Elections législatives en Suede 15 septembre 2002

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Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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15 septembre 2002
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

Robert Schuman Fondation

Fondation Robert Schuman

Dans une Europe gouvernée majoritairement par des forces conservatrices, la Suède fait figure d'exception. Non seulement parce qu'elle est dirigée par un gouvernement social démocrate mais également parce que, selon toutes les enquêtes d'opinion, elle s'apprête à le reconduire de façon massive. Une singularité typiquement suédoise et sans équivalent dans les autres pays scandinaves. Par ailleurs, et c'est une autre particularité, à l'heure où l'extrême droite accroît son assise électorale dans de nombreux pays d'Europe, celle-ci reste absente de la scène politique nationale suédoise. Aux législatives de 1991, la Nouvelle Démocratie (NyD), formation d'extrême-droite, parvenait avec 7,2% des voix à entrer au Parlement obtenant vingt-cinq sièges. Mais, dès 1994, la Nouvelle Démocratie était retombée à 1,2% des suffrages. Aujourd'hui, les Démocrates de Suède (SD), parti d'extrême-droite dirigé par Mikael Jansson, n'est crédité que de 1% des suffrages par les enquêtes d'opinion. Les partis suédois ont très tôt engagé le débat sur l'immigration et toujours exprimé, de façon unanime, leur hostilité à toute forme de xénophobie. Le Premier ministre Göran Persson aime à dire qu'il est fier que les partis de l'opposition lui reprochent « de mener une politique d'immigration et d'accueil des réfugiés trop restrictive » et à vanter la maturité des formations politiques suédoises.

Le système politique suédois

Tous les quatre ans, le troisième dimanche de septembre, les Suédois sont appelés à élire leurs représentants locaux (conseils municipaux et généraux) et les trois cent quarante-neuf membres du Riksdag, chambre unique du Parlement depuis qu'une révision de la Constitution a mis fin, en 1968, au bicamérisme adopté un siècle plus tôt. Conséquences de ce calendrier faisant coïncider les élections locale et nationale : une habituelle forte participation et la prédominance des thèmes de politique nationale durant la campagne électorale.

La Suède est divisée en vingt-neuf circonscriptions électorales, chacune élisant en moyenne onze représentants au Parlement, la plus vaste d'entre elles étant celle de la capitale Stockholm qui élit trente-huit parlementaires. Pour accomplir leur devoir civique, les électeurs suédois peuvent se rendre aux urnes le jour de l'élection mais également voter par correspondance dans tous les bureaux de poste du pays durant les dix-huit jours précédant l'élection. Le mode de scrutin est proportionnel, les votes étant répartis selon la méthode modifiée de Sainte Lagüe avec un premier diviseur de 1,4. Trois cent dix sièges sont répartis entre les vingt-neuf circonscriptions, les trente-neuf restant étant des sièges appelés compensatoires et attribués aux différents partis en vue de rendre leur représentativité aussi exacte que possible au niveau national. Les candidats élus à ces sièges compensatoires le sont dans les circonscriptions où leur parti bénéficie du plus fort reste. Pour prendre part à la distribution de ces sièges, un parti doit avoir obtenu 4% des suffrages exprimés au niveau national ou bien 12% au sein d'une circonscription donnée.

Depuis les élections de 1998, les électeurs ont, en plus de voter pour un parti, la possibilité de choisir l'un des candidats sur les listes qui leur sont proposées par les partis. Lors du dépouillement, on détermine tout d'abord le nombre de sièges obtenus par chaque parti avant de déclarer élus les candidats de chaque liste ayant obtenu le plus grand nombre de voix sur leurs noms. Néanmoins, pour être élu selon ce système, un candidat doit avoir obtenu au moins 8% des suffrages recueillis par son parti dans la circonscription. Cette possibilité d'influencer le choix des candidats élus en utilisant le vote préférentiel semble avoir séduit les électeurs puisque lors des dernières élections législatives de 1998, 30% d'entre eux ont exprimé leur préférence sur leur bulletin de vote, assurant de la sorte l'élection d'un quart des élus du Riksdag. Si la majorité de ces parlementaires a été élue sans modification du système, douze ont bénéficié de cette nouvelle possibilité accordée aux électeurs.

