Observatoire des Élections en Europe

Open panel Open panel
Observatoire des Élections en Europe
Azerbaïdjan - Présidentielle

Election présidentielle en Azerbaïdjan,
Le point à une semaine du scrutin

Election présidentielle en Azerbaïdjan,
Le point à une semaine du scrutin

09/10/2008 - J-7

7 personnes sont officiellement candidates à l'élection présidentielle du 15 octobre prochain en Azerbaïdjan :
- Ilham Aliev, Chef de l'Etat sortant et leader du Parti du nouvel Azerbaïdjan (YAP) ;
- Igbal Agazade, président du Parti Umid (Espoir) ;
- Fazil Gazanfaroghlu, président du Parti de la grande création, soutenu par Adalat, dirigé par Ilyas Ismavilov ;
- Gudrat Hasangukiev, président du Parti du front populaire de l'Azerbaïdjan unifié ;
- Hafiz Haciev, président du Parti Muasir Musavat (égalité moderne) ;
- Fouad Aliev, président du Parti libéral-démocrate ;
- Gulamhusein Alibayi, ancien président du Parti du front populaire qui a quitté son parti le 8 août dernier pour se présenter en candidat indépendant. Il vient de fonder un nouveau parti, Aylindar (Intelligentsia).

144 000 mandats (environ 129 000 €) issus du budget de l'Etat seront répartis entre 5 des 7 candidats. Gudrat Hasangukiev et Hafiz Haciev ont en effet été privés de ces fonds pour ne pas avoir remboursé l'Etat comme la loi électorale les y obligeait lors de la dernière élection présidentielle du 5 octobre 2003 alors qu'ils avaient recueilli moins de 3% des suffrages (respectivement 0,80% et 0,50%). Hafiz Haciev a assuré que son parti comptait suffisamment de membres fortunés et que cette mesure, contre laquelle il s'élève, ne l'empêcherait ni d'être candidat ni de faire campagne.

Le leader du Parti vert, Mais Gulaliev, n'a pas été autorisé à se présenter, la Commission électorale ayant jugé invalides au moins 7 600 des 44 000 signatures qu'il avait déposées pour être candidat. Il a demandé à ses partisans de ne pas participer au scrutin. Selon lui, les problèmes les plus importants du pays sont ignorés par les candidats en lice dans cette campagne électorale.
Igbal Agazade a également vu un temps sa candidature menacée. Le président du parti Unimd a été accusé par le Parti du nouvel Azerbaïdjan de violation du code électoral pour avoir distribué des CD appelant à voter pour lui. Igbal Agazade a dénoncé la présence de Ramiz Mehdiev, président de la commission électorale centrale, et d'Ali Hasanov, chef du département politique de l'équipe présidentielle, à la manifestation préélectorale organisée en septembre par le Parti du nouvel Azerbaïdjan. Selon la loi électorale, les personnalités officielles ne sont pas autorisées à participer à la campagne.

A une semaine du scrutin, le Président sortant, Ilham Aliev, fait figure de grand favori. Le chef de l'Etat, qui a choisi "En avant avec Ilham" comme slogan, mène campagne sur son bilan de 5 ans à la tête du pays. "Dans les années à venir, nous allons faire porter nos efforts dans de nombreuses directions. La stabilité sera préservée et nous assurerons le développement et la modernisation démocratiques du pays, en renforçant sa sécurité et en poursuivant les réformes économiques et sociales" répète Ilham Aliev qui a réaffirmé son souhait de faire de l'Azerbaïdjan un facteur de stabilité et de paix dans le Caucase.
Ilham Aliev a reçu le soutien de Seyid Jamal Azimbeili, ancien membre du praesidium du parti d'opposition Musavat, dont il a démissionné après que le parti a pris la décision de boycotter le scrutin, et de Flora Karimova, artiste, ancienne députée et ex-membre du Parti du front populaire classique. "Il est de mon devoir de voter pour quelqu'un qui s'intéresse à la République. J'approuve la politique étrangère menée par le Président et il est indéniable qu'Ilham Aliev a fait beaucoup pour notre pays" a-t-elle indiqué. Le Chef de l'Etat est également soutenu par Ana Vatan (Mère patrie) dirigé par Fazil Aghamaly, le Parti de la prospérité sociale, l'ancien parti d'opposition Terregi emmené par Chingiz Damiroglu, Yurddash, parti d'opposition de Mayis Safarli, et le parti Vahdat dirigé par Tahir Kerimli. Enfin, le Congrès des Azerbaïdjanais de Russie, qui réunit 70 organisations à travers le pays, a appelé à voter en faveur d'Ilham Aliev

