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Italie - Législatives

Elections législatives et sénatoriales en Italie, 9 et 10 avril 2006

Elections législatives et sénatoriales en Italie, 9 et 10 avril 2006

09/03/2006 - Analyse

Les 9 et 10 avril prochains, les Italiens sont appelés aux urnes pour renouveler l'ensemble de leur Parlement bicaméral, soit les 630 membres de la Chambre des députés et les 315 membres du Sénat. Les forces de gauche, données largement gagnantes depuis des mois dans toutes les enquêtes d'opinion, sont cependant en recul à un mois du scrutin. L'écart entre la coalition de l'opposition dirigée par Romano Prodi (l'Unione) et celle de la Maison des libertés emmenée par le Président du Conseil Silvio Berlusconi, se réduit à mesure qu'approche le jour du scrutin. Les derniers sondages accordent une avance d'environ quatre points aux forces de gauche ; la coalition de Romano Prodi est créditée de 51% des suffrages, contre 46,5% pour celle de Silvio Berlusconi. Bien décidé à personnaliser au maximum le débat électoral, le Président du Conseil fait une meilleure campagne que son rival, c'est du moins ce que déclarent les Italiens interrogés par les instituts d'opinion. « Il Professore » (surnom de Romano Prodi) refuse de « faire le spectacle » comme son adversaire qu'il qualifie de « showman » et peine parfois à s'imposer face à « Il Cavaliere » (surnom de Silvio Berlusconi), très charismatique et qui essaie de transformer ces élections législatives en un référendum sur sa propre personne. Conseillé par Karl Rove, éminence grise du Président américain George W. Bush, Silvio Berlusconi a choisi de fonder sa campagne sur l'attaque incessante et sur une stratégie négative qui présente les propositions de l'opposition comme dangereuses pour l'Italie.



Le système politique



Le Parlement comprend deux Chambres : la Chambre des députés (Camera dei Deputati) et le Sénat (Senato della Repubblica).

Depuis 1994 et jusqu'en 2001, les trois quarts des députés et sénateurs étaient élus au scrutin majoritaire et le quart restant au scrutin proportionnel de liste. Chaque électeur disposait de deux voix, l'une lui permettant de voter pour un candidat, l'autre pour une liste. La répartition à la proportionnelle s'effectuait entre les listes ayant obtenu au moins 4% des suffrages exprimés. Durant toutes ces années, le système majoritaire a permis une stabilité des alliances gouvernementales et permis l'alternance entre deux grandes coalitions, l'une de gauche et l'autre de droite. Les partisans de ce type de scrutin ont essayé à plusieurs reprises de supprimer le quota de 25% de parlementaires élus à la proportionnelle. En vain. Le 18 avril 1999, si 91,5% des votants ont approuvé cette suppression, le quorum de 50% minimal de participation n'a cependant pas été atteint (49,6% des électeurs se sont rendus aux urnes) et le référendum a été invalidé. Le 21 mai 2000, 82,4% de votants approuvaient, de nouveau, la suppression du système proportionnel aux élections législatives mais la participation ne s'élevait qu'à 32,5%, invalidant cette nouvelle consultation.

