dans son fief des Pyrénées-Atlantiques avec 61,21% des suffrages. Dans la seule triangulaire de ces élections, le député sortant Jean Lassalle parvient à conserver son siège dans la 4e circonscription des Pyrénées-Atlantiques. Thierry Benoît créé la surprise dans la 6e circonscription d'Ille-et-Vilaine en devançant largement la sortante Marie-Thérèse Boisseau (UMP) et Abdoulatifou Aly est élu à Mayotte. Enfin, Jean-Christophe Lagarde, dont le positionnement reste encore flou (il s'est montré critique envers François Bayrou et prêt à travailler avec la majorité présidentielle sans toutefois préciser dans quel groupe il entendait siéger) a été réélu dans la 5e circonscription de Seine-Saint-Denis.
"Sur six circonscriptions où le Mouvement démocrate était au 2e tour, 4 ont déjà été remportées, ce qui veut dire que ce chemin politique existe et que les électeurs sont prêts à le choisir, pourvu au moins que le mode de scrutin leur laisse le choix" s'est félicité François Bayrou. Le leader du MoDem voit dans le résultat de sa formation "un signal très chaleureux, très amical et très prometteur". "Nous allons construire ce grand courant politique dont la France a besoin" a déclaré le leader du parti centriste qui a affirmé, évoquant les prochaines élections municipales et cantonales de mars 2008, que "le Mouvement démocrate gagnera d'autant mieux quand les scrutins seront plus justes. Tous les rendez-vous électoraux qui sont devant nous sont désormais des rendez-vous pour reconstruire une démocratie française qui soit vivante, diverse, créative".

De nombreux analystes politiques, tout comme les acteurs politiques, ont expliqué le sursaut de l'opposition de gauche entre les deux tours par la polémique suscitée, la semaine passée, par les propos du ministre de l'Economie sur la TVA sociale. Jean-Louis Borloo avait en effet affirmé au soir du 1er tour que le gouvernement réfléchissait à une possible augmentation de la TVA (19,6%). Cette annonce, conjuguée à une augmentation du salaire minimum au 1er juillet prochain plus faible qu'espéré par les syndicats, est venue au secours de l'opposition à qui elle a permis d'imposer un véritable enjeu capable de mobiliser les électeurs dans une campagne électorale qui en manquait singulièrement. Le Président de la République Nicolas Sarkozy l'avait bien compris puisqu'il était intervenu dans la semaine pour dire qu'il n'accepterait aucune baisse du pouvoir d'achat des Français.

Les électeurs ont donc logiquement donné au Président de la République la majorité dont il a besoin pour gouverner et mettre en oeuvre son programme. Mais, en rééquilibrant les résultats du 1er tour (1 seul élu PS élu sur 110), les Français ont montré qu'ils souhaitaient une opposition forte capable d'exercer son rôle de vigie, de critique et de proposition à l'Assemblée nationale. Si l'opposition de gauche peut se réjouir de son sursaut, elle n'en doit pas moins oublier que cette nouvelle défaite témoigne du travail de refondation auquel elle doit désormais s'atteler si elle veut retrouver la confiance des Français. François Hollande a réaffirmé qu'il souhaitait rester à son poste de premier secrétaire du Parti socialiste jusqu'en 2008, année où s'achèvera officiellement son mandat de chef du PS. Ségolène Royal a répété qu'elle était intéressée par la direction de la principale formation d'opposition et qu'elle présenterait sa propre motion lors du prochain congrès national.
Lors de cette soirée, les Français ont également pu apprendre la séparation officielle du couple que formaient Ségolène Royal et François Hollande depuis près de 30 ans.

Les nouveaux députés feront leur rentrée le 26 juin prochain pour une session extraordinaire du Parlement qui durera tout le mois de juillet. La nouvelle Assemblée nationale, paères l'élection de son président, devrait se pencher immédiatement sur les premières mesures que le Président de la République Nicolas Sarkozy, souhaite mettre en œuvre, à savoir la réforme de la fiscalité, la lutte contre la délinquance et la réforme de l'université.

Résultats du deuxième tour des élections législatives du 17 juin 2007 en France


Participation : 59,99%
Source : Assemblée nationale



Directeur de la publication : Pascale JOANNIN
Les auteurs
Corinne Deloy
Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman
Fondation Robert Schuman
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