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République tchèque - Sénatoriales

Elections sénatoriales - 5-6 novembre (1er tour)

Elections sénatoriales - 5-6 novembre (1er tour)

07/11/2004 - Résultats - 1er tour

Le Parti démocrate civique (ODS) est arrivé largement en tête du premier tour des élections sénatoriales partielles qui se sont déroulées en République tchèque les 5 et 6 novembre 2004. Contrairement à ce que prévoyaient les enquêtes d'opinion qui, toutes, donnaient le Parti social-démocrate (CSSD) en deuxième position, la formation du Président de la République, Vaclav Klaus, a devancé le Parti communiste de Bohème et Moravie (KSCM), l'Union chrétienne-démocrate (KDU-CSL) et enfin le Parti social-démocrate actuellement au pouvoir. Un seul candidat a été élu au premier tour, Jiri Sneberger, maire de Pilsen, ville située dans l'Ouest du pays, qui a largement battu la ministre de la Santé, Milada Emmerova (CSSD).

Le deuxième tour aura lieu les 12 et 13 novembre prochains et opposera dans chacune des vingt-six circonscriptions restantes les deux candidats ayant reçu le plus grand nombre de voix. Les candidats du Parti civique démocrate seront présents dans vingt-cinq circonscriptions, le Parti communiste de Bohème et Moravie dans neuf, l'Union chrétienne démocrate dans sept et le Parti social-démocrate dans trois seulement.

La participation a été très faible, à peine un tiers des électeurs s'étant déplacés pour ce scrutin (29%). Notons cependant que cette participation est légèrement supérieure à celle enregistrée lors du dernier scrutin de novembre 2002. Jusqu'à la dernière heure de la campagne, l'ensemble des formations politiques a pourtant essayé de convaincre les électeurs de se rendre aux urnes. Pour ce faire, le Parti social-démocrate et le Parti démocrate civique ont chacun organisé un grand concert, l'un à Prague et l'autre à Kladno. De son côté, l'ancien Président de la République, Vaclav Havel, avait également tenté de mobiliser les Tchèques. « Le Sénat a une chance de jouer le rôle d'un correcteur, d'être un corps de sages dont la voix retentit au moment opportun et a une influence certaine » a t-il tenu à déclarer.

Le Parti social-démocrate doit donc faire face à un nouveau revers électoral après celui enregistré après les élections européennes de juin dernier. Lors de ce scrutin, la formation au pouvoir n'avait recueilli que 8,78% des suffrages, contre 30,05% au Parti démocrate civique et 20,27% au Parti communiste de Bohème et Moravie. Le Parti social-démocrate s'était même trouvé devancé par l'Union chrétienne-démocrate qui avait obtenu 9,58% des voix. Le scénario semble s'être reproduit à l'identique les 5 et 6 novembre, la nomination de l'ancien ministre de l'Intérieur Stanislav Gross à la tête du gouvernement le 4 août dernier n'ayant en rien modifié l'état des forces politiques enregistré à la veille de l'été dernier.

Elections européennes et sénatoriales peuvent également être comparées en termes de participation, les deux scrutins ayant très peu mobilisé les électeurs : le taux de participation s'était en effet élevé à 28,32% les 11 et 12 juin derniers. Ce scrutin sénatorial est un échec pour le gouvernement de Stanislav Gross qui avait fait de ces élections sénatoriales un test en vue des prochaines législatives qui se dérouleront en République tchèque au mois de juin 2006. « Ce n'est pas un résultat catastrophique si l'on considère qu'en quatre mois, nous avons augmenté notre score d'environ six points » a déclaré le Premier ministre commentant le résultat des élections. « Le problème numéro un, c'est la participation. Les formations, comme le Parti démocrate civique et le Parti communiste, dont la base électorale est stable et les électeurs disciplinés, ont été avantagées » a t il ajouté.

« Le manque de candidats attractifs est le résultat du génocide qui est à l'œuvre au sein du Parti social-démocrate depuis deux ou trois ans, génocide qui a entraîné l'exclusion de personnalités particulièrement douées et leur remplacement par d'autres beaucoup moins capables et beaucoup moins talentueuses » n'a pas hésité à affirmer Milos Zeman, ancien Premier ministre (1998-2002) et ancien président de la formation. Pour lui, l'amélioration ne pourra advenir qu'après une modification des statuts du parti. Miroslav Kakousek, président du Parti social-démocrate, a annoncé que sa formation se désisterait en faveur des candidats du Parti civique démocrate dans les circonscriptions où ceux-ci affronteront des candidats communistes.