Le 14 décembre dernier, quatre mois avant le scrutin, Silvio Berlusconi n'a pas hésité à réformer le système électoral en vue des prochaines élections législatives. Désormais, les parlementaires seront tous élus au scrutin proportionnel, la coalition gagnante recevant un « prix de majorité ». La loi prévoit également le plafonnement à trois cent quarante le nombre de sièges revenant à la coalition victorieuse. Cette réforme, votée par les seuls parlementaires de la majorité -ceux de l'opposition ayant boycotté le dernier tour de vote- fait des formations politiques les acteurs centraux de la scène politique. Romano Prodi, adhérent du parti La Margherita, ne dirige pas de parti politique. La réforme l'oblige donc à se présenter sur la liste d'une des formations composant l'Unione, une configuration qu'il souhaite éviter puisqu'il se veut le représentant de l'ensemble de la gauche et au-dessus des partis. Par ailleurs, l'Unione rassemble de nombreuses formations atteignant rarement les 4% des suffrages exprimés (Verts, Liste di Pietro par exemple). Les voix qui se porteraient sur ces partis, et qui, selon les analystes politiques, représentent environ 10% du corps électoral, seraient donc perdues pour la coalition de gauche l'Unione, ce qui in fine profiterait à la Maison des libertés (Casa delle libertà), coalition moins éclatée. Défendant sa réforme, Silvio Berlusconi rappelle « qu'en 1996, Romano Prodi avait remporté les élections alors qu'au niveau national, nous avions obtenu 350 0000 voix de plus que lui ». Le Président du Conseil répète que son parti, Forza Italia, « est bloqué à 20-22% du corps électoral » alors qu'avec la représentation proportionnelle, il se dit convaincu que celui-ci « retournera à 30% ». En outre, Silvio Berlusconi a toujours dénoncé « le chantage électoral permanent » exercé sur lui par l'Union des démocrates du centre (UDC), qui représente environ 5% de l'électorat. Mais les plus fervents supporters de la nouvelle loi électorale sont justement les membres de l'UDC qui rêvent d'une alliance avec La Margherita pour former une force démocrate-chrétienne à l'image de celle qui a, maintes fois, gouverné l'Italie depuis la Deuxième Guerre mondiale. « Nos amis de La Margherita forcent leur nature politique en demeurant liés à la gauche ; quant à nous, nous avons payé un tribut trop élevé à l'alliance avec Silvio Berlusconi » déclarait l'ancien leader de l'UDC, Marco Follini. Les analystes politiques craignent cependant que cette réforme soit productrice d'instabilité politique et accroisse la fragilité des majorités parlementaires. Romano Prodi a qualifié cette nouvelle loi de « retour à la partitocratie avec ses coalitions instables et conflictuelles qui rendent le pays ingouvernable ». « Cette loi électorale est faite pour que la personne qui l'emporte gagne mal et gouverne encore plus mal » a-t-il déclaré, concluant « En voulant nous frapper, ils ont blessé l'Italie mortellement ».

Le Président de la République, Carlo Azeglio Ciampi, a lui aussi critiqué ce retour au système proportionnel.


Seize formations politiques sont représentées au parlement (Chambre des députés et sénat):



- Forza Italia (FI), principal parti de la coalition gouvernementale créé en 1994 et dirigé par l'actuel Président du Conseil Silvio Berlusconi ;

- L'Alliance nationale (AN), deuxième formation de la coalition gouvernementale, dirigée par l'actuel ministre des Affaires étrangères, Gianfranco Fini, et issue de la transformation et du recentrage en 1994 du Mouvement social italien (MSI) ;

- La Ligue du Nord (LN), parti antireuropéen et xénophobe créé en 1991 par Umberto Bossi ;

- L'Union des démocrates du centre (UDC), formation dirigée par Lorenzo Cesa et née en 2002 de la fusion de formations issues de la Démocratie chrétienne (DC), force politique ayant gouverné l'Italie durant la majeure partie de la Ière République (fondée en 1948) ;

- Les Démocrates de gauche (DS), parti dirigé par Piero Fassino et issu du Parti démocratique de gauche (PDS) fondé en 1991 ; le PDS était issu du Parti communiste (PCI) ;

- La Margherita, formation créée en 2002 et dirigée par l'ancien maire de Rome, Francesco Rutelli ;

- Refondation communiste (RC), parti né en 1991 de la scission du Parti communiste (PCI) et dirigé par Fausto Bertinotti ;

- Les Verts (Verdi), formation écologiste dirigée par Alfonso Pecoraro Scanio et située à gauche sur l'échiquier politique ;

- Les Sociaux-démocrates (SDI), parti né en 1998, dirigé par Enrico Boselli et formant avec les Verts une union politique appelée Le Tournesol ;

- Le Nouveau Parti socialiste (NPSI), formation créée en 2001 et issue de la Ligue socialiste (LS) et du Parti socialiste (PS) ;

- Le Parti des communistes (PdCI), parti né en 1998 d'une scission du Refondation communiste (PRC) et dirigé par Oliviero Diliberto ;

- Le Parti du peuple du Sud-Tyrol (SVP), formation régionaliste ;

- L'Union valdotaine (UV), parti régionaliste ;

- Italie des valeurs-Liste di Pietro (IV-LDP), fondé par Antonio di Pietro, ancien commissaire de police devenu juge, à l'origine, en 1992, de l'opération Mani pulite (Mains propres), vaste intervention judiciaire contre la corruption du monde politique qui a abouti à la disparition de la Démocratie chrétienne et du Parti socialiste ;

- L'Alliance lombarde-Autonomie (AL-A), formation régionaliste ;

- Démocratie européenne (DE), formation aujourd'hui disparue.



