Les allemands éliront leurs députés le 18 septembre, un an avant la date initialement prévue.

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Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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29 août 2005
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Deloy Corinne

Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

Robert Schuman Fondation

Fondation Robert Schuman

« Lendemain d'élections est veille d'élections » dit le proverbe allemand. Le 22 mai dernier, ce n'est pas le lendemain mais deux heures seulement après l'annonce des résultats des élections du land de rhénanie du nord-westphalie -où le parti social-démocrate (spd) a essuyé une sévère défaite, recueillant 37% des suffrages, soit son plus mauvais résultat depuis 1945- que le chancelier Gerhard Schröder a annoncé sa volonté de convoquer des élections législatives anticipées, une déclaration qui a surpris aussi bien le sérail politique que l'ensemble de la presse d'outre-rhin. En dépit de l'impopularité croissante du gouvernement, de ses difficultés à faire appliquer sa politique et de la succession de ses échecs électoraux (en 1999, le parti social-démocrate était majoritaire dans onze des seize länder, contre cinq seulement aujourd'hui), personne n'avait imaginé que Gerhard Schröder se lancerait dans ce pari à haut risque, qualifié de « fuite en avant » par certains mais approuvé par près de huit allemands sur dix (78%) selon une enquête d'opinion réalisée par l'institut infratest et publiée le 21 juillet dernier.

A la suite de la déclaration du chancelier, les formations politiques ont donc dû définir dans l'urgence leur programme de gouvernement et s'atteler à l'organisation de leur campagne électorale. Gerhard Schröder a misé sur une campagne courte et probablement sur le peu de préparation de ses adversaires. Faute de temps, les élections législatives du 18 septembre prochain pourraient se jouer davantage sur la personnalité des deux principaux candidats au poste de chancelier que sur les programmes de leurs formations respectives. Ce qui n'est pas pour déplaire au chancelier, vieux loup de la politique et que l'on dit meilleur que jamais lorsqu'il a le dos au mur.

Le système politique

Les élections législatives ont normalement lieu outre-rhin tous les quatre ans selon un système combinant vote à la proportionnelle et vote au scrutin uninominal. L'électeur dispose de deux voix : la première est destinée à lui permettre de désigner, au scrutin uninominal, le candidat au poste de député pour la circonscription dans laquelle il réside (le pays compte deux cent vingt-neuf circonscriptions) ; la deuxième lui permet de voter en faveur d'une formation politique représentée par une liste de candidats au niveau du land (l'Allemagne compte seize länder). Le pourcentage des secondes voix détermine le nombre de sièges revenant proportionnellement à chaque parti et donc, in fine, le rapport de forces entre les différentes formations au sein du bundestag.

Pour être représentée au bundestag, une formation politique doit atteindre au niveau national 5% des suffrages exprimés à la proportionnelle ou bien encore obtenir trois mandats directs au scrutin uninominal. Cette règle électorale vise à assurer la formation d'une majorité parlementaire stable et à éviter l'émiettement de la scène politique tel que l'Allemagne l'a connu sous la république de weimar (1919-1933). Si, en 1949, à l'issue de la guerre, onze formations politiques étaient présentes au bundestag, elles n'étaient plus que quatre en 1957 et seulement trois entre 1961 et 1983 (spd, cdu-csu et fdp). Les choses changèrent en 1983 lorsque les verts (die grünen) parvinrent à franchir la barre des 5%, puis en 1998 avec l'entrée du parti du socialisme démocratique (pds), issu du parti socialiste unifié (sed) de l'ex-Allemagne de l'est. Un nouveau mouvement politique, le parti de gauche (linkspartei, l), émanant du regroupement du parti du socialisme démocratique et de l'alternative pour le travail et la justice sociale (wasg), pourrait bien créer la surprise et s'imposer comme une nouvelle force sur l'échiquier politique.

Lors des élections législatives, les allemands votent généralement davantage pour un parti qu'en faveur d'un homme. La nuance est importante car si le parti social-démocrate (spd) est distancé par l'union chrétienne-démocrate (cdu-csu) dans toutes les enquêtes d'opinion, le candidat Gerhard Schröder bénéficie jusqu'ici d'une cote de popularité supérieure à celle d'Angela Merkel, patronne de la cdu. Ainsi, selon un sondage réalisé par l'institut infrates-dimap et publié le 4 août dernier, 48% des allemands voteraient en faveur de l'actuel chancelier si celui-ci était élu directement, contre 39% pour Angela Merkel. Le système allemand condamne cependant le candidat du parti social-démocrate à trouver les moyens de faire bénéficier sa formation de sa propre popularité pour espérer remporter les élections.

