Observatoire des Élections en Europe

Open panel Open panel
Observatoire des Élections en Europe
Italie - Présidentielle

Giorgio Napolitano est élu président de la République italienne avec les seuls suffrages des grands électeurs de gauche

Giorgio Napolitano est élu président de la République italienne avec les seuls suffrages des grands électeurs de gauche

15/05/2006 - Résultats

Un mois après les élections législatives et sénatoriales très disputées et remportées de justesse par la coalition des forces de gauche emmenée par Romano Prodi, l'Italie a de nouveau été au cœur de l'actualité à l'occasion de l'élection de son Président de la République par un collège de grands électeurs rassemblant députés, sénateurs et représentants des régions du pays. Ce scrutin, qui a vu la victoire du candidat présenté par la coalition des forces de gauche, n'aura pas contribué à réunifier un pays sorti profondément divisé des élections parlementaires Une élection qui était d'autant plus attendue que Carlo Azeglio Ciampi, Président en exercice, avait décidé de laisser à son successeur le soin de nommer le futur Président du Conseil.

Le Président de la République occupe une fonction essentiellement honorifique en Italie. Garant de l'unité du pays, il dispose cependant de deux pouvoirs importants : celui de dissoudre le Parlement et celui de renvoyer une loi devant les députés et les sénateurs pour deux motifs (s'il juge le texte anticonstitutionnel ou s'il estime son financement insuffisant). Carlo Azeglio Ciampi avait utilisé ce dernier pouvoir en 2003 contre une loi sur la concentration des médias et en 2004 contre une réforme de la justice. Le Président de la République italienne est également chef du Conseil de la magistrature, ce qui lui permet de définir les priorités judiciaires. Il est élu pour sept ans par un collège de 1010 grands électeurs : 630 membres de la Chambre des députés, les 322 sénateurs et 58 représentants des vingt régions du pays. Lors des trois premiers tours, un candidat doit, pour être élu, recueillir sur son nom les deux tiers des voix des grands électeurs, soit 674. A partir du quatrième tour, seule la majorité simple est requise.

La tradition veut que le Président de la République soit un homme de consensus qui se situe au-dessus des formations politiques. Il rassemble au-delà des partis et recueille le plus souvent sur son nom les suffrages de la grande majorité des grands électeurs. Ex-gouverneur de la Banque centrale italienne, ancien ministre du Trésor et du Budget du gouvernement de Romano Prodi (1996-1998), le très populaire Carlo Azeglio Ciampi, qui, en 1999, avait été élu au premier tour obtenant 707 voix sur 990, a été, durant les sept années de son mandat, le parfait symbole du Président de la République, indépendant et capable de rassembler l'ensemble des Italiens. Cependant, Carlo Azeglio Ciampi, 85 ans, a renoncé à se représenter, répondant aux nombreuses personnalités, de gauche comme de droite, qui souhaitaient le voir effectuer un nouveau mandat : « Aucun des neuf Présidents de la République qui m'ont précédé n'a été réélu. Je pense que c'est devenu une coutume significative. Il vaut mieux ne pas la rompre. A mon avis, le renouvellement d'un long mandat, comme ce mandat de sept ans, est peu adapté aux caractéristiques républicaines de notre pays ».

Le 4 mai dernier, Romano Prodi et Silvio Berlusconi se sont donc rencontrés pour la première fois depuis la victoire de la coalition des forces de gauche aux élections des 9 et 10 avril derniers. « Un premier, long et cordial entretien » selon le vainqueur. La coalition des forces de gauche a décidé de présenter Massimo d'Alema, président des Démocrates de gauche (DS), à la candidature à la fonction suprême. Un choix immédiatement rejeté par l'opposition qui l'a considéré comme « une proposition indécente » selon les mots de Silvio Berlusconi qui reprochait à Massimo d'Alema d'avoir été membre du Parti communiste (PCI), formation d'où sont issus les Démocrates de gauche. L'ancien Président du Conseil a déclaré « Quand on parle du Président de la République, cela doit être quelqu'un qui se porte garant de la Constitution, du drapeau et de l'unité de l'Italie. Cela doit être quelqu'un qui peut fournir à toutes les parties des garanties d'impartialité absolue. Des négociations sont possibles mais il faut voir si l'Italie reste une démocratie ou si elle se dirige dangereusement vers une dictature ». Les forces de droite ont proposé la candidature d'autres personnalités de gauche « acceptables » qui auraient pu recueillir leur assentiment, tels que l'ancien Président du Conseil (1992-1993 et 2000-2001) et ancien membre du Parti socialiste, Giuliano Amato, et l'ancien Président du Conseil (1995-1996), Lamberto Dini (La Marguerite) ou encore Franco Marini (La Marguerite), qui vient juste d'être élu président du Sénat. Silvio Berlusconi a dénoncé « l'occupation communiste du pouvoir » en cas d'élection d'un candidat par les seuls suffrages des partis de gauche. « Si nous ne nous sentons plus représentés, si nous ne sommes pas dans les institutions, nous ferons la grève fiscale et nous ferons de l'obstruction au Parlement. Et je vous garantis que je dirigerai personnellement une opposition comme on n'en a jamais vu en Italie » a-il déclaré. Le Cavaliere, surnom du Président du Conseil sortant, ne semblait d'ailleurs pas prêt à accepter qu'un homme de gauche soit candidat, allant jusqu'à affirmer : « je considère que le fait de proposer pour la Présidence de la République un politicien de gauche est presque une alerte rouge pour la démocratie ». L'Eglise catholique a également manifesté son hostilité à la candidature de Massimo d'Alema et proposé le nom de l'ancien Commissaire européen charge de la Concurrence (1999-2004), Mario Monti. Le choix de Romano Prodi pour Massimo d'Alema s'explique par le fait que la formation, pourtant la plus importante de la coalition des forces de gauche, a été quelque peu oubliée lors de la répartition des postes après les élections législatives et sénatoriales.

