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Politique et démocratie
Lituanie - Présidentielle

Qui succèdera à Dalia Grybauskaite à la tête de la Lituanie ?

Qui succèdera à Dalia Grybauskaite à la tête de la Lituanie ?

18/04/2019 - Analyse

2,4 millions de Lituaniens, dont 29 796 résidant hors de la République balte, sont appelés aux urnes le 12 mai prochain pour le premier tour de l'élection présidentielle.
L'électorat du pays est en recul, la Lituanie a perdu environ 84 000 électeurs depuis 2015, en dépit de l'augmentation de 55% du nombre d'électeurs domiciliés à l'étranger depuis les élections législatives des 9 et 23 octobre 2016.

Le scrutin devra désigner le successeur de la présidente de la République, Dalia Grybauskaite, en poste depuis 2009, qui achève son deuxième mandat à la tête de la Lituanie et ne peut donc se représenter, la Constitution interdisant de concourir pour plus de deux mandats consécutifs.

Neuf personnes sont en lice pour ce scrutin. Si aucune d'entre elles ne recueille plus de la moitié des suffrages exprimés, un deuxième tour aura lieu le 26 mai prochain, jour où se tiendront également les élections européennes.
Le 12 mai, les Lituaniens devront également se prononcer sur deux questions par référendum. La première concerne la possibilité pour un ressortissant de la République balte qui obtient une autre nationalité de conserver sa nationalité lituanienne (chose actuellement impossible), la deuxième porte sur la réduction du nombre de députés de 141 à 121.

Les candidats à l'élection présidentielle sont :
– Saulius Skvernelis, actuel Premier ministre. Il se présente en candidat indépendant mais est soutenu par le Parti paysan et vert (LVZS) ;
– Ingrida Simonyte, députée, ancienne ministre des Finances (2009-2012). Elle se présente comme candidate indépendante, mais est soutenue par l'Union de la patrie-Chrétiens-démocrates (TS-LKD), parti dont elle a remporté l'élection primaire qui a permis de désigner le candidat du parti au scrutin présidentiel en s'imposant en face de l'ancien ambassadeur de Lituanie en Russie, Vygaudas Usackas ;
– Vytenis Povilas Andriukaitis (Parti social-démocrate, LSP), commissaire européen à la Santé et à la Sécurité alimentaire depuis 2014, ancien ministre de la Santé (2012-2014), candidat malheureux à la présidence de la République en 1997 et 2002 ;
– Valentinas Mazuronis, député européen (ALDE), ancien ministre de l'Environnement (2012-2014). Il se présente en candidat indépendant ;
– Naglis Puteikis, président du Parti du centre (LCP), député, siège comme non-inscrit ; Il s'était présenté à l'élection présidentielle de 2014 et avait obtenu 9,32% ;
– Valdemar Tomasevski, président de l'Action électorale des Polonais en Lituanie (LLRA), député européen (ECR). Il s'était déjà présenté en 2014 et avait obtenu 8,22% ;
– Mindaugas Puidokas, député, élu sous l'étiquette du Parti paysan et vert (LVZS), siège dorénavant comme non-inscrit ;
– Gitanas Nauseda, économiste, candidat indépendant ;
– Arvydas Juozaitis, ancien nageur, philosophe, candidat indépendant.

La dernière enquête réalisée par l'institut Vilmorus et publiée par le quotidien Lietuvos Rytas donne Gitanas Nauseda en tête du 1er tour de scrutin avec 23,5% des suffrages devant Ingrida Simonyte, qui recueillerait 22% des voix. Le Premier ministre, Saulius Skvernelis, obtiendrait 18,4% des suffrages. Loin derrière ce trio de tête, on trouve Vytenis Povilas Andriukaitis avec 4,7% des voix.