Quatre formations politiques sont représentées au bundestag qui compte cinq cent quatre vingt dix-huit membres :

- Le parti social-démocrate (spd), formation majoritaire de gauche, est dirigée depuis le 21 mars 2004 par franz müntefering ;

- L'union chrétienne-démocrate et l'union chrétienne-sociale (cdu-csu), située à droite, est l'autre grand parti allemand (la csu est présente dans le seul land de bavière) ;

- L'alliance 90-les verts (b'90-die grünen), issus de la fusion, en 1993, d'alliance 1990, mouvement pour les droits civiques de l'ex-Allemagne de l'est, et du parti écologiste ;

- Le parti libéral démocrate (fdp), formation dirigée par guido Westerwelle, a participé dans les années 1980 et 1990 à l'ensemble des gouvernements dirigés par l'union chrétienne-démocrate mais également, dans les années 70 et le début des années 1980, à des coalitions gouvernementales avec le parti social-démocrate.

Le parlement comprend également une chambre haute, le bundesrat, composé des membres des gouvernements des seize länder. Chaque land y dispose d'au moins trois voix ; Les länder qui comptent plus de deux millions d'habitants possèdent quatre voix, ceux de plus de six millions cinq voix et enfin ceux de plus de sept millions six voix. Le bundesrat actuel compte soixante-neuf membres.

La procédure menant à des élections législatives anticipées

En 1949, souhaitant se prémunir contre un retour de l'instabilité de la république de weimar (1919-1933) durant laquelle le reichstag n'était jamais allé au bout de sa mandature (seize gouvernements en quatorze ans, le chef de l'etat ayant la possibilité de dissoudre le parlement à tout moment et de nommer le chancelier), les auteurs de la constitution allemande (loi fondamentale) ont, à dessein, choisi d'éviter que des membres de l'opposition ne parviennent à se mettre d'accord pour renverser le gouvernement sans avoir de programme alternatif.

La loi fondamentale ne prévoit que deux cas rendant possible la dissolution du bundestag et donc la convocation d'élections législatives anticipées. Le premier concerne les débuts de législature, au moment où le bundestag élit le chancelier (article 63 de la loi fondamentale). Si aucun candidat ne parvient à réunir la majorité des voix au bout de trois jours, le président de la république peut nommer l'un des candidats ou dissoudre le bundestag. Le second cas de dissolution, régi par l'article 68 de la loi fondamentale, stipule que « si une motion de confiance proposée par le chancelier n'obtient pas l'approbation de la majorité des membres du bundestag, le président peut, sur proposition du chancelier, dissoudre le bundestag dans les vingt et un jours ». Les élections législatives doivent alors avoir lieu dans les soixante jours suivant la dissolution (article 39).

Cette procédure de dépôt d'une motion de confiance a été utilisée quatre fois dans l'histoire de la république fédérale mais n'a abouti que deux fois à la dissolution du bundestag. Le 22 septembre 1972, le chancelier willy brandt (spd) perd sa majorité au bundestag, plusieurs députés sociaux-démocrates condamnant sa politique d'ouverture à l'est (ostpolitik). Le chancelier voit la motion de confiance qu'il dépose alors rejetée mais retrouve une majorité lors des élections législatives anticipées organisées le 19 novembre de la même année.

Dix ans plus tard, le ministre des affaires étrangères hans-dietrich genscher, par ailleurs président du parti libéral-démocrate (fdp), exprime ses divergences avec la politique menée par le chancelier Helmut Schmidt (SPD). Ce dernier dépose une motion de confiance le 5 février 1982, motion votée par deux cent soixante-neuf voix, contre deux cent vingt-quatre.

Le 17 décembre 1982, Helmut Kohl (cdu), devenu chancelier le 1er octobre de la même année à la suite du rejet par le bundestag d'une motion de confiance présentée par le chancelier Helmut Schmidt, dispose néanmoins d'une majorité fragile. Il dépose à son tour une mission de confiance, les députés chrétiens-démocrates ne participent pas au vote, la motion est donc rejetée et le chancelier obtient la convocation d'élections législatives anticipées le 6 mars 1983 lors desquelles sa formation triomphe, recueillant 48,8% des suffrages, contre 38,2% pour le parti social-démocrate. A la suite de cette dissolution, la cour constitutionnelle, basée à karlsruhe, limitera la convocation d'élections anticipées, souhaitant empêcher que le chancelier n'utilise le vote de défiance pour ses propres intérêts. Une motion de confiance est désormais irrecevable si un chancelier « évoque de simples difficultés particulières dans la poursuite de son action » ou s'il « dispose d'une majorité suffisante » et dépose une motion dans le seul but de dissoudre le bundestag. Selon la cour, la dissolution doit résulter d'une situation politique instable entre le chancelier et le bundestag, le chancelier ne pouvant être assuré d'un soutien parlementaire permanent de la majorité des membres de l'assemblée.