Le bilan de cinq ans de gouvernement de silvio berlusconi



Silvio Berlusconi peut, à juste titre, s'enorgueillir d'avoir dirigé le plus long gouvernement de l'histoire de la République italienne et le premier à avoir terminé le mandat de cinq ans d'une législature. « Nous avons réalisé un miracle. J'ai rempli mon contrat » répète-ill. « Il y a cinq ans, nous avions hérité d'une situation difficile. Cela ne m'a pas empêché de remplir mon contrat avec les Italiens ». Au niveau économique, le Président du Conseil rappelle qu'il a baissé les impôts « Deux millions et demi d'Italiens n'étaient pas imposables en 2001. Ils sont douze millions et demi. Quant aux autres, 80% paient moins d'impôts qu'avant », qu'il a aidé les familles « La pression fiscale était de 47% sous Romano Prodi. Elle a été diminuée à 40,7% », qu'il a rendu le pays plus sûr (baisse des délits, instauration d'une police municipale, arrestation de criminels) et qu'il a diminué le chômage « Plus de 1,8 million d'emplois ont été créés en cinq ans et quelque 636 000 immigrés ont été régularisés ». En outre, selon l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), « la probabilité marginale de transition vers un CDI des salariés en CDD est en Italie la plus élevée au sein de l'Union économique et monétaire ». Silvio Berlusconi rappelle également que le minimum vieillesse est passé sous sa législature de 516 à 551 euro mensuels et annonce qu'en cas de victoire les 9 et 10 avril prochains, il le relèvera à 800 euro mensuels dans les treize mois. Le Président du Conseil se dit fier d'avoir réformé l'éducation et d'avoir fait de l'Italie une République fédérale. La réforme constitutionnelle, adoptée l'an passé, accroît les pouvoirs du Président du Conseil qui s'appellera dorénavant Premier ministre, limite ceux de la Chambre des députés qui passe de 630 membres à 618 et fait du Sénat une assemblée fédérale, la Chambre régionale des autonomies locales, qui comptera 252 membres, représentera les régions au niveau national et légiférera dans des domaines spécifiques. La réforme accorde aux régions de nouvelles compétences en matière de santé, de sécurité locale et d'éducation. Etant donné l'opposition des forces de gauche à cette réforme, cette loi sera, très certainement, soumise à référendum dans les mois à venir ou au plus tard en 2007.

Sollicitant un deuxième mandat, Silvio Berlusconi affirme « Je crois le mériter ». Il se décrit comme le seul à être en mesure « de tenir tous les membres de la coalition unis ». Le Président du Conseil a déjà effectué un tour d'Italie pour expliquer aux électeurs « ce que nous avons fait, ce que nous n'avons pu faire et pourquoi mais surtout ce que nous entendons encore faire ».

Son bilan économique est cependant contesté par certains analystes, ainsi que par le patronat. Ainsi, le 27 décembre dernier, le président de la Confindustria, Luca Cordero di Montezemolo, a publié une tribune dans le quotidien Il Sole 24 ore, jugeant sévèrement la politique menée par Silvio Berlusconi à la tête de l'Italie durant ces cinq dernières années et lui reprochant de ne pas avoir réalisé les réformes promises. « Depuis trop de temps, les voyous qui ont contourné les lois, qui n'ont pas payé les impôts, qui ont construit sans permis, qui ont falsifié les bilans sont amnistiés et primés, pendant que ceux qui travaillent, qui produisent et qui cherchent à exporter sont considérés comme des poids ou bons à presser ». Dénonçant les précédents engagements du Président du Conseil qui avait promis « un nouveau miracle économique », il constate que s'achève « une nouvelle année de croissance nulle, de perte de compétitivité, de difficile contrôle des comptes publics et de scandales financiers ». « Un fossé s'est creusé dans le pays entre ceux qui travaillent et ceux qui spéculent et trafiquent ».

