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Croatie - Législatives

Elections législatives en Croatie, 25 novembre 2007

Elections législatives en Croatie, 25 novembre 2007

25/10/2007 - Analyse

Le 12 octobre dernier, le Hrvatski Sabor, Chambre unique du Parlement, a été dissout ; cinq jours plus tard, le Président de la République, Stepjan Mesic, annonçait des élections législatives pour le 25 novembre prochain. Les formations politiques disposent de 14 jours pour déposer leurs listes auprès des autorités compétentes. Toutes ont déjà démarré leur campagne électorale.

Le système politique



Le Hrvatski Sabor est monocaméral depuis la réforme du 28 février 2001 qui a supprimé la Chambre des comitats, Chambre haute, qui comptait 68 membres élus au suffrage universel. Le Hrvatski Sabor compte environ 150 députés (leur nombre varie selon les législatures : "pas moins de 100 et pas plus de 160" dit la Constitution), élus pour 4 ans au scrutin proportionnel.
Pour chaque élection législative, la Croatie est divisée en 10 circonscriptions, chacune élisant 14 députés. Une formation politique doit obtenir au minimum 5% des suffrages pour être représentée au Parlement. Dans la Chambre actuelle, 137 députés représentent les Croates de Croatie, 8 députés les minorités nationales : 3 les Serbes, 1 les Hongrois, 1 les Italiens, 1 les Tchèques et les Slovaques et enfin 2 autres représentent les autres minorités vivant dans le pays (Autrichiens, Bulgares, Bosniaques, Macédoniens, Monténégrins, etc.). Lors des élections du 25 novembre prochain, le nombre des représentants des minorités passera de 5 à 8. Enfin, 6 députés (leur nombre est dépendant du nombre de votants) représentent les Croates vivant à l'étranger.

16 partis politiques sont actuellement représentés au Hrvatski Sabor :



- l'Union démocratique (HDZ), formation majoritaire dirigée par l'actuel Premier ministre Ivo Sanader, possède 66 sièges ;
- le Parti social-démocrate (SDP), principal parti d'opposition dirigé depuis mai 2007 par Zoran Milanovic qui a remplacé Ivica Racan décédé le 29 avril 2007, compte 34 députés ;
- le Parti populaire (HNS), formation de centre-gauche (anciennement celle du Président de la République Stepjan Mesic) et dirigée par la vice-présidente du Parlement, Vesna Pusic, possède 10 sièges ;
- le Parti paysan (HSS), formation eurosceptique de Josip Frisic, compte 10 députés ;
- le Parti du droit (HSP), parti d'extrême droite fondé en 1861 et dirigé par Anto Djapic, possède 8 sièges ;
- le Parti démocrate d'Istrie (IDS), parti régionaliste fondé le 14 février 1990 pour défendre les intérêts des habitants de l'Istrie et du Kvarner et dirigée par Ivan Jakovcic, possède 4 sièges ;
- le Parti des libéraux-démocrates (LS-SLD) compte 3 députés ;
- le Parti démocratique indépendant serbe (SDSS), formation gouvernementale, compte 3 élus ;
- le Parti social-libéral (HSLS), formation libérale dirigée par Durdja Adlesic, possède 2 sièges ;
- le Parti des retraités (HSU), membre de la coalition gouvernementale et dirigée par Vladimir Jordan, compte 3 députés
- le Centre démocrate (DC), formation fondée le 2 avril 2000 par l'aile modérée de l'Union démocratique et dont la présidente est l'ancienne ministre de la Justice, Vesna Skare-Ozbolt, compte 1 député ;
- le Parti des régions côtières du Primorje et du Gorski Kotar (PGS), formation régionaliste, dirigée par Nikola Ivanis, possède 1 siège ;
- le Parti démocrate des paysans (HDSS) possède 1 siège ;
- l'Union démocratique des Hongrois de Croatie (DZMH) compte 1 député ;
- l'Union du peuple allemand-Association nationale des Souabes du Danube en Croatie (NNZ-ZUPSH) possède 1 siège ;
- le Parti de l'action démocratique (SDAH), dirigé par Semso Tankovic, compte 1 député.

