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Slovénie - Législatives

Les forces de l'opposition de droite données gagnantes aux élections législatives slovènes du 4 décembre prochain

Les forces de l'opposition de droite données gagnantes aux élections législatives slovènes du 4 décembre prochain

04/11/2011 - Analyse

La Slovénie va connaître le 4 décembre prochain les premières élections législatives anticipées de son histoire. Ce scrutin fait suite au rejet le 20 septembre dernier par le Parlement de la motion de confiance présentée par le gouvernement dirigé par Borut Pahor (Parti social-démocrate, SD). 51 députés issus du Parti démocrate (SDS), du Parti populaire (SLS), du Parti national (SNS), de Zares (Z) et du Parti démocratique des retraités (DeSUS) ont voté contre le texte; 36 membres du Parti social-démocrate et du Parti libéral-démocrate (LDS) ainsi que 3 députés indépendants se sont prononcés pour. Le Parlement slovène a été dissous le 21 octobre dernier.
Borut Pahor est le troisième chef de gouvernement slovène à chuter après Alojz Peterle (Chrétiens-démocrates) en 1992 et Janez Drnovsek (LDS) en 2000. Le président de la République, Danilo Türk, avait quitté New York où il était pour l'Assemblée générale des Nations unies à l'annonce de la chute du gouvernement pour revenir à Ljubljana. "Le vote de défiance a fortement aggravé la crise politique" a-t-il déclaré, appelant tous les partis politiques à s'engager courageusement aussitôt que possible dans la recherche de solutions à la crise dans l'intérêt des citoyens slovènes.
"Le vote de défiance est une bonne nouvelle car il nous permet d'avoir un nouveau gouvernement qui bénéficiera d'un soutien public plus large, ce qui est indispensable pour prendre les mesures nécessaires" a déclaré Janez Sustarsic, professeur à la faculté de management de Koper.

Le système politique slovène



La Slovénie possède un Parlement bicaméral. Le Drzavni Zbor (Assemblée nationale), chambre basse, compte 90 membres, élus tous les 4 ans au scrutin proportionnel. La Constitution du pays garantit un siège à chacune des minorités italienne et hongroise. Le Drzavni Svet (Conseil national), chambre haute du parlement, est élu tous les 5 ans au suffrage indirect et comprend 40 membres : 18 représentants des secteurs professionnels et socio-économiques (4 pour les employeurs, 4 pour les salariés, 4 pour les agriculteurs, les petits entrepreneurs et les travailleurs indépendants et 6 pour les organisations à but non-lucratif) et 22 personnes représentant les intérêts locaux. Le rôle du Conseil national est uniquement consultatif.
Les partis politiques doivent recueillir au moins 4% des suffrages pour être représentés au Drzavni Zbor.

7 partis politiques sont représentés dans l'Assemblée nationale sortante :
– le Parti social-démocrate (SD), fondé en 1993, situé à gauche sur l'échiquier politique et issu de l'ancien Parti communiste (PCS), est présidé par le Premier ministre sortant, Borut Pahor. Il compte 29 députés ;
– le Parti démocrate (SDS), parti libéral créé en 1989 et dirigé par l'ancien chef du gouvernement (2004-2008), Janez Jansa. Principal parti d'opposition, il possède 28 sièges ;
– Zares (Réel, Z), fondé par d'anciens députés du Parti libéral-démocrate en 2007 et dirigé par Gregor Golobic, compte 9 députés ;
– le Parti démocratique des retraités (DeSUS), créé en 1991 et présidé depuis 2005 par Karl Erjavec, est membre de la coalition gouvernementale. Il possède 7 sièges ;
– le Parti populaire (SLS), créé en 1988, dirigé par Radovan Zerjav, compte 5 députés ;
– le Parti national (SNS), parti d'extrême-droite fondé en 1991 et présidé par Zmago Jelincic Plemeniti, possède 5 sièges ;
– le Parti libéral-démocrate (LDS), membre du gouvernement sortant, dirigé par Katarina Kresal depuis 2008 (elle a été réélue le 24 août dernier). Membre de toutes les coalitions gouvernementales entre 1992 et 2004 à l'exception d'une interruption de quelques mois entre mai et novembre 2000, il compte 5 députés.

Le président de la République est, en Slovénie, élu au suffrage universel direct tous les 5 ans. Danilo Türk, soutenu par les sociaux-démocrates, a remporté le 11 novembre 2007 le 2e tour de l'élection présidentielle. Il a recueilli 68,26% des suffrages, battant son adversaire Alojz Peterle, candidat des forces de droite, au pouvoir à l'époque, qui a obtenu 31,74% des voix. La participation avait atteint 57,78% (57,67% lors du 1er tour le 21 octobre).

