Le point à une semaine du scrutin

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Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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15 octobre 2007
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

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Le point à une semaine du scrutin

PDF | 148 koEn français

Environ 5 millions d'électeurs suisses, dont 110 000 vivant hors de la Confédération helvétique, éliront le 21 octobre prochain les 200 membres de leur Conseil national, Chambre basse du Parlement, et 41 des 46 membres de leur Conseil des Etats, Chambre haute. En effet, les deux sénateurs du canton de Zoug – l'un membre du Parti radical démocratique (PRD/FDP) et l'autre du Parti démocrate-chrétien (PDC/CVP) – le sénateur du canton de Nidwald (PDC/CVP), celui du canton d'Obwald (PRD/FDP) et celui du canton d'Appenzell Rhodes-Intérieures (PDC/CVP) ont déjà été désignés.

La campagne électorale est dominée par la personnalité du chef du Département fédéral (ministère) de Justice et Police (DFJP), Christoph Blocher (Union démocratique du centre, UDC/SVP). Le Parti socialiste (PSS/SPS) mène une campagne active contre sa réélection au Conseil fédéral qui sera désigné le 12 décembre prochain par le futur Parlement.

L'"affaire" Valentin Roschacher (du nom du procureur fédéral qui a démissionné de ses fonctions en juillet 2006 après des mois de relations tempétueuses avec le chef du Département fédéral de Justice et Police) fait toujours la "une" des journaux. En septembre, la conseillère nationale (PDC/CVP) et présidente de la sous-commission de gestion du Conseil national, Lucrezia Meier-Schatz, avait révélé l'existence de documents appartenant au banquier Oskar Holenweger qui laissaient supposer l'existence d'une conspiration pour pousser le procureur fédéral Valentin Roschacher à la démission, à laquelle Christoph Blocher aurait été impliqué.

Le 3 octobre, un débat a eu lieu au Conseil national sur l'affaire Valentin Roschacher/Christoph Blocher qui a fait long feu. L'Union démocratique du centre a défendu le chef du Département fédéral de Justice et Police ; les autres formations, principalement le Parti socialiste et le Parti écologiste-Les Verts (PES/GPS), ont dénoncé les agissements de la formation populiste d'extrême droite qui, selon eux, cherche à détourner attention des vrais problèmes qui se posent à la société suisse. Christoph Blocher s'est élevé contre les déclarations de certains membres du Conseil fédéral qui ont, selon lui, suggéré qu'il aurait pris part à une machination criminelle pour se débarrasser du procureur de la Confédération.

Le 5 octobre dernier, la Suisse a connu des événements d'autant plus violents qu'ils sont complètement inhabituels dans ce pays de consensus. L'Union démocratique du centre avait organisé une manifestation à Berne. Une contre manifestation, organisée par les Verts pour protester contre le parti populiste (UDC/SVP), rassemblait dans le même temps environ 2000 personnes et s'est déroulée sans problème. Cependant, les 10000 membres ou sympathisants de l'Union démocratique du centre ont été empêchées de manifester par environ 500 activistes et membres du mouvement alternatif des Black Blocks. Des heurts ont eu lieu faisant une vingtaine de blessés dont 18 policiers et des dégâts matériels évalués à 66 000 euro. "On a empêché le plus grand parti de Suisse de défiler" s'est indigné Christoph Blocher.

"Je n'ai pas aimé ce que j'ai vu, je suis triste" a déclaré la Présidente de la Confédération helvétique et chef du Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE), Micheline Calmy-Rey (PSS/SPS), au quotidien Le Temps ajoutant"La liberté d'opinion et le droit de manifester sont protégés par la Constitution. Je lance un appel au dialogue et à la tolérance. Je perçois des signes d'incompréhension à l'étranger. Le climat très dur contredit la tradition de paix véhiculée depuis des siècles par la neutralité. Ces tensions et ces provocations pourraient laisser des traces dans le système de concordance dont le succès et l'efficacité reposent sur la capacité de dialogue entre les différente sensibilités politiques"

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Selon de nombreux analystes, ces incidents ne peuvent que servir l'Union démocratique du centre. "L'extrême gauche a servi la cause de l'UDC qui se pose maintenant en victime. Et cela pourrait inciter les électeurs à être solidaire d'elle. Si la manifestation de l'Union démocratique du centre s'était déroulée sans heurt sous la forme d'un défilé avec Christoph Blocher et le bouc Zottel (animal porte-bonheur de la formation populiste), seules dix lignes auraient été consacrées à l'événement. Mais les excès qui s'y sont produits vont faire la manchette des journaux pendant plusieurs jours" affirme le politologue Georg Lutz.

Cette campagne électorale, inédite dans la Confédération helvétique par la personnalisation dont elle fait l'objet et par les provocations de l'Union démocratique du centre, a été très décriée par de nombreuses personnalités politiques, peu habituées à un tel déploiement d'agressivité, et nombreux sont ceux qui pensent qu'elle laissera des traces importantes pour le pays. "Je ne parlerai pas de crise. Nous vivons une situation peu commune, tendue, un de nos collègues ayant été mis en cause" déclare la Présidente de la Confédération. "Même dans la provocation, il y a des limites à ce que l'on peut dire. La campagne de l'Union démocratique du centre met en danger la sécurité des Suisses à l'étranger et ternit l'image du pays, notamment à l'ONU. La provocation n'est pas une méthode suisse. C'est le dialogue qui correspond à nos mentalités. La façon dont se déroule cette campagne me donne le sentiment que les Suisses ne sont pas dupes. Ce ne sont pas des moutons qui se laissent conduire n'importe où et n'importe comment. J'espère que la campagne de l'Union démocratique du centre, le parti qui utilise le plus la croix suisse dans sa propagande électorale et sur ses affiches et qui est en fait le moins suisse des partis politiques suisses, permettra de jeter bas les masques" a souligné Micheline Calmy-Rey.