Au motif que tous les Croates possèdent les mêmes droits et qu'il ne peut y avoir de discrimination fondée sur le lieu de résidence, la Cour constitutionnelle a autorisé les Croates vivant à l'étranger, mais dont la résidence a été enregistrée en Croatie, à participer aux élections. La question du vote des Croates de l'étranger, traditionnellement favorables à l'Union démocratique (HDZ), est un débat récurrent. La diaspora possède cependant la moitié de l'influence des minorités nationales alors que le nombre d'électeurs vivant hors des frontières nationales est beaucoup plus important. Le caractère décisif du vote des Italiens de l'étranger dans la défaite de Silvio Berlusconi lors des élections législatives italiennes des 9 et 10 avril 2006 fait craindre à l'Union démocratique et surtout au Parti social-démocrate que la diaspora croate tienne entre ses mains l'issue des prochaines élections. Le leader de la principale formation d'opposition, Zoran Milanovic, a déclaré en mai dernier qu'en cas de victoire du Parti social-démocrate le 25 novembre prochain, il abolirait le droit de vote des Croates de l'étranger. Sa formation, comme le Parti populaire, ne présentera pas de candidat dans la 12e circonscription, celle des électeurs résidant hors des frontières nationales. Le Premier ministre Ivo Sanader a affirmé que le droit de vote des Croates de l'étranger était garanti tant que l'Union démocratique serait au pouvoir.

Les enjeux des élections législatives



L'Union démocratique d'Ivo Sanader a été, durant des mois, devancée par le Parti social-démocrate dans toutes les enquêtes d'opinion. La formation au pouvoir peut s'enorgueillir d'avoir amélioré les chances de la Croatie d'entrer dans l'OTAN et dans l'Union européenne. Le pays a présenté sa candidature à l'adhésion le 21 février 2003, l'Union européenne lui a accordé le statut de candidat officiel en juin 2004 et les négociations d'adhésion ont démarré en octobre 2005. La Croatie, qui a déjà ouvert 14 chapitres de négociation (et en a refermé 2), devrait en toute logique être le prochain pays admis dans l'Union. 5 nouveaux chapitres pourraient être ouverts avant la fin de cette année (liberté de circulation des travailleurs, transports, énergie, réseaux transeuropéens et finances et budget). La Croatie a également été élue, le 16 octobre dernier, membre du Conseil de sécurité des Nations unies, "le plus grand succès de la politique étrangère croate après la reconnaissance de l'indépendance du pays" selon le Président de la République, Stjepan Mesic. Le gouvernement d'Ivo Sanader a, en partie, échoué dans sa lutte contre la corruption tout comme il n'est pas parvenu à mettre en œuvre l'indispensable réforme du système judiciaire.

L'Union démocratique a subi deux revers électoraux : elle a perdu l'élection présidentielle des 2 et 16 janvier 2005, où sa candidate Jadranka Kosor, vice-Premier ministre, ministre des Affaires sociales et vice-présidente du parti, a recueilli 20,3% des suffrages au 1er tour (contre 48,9% pour Stepjan Mesic qui se présentait en indépendant) et 33% au 2e tour, contre 66% pour Stepjan Mesic. Quatre mois plus tard, l'Union démocratique a été devancée par le Parti social-démocrate aux élections locales qui se sont tenues le 15 mai 2005. La principale formation d'opposition est arrivée en tête dans 9 des 21 assemblées régionales, a conservé la capitale Zagreb et remporté les deuxième et troisième villes du pays, Split et Rijeka.

"Si l'Union démocratique remporte les élections législatives, il n'y aura pas de nouvel impôt parce que ceux qui veulent imposer les taxes ne seront tout simplement pas au pouvoir" répète le Premier ministre qui rappelle que le Parti social-démocrate prévoit de taxer les plus values du capital. L'Union démocratique n'hésite pas à présenter le Parti social-démocrate comme une formation marxiste qui voudrait faire revenir le pays au temps du communisme. "Ils promettent la croissance et nous l'avons déjà, ils parlent de réduire le déficit budgétaire et nous l'avons déjà réduit". Le 20 septembre dernier, l'HDZ a été admise au sein de l'Internationale chrétienne-démocrate dont Ivo Sanader a été élu vice-président.

Le Parti social-démocrate a présenté, le 8 septembre dernier, son programme électoral intitulé "Une meilleure vie par l'éducation". Celui-ci est centré sur la sécurité sociale, l'éducation et l'économie. Promettant une plus juste redistribution du revenu national, il s'engage à réduire la dette publique, à augmenter les exportations et à lutter contre le chômage des jeunes et contre la corruption. "Nous ne voulons pas d'une société où tous sont égaux mais où tous sont également importants. Le Parti social-démocrate restaurera les valeurs de solidarité, de responsabilité et d'honnêteté" a déclaré Zoran Milanovic qui s'est positionné "en faveur d'une économie de marché plutôt que d'une société de marché". Le parti promeut également pour la Croatie l'établissement d'un système fédéral à l'allemande ou à l'autrichienne. Enfin, Zoran Milanovic s'est engagé à organiser un référendum sur l'adhésion du pays à l'OTAN et affirme que son parti conduira la Croatie dans l'Union européenne.