L'Italie possède, en effet, la plus faible croissance de la zone euro et de l'ensemble des pays industrialisés (0% en 2005, contre 1,3% dans la zone euro) et sa dette publique est à la hausse (107% du PIB). La Banque centrale d'Italie a estimé, début janvier, que la perte de compétitivité du pays depuis 2000 s'élevait à 25%. Enfin, 102 000 unités de travail (temps plein) ont été perdues en 2005. La structure industrielle, qui se caractérise par de petites et moyennes entreprises (représentant 60% du chiffre d'affaires du secteur secondaire, 38% du PIB et 2,7 millions d'emplois) et par une spécialisation de sa recherche et développement (1,2% du PIB) sur l'amélioration des produits existants plutôt que sur l'innovation technologique est mise à mal par la concurrence des marchés internationaux et notamment asiatiques. Une bonne nouvelle : le déficit public a représenté 4,1% du PIB en 2005, un chiffre trop élevé selon les critères du Pacte de stabilité, mais inférieur aux prévisions des économistes.

La campagne électorale



Dès l'automne dernier, Romano Prodi entamait un voyage dans toute l'Italie à bord d'un camion de seize mètres de long dans lequel il avait installé son quartier général de campagne. « Il Professore » avait, au lendemain des élections régionales des 2-3 et 17-18 avril 2005 qui ont vu la victoire des forces de gauche, tenté de fédérer les formations de l'opposition en un parti unique. Mais cet espoir a échoué devant la décision des Démocrates de gauche et de La Margherita de présenter des listes distinctes aux prochaines élections législatives. Les divisions entre les deux formations sont nombreuses. « La construction d'un parti politique démocratique est un processus politique qui ne s'improvise pas. Elle requiert un parcours à étapes et se consolide de manière graduelle » répète le leader des Démocrates de gauche, Piero Fassino. La Margherita a très souvent dénoncé l'hégémonie des Démocrates de gauche qui, selon son président Francesco Rutelli, « usent de méthodes communistes ». Ainsi, le deuxième tour des élections municipales de Venise (2-3 et 17-18 avril 2005) avait opposé l'ancien maire Massimo Cacciari (La Margherita) au candidat des Démocrates de gauche, Felice Casson. Massimo Cacciari avait été élu avec une avance de 1 340 voix. Les deux formations s'opposent sur plusieurs sujets comme la présence de soldats italiens en Irak ou l'abolition des lois votées par le gouvernement de Silvio Berlusconi.

Pour désigner le leader qui conduira les forces de gauche aux élections des 9 et 10 avril, Romano Prodi a donc imposé l'organisation d'élections primaires, une première en Italie mais également en Europe. Ces élections se sont déroulées le 16 octobre dernier ; elles étaient ouvertes à tous les citoyens inscrits sur les listes électorales ainsi qu'aux étrangers (inscrits sur les listes électorales) résidant et travaillant en Italie depuis plus de trois ans. Les votants étaient invités à apposer leur signature au bas du projet politique de L'Unione et à verser une obole d'un euro minimum. Ces élections primaires ont été un véritable succès, rassemblant bien au-delà de ce que les formations avaient prévu puisque 4 311 139 personnes se sont présentées pour voter (les partis de gauche attendaient entre 500 000 et 600 000 personnes) et que les 9 731 bureaux de vote ont dû repousser leur heure de fermeture de 22h à 23h afin d'accueillir tous les votants. Romano Prodi a largement remporté le scrutin, recueillant 74,1% des suffrages, contre 14,6% à Fausto Bertinotti (RC). Les autres candidats -Clemente Mastella (Union des démocrates pour l'Europe, Udeur), Alfonso Pecoraro Scanio (Verts) et Antonio di Pietro (Italie des valeurs-Liste di Pietro), ont obtenu moins de 4% des voix.