Pascal Couchepin (PRD/FDP), chef du Département fédéral de l'Intérieur (DFI), juge également la stratégie de l'Union démocratique du centre dangereuse à long terme. "Parler de complot obscur, c'est évoquer une association de malfaiteurs. Penser que les autorités de ce pays se sont associées comme des malfaiteurs pour tramer dans l'ombre, c'est corrompre l'esprit de la démocratie" a-t-il déclaré. Le président du Parti démocrate-chrétien, Christophe Darbellay, a souligné : "Un pays qui gagne un franc sur deux à l'étranger et cherche en permanence à attirer de nouveaux investisseurs ne peut pas se permettre de défrayer la chronique dans la presse internationale. Il faudra en être conscient en allant voter". Le leader PDC/CVP a également fustigé Christoph Blocher et Samuel Schmid (UDC/SVP), chef du Département fédéral de la Défense, de la Protection de la population et des Sports, affirmant : "Depuis 2003, deux conseillers fédéraux UDC/SVP sont responsables de la sécurité. Est-elle mieux garantie quatre ans plus tard ? La réponse est non. Il ne suffit pas de peindre le diable sur les affiches, il faut aussi agir".

Bien que membre de l'Union démocratique du centre, Samuel Schmid a fait part de ses inquiétudes : "C'est normal qu'il règne un climat spécial avant les élections. Mais à ce point. Je regrette ce qui se passe actuellement. Cela ne sert à rien. Au contraire. Cela nuit à la culture politique suisse. Hélas certains semblent ignorer de quoi la culture politique est faite, elle est le résultat d'une évolution de plusieurs centaines d'années. La concordance est le fruit d'une culture politique longuement mûrie. Cette culture impose une certaine modestie et le respect des minorités même lorsque l'on gagne. J'ai l'impression que l'on est en train de négliger certaines minorités, de les laisser sur le bord de la route. Et cela m'inquiète" souligne –t-il.

Les forces libérales souhaitent poursuivre la politique de baisse des impôts, les partis de gauche estimant qu'il s'agit d'une politique à courte vue. "L'objectif est de réduire la TVA de 1% d'ici à 2010" a déclaré le président de l'Union démocratique du centre, Ueli Maurer, qui veut comprimer la dette publique de 9 milliards de francs suisses (5,3 milliards d'euro) pour compenser cette baisse.

Si le leader du Parti radical démocratique, Fulvio Pelli, juge cette proposition irréaliste, il considère cependant qu'un système fiscal simple et concurrentiel est une bonne chose pour la Suisse et soutient l'esprit des exigences de l'Union démocratique du centre. A l'inverse, le président du Parti socialiste, Hans-Jürg Fehr, soutient que la politique fiscale de la droite ne profite qu'à une petite minorité de personnes et que les baisses d'impôts à outrance pour les nantis dont les familles et les PME payent les frais sont contraires à la justice sociale et finalement nuisibles au pays. Le parti socialiste, qui, en cette fin de campagne électorale, s'est recentré sur les enjeux socioéconomiques, a lancé une initiative pour des impôts équitables qui vient de récolter les 100 000 signatures nécessaires pour pouvoir faire l'objet d'un référendum. Le Parti écologiste-Les Verts (PES/GPS) est également opposé à une politique de réduction d'impôt.

Le financement des partis politiques reste un thème dont les partis de droite ne veulent pas voir débattre. Ces dernières années, le Parti socialiste a, plusieurs fois, essayé d'imposer la transparence du financement des partis, des lobbies et des campagnes électorales. En vain. En 1999, le conseiller national Andreas Gross (PSS/SPS) avait proposé que tout soutien de plus de 500 francs suisses à un parti politique soit rendu public. 4 ans plus tard, il avait tenté de modifier la loi sur les droits politiques afin que les campagnes électorales soient plus équitables. En 2002, le conseiller national Pierre-Yves Maillard (PSS/SPS) avait proposé d'interdire le financement des formations politiques et d'instaurer un contrôle des modes de financement et des comptes des partis et des campagnes électorales des candidats aux élections fédérales. Tous ces projets ont été rejetés.

La polémique autour de Christoph Blocher ne semble cependant pas avoir nui à l'Union démocratique du centre qui, une semaine avant les élections fédérales, fait toujours la course en tête. Le parti populiste recueille 27,3% des suffrages dans le dernier Baromètre électoral rendu public par la Société suisse de radiodiffusion et télévision (SSR) le 10 octobre dernier. Le Parti socialiste occupe toujours la 2e position avec 21,7% des voix. Avec 15,5% des suffrages, le Parti radical démocratique aurait repris la 3e place au Parti démocrate-chrétien, crédité de 15,4% des voix. Enfin, le Parti écologiste-Les Verts conforte sa progression et atteint les 10% d'intentions de vote. Un peu plus de la moitié des électeurs suisses devraient se rendre aux urnes (53%).

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