Elections législatives en Suède 15 septembre 2002: l'écart se resserre entre les sociaux-démocrates et les partis d'opposition

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Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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15 septembre 2002
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

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Fondation Robert Schuman

A une semaine du scrutin, l'avance dont disposait le Parti social-démocrate sur ses concurrents a fondu. Toujours données vainqueurs des élections législatives du 15 septembre prochain, les formations de gauche n'en sont pas moins inquiètes de la remontée des partis d'opposition.

L'événement de cette fin de campagne est la percée réalisée par la petite formation, le Parti du peuple-Les Libéraux (FpL). A la fin du mois d'août, les sondages créditaient le FpL de 8,5% des intentions de vote, soit le double de leur résultat de 1998, un chiffre qui s'est néanmoins stabilisé depuis lors à 7%. A l'origine de cette percée se trouve une mesure figurant dans le programme du FpL de rendre obligatoire un test de langue pour les étrangers souhaitant obtenir la nationalité suédoise. Cette proposition a contribué à imposer le débat sur l'immigration dans la campagne électorale. Dorénavant, l'ensemble des formations politiques rivalisent de propositions sur le sujet, le Premier ministre social-démocrate Göran Persson promettant, s'il est réélu, de diviser par deux le nombre d'immigrés chômeurs lors de son prochain mandat. Lui qui, il y a quelques mois, se félicitait du consensus existant dans la classe politique suédoise autour de l'immigration n'a pu empêcher ce sujet de devenir, à l'instar de ce qui se passe dans l'ensemble des pays européens, l'un des thèmes clés de la campagne électorale.

Outre l'immigration, la santé a été l'autre thème marquant de cette campagne. Une étude, menée en 2001, démontre que quatorze pour cent de la population active est absente de son poste de travail pour cause de maladie, soit un Suédois sur sept. Un chiffre très élevé qui inquiète les politiques et pèse lourdement sur les dépenses publiques. En 2002, les dépenses de l'assurance maladie devraient représenter 15% du budget de l'Etat.

Un sondage, réalisé par l'institut d'enquêtes d'opinion Skop à la fin du mois d'août, accorde 50% d'intentions de vote à l'ensemble SAP-Parti de la gauche-Les Verts contre 47,7% aux quatre formations d'opposition : Parti du rassemblement modéré, Parti chrétien-démocrate, Parti du centre et Parti du peuple-Les Libéraux (FpL). Les deux dernières enquêtes d'opinion, parues le 4 septembre, divergent sur la mesure du rapport de forces entre les différentes formations. Selon l'institut Temo, les trois partis de gauche recueilleraient 49,9% des intentions de vote (34,4% pour le SAP, 10,2% pour le Parti de la gauche et 5,3% pour Les Verts) alors que les quatre formations de droite obtiendraient 47,4% (dont 10,4% pour le Parti du peuple-Les Libéraux, 20,3% pour le Parti du rassemblement modéré, 10,1% pour le Parti chrétien-démocrate et 6,6% pour le Parti du centre). Mais le sondage, réalisé par l'institut Sifo, accorde 52,1% aux partis de gauche (avec seulement 4,1% pour les Verts) contre 45,4% aux formations de droite et de centre-droit.

Si les trois partis de gauche gardent certes l'avantage, le faible score des Verts, seulement crédités de 4,1% des intentions de vote -donc très proches de la barre fatidique des 4% nécessaires pour pouvoir être représenté au Parlement-, inquiète le Premier ministre Göran Persson, celui-ci ayant par ailleurs rejeté les conditions de l'offre de collaboration du Parti de la gauche (qui soutient le gouvernement sans y participer). Si les sociaux-démocrates pouvaient s'attendre à voir leur avance s'amenuiser au fur et à mesure de la campagne, la percée du Parti libéral (FpL) reste un signe inquiétant à l'heure où leurs alliés écologistes connaissent des difficultés. Seule satisfaction pour le parti au pouvoir, la faiblesse du Parti du rassemblement modéré, principale formation d'opposition, créditée de seulement 20% des intentions de vote, soit leur plus mauvais score depuis 1993.

Le Parti social-démocrate, qui avait mis le cap à gauche au début de la campagne agrémentant son programme d'une série de propositions destinées à lutter contre les licenciements économiques ainsi que d'une revalorisation de l'assurance chômage, est donc en perte de vitesse par rapport aux sondages réalisés il y a quelques mois et ne semble pas en mesure d'atteindre aujourd'hui les 40% qui lui permettrait de gouverner seul.

Les Verts pâtissent, selon certains analystes, de leur participation au gouvernement, leur faible popularité actuelle pouvant s'apparenter à celle du Parti du centre, également membre de la coalition gouvernementale à l'issue de la précédente législature. « Ironie de la politique, les Verts perdent des voix au fur et à mesure qu'ils réalisent leurs objectifs, en intensifiant l'engagement écologique des autres partis » écrit Margit Silberstein, reporter politique au quotidien Göteborgs-Posten.

Longtemps porteur du mécontentement d'une partie de la population reprochant au Parti social-démocrate une politique trop centriste, le Parti de la gauche voit également ses résultats chuter par rapport à son score de 1998. Sa présidente Gudrun Schyman ne semble pas avoir convaincu en critiquant le soutien du Premier ministre Göran Persson aux Etats-Unis après les attentats du 11 septembre 2001.

Les Suédois, qui vivent dans les régions les plus isolées (affichant une densité de dix-huit habitants au kilomètre carré), ont pu commencer à accomplir leur devoir civique dès le 28 août en se rendant dans l'un des 1 450 bureaux de Poste. Ceux-ci sont équipés d'au moins un isoloir et une urne et font office de bureaux électoraux durant les dix-huit jours précédant le scrutin.

Si les sociaux-démocrates peuvent néanmoins arriver en tête du scrutin législatif du 15 septembre dans le royaume scandinave, il reste à connaître les résultats qu'obtiendront leurs alliés écologistes pour savoir si Göran Persson pourra gouverner avec ses alliés parlementaires habituels ou s'il devra prévoir une autre coalition et ouvrir des négociations avec le Parti du centre avec qui le SAP a déjà gouverné dans le passé.

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