Les forces de gauche ont dévoilé, le 11 février dernier à Rome, leur programme politique résultant de longues tractations entre les diverses formations de la coalition. « Nous ne vous décevrons pas. Notre rêve est votre projet. Pour l'Italie, le moment est venu de faire un grand choix. Le pays a l'énergie nécessaire pour surmonter la crise mais de petits ajustements ne suffiront pas, il faut des réformes radicales » a déclaré Romano Prodi lors de la présentation de son programme à l'issue de laquelle une actrice a lu un texte scellant la promesse des sept formations de gauche de « rester unies pour toute la durée de la législature ». Ce programme de 291 pages donne la priorité à la relance de la croissance et à l'assainissement des finances publiques par un retour dans les critères du Pacte de stabilité dans les cinq ans à venir. « Il n'y a rien de plus important pour l'Italie que de renouer avec la croissance. C'est la priorité des priorités. Au cours des cinq dernières années, tous les indicateurs ont viré au rouge et la preuve la plus évidente du déclin est la baisse de la productivité » a souligné Romano Prodi. Le programme fixe sept priorités : la croissance, l'environnement (le programme ne se prononce pas sur la ligne TGV Lyon-Turin sur laquelle subsiste un désaccord entre les différents partis), l'emploi, la recherche et l'éducation, l'imposition des plus values, la politique familiale et, enfin, l'Europe et la défense de la Constitution. Les partis de gauche s'engagent à diminuer de cinq points les contributions sociales des entreprises d'ici un an, une proposition qui coûtera 10 milliards d'euro (40 milliards selon Silvio Berlusconi), c'est-à-dire 0,9 point du PIB. Le programme annonce une hausse des taxes sur les revenus du capital (plus values et revenus d'actions), la réintroduction des droits d'héritage supprimés en 2001 par Silvio Berlusconi et de plus grandes exonérations fiscales pour les familles.

Romano Prodi a également mis en avant sa volonté de lutter contre la précarité du travail. « Le coût du travail à durée indéterminée ne peut plus continuer à être supérieur à celui du travail temporaire » a t-il déclaré. La flexibilité est au cœur de la politique de l'emploi. En 1997, le gouvernement de Romano Prodi faisait voter la loi Treu assouplissant les conditions d'emploi et réduisant la sécurité et la protection sociale des travailleurs. En 2003, la loi Biagi a assoupli les contrats de travail en instaurant des contrats de qualification spécifiques pour les jeunes. Le nombre de chômeurs est passé en Italie de 9,5% de la population active en 2001, année de la victoire de Silvio Berlusconi, à 7,7% en 2005.

Au niveau international, le programme des forces de gauche prévoit la fin de « l'alignement inconditionnel de l'Italie » sur les Etats-Unis au profit d'un plus grand engagement européen. Il s'engage à demander au Parlement le rappel des soldats italiens engagés en Irak, selon un calendrier de désengagement élaboré en commun avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni.

Sous le slogan « Innovation et libéralisation, telle est la voie que doit prendre l'Italie », Romano Prodi souhaite convaincre les électeurs de la nécessité du besoin de réformes structurelles profondes et prêche la rigueur. Il se déclare confiant dans le fait que « si le message est bien expliqué et si c'est un message d'équité, les Italiens l'accepteront » et répète que le gouvernement de Silvio Berlusconi « ne défend que des intérêts particuliers, ceux du Président du Conseil et de ses amis ». Fausto Bertinotti (RC) a souligné que ce programme « était réussi au-delà des prévisions les plus optimistes » et reconnu « qu'il correspond au virage politique, économique et social que nous avions réclamé avant la rupture en 1998 » (ce parti a été à l'origine de la chute du gouvernement dirigé par Romano Prodi en 1998) tandis que Clemente Mastella (Udeur) a déclaré « être d'accord à 99% avec un texte qui doit beaucoup à l'habile et intelligente médiation de Romano Prodi ». De leur côté, les Verts ont salué « un programme sérieux comprenant des choix forts sur l'énergie ». En revanche, deux petites formations, le Mouvement des républicains européens et le mouvement de l'ancienne commissaire européenne Emma Bonino, ont quitté la coalition de gauche, refusant de signer un programme dans lequel ne figurait pas le mariage homosexuel et qui n'abolissait pas le financement aux écoles maternelles privées.

