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Croatie - Présidentielle

Election présidentielle en Croatie
27 décembre 2009-10 janvier 2010

Election présidentielle en Croatie
27 décembre 2009-10 janvier 2010

03/12/2009 - Analyse

Le 30 octobre dernier, le gouvernement croate annonçait que 4,4 millions d'électeurs croates, dont 400 000 vivent à l'étranger (notamment en Bosnie-Herzégovine), seraient appelés aux urnes le 27 décembre prochain pour le 1er tour de l'élection présidentielle.
La date, atypique, ne doit rien au hasard. Le Premier ministre Jadranska Kosor (Union démocratique, HDZ) a souhaité mettre toutes les chances de son côté en choisissant le surlendemain de Noël, les fêtes de fin d'année voyant bon nombre d'expatriés revenir au pays. Si aucun candidat ne remporte la majorité des voix le 27 décembre, un 2e tour sera organisé le 10 janvier prochain.

L'actuel Président de la République, Stjepan Mesic, élu le 7 février 2000, puis réélu le 16 janvier 2005, n'est pas autorisé à briguer un 3e mandat. Succédant à Franjo Tudjman (1990-1999), Stjepan Mesic a, durant ses 10 années à la tête de l'Etat, contribué à sortir la Croatie de l'isolement international où son prédécesseur l'avait conduite et a transformé le pays en une véritable démocratie parlementaire. Sous sa Présidence, la Croatie est entrée dans l'OTAN et se trouve aux portes de l'Union européenne.

Le 11 septembre dernier, Zagreb a finalement signé un accord avec Ljubljana sur la frontière qui sépare la Croatie et la Slovénie. Cette dernière possède 25 km de côtes sur la mer Adriatique et souhaite s'assurer un accès direct à la mer, jusqu'alors bloqué par la Croatie qui considère la bande côtière comme son territoire. Les deux pays avaient fait appel à un arbitrage international pour les aider à tracer la frontière. L'accord a permis à Zagreb de reprendre ses négociations d'adhésion à l'Union européenne.

La Présidence de la République en Croatie



Le Président de la République croate est élu pour 5 ans au suffrage universel direct et au scrutin majoritaire. Il n'est rééligible qu'une seule fois. La réforme constitutionnelle du 28 février 2001, qui renforcé les pouvoirs du Sabor (Parlement) en supprimant l'ancienne Chambre haute (la Chambre des Comitats), a considérablement réduit les pouvoirs du chef de l'Etat. Celui-ci nomme le Premier ministre et les membres du gouvernement, représente la Croatie à l'étranger et accrédite les ambassadeurs. Il est associé au gouvernement dans l'élaboration et la conduite de la politique étrangère du pays. Commandant en chef des armées, il dispose de pouvoirs exceptionnels en temps de guerre. Enfin, il peut dissoudre le Parlement, soumettre à référendum – avec l'accord du gouvernement – un projet de loi ou une réforme constitutionnelle ou encore demander la tenue d'un conseil des ministres exceptionnel sur certains sujets.

Tout candidat à la fonction présidentielle doit réunir sur son nom au moins 10 000 signatures d'électeurs pour pouvoir participer à l'élection.

21 personnes avaient déposées leur candidature au poste de Président de la République. 12 ont été retenues par la Commission électorale, soit une de moins que lors du dernier scrutin présidentiel des 2 et 16 janvier 2005. Il s'agit de :
- Andrija Hebrang, candidat de l'HDZ, ancien vice-président du gouvernement et ministre de la Santé et des Services sociaux, 140 600 signatures ;
- Ivo Josipovic, candidat du principal parti d'opposition, le Parti social-démocrate (SDP), professeur de droit à l'université de Zagreb et compositeur de musique, 117 000 signatures ;
- Milan Bandic, maire de Zagreb, exclu du SDP après avoir annoncé sa candidature et soutenu par le Parti démocrate des paysans (HDSS), 60 000 signatures ;
- Vesna Pusic, candidate du Parti populaire-Libéraux démocrates (HNS), chef de la commission parlementaire en charge du processus de négociation entre la Croatie et l'Union européenne, 47 000 signatures ;
- Dragan Primorac, ancien ministre de l'Education, 35 000 signatures ;
- Nadan Vidosevic, président des Chambres de commerce, candidat dissident de l'HDZ dont il a été exclu après avoir présenté sa candidature, soutenu par le Parti des régions côtières du Primorje et du Gorski Kotar (PGS), 31 000 signatures ;
- Miroslav Tudjman, fils de l'ancien Président Franjo Tudjman, 18 000 signatures ;
- Vesna Skare Ozbolt, ancienne ministre de la Justice soutenu par le Centre démocrate (DC), 18 000 signatures ;
- Damir Kajin, candidat du Parti démocrate d'Istrie (IDS), 17 000 signatures ;
- Boris Miksic, Croate émigré aux Etats-Unis où il a fondé la Cortec Corporation, ancien candidat à l'élection présidentielle des 2 et 16 janvier 2005 où il avait recueilli 17,78% des suffrages au 1er tour se classant en 3e position, 15 000 signatures ;
- Josip Jurcevic, historien et professeur, 14 000 signatures ;
- Slavo Vuksic, candidat du Parti démocratique slavon, entrepreneur et ancien député de Nasice, 12 500 signatures.

