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Sociaux-démocrates et populistes au coude-à-coude en Finlande

Élections en Europe

Corinne Deloy

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14 avril 2019
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

Sociaux-démocrates et populistes au coude-à-coude en Finlande

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Le Parti social-démocrate (SDP) est arrivé en tête des élections législatives le 14 avril en Finlande. Avec 17,7% des suffrages et 40 sièges (+ 6 par rapport au scrutin législatif du 19 avril 2015), le SDP, conduit par Antti Rinne, ne précède que d'une très courte tête les Vrais Finlandais (PS), parti populiste, nationaliste et eurosceptique dirigé par Jussi Halla-aho, qui ont obtenu 17,5% des voix et remporté 39 sièges (+ 1). Le Rassemblement conservateur (KOK), emmené par Petteri Orpo, suit de près avec 17% des suffrages et 38 sièges (+ 1).

"Pour la première fois depuis 1999, nous sommes le plus important parti en Finlande" s'est félicité le dirigeant social-démocrate, qui espérait toutefois un résultat plus élevé pour son parti.

Le Parti social-démocrate (SDP) est arrivé en tête des élections législatives le 14 avril en Finlande. Avec 17,7% des suffrages et 40 sièges (+ 6 par rapport au scrutin législatif du 19 avril 2015), le SDP, conduit par Antti Rinne, ne précède que d'une très courte tête les Vrais Finlandais (PS), parti populiste, nationaliste et eurosceptique dirigé par Jussi Halla-aho, qui ont obtenu 17,5% des voix et remporté 39 sièges (+ 1). Le Rassemblement conservateur (KOK), emmené par Petteri Orpo, suit de près avec 17% des suffrages et 38 sièges (+ 1).

"Pour la première fois depuis 1999, nous sommes le plus important parti en Finlande" s'est félicité le dirigeant social-démocrate, qui espérait toutefois un résultat plus élevé pour son parti.

Le véritable perdant du scrutin est le Parti du Centre (KESK), conduit par le Premier ministre sortant Juha Sipilä, seul parti à perdre des sièges. Il a pris la quatrième place du scrutin avec 13,8% et 31 sièges, (- 18), soit le résultat le plus faible de son histoire. "Nous sommes les plus grands perdants de ces élections" a reconnu le chef du gouvernement sortant à l'annonce des résultats. Le Parti du centre a été sanctionné pour sa politique d'austérité qui a cependant permis à la Finlande de retrouver la croissance, de maîtriser sa dette publique et de faire baisser son taux de chômage.

La Ligue verte (VIHR), dirigée par Pekka Haavisto (leader par intérim depuis novembre 2018), est en progression et passe pour la première fois le seuil de 10% des voix avec 11,5% et 20 sièges (+ 5). L'Alliance des gauches (VAS), parti d'extrême gauche emmenée par Li Andersson, a obtenu 8,2% des voix et 16 élus (+ 4). Enfin, le Parti du peuple suédois (SFP), représentant les intérêts de la minorité suédoise et conduit par Anna-Maja Henriksson, n'a pas réussi son pari et n'augmente pas son nombre de sièges à l'Eduskunta/Riksdag, chambre unique du Parlement. Avec 4,5% des suffrages, il a obtenu 9 sièges. Le Parti chrétien-démocrate (SKL) dirigé par Sari Essayah a recueilli 3,9% des voix et a remporté 5 sièges (=).

La participation s'est élevée à 68,7%, soit très légèrement supérieure à celle enregistrée lors des élections législatives du 19 avril 2015 (+ 1,85 point). Plus d'un tiers des Finlandais (1,5 million) ont voté par anticipation, soit 36,2% de l'électorat. Ils n'étaient que 32,3% il y a 5 ans.

Résultats des élections législatives du 14 avril 2019 en Finlande

Participation  : 68,7%

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Source : https://tulospalvelu.vaalit.fi/EKV-2019/fi/tulos_kokomaa.html

" Le Parti social-démocrate est le parti du Premier ministre" a déclaré Antti Rinne à l'annonce des résultats. La courte victoire du SDP tout comme le fait que, pour la première fois dans l'histoire de la Finlande, aucun parti n'atteint 20% des suffrages exprimés, va rendre difficile la formation de la future coalition gouvernementale.

Les Finlandais ont sanctionné le gouvernement sortant de Juha Sipilä, en votant pour les partis d'opposition, comme le Parti social-démocrate, mais également en faveur des populistes de droite. Ces derniers semblent également avoir attiré les plus jeunes électeurs. En effet, selon une enquête menée auprès de 877 établissements scolaires à travers la Finlande, les Vrais Finlandais arrivaient en deuxième position auprès des plus jeunes électeurs derrière La Ligue verte. Les sociaux-démocrates n'occupaient que la cinquième place derrière le Parti du centre.