En cas de victoire le 25 novembre prochain, le Parti social-démocrate aura cependant besoin d'autres formations pour former un gouvernement. Zoran Milanovic a, pour l'heure, exclu toute alliance avec le Parti démocrate d'Istrie (IDS) et a d'ores et déjà entamé des négociations préélectorales avec le Parti paysan (HSS) et le Parti de l'action démocratique (SDAH). Il peut a priori compter sur le Parti des retraités (HSU) qui a pour habitude de s'unir aux vainqueurs.
Le parti a présenté sa nouvelle équipe composée de 22 membres et comprenant de nouvelles personnalités comme Branko Grcic, professeur à la faculté d'économie de Split, pressenti pour devenir ministre de l'Economie en cas de victoire le 25 novembre prochain. Jubo Jurcic, professeur d'économie qui a rejoint le Parti social-démocrate, est le candidat officiel au poste de Premier ministre. Zoran Milanovic pourrait devenir président du Parlement. Il a succédé il y a six mois à Ivica Racan, président du parti durant 17 ans et ancien Premier ministre (2000-2002). Celui-ci avait annoncé le 31 janvier 2007 qu'il quittait temporairement la vie politique pour raisons de santé. Trois mois plus tard, le 29 avril, il décédait.

"L'Union démocratique et le Parti social-démocrate veulent réduire les élections législatives à un duel" se plaint Radomir Cacic, candidat du Parti populaire (HNS) au poste de Premier ministre, qui se bat pour que son parti, allié naturel du Parti social-démocrate, améliore son nombre de députés (10 actuellement) au Parlement. Radomir Cacic espère obtenir 20 sièges. Le leader du Parti social-démocrate a jusqu'alors évité de parler du Parti populaire comme un allié possible, pour ne pas disperser les suffrages qui pourraient se porter sur sa propre formation.

Le Parti social-libéral (HSLS) et le Parti paysan (HSS) refusent également tout accord électoral et affirment qu'ils accepteraient de travailler avec tout parti qui se montrerait ferme dans les négociations que mène la Croatie avec l'Union européenne et qui défendrait les intérêts des agriculteurs. "Nous n'affirmerons pas que nous sommes proches de l'Union démocratique ou du Parti social-démocrate, c'est après les élections que nous déciderons d'entrer en coalition avec l'un ou l'autre de ces deux partis. Alors seulement, nous construirons notre programme avec un accord de coalition" a déclaré le président du Parti paysan, Josip Frisic. Les deux formations se présentent unies au Parti des régions côtières du Primorje et du Gorski Kotar pour les élections.

Le Parti du droit a lancé sa campagne électorale le 16 septembre dernier à Zagreb avec le slogan "Protégez vos rêves". La formation d'extrême droite promet de réduire le chômage, de faire baisser les emprunts étrangers, d'assurer l'équilibre de développement de toutes les régions du pays, d'améliorer la situation des agriculteurs, de verser 10 000 kuna (environ 1 365 euro) pour la naissance de chaque nouvel enfant et enfin d'équiper toutes les écoles primaires d'ordinateurs gratuits. "Seul le Parti du droit peut rendre sa dignité à la Croatie. Le parti rendra l'espoir à tous ceux qui ont été trahi et volé de si nombreuses fois. Le gouvernement ne pourra pas être formé sans nous" affirme Anto Djapic qui a déclaré la guerre à Ivo Sanader. Le leader nationaliste se dit cependant prêt à débattre avec le Premier ministre et avec Zoran Milanovic à qui il souhaite poser quatre questions sur les privatisations, la coopération avec le Tribunal pénal international de La Haye, le travail dominical et enfin les nominations à la Banque centrale de Croatie d'hommes qu'il accuse d'avoir bradé les banques croates.

Après les précédentes élections législatives du 25 novembre 2003, le Premier ministre Ivo Sanader avait tenté de faire alliance avec le Parti du droit (HSP) avant que la pression internationale ne le contraigne à renoncer. Le Chef du gouvernement avait alors accueilli au sein de son équipe gouvernementale le Parti des retraités et plusieurs députés représentant les minorités nationales. Le Président de la République, Stjepan Mesic, a déclaré qu'il ne souhaitait pas que le Parti du droit fasse partie du prochain gouvernement. Quant au Premier ministre, il répète qu'une voix pour le Parti du droit est une voix pour le Parti social-démocrate.