La campagne électorale



Les 2 principaux partis ont vu tous deux l'un de leurs membres faire sécession et présenter leur candidature à l'élection présidentielle à côté de celle du candidat officiel du parti.
Sous le slogan "Pour une Croatie européen et libre", Andrija Hebrang est le "seul candidat qui a reçu le soutien de l'équipe dirigeante de l'HDZ, point final" répète le Premier ministre Jadranska Kosor, ajoutant "Ceux qui ne respectent pas les décisions du parti en sont automatiquement exclus". "Ceux qui ne sont pas loyaux envers leur formation ne le seront pas envers les électeurs" indique Andrija Hebrang.
A ces propos, Nadan Vidosevic répond qu'il espère néanmoins obtenir le soutien des membres de l'HDZ. "Beaucoup à l'HDZ sont des otages du précédent président du parti Ivo Sanader" affirme-t-il (Jadranska Kosor a remplacé Ivo Sanader à la tête de l'HDZ et comme Premier ministre le 1er juillet 2009).

De son côté, Ivo Josipovic est le candidat officiel du SDP. Il a remporté le 12 juillet avec 64,78% des suffrages les primaires qui l'ont opposé au sein du parti à l'ancien ministre de l'Economie, Ljubo Jurcic.
Ivo Josipovic affirme vouloir, s'il est élu, agir davantage en matière de politique étrangère et, par exemple, œuvrer à "construire une Bosnie-Herzégovine dans laquelle les Croates seraient véritablement les égaux des Serbes et des Bosniaques" comme il l'a indiqué lors d'une visite à Mostar. Le candidat de l'opposition a centré son programme sur la lutte contre la corruption. "La Croatie perd 12,5 millions de kuna (1,71 millions €) chaque année".
Ivo Josipovic affrontera, entre autres, Milan Bandic, maire de Zagreb depuis 2000 (avec une interruption entre 2002 et 2005). Celui-ci a indiqué que personne ne pouvait l'exclure d'un parti qu'il avait contribué à bâtir et souligné qu'il restait un social-démocrate. "J'annonce ma candidature car je souhaite mettre à la disposition de toute la Croatie mon énergie, mon savoir faire et une expérience acquise pendant dix ans de combat pour Zagreb" a-t-il déclaré ajoutant "Je veux labourer la Croatie et travailler jour et nuit pour le pays. Je veux bâtir une meilleure Croatie avec des gens simples".

Si la campagne officielle a débuté le 4 novembre dernier, l'élection présidentielle n'occupe pas encore le centre des débats.

La dernière enquête d'opinion réalisée par l'institut Puls pour la chaîne de télévision Nova TV et publiée le 30 novembre dernier donne en tête du 1er tour Ivo Josipovic, crédité de 25,3% des intentions de vote. Il serait suivi de Milan Bandic, 16,6%, et de Nadan Vidosevic, 16%. Le candidat de l'HDZ, Andrija Hebrang, arrive loin derrière et obtiendrait 7,9% des voix ; Vesna Pusic 5,8%, l'ancien ministre de l'Education Dragan Primorac, 5,1% et les 6 autres candidats moins de 5% des voix.
Quel que soit le nom du prochain occupant de Pantovcak, district de Zagreb où est située la résidence du Président croate, l'élection présidentielle ne devrait pas modifier en profondeur la politique du pays. Elle permettra en revanche de prendre la mesure des forces en présence et notamment celle du soutien à l'HDZ, au pouvoir à Zagreb depuis les élections législatives du 23 novembre 2003.

Directeur de la publication : Pascale JOANNIN
Les auteurs
Corinne Deloy
Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman
Fondation Robert Schuman
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