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Politique et démocratie
Italie - Présidentielle

Après la Grèce, l'Italie doit désigner son nouveau président de la République

Après la Grèce, l'Italie doit désigner son nouveau président de la République

19/01/2015 - Analyse

La démission de Giorgio Napolitano



Le président de la République italienne a démissionné le 14 janvier dernier. Son acte était attendu, Giorgio Napolitano avait en effet annoncé au quotidien La Repubblica le 8 novembre sa décision de mettre fin à ses fonctions à la tête de l'Etat avant la fin de l'année 2014, des propos qu'il avait confirmé le 18 décembre dans un discours. Lors de sa réélection le 23 avril 2013, le chef de l'Etat avait averti qu'il n'irait pas au bout de son 2e mandat qui devait se terminer en 2020. Il a finalement choisi de démissionner le jour où la Lettonie a pris la succession de l'Italie à la présidence de l'Union européenne.

Le président du Conseil Matteo Renzi avait demandé au président de la République de rester en poste jusqu'au vote par le parlement de la réforme du mode de scrutin qui doit mettre fin au bicaméralisme égalitaire dans le pays (la loi Italicum accorderait un bonus à tout parti qui recueillerait au moins 40% des suffrages) et de la réforme constitutionnelle qui prévoit une réduction des pouvoirs du Sénat et sa transformation en une assemblée non élue. Giorgio Napolitano a invoqué son grand âge (il aura 90 ans le 25 juin prochain) et sa fatigue pour justifier son retrait.

Matteo Renzi redoute en effet que les négociations pour la désignation du futur président de la République ne viennent interférer avec le vote des réformes qu'il souhaite mettre en place. Il craint que ses alliés gouvernementaux du Nouveau centre-droit d'Angelino Alfano, du Choix civique ou de l'Union du centre (UdC) de Pier Ferdinando Casini lui imposent un candidat en échange de leur soutien lors du vote des réformes.

Giogio Napolitano, qui répétait qu'il n'existait pas d'option alternative aux réformes et à la modernisation du pays, a toujours été un allié sûr et important pour Matteo Renzi qu'il avait nommé en février 2014. Le président du Conseil a besoin de parvenir à faire adopter ses réformes pour se présenter en situation de force lors des prochaines échéances électorales. " Le président du Conseil a besoin d'avoir à la présidence de la République quelqu'un qui peut surmonter la résistance des partis et qui peut appeler à des élections anticipées avant que sa popularité ne s'effrite trop " analyse Francesco Galietti, fondateur du centre de recherche Policy Sonar à Rome.

Le gouvernement a désormais deux semaines pour organiser l'élection présidentielle dont les 3 premiers tours de scrutin devraient avoir lieu le 29 janvier prochain. Durant ce temps, le président du Sénat Pietro Gasso assure l'intérim.

La fonction présidentielle en Italie : pouvoirs et mode de scrutin



Le président de la République occupe dans la péninsule une fonction essentiellement honorifique. Garant de la Constitution et de l'unité du pays, il dispose de deux pouvoirs essentiels : celui de dissoudre le Parlement (sauf au cours du dernier trimestre de son mandat) et celui de renvoyer, pour deux motifs (s'il juge le texte anticonstitutionnel ou s'il considère qu'une mesure envisagée n'est pas correctement financée), une loi devant les parlementaires. Carlo Azeglio Ciampi (1999-2006) avait utilisé ce pouvoir une première fois contre une loi sur la concentration des médias en 2003 et une seconde fois contre une réforme de la justice en 2004.

Giorgio Napolitano a joué un rôle important lors de la crise de novembre 2011 lorsqu'il a décidé de ne pas recourir à des élections anticipées après la démission du président du Conseil Silvio Berlusconi (1994-1995, 2001-2006 et 2008-2011) et choisi de nommer Mario Monti à la tête du gouvernement (2011-2013). Enfin, il a accordé un soutien important aux réformes en cours qui sont décisives pour l'avenir de l'Italie dans l'Union européenne.

Le président de la République italienne est élu pour 7 ans à bulletins secrets par un collège de grands électeurs composé par les 630 membres de la Chambre des députés, les 315 sénateurs, 7 sénateurs à vie et 58 représentants des 20 régions du pays (3 par région à l'exception du Val d'Aoste qui n'en désigne qu'un), soit au total 1 010 grands électeurs.