Sept formations politiques sont représentées au Parlement suédois :

le Parti social-démocrate (SAP), largement majoritaire et dominant depuis toujours la vie politique suédoise (le SAP est arrivé au pouvoir pour la première fois en 1932 et n'en a été absent que neuf ans durant les sept dernières décennies),

le Parti du rassemblement modéré (M), principal parti d'opposition, situé à droite de l'échiquier politique,

le Parti de la gauche (Vp), ex-Parti communiste, opposé à l'Union européenne,

le Parti chrétien démocrate (KD), formation conservatrice,

le Parti du centre (C), ex-Parti agrarien, situé à la droite de l'échiquier politique dont il se démarque pourtant par sa ferme opposition à l'Union européenne,

le Parti du peuple-Les Libéraux (FpL), formation d'opposition conservatrice,

le Parti de l'environnement-Les Verts (MP), formation politique de gauche et eurosceptique.

Les enjeux du scrutin

Les cinq derniers scrutins (1985, 1988, 1991, 1994 et 1998) montrent une très nette domination de la vie politique nationale suédoise par les sociaux-démocrates. Durant ces dix-sept ans, la Suède a été gouvernée par eux à l'exception d'une courte période, de 1991 à 1994, où elle a eu à sa tête une coalition conservatrice dirigée par Carl Bildt et rassemblant les Modérés, les Libéraux et les Chrétiens-démocrates. Si, lors des dernières élections législatives de 1998, le Parti social-démocrate n'a raté que d'un siège la majorité absolue au Riksdag (depuis l'instauration du monocaméralisme, le SAP n'a jamais obtenu de majorité absolue au Parlement), il a cependant réalisé son plus mauvais résultat électoral depuis 1922 ne recueillant que 36,6% des suffrages exprimés. Néanmoins, cette désaffection électorale n'a pas été favorable à leur principal adversaire, le Parti modéré, mais a principalement profité à deux petites formations : le Parti de l'environnement-Les Verts et le Parti chrétien-démocrate, celui-ci triplant quasiment son score de 1994 (4,1%) en obtenant 11,8% des voix.

Leader du Parti social-démocrate, le Premier ministre Göran Persson, qui brigue un troisième mandat, a conscience qu'il lui faut élargir son électorat afin de repasser la barre des 40% de suffrages. Les sociaux-démocrates peuvent afficher un bon bilan : la croissance économique est soutenue (2% en 2002 et plus de 3% prévus l'an prochain), les impôts ont baissé, les allocations familiales ont été relevées et le chômage n'a cessé de diminuer, atteignant aujourd'hui 4% (3,8% prévus en 2003). Considéré comme mort il y a quelques années, le fameux modèle suédois est parvenu à évoluer sans abandonner ses principes fondamentaux et fait la démonstration que libéralisme économique et Etat-providence puissant ne sont pas forcément antinomiques.

Les partis d'opposition (Modérés, Centristes, Libéraux et Chrétiens-démocrates) sont, quant à eux, confrontés au problème qu'ils rencontrent à chaque élection, à savoir parvenir à s'unir autour d'une plate-forme électorale commune. S'ils sont, tous trois, d'accord pour supprimer l'impôt sur les grandes fortunes comme la double imposition des actions, leurs positions divergent sur la politique énergétique, sur l'Union européenne -le Parti du Centre étant hostile à Bruxelles- ou encore sur la politique de la famille, qui avec la santé et l'école constitue l'un des thèmes majeurs de la campagne électorale.

A trois semaines du scrutin, toutes les enquêtes d'opinion montrent que le 15 septembre prochain, le Parti social-démocrate, porté par la popularité de Göran Persson, devrait démontrer, une fois encore, sa capacité à attirer sur son programme la majeure partie des électeurs suédois. A moins que n'éclate un scandale ou qu'intervienne un événement susceptible de retourner l'électorat, le véritable enjeu des élections suédoises du 15 septembre reste donc celui de savoir si les sociaux-démocrates parviendront ou non à passer la barre des 40%.

Rappel des résultats des élections législatives du 21 septembre 1998:

Participation : 81,4%

Source Ambassade de Suède à Paris.

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