Une crise politique latente



Vainqueur des précédentes élections législatives du 21 septembre 2008, le Parti social-démocrate avait formé une coalition gouvernementale avec 3 autres partis : Zares, le Parti libéral-démocrate et le Parti démocratique des retraités. En mai 2011, ce dernier, opposé au report de l'âge légal de départ à la retraite souhaité par le Premier ministre, a choisi de quitter le pouvoir, privant ainsi le gouvernement de Borut Pahor, de sa majorité parlementaire au Drzavni Zbor. Le mois suivant, Zares a également quitté le gouvernement après l'échec du référendum du 5 juin sur l'allongement de la durée du travail (passage de l'âge légal du départ à la retraite à taux plein à 65 ans).
Enfin, le 10 août dernier, la ministre de l'Intérieur et leader du parti libéral-démocrate, Kartarina Kresal a été contrainte à la démission après sa mise en examen pour corruption. Elle est soupçonnée d'avoir accepté le bail d'un bureau pour la nouvelle Agence nationale d'investigation alors qu'elle entretenait des relations personnelles avec le propriétaire de la compagnie de location du bâtiment, Ram Invest. 5 ministres du Parti libéral-démocrate ont quitté un peu plus tard le gouvernement.

Minoritaire au parlement, le gouvernement de Borut Pahor est au plus bas dans les enquêtes d'opinion. Un sondage publié en septembre par le quotidien Dnevnik indiquait que seulement 12,7% des Slovènes considèrent que la coalition gouvernementale a correctement dirigé le pays, une large majorité (83,9%) pensant qu'elle a échoué à le faire. Outre les tensions politiques internes au gouvernement et la perte de sa majorité parlementaire, le Premier ministre a été affaibli par ses échecs aux 4 référendums organisés cette année.
Le 10 avril, au sujet de l'introduction d'un nouveau contrat de travail pour les chômeurs, les étudiants et les retraités qui autorisait toute personne âgée de 15 ans à travailler plus de 720 heures par an. Les titulaires de ce contrat auraient été moins bien payés et n'auraient pu bénéficier de congés maladie, congés payés ou d'indemnités de licenciement. Huit Slovènes sur dix (80,16%) ont voté "non" au référendum. La participation s'est élevée à 34%.
Le 5 juin, près des trois quarts des électeurs (72,05%) se sont prononcés contre l'allongement de la durée du travail et contre une modification du financement des retraites. La participation s'est élevée à 40,46%.
Un pourcentage encore plus élevé (75,41%) a dit "non" au renforcement des mesures contre le travail illégal (40,43% de votants) et 70,88% des électeurs ont refusé la modification de la loi sur l'ouverture des archives des services secrets votée le 4 février (qui restreignait l'accès aux documents datant de l'époque communiste en permettant à une commission spéciale d'autoriser au cas par cas la consultation des archives). La participation s'est élevée à 40,41%.
La réforme des retraites était une exigence de la Commission européenne et du Fonds monétaire international (FMI) pour parer au vieillissement de la population et assurer la stabilité des finances publiques. "La mise en œuvre de la réforme des retraites est fondamentale pour assurer la stabilité non seulement dans l'avenir mais dès à présent" selon les mots d'Antonio Spilimbergo, chef de mission du FMI. La réforme avait été votée par le Patlement en décembre 2010 avant que le parti démocrate et les syndicats ne parviennent à réunir le nombre de signatures nécessaires pour obtenir l'organisation d'un référendum sur le sujet. "nous sommes encore maîtres de notre destin. Mais si nous ne soutenons pas la réforme des retraites, les finances publiques peuvent s'effondrer" avait déclaré le Premier ministre Borut Pahor. Fait rare : le gouverneur de la Banque centrale slovène, Marko Kranjec, était intervenu dans le débat et avait appelé les électeurs à voter en faveur de la réforme. "Nous appelons les électeurs à réfléchir très sérieusement, non seulement aux efforts à court terme de la réforme mais aussi aux perspectives de long terme. Car un "non" à la réforme pourrait mettre en péril les notes de crédit de la Slovénie, faire grimper le coût du crédit, nuire à la compétitivité et à la croissance économique" avait-il indiqué.