Les forces de l'opposition, qui se veulent irréprochables en matière de morale, doivent faire face à un scandale politico-financier mettant en cause les Démocrates de gauche (DS). L'affaire a commencé par la publication dans Il Giornale, le quotidien de Paolo Berlusconi, frère du Président du Conseil, d'un article relatant une conversation téléphonique entre Piero Fassino, secrétaire général de DS, et Giovanni Consorte, président d'Unipol et placé sur écoutes par la brigade financière. Cette conversation a eu lieu le jour de l'annonce de l'OPA d'Unipol sur la Banca nazionale del lavoro (BNL). Unipol, contrôlée par quarante-six grandes coopératives, est la troisième compagnie d'assurances d'Italie et est historiquement liée à l'ancien Parti communiste (PCI), devenu DS. Les coopératives ont ainsi contribué à hauteur de 637 millions d'euro à la campagne des forces de gauche pour les élections régionales et locales des 2-3 et 17-18 avril 2005. Unipol est accusée d'être à l'origine de manœuvres financières illégales dans le cadre de l'OPA sur la BNL. Giovanni Consorte et Ivano Sacchetti, vice-présidents d'Unipol, ont été mis en examen pour manipulation d'informations boursières, détournements de fonds et association de malfaiteurs. La justice enquête sur les liens existant entre Giovanni Consorte et Gianpiero Fiorani, P-DG de la Banca popolare italiana (BPI), actuellement écroué pour association de malfaiteurs après l'OPA de sa société sur la Banca Antonveneta.

« Alors, nous sommes patrons d'une banque ? Enfin, vous êtes patrons d'une banque » déclare Piero Fassino à Giovanni Consorte durant l'entretien téléphonique publié par Il Giornale. Si cette déclaration n'a en elle-même rien d'illégal, elle témoigne du lien existant entre la classe politique et le monde des affaires. Massimo d'Alema et Piero Fassino, président et secrétaire général de DS, ont reconnu « quelques erreurs » dans leur soutien à la gestion d'Unipol et à ses manœuvres pour assurer le contrôle d'un géant du crédit comme la BNL. Cette nouvelle affaire tombe particulièrement mal pour Massimo d'Alema qui est déjà l'objet de nombreuses critiques pour s'être offert, avec deux amis, un voilier de 800 000 euro qu'il finance grâce à un crédit (de 8 068 euro mensuels) obtenu de la Banca popolare italiana (BPI), établissement à l'origine d'un trafic d'influence après son OPA sur la Banca Antonveneta. Le leader de l'opposition, Romano Prodi, a appelé à « fixer de nouvelles règles permettant de remettre la politique à sa place » tout en dénonçant « la campagne d'agression et de calomnies menée par la droite ».

Sachant qu'il est le meilleur atout de son parti, Silvio Berlusconi a choisi, pour sa campagne électorale, d'occuper les médias. Entre le 1er et le 20 janvier, le Président du Conseil a ainsi été présent à l'antenne durant sept heures et trente-sept minutes contre une heure et neuf minutes pour Romano Prodi. Le Président de la République, Carlo Azeglio Ciampi, a jugé nécessaire d'envoyer une lettre à la commission de surveillance de la télévision publique, la RAI, pour lui rappeler qu'elle se devait de « garantir le principe d'équité et de substantielle parité d'accès à la télévision pour toutes les forces politiques, indépendamment de la date de la dissolution du Parlement ». Cette date marque, en effet, le début de la campagne électorale officielle. Silvio Berlusconi en a retardé la date de deux semaines, invoquant la nécessité d'approuver des textes encore en cours d'examen entre les deux Chambres. Le Président du Conseil tenait en effet à ce que soient approuvées une série de mesures réclamées par ses alliés gouvernementaux et surtout que soit votée la loi Gaetano Pecorella, du nom de son avocat qui est également président de la commission justice de la Chambre des députés, limitant les pouvoirs du parquet en interdisant au ministère public d'interjeter appel en cas d'acquittement ou de non-lieu prononcé en première instance par un tribunal. Le Parlement a été dissous le 11 février dernier, la campagne électorale a pu enfin être lancée.

« Les élections se gagnent d'abord à la télévision » répète Silvio Berlusconi dont l'intense activité médiatique semble avoir été efficace puisque, selon le politologue Renato Manheimer, « elle a permis une diminution de l'écart entre les deux coalitions qui est passé de 7-8% à 4-5% même si la gauche reste en tête ». Le Président du Conseil fait campagne en mettant en avant sa propre personne et n'a pas son pareil pour se poser en victime des juges, des communistes, ou encore pour se comparer à Napoléon, Churchill ou même Jésus-Christ. « Je suis le Jésus Christ de la politique, je supporte tout, je me sacrifie pour tous » n'a-t-il pas hésité à affirmer le 12 février dernier lors d'une réunion électorale à Ancône, ajoutant « Seul Napoléon a fait mieux que moi. Mais je suis plus grand que lui, pas de doute ».

