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Albanie - Législatives

Elections législatives en Albanie, 3 juillet

Elections législatives en Albanie, 3 juillet

03/07/2005 - Analyse

Le 25 avril dernier, les partis politiques ne sont pas parvenus à se mettre d'accord sur une date. Le Président albanais Alfred Moisiu, a donc annoncé que les prochaines élections législatives albanaises se tiendraient le 3 juillet. « Ces élections sont très importantes pour l'intégration européenne de l'Albanie et de sa capacité à intégrer les structures euro-atlantiques » a t-il souligné. Environ quatre cents observateurs internationaux de l'OSCE de quinze Etats différents seront présents pour surveiller le bon déroulement du scrutin.

Le système politique



L'Assemblée de la République d'Albanie est la Chambre unique du Parlement. Elle compte cent quarante membres, élus tous les quatre ans. Cent d'entre eux sont élus au scrutin uninominal et quarante au scrutin proportionnel de liste. Selon la Constitution de 1998, un seuil minimal de 2,5% des suffrages exprimés (pour une formation) et de 4% (pour une coalition de partis) est requis pour être représenté au Parlement.

Actuellement, sept formations politiques y sont représentées :

- le Parti socialiste (PSSH) est la formation du Premier ministre Fatos Nano. Elle compte soixante treize députés ;

- l'Union pour la victoire (BF) regroupe cinq formations dont la principale est le Parti démocrate (PDSh), principal parti d'opposition du pays, dirigée par l'ancien Président de la République (1992-1997) Sali Berisha. Elle compte quarante-six députés ;

- le Parti démocratique (PD) est une formation conservatrice qui possède six députés ;

- le Parti social-démocrate (PSDS) est un parti dirigé par Skender Gjinushi et membre de la coalition gouvernementale. Il compte quatre députés ;

- le Parti de l'union des droits de l'homme (PBDN) est une formation dirigée par Jorgo Labovitjadhi, représentant la minorité grecque du pays. Membre de la coalition gouvernementale, elle possède trois députés ;

- le Parti agrarien (PAS) est dirigé par Lufter Xhuveli et compte trois députés ;

- le Parti de l'alliance démocratique (PADS) est une formation libérale, dirigée par Neritan Ceka et possède trois députés.

Les enjeux des élections législatives



L'Albanie est le pays le plus pauvre d'Europe. En février 1997, le pays a connu une situation de quasi guerre civile après la révolte populaire contre l'effondrement du système de pyramides financières. Ce système, encouragé par le Président de l'époque, Sali Berisha, offrait des placements à des taux d'intérêt atteignant 100%. Environ 70% des familles albanaises y avaient placé leurs économies. Depuis la fin 1999, le pays est calme mais toujours en proie à de très grandes difficultés économiques et sociales.

Le dernier rapport de la Banque mondiale fait état d'une situation économique désastreuse, voire pire qu'en 1996, et déplore l'absence d'amélioration dans la lutte contre la corruption et le crime organisé. Le trafic de drogue et la prostitution rapporteraient aux différentes mafias albanaises près de deux fois le budget de l'Etat (environ quatre milliards d'euro par an). L'Albanie figure au quatre vingt douzième rang (sur cent trente-trois pays) du classement mondial sur la perception de la corruption réalisé en 2003 par Transparency International, principale organisation non gouvernementale mondiale consacrée à la lutte contre la corruption. Selon une enquête d'opinion, réalisée en avril 2005 par le National Democratic Institute for International Affairs (NDI), organisation américaine dédiée au renforcement et au développement de la démocratie dans le monde, et publiée le 9 mai dernier, plus de huit Albanais sur dix (84%) estiment que leurs hommes politiques sont corrompus et 46% considèrent qu'ils sont mus par leur seul intérêt financier. Le rapport de la Banque mondiale constate également la fragilité de la stabilité politique du pays, en constante dégradation depuis 1996. Près des deux tiers des personnes interrogées (60%) doutent que les prochaines élections législatives se déroulent de façon libre et honnête.

Le chômage, qui toucherait 15% de la population active officiellement, mais qui serait en réalité autour de 40%, constitue la préoccupation principale des Albanais. Selon le sondage du NDI, le manque d'emplois est considéré comme le problème économique majeur du pays pour 44% des personnes interrogées. 60% de la population, et notamment les personnes vivant dans les zones rurales, vit au-dessous du seuil de pauvreté et un tiers dans un état que l'on peut qualifier d'extrême pauvreté (moins de 4 890 leks par mois, soit moins de quarante euro). Selon le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), ce seuil fait de l'Albanie un pays plus proche de l'Asie centrale que des autres pays du Sud-Est de l'Europe.

Cette situation catastrophique est la cause d'une forte émigration : près de la moitié de la population a émigré et nombreux sont ceux qui ne voient leur avenir qu'en dehors des frontières albanaises.