Chaque candidat dispose d'un temps d'antenne à la télévision et radio publique ainsi que d'un espace dans plusieurs journaux pour sa campagne électorale. Cependant, le rapport préélectoral publié par l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a mis en avant le manque de pluralisme politique des médias. Selon l'OSCE, les candidats de l'opposition sont peu visibles, alors que le Président sortant est omniprésent. Ainsi, le journal Bakinsky rabochiy consacre 88% de ses articles politiques à Ilham Aliev, le journal Azerbaïdjan, 60% et Respublika Khalg, 53%. Les différents partis d'opposition, qui ont choisi de boycotter le scrutin, se sont vus refuser le droit d'intervenir dans la campagne comme elles le réclamaient. Seuls les candidats officiels y sont autorisés. Environ 600 observateurs internationaux seront présents pour surveiller le caractère démocratique du vote.

Plusieurs partis d'opposition ont choisi de boycotter le scrutin présidentiel dont Musavat (Egalité), parti dirigé par Isa Gambar, principal opposant à Ilham Aliev lors de l'élection présidentielle du 17 octobre 2003 (il avait obtenu 14% des suffrages, contre 76,80% pour Ilham Aliev) ; le Parti de l'indépendance nationale d'Ali Oruiev ; le Parti du front populaire classique de Mirmakhmud Miraliogla ; le Parti de la société ouverte fondé par Rasul Guliev et dirigé par Akif Shahbzov ; le Parti démocratique de Sardar Jalaloglu ; le Parti de la solidarité civile ; le Parti de l'établissement ; le Parti de l'indépendance nationale ; le Parti social-démocrate ; le Forum public Pour l'Azerbaïdjan d'Eldar Namazov et Azadlig (Liberté), coalition qui regroupe le Parti du front populaire d'Ali Kerimli, le Parti des citoyens et du développement et Unité nationale. Ces partis dénoncent l'organisation du scrutin qu'ils considèrent comme injuste. Ils demandent une meilleure représentation des forces de l'opposition au sein des commissions électorales locales.

L'opposition reste toutefois très divisée et affaiblie par les ambitions personnelles de ses différents leaders même si plusieurs de ses membres - le Parti libéral, le Parti du front populaire, le Parti de la solidarité civile, Musavat et le Forum public Pour l'Azerbaïdjan – ont décidé de s'unir en un Front uni des forces démocratiques et signé le 5 septembre dernier un document dans lequel ils reconnaissent le caractère illégitime de l'élection du 15 octobre.

Le leader des musulmans du Caucase, le cheikh Haji Allahshukur Pashazadze, a appelé les Azerbaïdjanais à se rendre aux urnes. S'il n'a pas nommé le candidat qui avait sa préférence, il a toutefois déclaré : "Le peuple sait quel est le bon candidat".

Selon la dernière enquête d'opinion réalisée par le centre de recherches ELS, 86,3% des Azerbaïdjanais s'apprêteraient à voter en faveur du Président sortant, Ilham Aliev. Les 6 autres candidats recueilleraient peu de suffrages : 2,3% pour le président du Parti Umid, Igbal Agazade ; 1,1% pour celui du Parti du front populaire de l'Azerbaïdjan unifié, Gudrat Hasangukiev ; 0,9% pour Hafiz Haciev (Muasir Musavat) ainsi que pour Fazil Gazanfaroghlu (Parti de la grande création) ; 0,6% pour le candidat indépendant Gulamhusein Alibayi et enfin 0,5% pour le président du Parti libéral-démocrate, Fouad Aliev.

Sans véritable rival, Ilham Aliev sera, selon toute vraisemblance, réélu pour un nouveau mandat de 5 ans. Le véritable enjeu réside dans le résultat qu'il obtiendra : plus ou moins que les 76,80% recueillis lors du scrutin du 5 octobre 2003 ?
Directeur de la publication : Pascale JOANNIN
Les auteurs
Corinne Deloy
Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman
Fondation Robert Schuman
Autres étapes