Les sociaux-démocrates ont fait campagne sur la fin de la politique d'austérité, un élargissement de l'assiette fiscale (sans hausse des impôts) et la lutte contre les inégalités. Ils ont promis de créer des emplois dans le secteur social et d'augmenter de 100 € les pensions de retraite inférieures à 1 400 € mensuels.

"Je ne m'attendais pas à un tel résultat, personne ne s'y s'attendait" a souligné le dirigeant populiste Jussi Halla-aho qui a d'ailleurs obtenu 30 500 voix sur son nom, soit le plus grand nombre de suffrages de tout le pays. Le succès des Vrais Finlandais est d'autant plus notable que le parti a connu une scission en juin 2017 lorsque 20 députés du parti, dont 3 ministres, ont fait sécession après l'accession de Jussi Halla-aho à la présidence du parti. Ils ont fondé Réforme bleue (SIN), qui est devenue un parti politique le 15 novembre 2017. Ce parti a recueilli seulement 1% des suffrages le 14 avril.

Selon le politologue Sami Borg, les Vrais Finlandais doivent leur résultat élevé aux crimes sexuels qui ont eu lieu à Oulu, ville située au nord-ouest de la Finlande[1], mais aussi au débat sur la politique climatique sur lequel ils professent une opinion singulière. En effet, le parti dénonce " l'hystérie climatique " de ses adversaires et refuse que les Finlandais paient pour des mesures supplémentaires contre le changement climatique. " Le climat a été au centre des élections législatives : critiques contre le fait de manger de la viande, contre l'utilisation de la voiture, le fait de prendre l'avion " a indiqué Thomas Karv, politologue de l'université Abo Akademi. " Selon les Vrais Finlandais, ce qui est fait en Finlande ne compte pas, ce qui est vraiment important est ce que font les Etats-Unis et la Chine. Ils s'opposent à la façon dont les choses sont gérées et au fait que les gens ordinaires doivent se sentir coupables ". La prédominance de la question du réchauffement de la planète dans la campagne électorale a également profité à la Ligue verte, défenseurs de positions inverses de celles des Vrais Finlandais.

" Nous vivons un choc culturel en Finlande. Une partie de la population est en état de choc face à tous ces changements et, par conséquent, elle saisit la main que lui tendent les Vrais Finlandais " a déclaré Karina Jutila, directrice du centre de recherche e2.

Le dirigeant social-démocrate Antti Rinne souhaite former un gouvernement "avant la fin du mois de mai prochain".

Rappelons que la Finlande doit prendre la présidence semestrielle du Conseil de l'Union européenne à compter du 1er juillet.

Anti Rinne n'a pas écarté la possibilité de diriger le pays avec les Vrais Finlandais à qui il souhaite "poser des questions". "Certaines des questions porteront sur les valeurs qui sont importantes pour le Parti social-démocrate et qui sont le ciment qui maintiendra le gouvernement uni" a indiqué Antti Rinne. Le dirigeant des Vrais Finlandais Jussi Halla-aho s'est déclaré prêt à participer à une coalition gouvernementale " mais pas à n'importe quel prix". " Nous voulons être au gouvernement mais à condition d'avancer sur les sujets qui sont importants pour nos électeurs " a déclaré le dirigeant des Vrais Finlandais.

Il reste possible que les sociaux-démocrates s'unissent au Parti de la coalition nationale, à la Ligue verte, à l'Alliance de gauche et au Parti du peuple suédois. Dans ce cas, les Vrais Finlandais seraient dans l'opposition. 

Dans un contexte de vieillissement de la population (un cinquième des Finlandais (21,4%) sont âgés de plus de 65 ans, ils devraient être un quart d'ici 2030) et de baisse du taux de natalité, la réforme de la protection sociale constituera l'une des priorités du prochain gouvernement.

Agé de 56 ans et originaire d'Helsinki, Antti Rinne est diplômé de droit. Il a dirigé plusieurs syndicats : ERTO de 2002 à 2005, le Syndicat des employés salariés entre 2005 et 2010 et Pro de 2010 à 2014. Cette année-là, il prend la tête du Parti social-démocrate. Le parti finira à la quatrième place lors des élections législatives du 19 avril 2015 avec 16,5% des suffrages.

Fin 2018, Antti Rinne a contracté une pneumonie lors de ses vacances de fin d'année en Espagne, puis une infection nosocomiale alors qu'il séjournait à l'hôpital. Lors de son retour en Finlande, les médecins lui ont détecté une embolie coronarienne. Le dirigeant social-démocrate a donc été en arrêt maladie jusqu'à la fin du mois de février dernier et il a fait son retour dans la vie publique un mois et demi avant les élections législatives.

[1] En décembre et janvier derniers, une dizaine d'hommes étrangers, réfugiés et demandeurs d'asile, soupçonnés de viols et d'agressions sexuelles sur des mineurs ont été arrêtés

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