La situation socioéconomique du pays



Longtemps meilleure élève des douze Etats membres entrés dans l'Union européenne au XXIe siècle, la Slovénie a été le pays le plus touché des 27 Etats membres de l'Union européenne par la crise financière internationale en raison de sa dépendance aux capitaux étrangers et aux exportations. "Depuis l'adoption de la monnaie unique, aucune réforme qui aurait pu booster l'économique ou améliorer les finances publiques n'a été votée" a déclaré Marko Mrsnik, directeur du département des finances à l'agence de notation Standard and Poor's. Alors que la croissance de son PIB atteignait 7% en 2007, Ljubljana a connu une récession de 7,8% en 2009. L'année suivante, le PIB enregistrait une croissance de 1,4%, un chiffre qui devrait également être celui de 2011 (inférieur de 0,77 point aux prévisions du gouvernement de Borut Pahor).
La dette slovène a considérablement augmenté, passant de 22,5% à 43,3% du PIB entre 2008 et 2010. Le gouvernement souhaite baisser les dépenses de l'Etat de 365 millions € afin de faire baisser le déficit public à 5,5% du PIB. Depuis 2008, le chômage a plus que doublé et touche désormais 12% de la population active et notamment les plus jeunes. Plus de la moitié des personnes âgées de 18 à 24 ans (55%) vivent chez leurs parents (moyenne européenne:46%). L'inflation atteint 2% en raison de la faiblesse de la demande intérieure. Enfin, pour la première fois, le revenu moyen slovène a chuté par rapport à celui des Etats membres les plus anciens de l'Union européenne.
Le 23 septembre dernier, l'agence de notation Moody's a dégradé la note de la Slovénie considérant qu'il existait un risque accru que le gouvernement soit obligé d'intervenir pour aider le secteur bancaire. Le 28 septembre, l'agence Fitch faisait de même en dégradant la note de Ljubljana (à AA-) mettant en avant l'échec de l'adoption des réformes nécessaires pour stabiliser les finances publiques

En 2010, la coalition gouvernementale du Premier ministre Borut Pahor a mis en place des mesures d'austérité (gel du salaire des fonctionnaires et des pensions de retraites entre autres). Le gouvernement souhaite poursuivre les réformes, notamment celle sur la consolidation des finances publiques, sur le système de santé et sur le travail. Il a également annoncé des coupes dans les aides sociales. Borut Pahor a clairement affirmé qu'il n'accepterait pas les résultats du référendum sur les retraites du 5 juin dernier et qu'il trouverait le moyen de faire faire à l'Etat les économies indispensables à sa survie. Il avait annoncé qu'il économiserait 364 millions € d'ici la fin de cette année, espérant que l'opposition soutienne son plan.

Le programme de l'opposition de droite



Le Parti démocrate de Janez Jansa promet de réduire le chômage et de le ramener à son niveau de 2008, dernière année où le parti a exercé le pouvoir. Pour ce faire, il propose de baisser le coût du travail pour encourager la création d'emploi, notamment pour les plus âgés et pour les chômeurs de longue durée, et de développer des programmes de formation tout au long de la vie. Son objectif est de parvenir à un taux d'emploi de 75% d'ici à 2020. Janez Jansa souhaite également inscrire dans la Constitution le droit de toute personne âgée à une vie décente et indépendante et à participer à la vie culturelle et sociale du pays. Il veut enfin développer le projet d'e-administration. Ljubljana, qui était jusqu'à il y a peu le n°2 en Europe en matière de développement des nouvelles technologies pour les procédures de la vie quotidienne (derrière l'Estonie, pays très en avance dans ce domaine), est descendu à la 9e place dans le dernier classement européen en date.
Pour mettre en place son programme, Janez Jansa insiste sur la nécessité pour son parti d'obtenir la majorité des 2/3 au Parlement le 4 décembre prochain. "Nous avons besoin d'une majorité des 2/3 car les réformes ne peuvent être votées sans cela et nous savons que certaines d'entre elles ne seront pas très populaires" a-t-il déclaré fin septembre.

Le chef de l'opposition peut cependant regretter que le scrutin législatif anticipé coïncide avec l'ouverture du procès Patria en Autriche et en Slovénie, une affaire dans laquelle il est mis en examen. Janez Jansa est accusé d'avoir reçu de l'homme d'affaires autrichien Walter Wolf, environ 900 000 € de pots-de-vin en faveur de son parti lors de l'achat en 2006 (il était à l'époque Premier ministre) de 135 véhicules blindés par le ministère de la Défense pour un montant de 278 millions € au fabricant Patria, société détenue à 73% par l'Etat finlandais (EADS détient 27% de la compagnie). Cette transaction, rendue obligatoire par l'entrée de la Slovénie dans l'OTAN en 2004, représentait le plus gros contrat militaire jamais signé par la Slovénie. Jorma Wiitakorpi, ancien directeur général de Patria, figure également au rang des accusés.
"Le procès se tient pour influencer le résultat des élections législatives. Je n'ai rien à voir avec tout cela et je peux le prouver. C'est juste une farce" a déclaré Janez Jansa. "Ceux qui instruisent ce procès ne s'attendent pas à ce que je sois reconnu coupable mais ils espèrent que le procès durera et que 50 caméras seront, chaque lundi, braquées sur moi" a-t-il ajouté.

