Election présidentielle en Serbie 29 septembre 2002

Actualité

Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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29 septembre 2002
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Deloy Corinne

Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

Robert Schuman Fondation

Fondation Robert Schuman

Deux ans après avoir chassé Slobodan Milosevic du pouvoir, les Serbes sont appelés aux urnes pour élire leur nouveau Président de la République. La bataille présidentielle du 29 septembre prochain opposera, entre autres, Vojislav Kostunica, actuel Président de l'ex-Yougoslavie (Serbie et Monténégro), à Miroljub Labus, vice premier ministre du gouvernement fédéral, membre de l'Opposition démocratique de Serbie et surtout proche de Zoran Djindjic, lui-même Premier ministre de Serbie et principal adversaire politique de Vojislav Kostunica. Entre les deux hommes, hier unis dans la lutte contre Slobodan Milosevic et aujourd'hui rivaux, la guerre larvée s'est transformée en conflit ouvert. La présidentielle devrait donc désigner le prochain homme fort de la Serbie.

Le système politique

L'Etat de Serbie et Monténégro, ex-République fédérale de Yougoslavie, est comme son nom l'indique composé des deux entités balkaniques. Chacune possède sa propre Constitution ainsi que ses propres institutions politiques.

Depuis 1998, la Serbie a pour Président Milan Milutinovic et, depuis le 25 janvier 2001, pour Premier ministre Zoran Djindjic (le premier Premier ministre de Serbie non communiste depuis l'instauration du pluralisme politique onze ans auparavant). L'Assemblée de Serbie, chambre unique du Parlement, est composée de deux cent cinquante députés élus pour quatre ans. Les dernières élections législatives se sont tenues le 23 décembre 2000 et ont été remportées par l'Opposition démocratique de Serbie, coalition de dix-huit partis politiques.

Les principales formations politiques serbes sont les suivantes :

- l'Opposition démocratique de Serbie (DOS), coalition de dix-huit partis, à laquelle appartient, entre autres, le Parti démocratique de Serbie (DSS) de Vojislav Kostunica,

- le Parti socialiste de Serbie (SPS) dont le président est Slobodan Milosevic,

- le Parti radical serbe (SRS), dirigé par l'ultranationaliste Vojislav Seselj,

- le Parti de l'unité serbe (SSJ) de Borislav Pelevic.

Le gouvernement dirigé par Zoran Djindjic est entièrement composé de membres de l'Opposition démocratique de Serbie.

L'actuel Président Milan Milutinovic est l'un des derniers hommes forts de l'époque de Slobodan Milosevic encore en poste à Belgrade. Il est inculpé de crimes de guerre au Kosovo par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie de La Haye. Elu en 1997, son mandat expire officiellement le 31 décembre de cette année. Il ne peut être délogé de son poste à moins de démissionner ou d'être révoqué par le Parlement.

Le Président monténégrin, Milo Djukanovic, a été élu en 1998. Son Premier ministre, Filip Vujanovic, membre du Parti démocratique des socialistes du Monténégro, a été nommé le 2 juillet 2001.

L'Etat de Serbie et Monténégro possède également sa propre Constitution et ses propres institutions politiques. Son Président est Vojislav Kostunica, élu au suffrage universel le 5 octobre 2000 pour cinq ans, et son Premier ministre Dragisa Pesic (la Constitution stipule que le Premier ministre doit nécessairement être monténégrin si le chef de l'Etat est serbe). Le Parlement de l'Etat de Serbie et Monténégro est composé de deux chambres, la Chambre des citoyens et la Chambre des Républiques pour lesquelles les dernières élections ont eu lieu le 24 septembre 2000.

L'Etat de Serbie et Monténégro a officiellement vu le jour le 14 mars 2002, date à laquelle il a remplacé la République fédérale de Yougoslavie. Après de longues négociations, le Président fédéral Vojislav Kostunica, le Président monténégrin Milo Djukanovic, les Premiers ministres de Serbie, Zoran Djindjic et du Monténégro, Filip Vujanovic, et, en qualité de témoin, le Haut responsable de la politique extérieure de l'Union européenne, Javier Solana, ont signé l'accord donnant naissance à ce nouvel Etat.

Le texte prévoit, qu'à l'issue d'une période probatoire de trois ans, les deux Etats associés pourront envisager de poursuivre leur union ou choisir de se séparer. L'accord stipule également qu'en cas d'éclatement, le Kosovo, actuellement sous protectorat international, resterait au sein de la Serbie en bénéficiant d'une « autonomie substantielle ». Cependant, cinq mois après la signature de ce texte, l'Etat de Serbie et Monténégro n'a toujours pas d'existence réelle, faute d'accord final entre les leaders politiques serbes et monténégrins, que l'Union européenne vient d'ailleurs de rappeler à l'ordre.

Les enjeux du scrutin

Pour beaucoup, la bataille électorale a véritablement commencé le 18 août 2001 lorsque les ministres du Parti démocratique de Serbie ont quitté le gouvernement fédéral. Depuis lors, l'opposition entre Vojislav Kostunica et Zoran Djindjic constitue le principal clivage politique de la Serbie. Unis dans la lutte contre Slobodan Milosevic, les deux hommes n'ont pas tardés à s'opposer avant de se combattre.