Enfin, la quatrième motion de confiance a été déposée par le chancelier Gerhard Schröder le 16 novembre 2001. Il sollicitait le soutien du bundestag pour l'envoi de soldats de la bundeswehr en mission à l'étranger dans le cadre de la lutte antiterroriste. Le bundestag lui a accordé sa confiance par trois cent trente-six voix.

Le 1er juillet dernier, deux cent quatre vingt seize des cinq cent quatre vingt quinze députés présents ont voté « contre » la nouvelle motion de confiance déposé par Gerhard Schröder, cent quarante-huit se sont abstenus et cent cinquante et un (soit près de la moitié des députés sociaux-démocrates et verts) ont exprimé leur confiance. « L'amer résultat de mon parti au scrutin de rhénanie du nord-westphalie remet en question le soutien politique nécessaire pour la poursuite de mon travail. Je considère qu'il est de ma responsabilité et de mon devoir, en tant que chancelier allemand, de convaincre le président de convoquer de nouvelles élections au bundestag le plus vite possible, de façon réaliste, d'ici l'automne 2005» a déclaré Gerhard Schröder. « Sans une nouvelle légitimation, la poursuite de ma politique n'est pas possible. Donnons aux gens le choix et la liberté de décider par eux-mêmes sur quelle voie notre pays doit aller, quel etat ils souhaitent et quelle solidarité doit prévaloir dans notre société. la question de confiance s'adresse, au-delà du bundestag, au peuple, qui est souverain » a t-il ajouté. Les députés werner schulz (verts) et jelena hoffmann (spd) ont chacun déposé une plainte devant la cour constitutionnelle comme huit petites formations non représentées au parlement, pour protester contre le caractère artificiel de la mise en minorité du gouvernement.

Les élections législatives ne pouvant avoir lieu durant les vacances scolaires, différentes selon les länder, elles se dérouleront le 18 septembre prochain.

Gerhard Schröder vs Angela Merkel.

Agée de cinquante et un ans, Angela Merkel est née à Hambourg mais a vécu toute sa jeunesse en Allemagne de l'est d'où son père était originaire et exerçait la profession de pasteur. Interdite d'enseignement à cause de ses liens avec l'2glise, elle se consacre à la recherche à l'institut de physique-chimie de l'académie des sciences de Berlin-est. Elle rejoint l'union chrétienne-démocrate peu avant la réunification allemande et est alors remarquée par Helmut Kohl qui la nomme vice-présidente de la cdu en remplacement de lothar de maizière, dernier premier ministre de la république démocratique allemande. Élue député du land de mecklembourg-poméranie occidentale lors des élections du 2 décembre 1990, Angela Merkel devient ministre de la condition féminine et de la jeunesse (elle est ainsi à l'origine de la loi garantissant à chaque enfant le droit à une place en jardin d'enfants à partir de trois ans et de la réforme du droit à l'avortement) puis, en 1994, de l'environnement, de la protection de la nature et de la sécurité des réacteurs dans les gouvernements dirigés par Helmut Kohl... En 2000, elle ose critiquer ouvertement les méthodes financières d'Helmut Kohl et de la direction de la cdu-csu, accusée d'avoir accepté des dons d'argent illégaux. Présidente depuis 1993 de l'union chrétienne-démocrate du land de mecklembourg-poméranie occidentale, elle devient, après la défaite électorale du 27 septembre 1998, secrétaire générale de l'union chrétienne-démocrate avant d'être nommée, le 10 avril 2000, présidente de la formation. En 2002, elle doit cependant s'effacer devant le leader de l'union sociale-chrétienne, Edmund Stoiber, dans la course à la chancellerie. Après la réélection de Gerhard Schröder, elle parvient à évincer friedrich merz et prend la tête du groupe parlementaire de la cdu au bundestag.

