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Slovénie - Présidentielle

Le social-démocrate Borut Pahor crée la surprise en arrivant en tête du 1er tour de l'élection présidentielle en Slovénie

Le social-démocrate Borut Pahor crée la surprise en arrivant en tête du 1er tour de l'élection présidentielle en Slovénie

12/11/2012 - Résultats - 1er tour

L'ancien Premier ministre (2008-2011) Borut Pahor (SD), soutenu par la Liste des citoyens (DL) membre de la coalition gouvernementale de droite au pouvoir, a créé la surprise lors du 1er tour de l'élection présidentielle le 11 novembre en Slovénie. Il est arrivé en tête du scrutin avec 40% des suffrages. Il devance le chef de l'Etat sortant – et personnalité politique préférée des Slovènes selon les enquêtes d'opinion – Danilo Türk, soutenu par Slovénie positive (PS), principal parti d'opposition du pays conduit Zoran Jankovic, et par le Parti démocratique des retraités (DeSUS) de Karl Erjavec, qui a obtenu 35.83% des voix. Milan Zver, soutenu par le Parti démocrate (SDS) du Premier ministre Janez Jansa et Nouvelle Slovénie-Parti populaire chrétien (NSi-KLS) de Ljudmila Novak, arrive en 3e position avec 24.16%.
La participation, la plus faible jamais enregistrée pour une élection présidentielle, s'est élevée à 47,68%, soit -10 points par rapport au 1er tour du scrutin présidentiel du 21 octobre 2007.

Danilo Türk était pourtant donné largement en tête par tous les sondages. Il a réalisé son résultat le plus élevé dans les deux circonscriptions de Ljubljana (42,4% dans celle du centre et 38,7% à Ljubljana Bezigrad). Borut Pahor est arrivé en tête dans les 6 autres circonscriptions du pays. "Mon résultat dépasse largement mes espérances. Je crois que le message de ce vote est clair: ensemble, nous pouvons faire plus que ce que nous imaginons" a déclaré Borut Pahor, ajoutant. "Vous m'avez témoigné une exceptionnelle confiance qui me donne l'inspiration pour continuer. En tant que président de la République, je surpasserai vos attentes" (le gouvernement de B. Pahor avait été renversé le 20 septembre 2011 par une motion de censure contre sa réforme des retraites et du marché du travail).



Si la fonction présidentielle est essentiellement honorifique en Slovénie, les électeurs ont cependant voulu montrer leur inquiétude et exprimé leur faible confiance dans l'avenir. Longtemps meilleure élève des douze Etats membres entrés dans l'Union européenne au XXIe siècle, la Slovénie a été très affectée par la crise économique internationale, notamment en raison de sa dépendance aux capitaux étrangers et aux exportations. Sa dette publique a considérablement grossi, passant de 23,4% du PIB (2007) à 47,6% (2011). Le chômage touche 11,6% des Slovènes (août 2012). Les principaux syndicats du pays ont d'ailleurs appelé à une grande manifestation contre l'austérité, et notamment contre les baisses de salaires des fonctionnaires et les réductions des aides sociales, le 17 novembre prochain. Ljubljana devrait connaître une récession de 2,3% en 2012 et de 1,6% l'année prochaine selon les derniers chiffres publiés par la Commission européenne.
Le 6 novembre, l'agence de notation Standard and Poor's a placé la note souveraine à long terme du pays sous surveillance négative. "La note souveraine à long terme de la Slovénie, actuellement A, sera abaissée si la Cour constitutionnelle autorise l'organisation d'un référendum sur la loi créant une holding pour gérer les entreprises publiques" a indiqué l'agence.
Le Parlement slovène a approuvé le 28 septembre dernier une loi créant une holding gérant les entreprises publiques et le 23 octobre, la création d'une bad bank, pour reprendre les prêts non-performants des banques publiques. 30 parlementaires du parti d'opposition Slovénie positive ont déposé sept jours plus tard une demande de référendum sur chacune de ces lois. Celle sur la création de la holding a été acceptée mais le président du Parlement, Gregor Virant (DL), a rejeté celle concernant la loi créant une bad bank au motif que certaines des signatures présentées n'étaient pas des originaux (40 000 signatures d'électeurs doivent être recueillies pour obtenir l'organisation d'un référendum). Le gouvernement a déposé un appel devant la Cour constitutionnelle qui statuera sur le sujet en décembre prochain.
Enfin, le Premier ministre Janez Jansa négocie actuellement avec les partenaires sociaux une réforme du système de retraite et du marché du travail. L'Etat slovène doit économiser 800 millions € en 2012 et 950 millions l'année suivante.

"C'est seulement le 1er tour et c'est un avertissement lancé à la classe politique par les électeurs qui sont déçus par notre politique" a déclaré le président sortant Danilo Türk. "D'ici le 2e tour, je vais tout faire pour démontrer les différences conceptuelles entre moi et mon rival" a-t-il ajouté. Danilo Türk a expliqué son résultat par la faiblesse de la participation. Le chef de l'Etat sortant a toujours souhaité se positionner au-dessus des clivages politiques mais, dès le début de son mandat, il s'oppose au Premier ministre Janez Jansa. Il refuse ainsi d'approuver la nomination d'un ancien ministre des Affaires étrangères, Dimitrij Rupel, comme nouvel ambassadeur de Slovénie en Italie.
Le conflit entre les deux hommes ne s'apaisera jamais. En janvier dernier, après les élections législatives du 4 décembre 2011, Danilo Türk affirme que Janez Jansa, mis en examen dans l'affaire procès Patria, ne dispose pas de la légitimité nécessaire pour former un gouvernement.

Danilo Türk et Borut Pahor s'affronteront donc lors du 2e tour de scrutin le 2 décembre prochain. Les électeurs devront, pour la première fois dans une élection présidentielle, choisir entre deux candidats de gauche.
Le Premier ministre Janez Jansa a appelé les Slovènes à voter pour "celui des deux candidats qui soutient ses réformes, notamment en matière de retraites et de système bancaire", un appel qui constitue un soutien implicite à Borut Pahor.
Selon une première enquête d'opinion publiée dès le 11 novembre au soir, les deux tiers des électeurs de Milan Zver (65%) s'apprêteraient à voter en faveur de Borut Pahor au 2e tour.
Directeur de la publication : Pascale JOANNIN
Les auteurs
Corinne Deloy
Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman
Fondation Robert Schuman
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