Vojislav Kostunica, 56 ans, juriste de profession, est le plus nationaliste des 2 candidats. Ses réticences, voire son hostilité, envers le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie de La Haye ont encore accru sa popularité auprès des Serbes. Il a en effet qualifié, à plusieurs reprises, le TPI de « cour politique » pratiquant « une justice sélective » et « d'anticonstitutionnelle » la mesure par laquelle le Gouvernement serbe a livré le 28 juin 2001 Slobodan Milosevic au TPI. Il est plus préoccupé par l'unité du peuple serbe que par la justice à rendre aux victimes des exactions commises par ces mêmes Serbes qu'il qualifie de « victimes de l'Histoire ». La formation qu'il dirige, le Parti démocratique de Serbie, modeste à l'origine, a vu ses rangs grossir avec l'arrivée de militants du Parti socialiste de Serbie de Slobodan Milosevic (SPS) et de la Gauche yougoslave (JUL) de son épouse Mira Markovic (le Parti démocratique de Serbie s'est allié avec les partis de l'ancien régime dans plusieurs municipalités).

En tant que Président de l'Etat de Serbie et Monténégro Vojislav Kostunica a peu de pouvoirs comparé à son rival Zoran Djindjic. Celui-ci, âgé de 47 ans, philosophe de formation et businessman occasionnel, dispose en tant que Premier ministre de Serbie des vrais leviers du pouvoir. L'ambition de cet homme pragmatique, soucieux de l'opinion de la communauté internationale, est de réaliser rapidement d'importantes réformes politiques et économiques afin de permettre à son pays de postuler, au plus tôt, à l'intégration dans l'Union européenne.

Entre les deux hommes, les tensions se sont manifestées peu après l'alternance politique d'octobre 2000. En mars 2001, le Président Kostunica critique l'arrestation par la police serbe, contrôlée par Zoran Djindjic, et le transfert au TPI de Milomir Stakic, Serbe de Bosnie inculpé de crimes de guerre. Le 28 juin 2001, le gouvernement serbe livre Slobodan Milosevic au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie de La Haye sans l'aval du Président Kostunica. Le 17 août 2001, le Parti démocratique de Serbie (DSS) accuse le gouvernement de Serbie de collusion avec le crime organisé et décide d'en retirer tous ses membres. Le 18 mars 2002, le DSS demande la démission de Zoran Djindjic à la suite de l'arrestation pour « espionnage et divulgation de secret militaire » de Momcilo Perisic, vice Premier ministre serbe par les services de renseignements militaires. Le 7 juin, le parti du Président forme un gouvernement fantôme en Serbie avec pour objectif déclaré de « présenter une alternative » au gouvernement de Zoran Djindjic. Quatre jours plus tard, vingt et un députés du même parti sont révoqués du Parlement de Serbie pour absentéisme et remplacés par des fidèles de Djindjic. Le lendemain, les quarante-cinq élus du DSS quittent le Parlement qualifié d'« illégitime ». Enfin le 24 juin, les dirigeants de la coalition au pouvoir, l'Opposition démocratique de Serbie, déclarent officiellement l'exclusion de leurs rangs du Parti de Vojislav Kostunica.

Après 18 mois de luttes, les deux hommes s'apprêtent aujourd'hui à livrer une nouvelle bataille qui, même s'ils ne s'affrontent pas directement, devrait être décisive pour leur avenir personnel autant que pour celui de la Serbie. La défaite de son candidat serait pour Zoran Djindjic un échec personnel et il devrait compter avec un Vojislav Kostunica qui disposerait alors de pouvoirs importants (le Président de la Serbie peut dissoudre le Parlement et dispose de pouvoirs exceptionnels en cas d'état d'urgence). En revanche, un échec du Président de l'Etat de Serbie et Monténégro signifierait certainement la fin de sa carrière politique.

Outre les deux principaux candidats (Labus et Kostunica), d'autres personnalités politiques se présentent lors du scrutin présidentiel. L'ultranationaliste Vojislav Seselj, candidat proposé et soutenu par Slobodan Milosevic, toujours président du Parti socialiste de Serbie, mais rejeté par les membres de ce même parti. Vojislav Seselj avait été battu par Milan Milutinovic à la dernière élection présidentielle de décembre 1997.

Le candidat officiel du SPS sera Velimir Bata Zivojinovic, député du Parlement de Serbie depuis douze ans et l'un des acteurs les plus célèbres du cinéma yougoslave.

Enfin, Vuk Draskovic, l'un des chefs de file de l'opposition serbe à l'époque de Slobodan Milosevic, s'est également engagé dans cette bataille présidentielle.

Si Zoran Djindjic a pu penser qu'une élection présidentielle anticipée (celle-ci aurait du se tenir en janvier 2003) empêcherait Vojislav Kostunica d'être candidat, celui-ci n'ayant pas mené à son terme l'instauration du nouvel Etat de Serbie et Monténégro, il s'est manifestement trompé. Le 25 août dernier, le Président de l'Etat de Serbie et Monténégro a fait officiellement acte de candidature au poste de Président de Serbie sans pour autant démissionner de son poste actuel. Si la Constitution en vigueur exclut que le chef de l'Etat fédéral assume toute autre fonction, elle ne lui interdit cependant pas de se présenter à l'élection présidentielle serbe ni même de devenir le Président élu de Serbie. Au-delà d'un affrontement entre deux hommes, c'est l'avenir d'une Serbie rendue exsangue par des années de guerre qui se joue véritablement le 29 septembre.

Rappel des résultats des dernières élections législatives en Serbie du 23 décembre 2000:

Participation : 64,16%

Source : Le Courrier des pays de l'Est, Europe centrale et orientale 2000-2001, Vers l'intégration européenne et régionale, n° 1 016, juin-juillet 2001, Paris, La Documentation Française, 2001

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