Première femme à diriger un grand parti allemand -considéré comme majoritairement catholique et quelque peu misogyne et dans lequel elle a réussi à s'imposer en tant que femme, protestante, divorcée et sans enfants-, première citoyenne de l'ex république démocratique allemande à s'imposer à l'union chrétienne-démocrate, Angela Merkel a enfin gagné le droit de concourir pour le titre de chancelier. Elle pourrait devenir en septembre prochain la première femme à occuper cette fonction ainsi d'ailleurs que la plus jeune personnalité élue à ce poste. Notons qu'une moitié d'allemands (50%) estime que l'arrivée d'une femme à la chancellerie constituerait « un progrès historique significatif » selon une enquête d'opinion réalisée par l'Institut Forsa.

Angela Merkel est hostile à l'entrée de la turquie dans l'union européenne et propose l'instauration d'un « partenariat privilégié entre l'union et ce pays musulman ». Elle déclare rejeter l'idée d'un « processus qui mène à un front du refus de la part des citoyens ». « Après les échecs des référendums sur la constitution européenne en France et aux Pays-Bas, il faut se préoccuper de l'avenir de l'europe. Il faut parler des limites de l'élargissement. Nous avons besoin de frontières, les gens doivent savoir où se situent ces frontières » affirme t-elle. Si la candidate chrétienne-démocrate est convaincue de l'importance du couple franco-allemand au sein de l'union européenne, elle souhaite « le refonder afin qu'il ne soit pas exclusif ». Elle est également très attentive à ne pas laisser de côté les « petits » pays. Elle a promis de « ne plus mettre les petits pays devant le fait accompli » ainsi que de travailler plus étroitement avec la Pologne, qui, au même titre que l'Allemagne, a une responsabilité particulière dans la réussite de l'intégration européenne.

En matière de politique étrangère, la candidate de la cdu a, contrairement à Gerhard Schröder, peu d'affinités avec le président russe Vladimir Poutine même si les besoins de l'Allemagne en pétrole et gaz russes l'obligent à une certaine modération dans ses propos sur le maître du kremlin. Angela Merkel est enfin opposée, à la différence de Gerhard Schröder, à la levée de l'embargo sur les livraisons d'armes à la chine. Si elle souhaite « revitaliser les relations de son pays avec les etats-unis », Angela Merkel est hostile à l'envoi de troupes allemandes en Irak (déclaration au quotidien neuen presse du 3 août). Cependant, les deux tiers des allemands (66%) déclarent ne pas croire qu'un gouvernement conservateur renoncerait à envoyer des troupes en Irak selon un sondage réalisé par l'institut d'opinion tns-infratest et publié dans l'hebdomadaire der spiegel le 23 juillet. « Des soldats allemands seraient déployés en Irak si cela dépendait d'Angela Merkel ou d'Edmund Stoiber » affirme le chancelier Gerhard Schröder.

Agé de soixante et un ans, Gerhard Schröder adhère au parti social-démocrate à dix-neuf ans. Président des jeunesses sociales-démocrates, il est élu, pour la première fois, député à trente-six ans, en 1980, dans sa circonscription de Hanovre (Basse-Saxe). Après la victoire de la cdu-csu en 1986, il reconquiert son land dont il devient ministre-président en 1990, prenant la tête de l'une des premières coalitions rouges-vertes régionales. Il est reconduit triomphalement à son poste en 1994 et en 1998 où il améliore encore le résultat des sociaux-démocrates. Le 27 septembre 1998, il accède à la chancellerie après seize années de pouvoir chrétien-démocrate. Charismatique et très à l'aise devant les médias, Gerhard Schröder possède une popularité qui a toujours dépassé celle de son parti.

1998-2005 : Sept ans de coalition rouge-verte

Les « petits-enfants de Willy Brandt », comme on les appelait lors de leur accession au pouvoir en 1998, auront beaucoup contribué à changer le visage de l'Allemagne contemporaine. Composée de représentants de la première génération née après la deuxième guerre mondiale arrivés au pouvoir au moment où Berlin, située à moins de cent kilomètres de la frontière polonaise, est redevenue la capitale du pays, la coalition rouge-verte a souhaité que l'Allemagne redevienne un pays comme les autres et s'affirme sur la scène internationale. Lors de son premier discours de politique étrangère, le chancelier Gerhard Schröder se déclarait en faveur d'« une défense éclairée des intérêts nationaux allemands ». Moins favorable à l'intégration européenne de l'Allemagne que son prédécesseur Helmut Kohl, Gerhard Schröder se sent d'ailleurs à cette époque plus proche de la troisième voie de Tony Blair que du socialisme du premier ministre français de l'époque, Lionel Jospin. Ce n'est qu'après l'échec du conseil européen de nice en décembre 2000 que les allemands prennent conscience de l'importance d'un axe franco-allemand fort, condition indispensable à toute avancée de l'union européenne. En 2002, les allemands, solidaires des français, permettront l'adoption d'un compromis sur la politique agricole commune (pac) et, la même année, le rapprochement des deux pays ouvrira la porte à l'adoption de l'élargissement de l'union aux pays d'europe centrale et orientale. En 2003, la France et l'Allemagne se retrouvent dans leur opposition à l'intervention anglo-américaine en Irak, l'Allemagne s'opposant, pour la première fois de son histoire, à son allié américain sur une question essentielle pour Washington.