En août dernier, le général Ante Gotovina, accusé de crimes contre l'humanité pour des actes contre des civils serbes commis sous son commandement au cours de l'opération Oluja en 1995 et actuellement emprisonné à La Haye, avait demandé par l'intermédiaire de ses avocats à attendre le début de son procès en résidence surveillée en Croatie. Si les procureurs du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie de La Haye (TPIY) s'y sont opposés, l'ensemble des formations politiques ont apporté leur soutien à la requête du général Ante Gotovina à laquelle sont également favorables 100% des Croates selon les enquêtes d'opinion !
Ante Kotromanovic, général à la retraite membre du Parti social-démocrate, a rendu visite à Ante Gotovina à La Haye. Lorsqu'elle était dans l'opposition, l'Union démocratique avait également organisé de nombreuses manifestations de soutien au général considéré en Croatie comme un héros de guerre. Le HDZ, au pouvoir lors de son arrestation le 7 décembre 2005 et de son transfert au TPIY, essaie de reconquérir les voix de tous ceux qui pensent qu'elle a trahi les Croates en laissant emprisonner Ante Gotovina. Le 15 octobre dernier, Ivo Sanader a critiqué le TPIY devant l'Assemblée des Nations unies. "Lors du massacre de Vukovar, le monde était choqué. Seize ans après, un nouveau choc a suivi" a t-il déclaré faisant allusion à l'acquittement par le TPIY de l'un des trois officiers serbes poursuivis pour le massacre des civils évacués de l'hôpital de Vukovar après la victoire des Serbes en novembre 1991. Le Premier ministre a souligné que la région ne sera stable que lorsque les autorités serbes accepteront d'extrader "les deux plus infâmes accusés de crimes de guerre : Radovan Karadzic et Ratko Mladic". "Ce qui importe aux électeurs, c'est la différence traditionnelle entre les programmes du Parti social-démocrate et l'Union démocratique et non pas leur attitude à l'égard de personnes accusées de crimes de guerre" affirme cependant Zarko Puhovski, professeur à la faculté de Zagreb. Les enquêtes d'opinion montrent en effet que les problèmes économiques constituent, de loin, la principale préoccupation des Croates.

Le Président de la République, Stepjan Mesic, a déclaré, le 21 septembre dernier, sur la chaîne de télévision Nova TV qu'il ne soutiendrait aucun parti pour les élections législatives du 25 novembre, mais tous ceux dont les programmes garantissent le développement les investissements et la croissance de l'emploi et de l'innovation technologique.
Le 25 septembre, l'ensemble des syndicats ont fait part de leur décision de n'organiser aucune grève ni manifestation dans les prochains soixante jours pour ne pas influencer les électeurs en faveur d'un quelconque parti politique. Le leader de la coordination, Ozren Matijasevic, a affirmé que les syndicats ne soutenaient aucun parti mais appelaient les électeurs à se rendre aux urnes.

Alors qu'elle était devancée depuis des mois par le Parti social-démocrate, l'Union démocratique vient de reprendre l'avantage dans les enquêtes d'opinion.
Un sondage, réalisé par l'institut Media Metar à la mi-octobre, révèle que le HDZ recueillerait 31,9% des suffrages, contre 30,1% au SDP. 4 autres partis entreraient au Hrvatski Sabor : le Parti des retraités (7,6%), le Parti du droit (7,1%), l'alliance Parti social-libéral/Parti paysan/Parti des régions côtières du Primorje et du Gorski Kotar (7,1%) et enfin l'union Parti populaire/Parti des libéraux-démocrates (6,6%).
Les enquêtes d'opinion montrent que si le programme du Parti social-démocrate est jugé "meilleur" par les électeurs, ces derniers considèrent cependant que l'Union démocratique protège mieux les intérêts nationaux. Environ 12% des personnes interrogées sont toujours indécises quant à leur vote le 25 novembre prochain.
La campagne officielle débutera le 3 novembre prochain pour se terminer le 23 novembre à minuit. Le 12 octobre dernier, le Premier ministre Ivo Sanader a accepté l'idée d'un duel télévisé avec le leader du Parti social-démocrate, Zoran Milanovic.

Rappel des résultats des élections législatives du 25 novembre 2003 en Croatie



Participation : 61,7%
Source : Commission électorale croate
Directeur de la publication : Pascale JOANNIN
Les auteurs
Corinne Deloy
Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman
Fondation Robert Schuman
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