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Chypre - Présidentielle

Election présidentielle à Chypre, 17 et 24 février 2008

Election présidentielle à Chypre, 17 et 24 février 2008

17/02/2008 - Analyse - 1er tour

Le 17 février prochain, 515 000 Chypriotes, dont 350 Chypriotes turcs, sont appelés aux urnes pour élire leur Président de la République qui exerce également la fonction de Premier ministre. La communauté turque vivant sur la partie Sud de l'île est, pour la première fois, autorisée à voter pour le scrutin présidentiel.

Le système politique chypriote

La Constitution date de 1960, mais n'est plus appliquée depuis les troubles intercommunautaires de 1963. L'île est traversée, depuis juillet 1974, par une "ligne verte", contrôlée par les Casques Bleus des Nations Unies, qui divise le pays en deux entités. La partie Nord de l'île est occupée par l'armée turque et s'est autoproclamée République turque de Chypre du Nord, une entité que la Turquie est le seul Etat à reconnaître au niveau international. 195 000 Chypriotes y vivent, contre 750 000, dont un tiers de réfugiés du Nord, au Sud de l'île. Selon la Constitution chypriote, la fonction présidentielle est réservée à un Chypriote grec, celle de vice-Président revenant à un Chypriote turc (le poste est actuellement vacant). Le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de 5 ans. Chef de l'exécutif, il nomme les ministres du gouvernement qu'il dirige. 30% des sièges du gouvernement et du Parlement (soit 24 sur 80) sont réservés à la communauté chypriote turque et sont actuellement inoccupés.

A ce jour, 5 personnalités sont candidates au poste de Président de la République :

- Tassos Papadopoulos, 73 ans, Président sortant, soutenu par le Parti démocratique (DIKO), le Mouvement des sociaux-démocrates-Union du centre (EDEK), le Parti européen (EK) et le Mouvement écologiste et environnementaliste-Parti vert (KEP) ;
- Demetris Christofias, 60 ans, président de la Chambre des représentants, Chambre unique du Parlement depuis deux législatures, leader du Parti progressiste des travailleurs (AKEL), soutenu par le Mouvement des démocrates unis (KOP).
- Ioannis Kasoulidès, l'un des responsables du principal parti d'opposition, le Rassemblement démocratique (DISY), ancien ministre des Affaires étrangères (1997-2003) du gouvernement de Glafcos Cléridès et député européen depuis juin 2004 ;
- Marios Matsakis, député européen (DIKO) ;
- Costas Themistocleous, ancien ministre de l'Agriculture, des Ressources naturelles et de l'Environnement.

La campagne électorale

Ioannis Kasoulidès a été le premier à annoncer sa candidature le 13 juin 2007.
Le 23 juillet, le Président de la République sortant, Tassos Papadopoulos, faisait publiquement part de son intention de se représenter : "Vous m'avez élu Président de la République pour garantir vos droits, non pour les brader. Vous m'avez élu pour que nous arrivions à la meilleure solution pour résoudre le problème chypriote, pas pour parvenir à une colonisation qui détruirait la République de Chypre".
Le 11 juillet, quelques jours avant l'annonce de Tassos Papadopoulos, 4 ministres du gouvernement (Santé, Affaires étrangères, Communication et Intérieur), membres du Parti progressiste des travailleurs, quittaient la coalition gouvernementale afin de permettre au leader de l'AKEL, Demetris Christofias, de se présenter à l'élection présidentielle.
Depuis les 4,5 années où ils ont gouverné ensemble, les deux principaux partis du gouvernement se sont déjà affrontés sur plusieurs points. Au tout début de l'année 2007, le Parti progressiste des travailleurs avait demandé le report d'un an de l'adoption de l'euro (prévue au 1er janvier 2008), exigence refusée par Tassos Papadopoulos. L'avenir de Chypre constituait également un point de discorde entre les partenaires gouvernementaux, Demetris Christofias accusant le Président sortant de laisser traîner les choses et de s'accommoder de la division de l'île.

A un mois du scrutin présidentiel, Tassos Papadopoulos et Demetris Christofias sont à couteaux tirés. Le leader du Parti progressiste des travailleurs décrit leur collaboration au gouvernement comme difficile. Il affirme que son parti a choisi de rester au pouvoir seulement pour s'assurer que Tassos Papadopoulos respecterait toutes ses promesses de campagne. "Le Président de la République mettait sans cesse l'état des finances publiques en avant pour nous expliquer qu'il ne pouvait pas prendre telle ou telle mesure" indique Demetris Christofias. Des propos réfutés par le Président sortant.
"Tout le monde se demande ce qui s'est passé pour que Tassos Papadopoulos et Demetris Christofias sortent les couteaux deux jours avant le 1er janvier, mais ce qui est vraiment étonnant, c'est que les deux hommes aient pu gouverner ensemble pendant quatre ans et demi" analyse Ioannis Kasoulidès qui a qualifié le gouvernement de Tassos Papadopoulos de "bazar oriental ne convenant pas à un Etat européen".