Dans la modification du positionnement de l'Allemagne sur la scène internationale, Joschka Fischer (die grünen) a joué un rôle important. vice-chancelier et ministre des affaires étrangères du gouvernement de Gerhard Schröder, cet écologiste issu des mouvements alternatifs, antinucléaires et pacifistes des années soixante-dix puis tenant de la ligne dite réaliste est parvenu à faire accepter à ses troupes la participation de l'Allemagne à des missions armées au Kosovo en 1999 et en afghanistan en 2001, une première depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Il est d'ailleurs significatif que le deuxième mandat de la coalition rouge-verte se termine alors que le débat sur l'attribution d'un siège permanent de l'Allemagne au sein du conseil de sécurité de l'organisation des nations unies est évoqué dans la réforme de l'ONU. Les verts ont également imprimé leur marque dans la politique énergétique du gouvernement, obtenant, en 2001, la sortie du nucléaire : La dernière centrale doit fermer en 2020 et le retrait des déchets à l'étranger est interdit depuis le 1er juillet 2005.

Sur le plan intérieur, le gouvernement de Gerhard Schröder a réalisé une véritable révolution en introduisant, en 1999, un élément de droit du sol dans le code de la nationalité en vigueur depuis 1913 et historiquement fondée sur le droit du sang. Ainsi, les immigrés présents depuis de nombreuses années en Allemagne peuvent désormais devenir citoyens germaniques, les enfants dont un parent réside en Allemagne depuis au moins huit ans peuvent obtenir la double nationalité mais devront choisir entre l'âge de dix-huit et vingt-trois ans. Le gouvernement Schröder a également institué en 2001 le contrat de vie commune homosexuel, donnant aux couples de même sexe certains droits des couples mariés.

Les résultats sont nettement moins probants sur le plan socioéconomique. Si les débuts de la coalition rouge-verte ont été marqués par une politique plutôt keynésienne menée par le ministre des finances oskar lafontaine (celui-ci quittera son poste au bout de six mois), les années suivantes verront le gouvernement revenir à plus de rigueur. Durant son deuxième mandat, le chancelier commencera à réformer l'etat providence, à restructurer le système de sécurité sociale (les assurés des caisses publiques, soit 90% d'entre eux, doivent désormais acquitter un forfait de dix euro par trimestre pour les consultations et payer eux-mêmes 10% de leurs médicaments) et à libéraliser le marché du travail (allègement des procédures de licenciement pour les pme de moins de dix salariés). Mais nombreuses sont les réformes qui n'auront été qu'ébauchées telle celle concernant les retraites (le gouvernement a introduit une dose de capitalisation, facultative, dans l'ancien système par répartition, décrété le gel des retraites durant deux ans et repoussé à 2008 le relèvement de l'âge légal actuellement fixé à soixante-cinq ans) mais surtout celle de la fiscalité (le taux maximal d'imposition a été ramené de 51% à 42% et la taxation des plus-values de cession de participations d'entreprises a été abandonnée).

Le problème majeur de l'Allemagne -et la première préoccupation des allemands- reste le chômage, dont Gerhard Schröder avait fait la priorité absolue de son gouvernement mais qui est actuellement plus élevé que lors de son accession au pouvoir en 1998, touchant près de cinq millions de personnes (4,77 millions selon les chiffres de l'office du travail de fin juillet), soit 11,5% de la population active (et 18,6% en ex-Allemagne de l'est). « Si je ne réussis pas à réduire le chômage, je ne mériterai pas d'être réélu » déclarait le chancelier il y a sept ans. Aujourd'hui, il défend son bilan assurant que « les succès viennent lentement ». « Jusqu'en 2000, nous étions sur la bonne voie, le chômage a connu une baisse significative. Et puis, il y a eu la crise mondiale de la nouvelle économie, la guerre en Irak, le terrorisme islamique, la hausse du prix du pétrole mais ce n'est pas la responsabilité du gouvernement » précise t-il. Le modèle social de la cogestion (mitbestimmung), institué par Willy Brandt et Helmut Schmidt avec l'accord de l'ensemble des formations politiques et qui permet la gestion paritaire (patronat-syndicats) des sept cent quatre-vingt entreprises de plus de deux mille salariés (dans les entreprises comprenant de cinq cents à deux mille personnes, les salariés ne possèdent qu'un tiers des voix au conseil de surveillance), est remis en cause.

