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Portugal - Présidentielle

Election présidentielle au Portugal, 22 janvier et 5 février 2006

Election présidentielle au Portugal, 22 janvier et 5 février 2006

19/12/2005 - Analyse

Le 22 janvier prochain, les Portugais sont appelés aux urnes pour la troisième fois en moins d'un an, après les élections législatives du 20 février 2005 et les élections municipales du 9 octobre dernier. Près de neuf millions d'électeurs devront désigner le successeur de Jorge Fernando Branco de Sampaio (Parti socialiste, PS) à la Présidence de la République. En poste depuis 1996, celui-ci ne peut pas se présenter à un troisième mandat consécutif.

Diplômé de droit de l'université de Lisbonne, Jorge Fernando Branco de Sampaio a longtemps été l'un des membres actifs de la résistance au régime dictatorial institué en 1932 par Antonio Oliveira Salazar. Dès les années soixante, il joue un rôle important dans la défense des prisonniers politiques. Après le 25 avril 1974 et la révolution des œillets qui voit la chute de Salazar, Jorge Fernando Branco de Sampaio est à l'origine de la création du Mouvement social de gauche (MES) qu'il quittera cependant en décembre de cette même année pour cause de désaccords idéologiques. Il rejoint le Parti socialiste en 1978 et, l'année suivante, est élu député et membre du secrétariat général de la formation. Il sera réélu au Parlement en 1980, 1985, 1987 et 1991. Il deviendra également maire de la capitale Lisbonne en 1989, poste auquel il sera réélu en 1993 avant d'accéder une première fois à la Présidence de la République le 14 janvier 1996 et d'y être réélu le 14 janvier 2001.


La fonction présidentielle



Le Président de la République du Portugal est élu tous les cinq ans au suffrage universel direct. Les candidats doivent, pour se présenter, recueillir la signature d'au moins sept mille cinq cents citoyens. La fonction de Chef de l'Etat est principalement honorifique. Le Président de la République est le chef des armées dont il nomme les chefs d'Etat-major. Sur proposition du gouvernement, il nomme également les ambassadeurs. Il peut déclarer l'état d'urgence ou l'état de siège, voire la guerre en cas d'agression réelle ou imminente. Il signe les lois et les décrets sur lesquels il dispose d'un droit de veto. Sur proposition du gouvernement ou du Parlement, il décide de l'organisation ou non d'un référendum.

Enfin, le Président de la République peut dissoudre le Parlement (article 172 de la Constitution), une dissolution conduisant de facto à de nouvelles élections législatives. Ainsi, le 30 novembre 2004, Jorge Fernando Branco de Sampaio a décidé pour mettre un terme à la crise interne qui agitait le gouvernement dirigé par Pedro Santana Lopes (Parti social-démocrate, PSD) d'engager la procédure de dissolution du Parlement et de convoquer des élections législatives anticipées. Le Président de la République avait alors justifié sa décision par la « grave crise de crédibilité » que traversait le gouvernement et l'incapacité de celui-ci à « maintenir la stabilité politique du pays ». « Le Portugal a connu depuis quatre mois une série d'épisodes qui ont assombri de manière décisive la crédibilité du gouvernement, une succession d'incidents, de contradictions et de défauts de coordination qui ont porté atteinte au prestige du gouvernement » avait-il déclaré. A la suite de cette décision, des élections législatives anticipées avaient eu lieu le 20 février 2005.

Si le 22 janvier prochain, aucun candidat n'obtient la majorité absolue, un second tour sera organisé entre les deux candidats ayant remporté le plus grand nombre de voix deux semaines plus tard, soit le 5 février.



Les candidats



Six personnalités sont à ce jour officiellement candidates à la fonction de Président de la République:

- Mario Soares, quatre vingt un ans, ancien Président de la république (1986-1996) et Premier ministre (1983-1985). Il se qualifie de « candidat libre », mais est soutenu par le Parti socialiste ;

- Manuel Alegre, membre du Parti socialiste, mais ne bénéficiant pas du soutien de sa formation :

- Anibal Cavaco Silva, soixante-six ans, professeur d'économie, ancien Premier ministre (1985-1995) et candidat à l'élection présidentielle du 14 janvier 1996. Il se présente comme candidat indépendant, mais bénéficie du soutien du Parti social-démocrate (PSD) et du Parti populaire (CDS/PP) ;

- Jeronimo de Sousa, secrétaire général et candidat du Parti communiste (PCP) ;

- Francisco Louca, leader et candidat du Bloc des gauches (BE) ;

- Garcia Pereira, secrétaire général et candidat du Parti communiste des travailleurs (PCPT/MRPP).

Hormis Anibal Cavaco Silva, tous les autres candidats se situent à gauche sur l'échiquier politique. Quatre autres personnalités pourraient se joindre à cette liste non encore officiellement close. Il s'agit de la présidente du Parti des travailleurs pour l'unité sociale (POUS) Carmelinda Pereira, du musicien Manuel Joao Vieira, de l'avocat José Maria Martins et de la physicienne nucléaire et musicienne, Manuela Magno.

La liste des candidatures sera officiellement close le 23 décembre prochain.


