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Macédoine - Législatives

Les élections législatives se sont deroulées dans le calme

Les élections législatives se sont deroulées dans le calme

15/09/2002 - Résultats

La tenue de ces élections était une gageure. Après une campagne électorale émaillée de nombreux incidents sanglants dont on craignait qu'ils finissent par perturber, voire remettre en cause, le scrutin, c'est dans le calme et la sérénité que se sont déroulées les élections législatives le 15 septembre en Macédoine.

Alain Le Roy, représentant de l'Union européenne à Skopje, a tenu à saluer « l'esprit de démocratie et de dignité » qui a accompagné le vote, précisant même que cette quatrième consultation législative depuis l'accession de la Macédoine à l'indépendance « a été la plus démocratique de l'histoire du pays ». De son côté, le Haut représentant de l'Union européenne pour la politique extérieure, Javier Solana, a salué l'engagement des Macédoniens « en faveur de la paix et de la démocratie » et déclaré « qu'après un an de paix, les élections montrent que la Macédoine peut regarder vers un futur plus heureux à l'intérieur de l'Europe ». Un millier d'observateurs, dont huit cents désignés par l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), supervisaient le scrutin. Une délégation de seize parlementaires du Conseil de l'Europe était également présente lors du vote.

Mme Miriana Lazarova-Trajkovska, présidente de la commission électorale, a confirmé la victoire des partis de l'opposition. La coalition « Ensemble pour la Macédoine » dirigée par l'Union sociale-démocrate (SDSM) de Branko Crvenkovski recueille 40,4% des suffrages, loin devant la coalition gouvernementale (VMRO-DPMNE/LDP: Parti démocratique pour l'unité nationale macédonienne-Parti libéral démocratique), emmenée par le Premier ministre Ljubco Georgievski, qui obtient 24,4% des voix. Le Premier ministre sortant a immédiatement reconnu sa défaite. L'Union démocratique pour l'intégration (PDI) d'Ali Ahmeti réussit son pari et devient, avec 11,8%, soit 70% des suffrages de la population albanaise, le premier parti albanophone de Macédoine distançant largement son principal rival, le Parti démocratique albanais d'Arben Dzhaferi qui recueille 5,2% des suffrages. Ce dernier a également tenu à féliciter son adversaire pour son résultat. Enfin, le Parti de la prospérité démocratique (PPD) dirigé par Abdurahman Haliti obtient 2,3%.

Dès l'annonce officielle des résultats, le Président Boris Trajkovski dispose de dix jours pour nommer un Premier ministre qui aura vingt jours maximum pour former un nouveau gouvernement. Le leader social-démocrate Branko Crvenkovski devrait donc être le prochain Premier ministre de cette République des Balkans. Toutefois, ne disposant pas de la majorité absolue au Parlement, celui-ci devra former une coalition gouvernementale. Tout au long de la campagne électorale, le chef du SDSM a déclaré qu'en cas de victoire, il proposerait une alliance au parti albanophone arrivé en tête des élections, tout en affirmant qu'il n'était pas question qu'un ancien membre de l'UCK rentre dans son gouvernement. Il se retrouve donc dans une position délicate. D'un côté, il est pressé par la communauté internationale de former une coalition gouvernementale avec le PDI d'Ali Ahmeti ; de l'autre, il doit tenir compte de la volonté de la majorité des Macédoniens qui condamnent toute alliance avec le parti issu de la guérilla et qui considèrent Ahmeti comme un terroriste ayant pour unique objectif la division de la Macédoine. Le discours de l'ancien chef des rebelles albanais est aujourd'hui radicalement opposé aux propos qu'il tenait il y a encore quelques mois. Le leader albanophone a en effet promis d'œuvrer en faveur de la démocratie, « pour l'application de l'accord d'Ohrid et une harmonieuse cohabitation ethnique. (...) Nous luttons ouvertement pour la suppression totale des barrières ethniques. Nous prônons la paix et une orientation résolument européenne » déclarait-il quelques jours avant le scrutin.

Ljubomir Frckoski, conseiller du Président Trajkovski, s'est exprimé en faveur d'une intégration d'Ali Ahmeti dans la future coalition gouvernementale. La décision finale appartient à Branko Crvenkovski qui n'est certainement pas sans connaître les risques que comporterait pour la stabilité de la Macédoine l'exclusion du gouvernement du pays des leaders que la population albanophone a placés en tête du scrutin.

Les élections législatives du 15 septembre constituaient la dernière étape du processus de paix engagé il y a plus d'un an après sept mois de violences entre les forces gouvernementales et la guérilla albanophone. « Il s'agit d'un pas important vers la réconciliation mais ce n'est pas le dernier » a affirmé Alain Le Roy, représentant de l'Union européenne à Skopje, à l'issue du scrutin. Souhaitons que les nouveaux dirigeants de la République des Balkans fassent preuve à l'avenir d'une maturité identique à celle qu'a témoignée la population macédonienne lors de ces élections.

Résultats des élections législatives du 15 septembre 2002:



Participation : 70%

Source Agence France Presse
Directeur de la publication : Pascale JOANNIN
Les auteurs
Corinne Deloy
Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman
Fondation Robert Schuman
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