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Albanie - Présidentielle

Election présidentielle en Albanie
20 juin 2007

Election présidentielle en Albanie
20 juin 2007

18/06/2007 - J-7

La Conférence de l'Assemblée de la République d'Albanie, Chambre unique du Parlement, a annoncé que le premier tour de l'élection présidentielle se déroulerait le 20 juin prochain.


La fonction présidentielle en Albanie

Le Président de la République est élu en Albanie à bulletins secrets pour 5 ans par les 140 membres de l'Assemblée de la République. Son mandat n'est renouvelable qu'une fois. Les pouvoirs du Chef de l'Etat sont essentiellement honorifiques. Celui-ci veille au respect de la Constitution et commande les forces armées.

Cinq tours de scrutin sont prévus par la Constitution albanaise pour l'élection du Président de la République. Pour être élu, un candidat doit recueillir au moins les trois cinquièmes des suffrages des membres de l'Assemblée de la République, soit 84 voix. Si aucun candidat n'y parvient au premier tour, un deuxième tour est alors organisé selon les mêmes règles (un minimum de trois cinquièmes des suffrages est obligatoire pour être élu) et auquel de nouveaux candidats peuvent se présenter. Si les députés ne parviennent pas à désigner le Président de la République à l'issue de ce deuxième tour, la Conférence de l'Assemblée de la République doit alors, dans les sept jours suivants, fixer la date du troisième tour qui se déroulera toujours selon les mêmes règles. En cas de nouvel échec, un quatrième tour, puis éventuellement un cinquième, opposera seulement les deux candidats arrivés en tête du troisième tour.
Si à l'issue de ces cinq tours de scrutin, aucun candidat n'a pu être élu, l'Assemblée de la République est dissoute et de nouvelles élections législatives sont organisées dans les 60 jours qui suivent. Le nouveau Parlement sorti des urnes devra alors élire le nouveau Président de la République à la majorité absolue de ses membres.

Dans l'actuelle Assemblée de la République, la formation la plus importante, le Parti démocratique (PD) du Premier ministre Sali Berisha, détient 78 sièges, soit moins que les trois cinquièmes requis pour l'élection présidentielle. Le parti doit donc absolument parvenir à s'accorder avec d'autres partis ou encore obtenir un consensus des députés sur le nom du candidat à la magistrature suprême pour espérer dépasser les clivages politiques et élire le Chef de l'Etat.
Le président sortant, Alfred Spiro Moisiu, a été élu (97 voix pour, 19 contre et 14 abstentions) le 24 juin 2002 par les députés du Parti socialiste (PSSH), formation majoritaire dans le Parlement de l'époque, et celles de partis de l'opposition.


La campagne pour l'élection présidentielle

Le Parti démocratique du Premier ministre Sali Berisha a choisi son candidat - Bamir Topi, leader du groupe parlementaire du Parti démocratique – sans l'avis de l'opposition qui souhaitait être consultée sur le choix du candidat à la fonction suprême. La candidature de Bamir Topi à la Présidence de la République a été annoncée le 7 mars dernier. "Bamir Topi est notre candidat à la Présidence de la République. Si le Parlement ne l'élit pas, nous organiserons des élections législatives anticipées" avait alors déclaré le Premier ministre, Sali Berisha, qui se disait alors persuadé que Bamir Topi obtiendrait le soutien de l'opposition, car il est l'homme politique le plus populaire du pays.

Le 25 mai dernier, le Premier ministre Sali Berisha affirmait, lors d'une visite à Bruxelles, que le gouvernement était déterminé à élire un Chef de l'Etat sur lequel toutes les formations politiques pourraient s'accorder. "Les deux principales exigences de l'Union européenne sont le respect de l'Etat de droit et l'élection d'un candidat de consensus à la Présidence de la République" avait-il alors déclaré. Le Commissaire européen chargé de l'Elargissement, Olli Rehn, avait insisté sur ce point, rappelant que l'ensemble des formations politiques albanaises devait travailler à atteindre ce consensus.

Le leader du Parti socialiste (PSSH), principale formation d'opposition, et actuel maire de Tirana, Edi Rama, a demandé que son parti et ses alliés puissent participer au choix d'un candidat de consensus. Mais les forces de l'opposition demandent que le prochain Président de la République soit une personnalité issue de leurs rangs ! Ils ont, pour l'heure, refusé d'approuver la candidature à ce poste de Fatos Nano, ancien leader du Parti socialiste, ancien Premier ministre (1997-1998, 1998-2002 et 2002-2005) et éternel rival de Sali Berisha. Celui-ci affirme être soutenu par 33 députés (le Parti socialiste possède 42 sièges à l'Assemblée de la République).

Le 11 juin dernier, le leader du Parti social-démocrate (PSDS), Skender Gjinushi, et celui du Parti de l'alliance démocratique (PADS), Neritan Ceka, deux formations appartenant aux forces de l'opposition, ont annoncé que leurs députés (respectivement 7 pour le PSDS et 3 pour le PADS) refuseraient de prendre part au premier tour de l'élection présidentielle. Les deux leaders ont critiqué les deux principaux partis pour avoir choisi leur candidat sans consulter l'opposition. "Au vu de la crise économique que traverse le pays, la solution passe par l'organisation de nouvelles élections parlementaires ou de changements radicaux au sein du gouvernement. Nous demandons ces changements, mais les politiques veulent maintenir le statu quo et se justifient en mettant en avant le besoin de stabilité ou de consensus. Mais ils ne pensent qu'à protéger leur nombre de députés et à préserver les intérêts étroits des candidats à la Présidence de la République" ont déclaré les deux hommes dans un communiqué.

Le boycott de l'élection présidentielle par les formations de l'opposition pourrait, en effet, entraîner l'organisation de nouvelles élections législatives, une option qui, selon la communauté internationale, ne pourrait qu'être préjudiciable aux réformes en cours dans le pays.

Le mandat d'Alfred Spiro Moisiu expire le 24 juillet prochain.
Directeur de la publication : Pascale JOANNIN
Les auteurs
Corinne Deloy
Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman
Fondation Robert Schuman
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