Une avalanche de nouveaux partis



Le député européen Alojz Peterle (Nouvelle Slovénie-Parti populaire chrétien, NSi-KLS) a fondé le 16 septembre dernier une association démocrate-chrétienne nommée Fokus 2031. L'ancien Premier ministre (1990-1992) et candidat malheureux à l'élection présidentielle du 11 novembre 2007, a quitté en 2000 le parti chrétien-démocrate (SKD) - qu'il avait fondé en 1990- après la fusion de celui-ci avec le Parti populaire. Il a alors rejoint Nouvelle Slovénie-Parti populaire chrétien. Matevz Tomsic, professeur à l'Ecole des sciences sociales de Nova Gorica, estime qu'A. Peterle veut utiliser Fokus 2031 pour affaiblir Nouvelle Slovénie-Parti populaire chrétien.
Le 1er octobre dernier, l'ancien ombudsman Matjaz Hanzek et le professeur de journalisme (à la retraite) Manca Kosir ont créé le Mouvement pour le développement durable de la Slovénie. Les deux hommes souhaitent mettre l'accent sur la coopération, la responsabilité, les valeurs environnementales, la tolérance, la transparence politique mais aussi sur la défense de l'Etat-providence, la qualité de l'emploi et la réduction des inégalités régionales.
Blaz Kavcic, président du Conseil national du Parti libéral-démocrate (dont il a tenté de prendre la tête lors du congrès en mai dernier), a également indiqué son souhait de former un nouveau parti politique. L'homme est en désaccord avec les libéraux-démocrates sur des points importants (la mondialisation, le rôle des élites et le développement durable). Peter Jamnikar, ancien membre du Parti libéral-démocrate, pourrait se joindre à Blaz Kavcic.

Mais les nouveaux partis les plus importants sont Slovénie positive et la Liste des citoyens-Gregor Virant. Slovénie positive a été créée par le maire de Ljubljana, Zoran Jankovic, et est soutenue par l'ancien président de la République (1992-2002) Milan Kucan. Ancien patron de la chaîne de supermarchés Mercator, Zoran Jankovic, d'origine serbe, est l'un des hommes les plus riches de Slovénie. Ancien membre du Parti démocrate, il décide, en 2006, de se présenter en candidat indépendant dans la ville de Ljubljana aux élections locales des 22 octobre et 12 novembre après avoir été, selon ses propres termes, "lâché" par le Premier ministre de l'époque, Janez Jansa. Il s'impose dans la capitale avec 63,03% des suffrages et remporte 23 des 45 sièges du conseil municipal. 4 ans plus tard, lors du scrutin local des 10 et 24 octobre 2010, Zoran Jankovic est brillamment réélu dès le 1er tour de scrutin avec 64,79% des suffrages. Avec le slogan Dela (Ça marche !), le maire sortant a fait campagne sur son bilan de 4 ans à la tête de la capitale slovène qu'il a considérablement transformée : modernisation du système de transports, notamment par la construction de nouveaux ponts sur la Ljubljanica (rivière qui traverse la ville), construction de 3 000 nouveaux appartements et du complexe sportif de Stozice.
Gregor Virant, ancien ministre (2004-2008) du gouvernement de Janez Jansa, a fondé la Liste des citoyens-Gregor Virant (centre droit) afin de concourir aux élections législatives du 4 décembre.

Le Parti démocrate (SDS) est en tête de toutes les enquêtes d'opinion. Selon le sondage réalisé par l'institut Ninmedia fin octobre, il recueillerait 27,7% des suffrages. Il serait suivi par la Liste des citoyens-Gregor Virant avec 24,9% des voix et par Slovénie positive avec 21,6% des suffrages. Le Parti social-démocrate (SD), en déroute, n'obtiendrait que 7,3% des voix derrière le Parti démocratique des retraités (DeSUS) qui obtiendrait 7,7% des voix. Aucun autre parti ne recueillerait les 4% de suffrages minimum indispensables pour entrer au Parlement.
Enfin, selon une enquête d'opinion publiée dans l'hebdomadaire Maldina Weekly, 26% des Slovènes souhaiteraient voir Gregor Virant devenir Premier ministre, 21,8% Zoran Jankovic et 21,3% Janez Jansa.

Source : Site internet des élections slovènes
(http://volitve.gov.si/dz2008/en/rezultati/rezultati_slo.html )
Directeur de la publication : Pascale JOANNIN
Les auteurs
Corinne Deloy
Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman
Fondation Robert Schuman
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