Pour régler le problème de la division de l'île, Demetris Christofias se dit favorable à une solution fédérale et préconise l'établissement d'un pays indépendant, démilitarisé et non aligné. Ses prises de position pourraient lui valoir les faveurs des électeurs chypriotes turcs le 17 février prochain.
La question de la réunification, en suspend depuis l'échec du référendum du 24 avril 2004, est présente dans cette campagne électorale. Il y a bientôt 4 ans, les Chypriotes rejetaient à 75,83%, contre 24,17% qui l'approuvaient, le plan de paix proposé par les Nations Unies en vue de la réunification du pays après 30 ans de divisions et de négociations inabouties entre les deux communautés grecque et turque de l'île. En revanche, 64,9% des Chypriotes turcs votaient "oui" contre 35,1% qui s'y opposaient. Le 1er mai 2004, la République de Chypre intégrait l'Union européenne, la "ligne verte", ligne de démarcation séparant les deux entités chypriotes, devenant donc la nouvelle frontière extérieure de l'Union.

Tassos Papadopoulos et Mehmet Ali Talat (Parti républicain turc, CTP), Président de la République turque de Chypre du Nord, se sont rencontrés pour la dernière fois en septembre 2007. Pour Mehmet Ali Talat comme pour son Premier ministre, Ferdi Sabit Soyer (CTP), la réélection de Tassos Papadopoulos affaiblirait les espoirs de réunification de l'île. Il a donc offert au Président sortant de le rencontrer dans un face-à-face télévisé avant le 1er tour.
En octobre 2007, Tassos Papadopoulos a adressé une lettre au Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon, lui proposant un plan en 8 points permettant de mettre en œuvre l'Accord du 8 juillet 2006, signé par les deux parties de l'île et approuvé par l'ONU, dans lequel les deux dirigeants se sont engagés sur la réunification de l'île, la nécessité d'un règlement global, le refus du statu quo et le lancement immédiat d'un processus de discussions bi-communautaires. Le Président sortant a affirmé début janvier vouloir reprendre les négociations pour la réunification de l'île rappelant toutefois qu'il se portait garant du fait que personne n'imposera une solution au peuple chypriote.

Demetris Christofias a présenté son programme électoral le 14 novembre dernier. Il a assuré les Chypriotes qu'il n'avait pas pour ambition de bâtir un régime communiste : "Ma candidature a le soutien de gens issus de toute la population. En cas de victoire, mon gouvernement sera formé de personnalités progressistes".
Tassos Papadopoulos a rendu public son programme début janvier. Le Président sortant s'engage sur 19 mesures socioéconomiques dont la baisse de la dette publique, l'amélioration du niveau de vie des Chypriotes, l'augmentation des aides sociales et l'attribution d'un 13e mois de salaire pour les militaires.
Marios Matsakis a annoncé sa candidature à l'élection présidentielle le 28 décembre dernier. Personnage atypique, il a été exclu du Parti démocratique en 2005 à la suite d'accusations de recel d'antiquités portées contre lui. Il fait campagne contre la présence sur le territoire chypriote de deux bases militaires britanniques, Dhekelia, située au Sud-Est de l'île près de Larnaca, et Akritori, près de Limassol dans le Sud. Un différend oppose toujours le Royaume-Uni à Chypre à propos de l'occupation des ces deux bases militaires. Pour stationner sur leur territoire, les Chypriotes exigent des Britanniques une indemnité que ceux-ci ont payé pendant 4 ans avant de la contester. Selon Nicosie, les arriérés de loyers impayés se monteraient à plusieurs millions €. Marios Matsakis se bat pour la réunification de Chypre soulignant qu'en cas de refus des Turcs, la création de deux Etats serait la meilleure solution pour l'île.

Enfin, Costas Themistocleous se présente pour alerter les Chypriotes sur l'importance des risques qu'ils courent si rien ne change. "La première chose que je ferais si j'étais élu serait de me rendre dans le bureau de Mehmet Ali Talat et de lui dire : "Mon ami, je suis prêt à discuter". Il faut mettre fin au déni et travailler à une solution fondée sur les réalités de Chypre. "Nous ne pouvons rien accomplir en ignorant l'un des côtés de l'île et en prétendant que nous sommes les représentants de Chypre tout entière" a-t-il déclaré.

Selon la dernière enquête d'opinion publiée le 13 janvier dernier par Politis, Ioannis Kasoulidès arriverait en tête du 1er tour le 17 février prochain avec 30,5% des suffrages. Il devancerait de peu le Président sortant, Tassos Papadopoulos, qui recueillerait 30,3% des voix. Demetris Christofias est crédité de 29,1% des suffrages. Ioannis Kasoulidès et Demetris Christofias sont populaires auprès de la jeune génération (18-24 ans), le candidat du Rassemblement démocratique enregistrant également un grand nombre d'intentions de vote parmi les femmes. Marios Matsakis recueillerait 2,2% des suffrages et Costas Themistocleous, 0,1%.
Cependant, un sondage paru le même jour dans Simerini donne Tassos Papadopoulos vainqueur du 1er tour avec 32,5% des voix, devançant Demetris Christofias (31,9%) et Ioannis Kasoulidès (28,1%). Marios Matsakis obtient 1,9% des suffrages et Costas Themistocleous 0,5%.
Pas de doute, l'élection présidentielle des 17 et 24 février prochains sera bien la plus disputée depuis des années.

Rappel des résultats de l'élection présidentielle du 16 février 2003 à Chypre



Participation : 90,5% (le vote est obligatoire à Chypre)
Source : Gouvernement chypriote
Directeur de la publication : Pascale JOANNIN
Les auteurs
Corinne Deloy
Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman
Fondation Robert Schuman
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