Face à cette situation, le Premier ministre Fatos Nano, candidat à sa propre succession, déclare que l'adoption en 2004 d'une nouvelle législation anti-mafia a permis de renforcer la lutte contre le crime organisé et la corruption. Il met en avant l'épuration qu'ont subie les forces de police dont environ six cent membres ont été traduits en justice. L'intégration du pays à l'OTAN comme à l'Union européenne constituent deux thèmes essentiels de l'actuelle campagne électorale. Les deux principales formations du pays, le Parti socialiste et le Parti démocrate, rivalisant quant à la rapidité avec laquelle leur parti respectif amèneront l'Albanie à devenir membre de ces deux organisations. « L'Albanie attend et mérite d'être invitée à intégrer l'OTAN dès le prochain sommet de l'Alliance atlantique » déclarait le Premier ministre le 24 mars dernier. De son côté, Sali Berisha accuse le gouvernement en place d'avoir bloqué l'adhésion du pays à l'Union européenne et à l'OTAN. En 2003, l'Albanie, la Macédoine et la Croatie ont signé avec les Etats-Unis une Charte adriatique destinée à faciliter l'intégration de ces trois pays dans l'OTAN. L'Albanie devait signer, en 2004, un accord de stabilisation et d'association avec l'Union européenne, accord dont les négociations ont débuté en février 2003. Le processus a échoué, les institutions européennes critiquant l'absence de progrès dans le domaine de la lutte contre le crime organisé et la corruption. En février dernier, l'UE s'est inquiété des lenteurs dans les préparatifs des prochaines élections législatives, mettant en garde le gouvernement des conséquences que celles-ci pourraient avoir sur les aspirations du pays à l'intégration européenne. « Nous attendons de Tirana que ces élections répondent aux standards internationaux » a déclaré, au nom de la Présidence de l'Union européenne, le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn. Il a également demandé aux autorités albanaises « des résultats plus concrets en matière de lutte contre le crime organisé et la corruption » déclarant qu'il s'agissait « de standards à respecter pour tout Etat aspirant à rejoindre l'Union ».

Le 12 octobre 2003, les Albanais ont élu les maires et conseillers municipaux de soixante-cinq villes, trois cent huit communes et des onze districts de la capitale Tirana. Le Parti socialiste s'est imposé en remportant cent quatre vingt-quatre unités locales (dont Tirana, Durrës, Vlorë, Kukës, Gjirokastër et Berat) et 33,19% des conseillers municipaux. La formation du Premier ministre a néanmoins enregistré un recul de près de six points par rapport au précédent scrutin de 2000. La Coalition -regroupant le Parti démocrate, le Parti républicain (PRSh) et l'Union libérale démocrate (BLD)- a remporté cent trente-neuf unités locales (dont Shkodër, Elbasan, Korcë et Sarandë) et 31,91% des conseillers municipaux. Seules deux formations, le Parti agrarien et le Parti de l'union des droits de l'homme, sont parvenues à passer la barre des 2,5% des suffrages.

La campagne électorale



Le Parti socialiste a traversé, en septembre 2004, une grave crise qui a conduit à la division de la formation. A la suite de nombreux désaccords avec le Premier ministre, Ilir Meta a créé le Mouvement socialiste pour l'intégration (MSI) qu'ont rejoint plusieurs proches de Fatos Nano (neuf députés et près de soixante dirigeants locaux). « Le but de notre mouvement est de se débarrasser du passé et de regarder vers l'avenir européen de l'Albanie » a souligné Ilir Meta qui appelle à voter contre « les anciennes forces de la gauche et de la droite » aux élections législatives du 3 juillet. « Les partis politiques sont responsables depuis une dizaine d'années des tensions politiques qui nuisent à la stabilité du pays. Nous sommes décidés à apporter une nouvelle vision de la politique, otage depuis des années des conflits alimentés par les anciennes forces de la droite et de la gauche » a t-il déclaré.

L'ancien Président, Sali Berisha, a, sans surprise, été réélu le 24 avril dernier à la tête du Parti démocrate. « Les Démocrates vont redonner un grand espoir au pays. J'invite les Albanais à voter aux élections de juillet prochain pour le changement, la sécurité, la paix et leur bien-être » a t-il déclaré. Le leader politique a promis d'assurer aux Albanais « plus d'emplois, une plus grande protection des agriculteurs, plus d'écoles, plus d'investissements étrangers, plus d'électricité et plus d'eau (...) Changement, pour les Démocrates, cela signifie aussi une lutte plus acharnée contre la corruption et le crime organisé » a t-il affirmé. Le leader de l'opposition a d'ailleurs promis l'organisation « d'un procès public contre tous les responsables de la corruption et de la misère actuelle ».

Le 27 avril dernier, l'ensemble des formations politiques ont signé, en présence du Président, Alfred Moisiu, un pacte éthique afin d'éviter les tensions et contestations qui, depuis la chute du communisme, ont très souvent émaillé les élections albanaises. Leurs résultats ont systématiquement été contestés par le perdant. Les formations s'engagent à « ne pas inciter à la violence et à la haine par des discours ou des actes qui pourraient nuire à la paix et à la stabilité du pays » et à déclarer l'origine des fonds utilisés lors de la campagne électorale qui devra être « transparente et honnête ». « Les élections législatives de juillet sont un défi qui doit éloigner définitivement l'Albanie de son passé conflictuel et la faire entrer dans la véritable voie de la démocratie » a affirmé le Président. « Le pacte éthique engage les principaux partis à reconnaître les résultats des élections, à respecter la loi et les institutions et à contribuer à un climat électoral paisible et honnête » a indiqué la porte-parole de la Présidence, Aferdita Sokoli.

Selon l'enquête du NDI, 29% des Albanais s'apprêtent à voter en faveur du Parti démocrate de Sali Berisha, 23% pour le Parti socialiste de Fatos Nano et 8% pour le Mouvement socialiste pour l'intégration d'Ilir Meta. Un tiers des personnes interrogées n'expriment pas d'intention de vote.


Rappel des résultats des élections législatives du 24 juin 2001



participation : 60%



source : CNN
Directeur de la publication : Pascale JOANNIN
Les auteurs
Corinne Deloy
Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman
Fondation Robert Schuman
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