De son côté, la coalition des forces de droite a proposé Gianni Letta, 69 ans, conseiller du Premier ministre sortant, Silvio Berlusconi, à la candidature pour la Présidence de la République.

Des dirigeants de la majorité et de l'opposition se sont une nouvelle fois réunis le 7 mai pour tenter de s'accorder sur le nom d'un candidat de consensus. Etaient présents à cette réunion Gianfranco Fini, le leader d'Alliance nationale (AN), Pier Ferdinando Casini, de l'Union des démocrates du centre (UDC), Gianni Letta, conseiller de Silvio Berlusconi, Francesco Rutelli, leader de la Marguerite, Piero Fassino, secrétaire général des Démocrates de gauche et Rocardo Levi, conseiller de Romano Prodi. La coalition des forces de gauche a alors proposé la candidature de Giorgio Napolitano, sénateur à vie également membre des Démocrates de gauche, à la fonction suprême de l'Etat.

Le premier tour de scrutin, pour lequel un candidat doit recueillir les deux tiers des voix des grands électeurs pour être élu, a eu lieu le 8 mai. Romano Prodi avait appelé les grands électeurs de la coalition des forces de gauche à voter blanc, une procédure souvent utilisée lors des premiers tours lorsqu'il n'y a pas d'accord sur un candidat entre les deux bords de l'échiquier politique. 438 élus ont suivi cette consigne ; Gianni Letta a obtenu 369 suffrages et Massimo d'Alema 27. Aucun d'entre eux n'a donc été élu. Plus de 150 grands électeurs n'ont pas respecté les consignes de vote et se sont prononcés en faveur d'autres personnalités. Ainsi, Silvio Berlusconi a recueilli deux voix, Cesare Previti, député et avocat du Cavaliere, actuellement emprisonné et accusé de corruption de magistrats, trois voix.

Deux nouveaux tours de scrutin se sont déroulés le 9 mai. La coalition des forces de gauche avait de nouveau appelé à voter blanc, toujours pour que son candidat n'apparaisse pas comme celui d'un seul camp et espérant que les formations de droite parviendraient à surmonter leurs divisions quant à la candidature de Giorgio Napolitano. En effet, au sein de l'opposition, l'Union des démocrates du centre et une partie des élus d'Alliance nationale, étaient favorables à la candidature de Giorgio Napolitano. En revanche, la Ligue du Nord et Forza Italia, parti de l'ancien Premier ministre Silvio Berlusconi, y étaient opposés. Ces trois premiers tours de scrutin n'ont pas permis l'élection d'un Président de la République.

Enfin, le 10 mai, le candidat des forces de gauche, Giorgio Napolitano, a été élu à la majorité simple, obtenant 542 voix, soit une voix de plus que celles des 541 élus de L'Unione. La Maison des libertés avait appelé ses élus à voter blanc. Une consigne respectée par 347 d'entre eux, soixante dix élus s'étant prononcés en faveur d'autres personnalités de droite. L'élection de Giorgio Napolitano a cependant été applaudie par les membres de l'Union des démocrates du centre et quelques uns de ceux de l'Alliance nationale. « Je salue Giorgio Napolitano et nous espérons qu'il accomplira le rôle que la Constitution lui assigne avec impartialité. Mais cette majorité ne correspond pas au vote des Italiens » a déclaré Silvio Berlusconi alors que Romano Prodi assurait que Giorgio Napolitano serait le Président de tous les Italiens.

Agé de bientôt 81 ans, celui que l'on surnomme le « Prince rouge », est né à Naples en 1925. Après la Deuxième Guerre mondiale, il rejoint le Parti communiste. Elu au Parlement en 1953, il a toujours figuré parmi les modérés de sa formation. Ancien président de la Chambre des députés, il a été ministre de l'Intérieur du gouvernement dirigé par Romano Prodi (1996-1998), puis député européen (1999-2004). En 2005, il a été nommé par son prédécesseur Carlo Azeglio Ciampi sénateur à vie en récompense des services rendus à l'Etat. Il est le premier ex-communiste à accéder à la plus haute fonction de l'Etat.

La première tâche du nouveau Président de la République, qui prêtera serment le 15 mai prochain sera de nommer Romano Prodi au poste de Président du Conseil. « Je pense que je serai investi mardi soir ou mercredi. Au moment opportun, je serai prêt. Ce n'est pas moi qui ferai attendre » a déclaré Romano Prodi.

Mais il aura besoin de toute son expérience pour travailler à la première priorité de son mandat : contribuer à réunifier un pays profondément divisé.
Directeur de la publication : Pascale JOANNIN
Les auteurs
Corinne Deloy
Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman
Fondation Robert Schuman
Autres étapes