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Chypre - Législatives

Les élections législatives
en République de Chypre du nord * 14 décembre 2003

Les élections législatives
en République de Chypre du nord * 14 décembre 2003

14/12/2003 - Résultats

Le 14 décembre 2003, les 141.000 Chypriotes turcs ont voté pour élire leurs nouveaux députés. Le scrutin législatif réalisé avec la participation de sept partis politiques dont trois alliances, peut être considéré comme un référendum sur le plan du Secrétaire Général des Nations Unies, M. Kofi Annan et l'intégration à l'Union européenne d'une île réunifiée. Il est perçu par la plupart des chypriotes turcs comme le plus important scrutin de l'histoire politique de la République de Chypre du Nord, la partie grecque de l'île devenant, quoi qu'il arrive, membre à partir du 1er mai 2004. Le résultat du scrutin conditionne l'avenir de la République de Chypre du nord tout comme l'adhésion de la Turquie à l'UE.

L'île divisée depuis 1974



Après la division de l'île issue de l'intervention militaire turque en 1974 suite à un coup d'Etat militaire soutenu par Athènes, la partie nord de l'île, à majorité turque, s'est autoproclamée Etat fédéré en 1975 et République en 1983. La République Turque de Chypre du Nord (RTCN) est présidée depuis 1975, par Rauf Denktash qui a été réélu Président pour un quatrième quinquennat consécutif en avril 2000.

Le problème chypriote est de nouveau sur la scène internationale après la reconnaissance de la Turquie comme pays candidat à l'UE en décembre 1999 lors du sommet d'Helsinki, deux ans après la reconnaissance du statut de candidat à l'UE de Chypre.

Le 11 novembre 2002, le Secrétaire Général des Nations-Unies, Kofi Annan a présenté une proposition d'accord d'ensemble le plan Annan sur la réunification de Chypre en un seul Etat, dont le pouvoir central sera limité.

En dépit de rencontres directes, depuis novembre 2002, les négociateurs chypriotes grecs et turcs n'ont pas réussi à s'entendre sur un plan de réunification. Une dernière rencontre s'est tenue en mars 2003. Les questions cruciales sont restées en suspend : l'existence ou non de deux Etat distincts, la sécurité de l'île, les limites territoriales de deux zones, le droit de propriété et le retour des personnes déplacées.

Bien que le négociateur de la partie turque, le Président Denktash, soit présenté par son intransigeance comme la cause de l'échec, la position de l'UE face au problème chypriote a aussi joué un rôle dans le blocage des négociations. En effet l'UE a assuré la partie grecque de l'île de son intégration à l'UE en 2004 quelque soit le résultat des négociations.

En avril 2003, juste après l'échec des négociations, le gouvernement de la République turque de Chypre du Nord a autorisé ses ressortissants à passer «librement» au sud de l'île. Cette nouvelle possibilité de franchissement de la «ligne verte» a été bien reçue par les deux peuples qui ont vécu ensemble pendant des siècles et qui contrairement à ce que disent leurs dirigeants sont prêts à la réunification de l'île.

Les partis politiques



Les deux partis de droite nationaliste qui forment la coalition gouvernementale actuelle l'UBP (Partie de l'Union National -Ulusal Birlik Partisi) et le DP (Parti Démocrate- Demokrat Parti) mais aussi le parti libéral KAP (Parti Chypriote de la Justice - Kibris Adalet Partisi) soutiennent la politique du Président Rauf Denktash. Ils insistent sur l'existence de deux Etats séparés et non un Etat fédéral. Ils refusent le plan de Kofi Annan qui d'après eux ne répond pas aux attentes de la population turque de l'île. Ils souhaitent l'adhésion de Chypre du nord à l'UE au même moment que la Turquie et non le 1er mai 2004 en tant que pays indépendant et indivisible. Le DP, même s'il partage en grande partie la politique du Président Denktash, ne refuse pas aussi catégoriquement le plan de Kofi Annan.

Le MBP (Parti Nationaliste de Paix- Milliyetçi Baris Partisi) quoique proche des idées des trois autres partis ne se montre pas totalement hostile au plan de Kofi Annan.

Les trois principaux partis d'opposition pro-européens le CTP (Parti Républicain Turc – Cumhuriyetçi Turk Partisi), le BDH (Mouvement de Démocratie et de Paix- Baris ve Demokrasi Hareketi) et le CABP (Parti de Solution et d'Union Européen- Cozüm ve Avrupa Birligi Partisi) qui sont prêts à reprendre les négociations sur la base du plan de Kofi Annan, ont une approche similaire du problème chypriote, et ont signé un protocole annonçant leur refus d'entrer dans une coalition avec l'un de deux partis qui forment le gouvernement actuel. Toutefois, ils présentent des listes séparées aux élections législatives. Ces trois partis visent à trouver une solution au problème de Chypre dans le cadre du plan Annan qui permettrait de fonder une République de Chypre réunifiée sur la base d'une égalité entre les deux parties de l'île, et qui intègrent l'UE en mai 2004. Ils souhaitent que tout accord conclu soit le sujet d'un référendum. Ces trois partis ont précisé qu'ils pourraient, en cas de victoire électorale, retirer au Président Denktash son rôle de négociateur principal et former une délégation choisie par le Parlement.

Résultat des élections[1]



Pour la première fois, le peuple turc de l'île donne une chance aux deux principaux partis d'oppositions. Le CTP, avec 35.8% des votes se retrouve en tête. L'UBP qui gouverne actuellement, le suit avec 32.8% des votes. L'autre parti d'opposition, le BDH a recueilli 13.6% des votes et le DP l'autre parti du coalition actuel, 12.4% des votes. Mais en terme de projection de sièges, l'opposition comme la majorité sortante recueillerait chacune 25 sièges sur les 50 au parlement. Au total c'est encore au Président Denktash que reviendra la tache de choisir le futur gouvernement de la partie nord de l'île Chypre .

Les partis politiques qui participent au scrutin

*Sa candidature a été rejetée par le Haut Conseil des Elections. Il préside son parti mais il ne peut pas être député


* Entité politique reconnue uniquement par la Turquie


[1] Résultat du lundi 15 décembre 2003 à 13 h 00.

[2] Alliance entre Parti de la Justice et de la Paix (ABP) et Parti Nationaliste de la Justice (MAP)

[3] Alliance entre le parti Social de Libération (TKP) et deux autres petits parti de la même tendance
Directeur de la publication : Pascale JOANNIN