La campagne présidentielle



La défection, au Parti socialiste, des deux personnalités considérées comme présidentiables, à savoir l'ancien Premier ministre (1995-2001) Antonio Guterres, qui a choisi de présider le Haut Commissariat des Nations unies aux réfugiés (UNHCR), et l'ancien commissaire européen à la Justice, Antonio Vitorino, qui a rejoint un cabinet d'avocats, ont créé un vide. En dépit de précédentes déclarations dans lesquelles il avait annoncé son retrait définitif de la scène politique -« On ne revient jamais sur un travail plus ou moins bien fait» affirmait-il -, Mario Soares a néanmoins décidé de se présenter, une nouvelle fois, à la magistrature suprême. « Je vous annonce ma candidature à la prochaine élection présidentielle pour répondre aux appels incessants de plusieurs personnalités du pays et du Parti socialiste, particulièrement son leader, mais je ne suis pas le candidat du Parti socialiste, je suis un candidat libre soutenu par le Parti socialiste et, si je suis élu, je serai le Président de tous les Portugais » a-t-il déclaré. Depuis son départ du Palais de Belem, siège de la Présidence de la République, le fondateur du Parti socialiste était devenu conseiller d'Etat. Président de la Fondation qui porte son nom, il a organisé de nombreux séminaires et colloques internationaux. Elu député du Parlement européen en 1999, Mario Soares a exercé les fonctions de président du comité des sages du conseil des réformes de l'Europe. Il a également présenté une émission de télévision intitulée « Le Siècle des peuples » où il a invité des personnalités prestigieuses telles que Henry Kissinger, Felipe Gonzalez, Tony Blair, Michael Gorbatchev, etc. Mario Soares bénéficie du soutien de la majorité des membres du Parti socialiste et surtout de son secrétaire général, le Premier ministre José Socrates, d'Antonio Costa, ministre d'Etat et ministre de l'Intérieur et de Jorge Coelho, l'un des principaux responsables de la formation et de la Jeunesse socialiste (JS).

De son côté, Anibal Cavaco Silva fait également un retour sur la scène politique. Premier ministre de 1985 à 1995, période durant laquelle il a vécu une cohabitation parfois difficile avec le Président de la République de l'époque Mario Soares, le candidat libéral avait ensuite été battu à l'élection présidentielle du 14 janvier 1996 par l'actuel Président, Jorge Fernando Branco de Sampaio. Celui qui déclarait en mars 2005 « Je ne reviendrai que si je sens que je peux apporter quelque chose au pays » a annoncé sa candidature le 20 octobre dernier.

L'élection présidentielle du 22 janvier verra donc l'affrontement de deux géants de la scène politique portugaise. Pour plusieurs raisons, le Parti socialiste paraît mal placé pour conserver la tête de l'Etat.

Tout d'abord, à cause de sa division interne et de la présence de deux candidats issus de cette même formation. En effet, la candidature de plusieurs personnalités d'extrême gauche -Jeronimo de Sousa, Francisco Louca, Garcia Pereira et peut-être d'autres à venir- devrait avoir pour conséquence de disperser plus encore les voix de gauche tandis qu'Anibal Cavaco Silva devrait aisément rassembler sur son nom l'ensemble des électeurs de droite.

Ensuite, le Parti socialiste, au pouvoir depuis sa victoire aux élections législatives le 20 février dernier, doit faire face au mécontentement d'une partie de la population qui rejette la politique d'austérité mise en place par le gouvernement de José Socrates pour combler le déficit public considérable que connaît le Portugal. Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement socialiste a, en effet, relevé à soixante-cinq ans l'âge du départ à la retraite des fonctionnaires, annoncé soixante quinze mille suppressions de postes dans la fonction publique -soit environ 10% des effectifs-, réduit les prestations sociales et gelé les avancements de carrière des fonctionnaires qui se faisaient auparavant à l'ancienneté en les remplaçant par des promotions au mérite. En outre, confrontés à un déficit budgétaire dépassant les 6,8% du PIB, le gouvernement mène une politique extrêmement rigoureuse en matière de dépenses publiques et, contrairement à ses promesses de ne pas relever les impôts, a récemment augmenté la TVA de 19% à 21%. Des mesures qui, depuis juin 2005, ont provoqué grèves et manifestations dans tout le pays. Premier signe du mécontentement populaire, la victoire lors des élections locales qui se sont tenues le 9 octobre dernier des formations d'opposition qui ont remporté les trois principales villes du pays : Lisbonne, Porto et Sintra.

Le candidat libéral, Anibal Cavaco Silva, est le favori de l'ensemble des enquêtes d'opinion et pourrait même être élu dès le premier tour. Selon un sondage réalisé entre les 11 et 14 décembre derniers par l'institut Eurosondagem et publié le 17 décembre par l'hebdomadaire Expresso, le candidat libéral devrait recueillir 55% des suffrages et largement devancer ses deux rivaux socialistes Mario Soares, crédité de 20,4% des voix, et Manuel Alegre (12,5%). Jeronimo de Sousa (PCP) obtiendrait 5,7% des suffrages et Francisco Louca (BE), 4,8%.

Depuis le début des années quatre-vingts, les Portugais ont le plus souvent choisi leur Président de la République dès le premier tour (1980, 1991, 1996 et 2001). Lors de la dernière élection présidentielle du 14 janvier 2001, Jorge Fernando Branco de Sampaio avait ainsi été élu avec 55,55% des suffrages devant Joaquim Martins Ferreira do Amaral (PSD) qui avait obtenu 34,68% des voix.

Seule l'élection présidentielle de 1986 avait donné lieu à un deuxième tour qui avait vu la victoire de Mario Soares avec 51,18% des suffrages, contre 48,82% à son rival Diogo Pinto de Freitas do Amaral (PSD).

La campagne électorale présidentielle officielle se déroulera du 9 au 20 janvier 2006.
Directeur de la publication : Pascale JOANNIN
Les auteurs
Corinne Deloy
Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman
Fondation Robert Schuman
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