Le Parti démocrate civique a mené une campagne dure n'hésitant pas à faire du gouvernement social-démocrate une menace pour la démocratie dans le pays. « Cette réunion est plutôt celle d'un état-major de crise, pour la défense des droits de l'Homme et des libertés » déclarait ainsi le chef de campagne du Parti démocrate civique, Petr Bendl, lors d'une réunion pré-électorale ajoutant « Celui qui vote pour les sociaux-démocrates vote pour la normalisation d'avant novembre ». De son côté, le Premier ministre Stanislav Gross a répété tout au long de la campagne vouloir nettoyer le Sénat des représentants de l'opposition, n'hésitant pas à se présenter un balai à la main lors du meeting qui s'est tenu sur le Mont Rip, haut lieu de l'histoire tchèque. Certains ont vu dans ce geste un rappel malheureux des propos de Lénine exprimant son désir de faire le ménage dans la Russie tsariste lors de sa prise du pouvoir.

« Nous sommes en guerre contre le Parti démocrate civique et nous allons nous battre » a déclaré le leader du Parti communiste de Bohème et Moravie, Miroslav Grebenicek, à l'annonce des résultats. Il a rappelé l'absurdité de la décision dite de Bohumin par laquelle, en 1995, le Parti social-démocrate s'est interdit toute collaboration avec la formation communiste. « Selon moi, lorsqu'un candidat du Parti communiste est confronté à un candidat du Parti démocrate civique, les électeurs de gauche devraient soutenir notre candidat. De même que je suis convaincu que nos électeurs soutiendront le candidat social démocrate dans les circonscriptions où nous n'avons pas de candidat » a-t-il affirmé. Dernier parti communiste non réformé d'Europe centrale, le KSCM est l'héritier du Parti communiste de la République socialiste de Tchécoslovaquie. Inquiètes de cette progression de la formation aux élections, de nombreuses organisations tchèques se sont regroupées et ont décrété un « automne sans communistes ». Elles ont organisé pour le 17 novembre, jour de l'anniversaire du début de la révolution de velours qui a mis fin au régime communiste en République tchèque, un grand rassemblement pour dire « non » au retour de membres de l'ex-Parti communiste à des postes de pouvoir. La direction de la formation s'élève contre les accusations qui sont portées contre elle et affirme « respecter les règles démocratiques » et « ne pas vouloir revenir aux interdictions et à la répression de l'après-guerre ».

Un tiers des sénateurs, soit vingt-sept des quatre vingt un membres de la Chambre haute, renouvelée par tiers tous les deux ans, remettaient leur mandat en jeu les 5 et 6 novembre. Les sénateurs sont élus en République tchèque pour six ans au scrutin uninominal majoritaire à deux tours. Le Sénat est une institution mal aimée dans le pays et son renouvellement mobilise généralement peu les électeurs.

Les Tchèques étaient également appelés à voter pour élire leurs 675 conseillers régionaux. Ceux-ci sont élus au scrutin proportionnel à un tour pour une période de quatre ans. La République tchèque compte quatorze Conseils régionaux, comprenant de quarante-cinq à soixante-cinq membres selon la population de la province (kraj). Les Praguois ne votaient pas pour ces élections régionales mais renouvelleront leur Conseil régional en 2006.

Les élections sénatoriales, qui sont toujours partielles, n'ont pas profité de leur concomitance avec les élections régionales, autre scrutin encore peu mobilisateur.

Le Parti démocrate civique s'est imposé dans douze des treize provinces, recueillant 43,11% des suffrages contre 23,26% à leur premier adversaire, le Parti communiste de Bohème et Moravie. Le Parti social-démocrate a obtenu 15,56% des voix et l'Union chrétienne démocrate, 10,67%. La principale formation d'opposition détiendra donc 291 des 675 sièges des Conseils régionaux, soit 106 de plus que lors des dernières élections régionales des 11 et 12 novembre 2000. Le Parti communiste de Bohème et Moravie a remporté 157 sièges, les sociaux démocrates 105 et l'Union chrétienne-démocrate, 72. L'Union de la liberté (US-DEU) a remporté 6 sièges.

Enfin, signalons que dans le sixième arrondissement de Prague, Nebusice, les habitants étaient également appelés à se prononcer par référendum, une première dans la capitale, sur la construction d'une nouvelle piste pour l'aéroport de la ville. La majorité des électeurs ont refusé cette construction qui, selon eux, dégraderait considérablement l'environnement dans le quartier comme dans les communes environnantes.

Les 12 et 13 novembre prochains, le deuxième tour des élections sénatoriales devrait confirmer la victoire et la nette domination du Parti démocrate civique sur la scène politique tchèque.
Directeur de la publication : Pascale JOANNIN
Les auteurs
Corinne Deloy
Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman
Fondation Robert Schuman
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