Elections législatives en Lettonie 5 octobre 2002

Actualité

Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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5 octobre 2002
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

Robert Schuman Fondation

Fondation Robert Schuman

A quelques jours du scrutin, les résultats sont très ouverts puisque aucun parti n'obtiendrait de majorité à lui seul. La dernière enquête réalisée par l'institut de sondages Latvias Fakti, entre le 13 et le 22 septembre, donne l'avantage au Parti de la nouvelle ère, créé très récemment par l'ex-gouverneur de la Banque centrale de Lettonie Einars Repse. La formation recueillerait 15,4% des suffrages. Elle est suivie par le Parti du peuple (TP) qui obtiendrait 14,1% des voix. Avec 5,5% d'intentions de vote, La Voie lettone (LC) du Premier ministre Andris Berzins n'est pas assurée de franchir la barre des 5% nécessaires pour entrer au Parlement, le parti n'arrive qu'en sixième position. Selon l'institut SKDS, le Parti du peuple arriverait en tête du scrutin avec 18,7% des voix suivi par le Parti de la nouvelle ère (16%). En troisième position se trouve le mouvement « Pour la défense des droits de l'homme dans une Lettonie unie » qui recueille 10,2% des intentions de vote, suivi de l'Union des fermiers et des Verts (ZSS) avec 9,4% et de la Voie lettone, 5,5%. L'Union pour la patrie et la liberté (TB/LNNK) et le Parti social-démocrate des travailleurs (LSDA) figurent au-dessous de la barre des 5%, recueillant respectivement 4,7% et 4%. A noter que 53,4% des Lettons déclarent trouver peu d'intérêt à la campagne électorale. A titre de comparaison, lors du dernier scrutin législatif de 1998, ils étaient 38,8% à se déclarer peu intéressés par la campagne un mois avant le scrutin.

La corruption constitue le thème prédominant de la campagne électorale. Si les partis de la coalition gouvernementale peuvent afficher un bilan très honorable en matière économique, ils peinent à contrer le discours anti-corruption musclé tenu par Einars Repse, l'une des rares personnalités à bénéficier auprès des Lettons d'une image d'honnêteté. Comme dans beaucoup de pays d'Europe centrale et orientale, les élections nationales ont donné lieu à la création de nouvelles formations politiques. En 1995, Ziedonis Cevers avait fondé, quelques mois avant le scrutin, le Parti démocratique dont le programme prévoyait d'éradiquer le crime organisé en trois mois ; en 1998, Andris Skele, ex-Premier ministre, avait créé le Parti du peuple (TP). Aujourd'hui, c'est le Parti de la Nouvelle ère, formation d'Einars Repse qui fait figure de favori pour le scrutin législatif du 5 octobre.

L'intégration à l'Union européenne est un thème peu présent dans la campagne, aucun parti ne l'abordant franchement. Il est vrai que, selon les derniers sondages, seul un tiers des Lettons se déclarent favorables à ce que leur pays rejoignent les Quinze, 43% affirmant qu'ils voteraient contre l'intégration en cas de référendum. La baisse prévue des aides agricoles lors de l'entrée de la Lettonie dans l'Union et surtout la réminiscence du passé difficile que leur a valu leur dernière appartenance à une « Union » (même si aucune comparaison ne peut être faite entre les Quinze et l'ex-Union soviétique) sont les principales raisons avancées pour expliquer les appréhensions des Lettons vis-à-vis de l'Europe. « Les gens se demandent s'ils vont être traités à égalité dans l'Union, ou si l'on nous propose une sorte de néo-colonialisme. Nous ne demandons pas l'aumône : les agriculteurs lettons n'exigent rien d'autre que l'égalité de traitement » déclarait il y a deux semaines Vaira Vike-Freiberga, Présidente de la République lettone. Franz Fischler, commissaire européen chargé de l'agriculture, s'est donc rendu au début du mois de septembre dans les Pays baltes auxquels il a promis de ne pas imposer une réduction de leur production agricole après leur adhésion à l'Union européenne. « Nous sommes prêts à faire preuve de flexibilité sur les quotas » a t-il ainsi déclaré. Il a indiqué que les Républiques baltes ne pourront cependant pas obtenir davantage d'aide que celle proposée par l'Union, soit 25% du montant de celle accordée aux agriculteurs des Quinze lors de la première année de leur adhésion. Les fermiers pourront toutefois bénéficier, en plus de ces aides, d'autres formes de soutien financier (prêts aux agriculteurs en difficulté par exemple). En dépit des engagements pris par le commissaire européen, l'agriculture reste un point difficile des négociations actuelles liées à l'élargissement. L'Union des fermiers et des Verts (ZSS), seule formation ouvertement eurosceptique dans cette campagne législative lettone, est actuellement en hausse dans toutes les enquêtes d'opinion. Le parti réclame une augmentation de l'aide aux agriculteurs et un ajournement de l'adhésion de la Lettonie à l'Union européenne. La Présidente, Vaira Vike-Freiberga, très active dans le domaine de la politique étrangère et pro-européenne convaincue, est parfaitement consciente du peu d'enthousiasme des Lettons vis-à-vis de l'Europe. « Notre gouvernement va devoir travailler très sérieusement afin de présenter aux Lettons une explication claire des acquis et des coûts de l'adhésion » a t-elle récemment déclaré.

Les relations entre la minorité russe et la population lettone sont également peu présentes dans les discours des candidats, contrairement à ce qu'il en était lors des précédentes campagnes électorales. La réforme de l'éducation - et principalement l'imposition du letton comme première langue d'enseignement dans l'ensemble des écoles du pays - fait pourtant l'objet d'un débat controversé sur la scène politique comme au sein de la minorité russe. Une moitié des parents russes se déclare en faveur de cette proposition de loi qui devrait prendre effet en 2004, l'autre moitié s'y oppose et revendique un véritable statut de minorité. La Lettonie est, de fait, le seul des pays candidats à l'intégration au sein de l'Union européenne à ne pas avoir encore ratifié la Convention pour la protection des minorités nationales, ratification obligatoire dans le cadre du Conseil de l'Europe. A quelques mois du Conseil Européen de Copenhague qui décidera de l'intégration des pays d'Europe centrale et orientale à l'Union européenne, la question revient sur le devant de la scène. Cependant, pour ratifier cette convention, le Parlement letton doit obligatoirement parvenir à un accord autour de la définition du concept de minorité et amender plusieurs des lois en vigueur dans le pays.

En matière de politique intérieure, le Parlement a massivement rejeté le 19 septembre la nomination par le Gouvernement de Janis Jonass au poste de « Monsieur anti-corruption ». Seuls cinq des cent membres de la Saeima ont voté en sa faveur. Selon toute vraisemblance, les parlementaires devraient prochainement choisir Guntis Rutkis, chef de la sécurité intérieure de la Lettonie, pour le remplacer.

Si les élections législatives du 5 octobre ne devraient pas apporter de grands changements dans la vie politique lettone, le résultat des partis de centre droit actuellement au pouvoir témoignera de la confiance que peuvent avoir les électeurs dans leurs élites politiques et sera particulièrement intéressant à analyser dans la perspective du référendum sur l'adhésion à l'Union européenne qui devrait se tenir l'année prochaine.

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