Silvio Berlusconi a signé de nombreux accords politiques en vue des élections des 9 et 10 avril prochains, notamment avec plusieurs formations d'extrême droite tel que le Mouvement social Flamme tricolore (MSFT). Le 17 février dernier, il a également fait alliance avec le mouvement Alternative sociale (AS) fondé en 2004 par Alessandra Mussolini, petite-fille du Duce, qui avait rompu en décembre 2003 avec sa formation, l'Alliance nationale, après les déclarations de son leader, Gianfranco Fini, condamnant le fascisme comme « le mal absolu » et qualifiant la République sociale, créée en 1943 par Benito Mussolini, de «page honteuse » de l'histoire de l'Italie. Certains alliés du Président du Conseil se sont dits gênés par cette alliance et ont rappelé que certains membres d'Alternative sociale étaient « imprésentables » aux élections législatives. Ils visaient notamment Adriano Tilgher, dirigeant du Front social national (FSN), formation anticapitaliste et antiaméricaine, arrêté en 1975 pour tentative de reconstruction d'un parti fasciste, et Roberto Fiore, membre de Forza nuova (FN), condamné à cinq ans d'emprisonnement pour association subversive et appartenance à une bande armée impliquée dans les attentats d'extrême droite des années soixante-dix et notamment dans celui de la gare de Bologne qui avait fait quatre-vingt cinq morts en 1980. Ces membres d'Alternative sociale ont décidé de ne pas figurer personnellement sur les listes électorales.

Silvio Berlusconi peut aussi se féliciter du soutien que vient de lui apporter Victor-Emmanuel de Savoie, Prince de Naples et fils du dernier Roi d'Italie, Umberto II. « Nous soutiendrons sans l'ombre d'un doute la campagne de Silvio Berlusconi. C'est un homme que j'estime : il est brillant, perspicace et bien préparé. Il a su donner une nouvelle sève à l'art de la politique. C'est seulement grâce à sa ténacité que moi et mon fils, Emanuele Filiberto, avons pu faire notre retour en Italie » a déclaré Victor-Emmanuel début février. La famille royale a, durant cinquante-sept ans, été bannie d'Italie par la République en raison du soutien du Roi Victor-Emmanuel III (grand-père du Prince de Naples) au régime fasciste de Benito Mussolini. Le 10 novembre 2002, un vote du Parlement l'autorisait à revenir dans son pays.

Le 24 février dernier, le Président du Conseil a présenté le programme de sa coalition. Il s'agit d'un document de vingt pages rappelant les trente-six réformes achevées par l'actuel gouvernement et centré sur dix points. Il annonce une baisse du coût du travail « d'un point par an », un plan pour le logement, des allègements fiscaux et la poursuite des grands travaux d'infrastructures et des mesures pour la sécurité. Ce programme devrait être financé par la vente de parts importantes du patrimoine public et par une réduction de 30% de l'évasion fiscale. « La crédibilité que nous annonçons dans notre programme est fondée sur des promesses tenues, alors que le programme de l'opposition est fait de beaucoup d'engagements vagues » a souligné Silvio Berlusconi.

Cent douze formations politiques ont été officiellement enregistrées pour les prochaines élections législatives des 9 et 10 avril prochains. Ce scrutin sera suivi d'élections municipales partielles et, très probablement, d'un référendum sur la réforme constitutionnelle transformant l'Italie en une République fédérale. En outre, le Parlement, élu en avril prochain, désignera le mois suivant le successeur de Carlo Azeglio Ciampi à la Présidence de la République.


Rappel des résultats des élections législatives du 13 mai 2001



Participation : 81,2%

Source : ministère de l'intérieur italien



Rappel des résultats des élections sénatoriales du 13 mai 2001



Participation : 81,2%

Source : ministère de l'intérieur italien
Directeur de la publication : Pascale JOANNIN
Les auteurs
Corinne Deloy
Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman
Fondation Robert Schuman
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