Lors des 3 premiers tours de scrutin de l'élection présidentielle, un candidat doit, pour être élu, recueillir au moins les 2/3 des suffrages des grands électeurs, soit 674 voix. A partir du 4e tour, la majorité simple (505 suffrages) est suffisante pour accéder à la magistrature suprême.

La tradition veut que le président de la République soit un homme de consensus qui rassemble au-delà des partis politiques. Il recueille habituellement sur son nom les suffrages de la majorité des grands électeurs. L'élection présidentielle de 2006 avait cependant été très disputée et Giorgio Napolitano avait été élu par les seules voix des grands électeurs de gauche.

Le chef de l'Etat sortant avait été réélu - une première dans l'histoire de la péninsule - le 23 avril 2013 - après 6 tours de scrutin et de nombreux coups de théâtre - après une nouvelle crise consécutive aux élections parlementaires des 24 et 25 février précédents.

Quel(s) candidat(s) ?



A quelques jours de l'élection présidentielle, plusieurs noms circulent dont :
– l'ancien président de la Commission européenne (1999-2004) et ancien président du Conseil (2006-2008) Romano Prodi ;
– l'ancien président du Conseil (1992-1993 et 2000-2001) Giuliano Amato ;
– l'ancien maire de Rome (2001-2008) Walter Veltroni ;
– l'actuel ministre de l'Economie et des Finances Pier Carlo Padoan ;
– le ministre des Biens et des activités culturels et du Tourisme Dario Franceschini ;
– la ministre de la Défense Roberta Pinotti ;
– le gouverneur de la Banque d'Italie Ignazio Visco ;
– la porte-parole du Parti démocrate Anna Finocchiaro ;
– l'ancienne Commissaire européenne 1995-1999) et ancienne ministre des Affaires étrangères (2013-2014) Emma Bonino (qui vient de révéler qu'elle souffrait d'un cancer du poumon).
Selon une enquête d'opinion réalisée par l'institut Ixé, Emma Bonino et Romano Prodi sont les deux personnalités qui recueillent le plus fort soutien des Italiens.

Le président du Conseil Matteo Renzi souhaiterait qu'un seul candidat se présente aux suffrages des grands électeurs. Il a avoué que trouver un successeur à Giorgio Napolitano était une tâche difficile mais a assuré qu'un candidat serait élu lors du 4e tour de scrutin. " Nous devrions raisonnablement avoir le nom du nouveau président de la République d'ici la fin du mois " a-t-il déclaré.

Le Parti démocrate dispose de 415 parlementaires mais espère compter sur des dizaines d'alliés au Parlement. Rappelons qu'en 2013, en dépit d'un accord passé à gauche, Romano Prodi n'avait recueilli lors du 4e tour de scrutin que 395 voix, soit -100 par rapport au nombre de grands électeurs de gauche.

Gauche et droite sont actuellement très divisées en Italie tout comme le Mouvement cinq étoiles (M5s) de Beppe Grillo, ce qui rend difficile toute prévision. Trouver une personnalité qui pourrait rassembler les partisans de Matteo Renzi, Silvio Berlusconi et Beppe Grillo paraît mission impossible.

Contrairement à ce qui se passe en Grèce, si aucun candidat n'est élu président de la République après les 3 premiers tours de scrutin, l'Italie ne sera pas contrainte à organiser des élections législatives anticipées. Le scrutin se poursuivra jusqu'à ce qu'un chef de l'Etat soit finalement désigné. En 1971, Giovanni Leone avait été désigné après 23 tours de scrutin. En 1985, un jour avait suffi à Francesco Cossiga pour accéder à la tête du pays.
Après sa démission de la présidence de la République, Giorgio Napolitano est redevenu sénateur à vie (ce qu'il a déjà été entre 2005 et 2006). A ce titre, il participera donc à la désignation de son successeur. Le chef de l'Etat démissionnaire, qui occupera également désormais le poste de président d'honneur, a souhaité que l'Italie demeure " unie et sereine dans un monde difficile ".
Directeur de la publication : Pascale JOANNIN