Le Premier ministre, Saulius Skvernelis, fait campagne sur cinq thèmes : la transparence du système, un budget centré sur le bien-être de la population, la croissance économique, une identification claire des partenaires étrangers de la Lituanie et la garantie de la sécurité nationale du pays.
Il a affirmé qu'en cas de victoire à l'élection présidentielle, la transparence constituera son premier chantier. Le chef du gouvernement souhaite la création de Cours de justice chargées de lutter contre la corruption, le renforcement des agences anti-corruption et l'établissement d'un plan pour réduire l'économie souterraine. Il veut également mettre l'accent sur les questions démographiques en renforçant l'aide aux familles, en stimulant le taux de natalité et en promouvant le retour des Lituaniens qui ont quitté le pays.
Il souhaite renforcer les relations de son pays avec les Etats-Unis et l'OTAN. Il a affirmé envisager le déménagement de l'ambassade de Lituanie en Israël de Tel Aviv à Jérusalem. Il est opposé à la construction du gazoduc Nord Stream 2 et il soutient la distribution d'équipements miliaires à l'Ukraine. Saulius Skvernelis aime mettre en avant le fait qu'il serait le seul capable de travailler avec le gouvernement.

Favori des enquêtes d'opinion, Gitanas Nauseda évite toute critique de la Russie et considère l'annexion de la Crimée comme un fait accompli. Selon lui, les relations avec l'Union européenne sont importantes, mais la Lituanie doit rester ouverte. Il souhaite que son pays entretienne un dialogue avec ses voisins orientaux Biélorusses et Russes, et il veut développer la coopération économique avec la Chine. Gitanas Nauseda a indiqué qu'il se rendrait en Pologne pour sa première visite à l'étranger s'il était élu.

Vytenis Povilas Andriukaitis est également favorable à un changement de la politique menée par Vilnius à l'égard de Moscou. " La politique d'isolationnisme envers la Russie et la rhétorique excessivement agressive doivent revenir à la normale. La position de la Lituanie à l'égard de Vladimir Poutine est une chose, la position de la Lituanie à l'égard du commerce russe, de la culture russe, du peuple russe, etc. en est une autre " a déclaré le commissaire européen, qui a néanmoins précisé " le dialogue avec la Russie ne peut exister que si Moscou respecte les lois internationales et les valeurs démocratiques ".
Son programme présidentiel est intitulé " La Lituanie peut ". " La Lituanie doit associer ses citoyens à la vie politique. Nous devons rendre le pouvoir au peuple " a-t-il déclaré, contestant le modèle économique en vigueur dans le pays.

Ingrida Simonyte souhaite renforcer les relations de la Lituanie avec l'Occident. Elle affirme qu'en cas de victoire à l'élection présidentielle, elle pourrait facilement travailler avec le gouvernement dirigé par Saulius Skvernelis. "Quand Saulius Skvernelis était commissaire général de police, j'étais ministre des Finances et nous avons travaillé de concert. Je pense que notre coopération s'est bien passée mais je ne sais pas ce qu'il en pense de son côté " a-t-elle souligné. Ingrida Simonyte a reçu le soutien du député européen, Petras Austrevicius, Mouvement libéral (LRLS), qui siège au groupe ADLE.

2019 est une année électorale importante pour les Lituaniens, qui ont déjà été appelés aux urnes le 3 mars dernier pour renouveler leurs représentants locaux (1 502 conseillers municipaux et 60 maires). Lors de ce scrutin, le Parti social-démocrate a remporté 15 municipalités, l'Union de la patrie-Chrétiens-démocrates (TS-LKD) 11, et le Parti paysan et vert (LVZS) 6.

La fonction présidentielle



Le président de la République est élu en Lituanie tous les 5 ans au suffrage universel direct. Ses pouvoirs sont limités : il est le chef suprême des armées et de la sûreté de l'Etat ; il nomme les représentants diplomatiques à l'étranger et auprès des organisations internationales et il propose les candidatures du président et des magistrats de la Cour suprême, de la Cour d'appel et des Cours de justice des autres divisions administratives du pays, les nominations étant in fine du ressort du Seimas, chambre unique du Parlement.

Toute personne souhaitant se présenter au scrutin présidentiel doit impérativement être âgée d'au moins 40 ans, présenter un minimum de 20 000 signatures d'électeurs favorables à sa candidature et déposer une caution d'environ 3 500 € qui lui sera reversée si elle obtient au moins 7% des suffrages exprimés.
Pour l'élection des 12 et 26 mai prochains, Ingrida Simonyte a recueilli 68 000 signatures, Gitanas Nauseda 43 000 et Saulius Skvernelis 37 000.


Source : Commission électorale
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Directeur de la publication : Pascale JOANNIN