Le 14 mars 2003, le chancelier présentait son agenda 2010, un ensemble de réformes destinées à relancer l'économie allemande. La loi Hartz IV, qui fusionne l'allocation chômage de longue durée et l'aide sociale (équivalent du revenu mensuel d'insertion français), a suscité le mécontentement d'une grande partie de la population. Désormais, l'allocation chômage n'est plus versée que durant un an (dix-huit mois pour les plus de cinquante-cinq ans). Au-delà de cette période, les chômeurs reçoivent une aide sociale calculée en fonction de leurs besoins ; leurs revenus sont donc réduits et ils se voient obligés d'accepter l'emploi qu'on leur propose que celui-ci soit ou non en rapport avec leur qualification et que le salaire soit inférieur ou non à celui perçu précédemment par la personne ou à celui prévu par les accords de branche. Fortement impopulaire, la réforme du marché du travail est très onéreuse : vingt-quatre milliards d'euro et ce, en grande partie, parce que le nombre de foyers bénéficiaires des allocations a finalement dépassé les prévisions d'environ neuf cent mille personnes.

Les programmes des formations en lice

Les élections législatives se joueront sur les thèmes socioéconomiques, mais les principales formations politiques semblent hésiter à proposer des réformes importantes à leurs électeurs. Les allemands l'ont compris : selon une enquête d'opinion publiée dans l'hebdomadaire bild woche, les trois quarts d'entre eux (75% et 87% de ceux vivant dans la partie orientale du pays) estiment que la situation économique du pays ne devrait pas s'améliorer à l'issue du scrutin du 18 septembre.

Pour tenter d'enrayer la désaffection de son électorat traditionnel, le parti social-démocrate a effectué un virage à gauche et propose d'instaurer un impôt supplémentaire pour les plus riches. Le chancelier a appelé les riches allemands à faire preuve de patriotisme : « je crois que beaucoup de gens plus aisés que la moyenne sont suffisamment patriotes pour reconnaître qu'ils doivent aussi contribuer à la compétitivité de notre pays » a-t-il déclaré le 27 juin. Seraient concernés les célibataires dont les revenus dépassent deux cent cinquante mille euro annuels et les couples mariés dont les revenus sont supérieurs à cinq cent mille euro par an. Cet impôt, qui devrait permettre de recueillir environ 1,2 milliard d'euro, servirait à la formation professionnelle, à la recherche scientifique et aux nouvelles technologies. Le parti social-démocrate souhaite porter d'ici à 2010 à 3% du pib les sommes consacrées à la recherche scientifique.

Baptisé « confiance en l'Allemagne », le programme du spd -rédigé par le président du parti, Franz Müntefering, le président du bundestag, Wolfgang Thierse, le président de l'académie politique de la Fondation Friedrich Ebert, thomas meyer et la députée ute vogt- propose l'établissement d'un salaire minimum, une réforme du système de santé (instauration des cotisations d'assurance-maladie basées sur l'ensemble des revenus et non plus seulement sur les salaires), l'augmentation des allocations chômage dans l'est du pays (actuellement de trois cent trente et un euro) pour les aligner sur celles de l'ouest (trois cent quarante-cinq euro) et le maintien du système de cogestion à l'allemande.

Les sociaux-démocrates ont également pensé aux familles, proposant au parent qui s'arrêterait de travailler l'année consécutive à la naissance de son enfant de toucher durant cette période 67% de son salaire (somme plafonnée à deux mille sept cent euro). Le SPD envisage de rendre gratuite la deuxième année de jardin d'enfant (celle précédant l'entrée à l'école primaire) dont le prix est actuellement proportionnel aux revenus des parents, d'augmenter la qualité et le nombre de places dans les jardins d'enfants et de rendre progressivement les crèches gratuites.

Le programme de l'union chrétienne-démocrate, intitulé « utiliser les chances de l'Allemagne. Travail, croissance, sécurité », comprend trois parties : l'emploi, la sécurité et l'humanité. L'une des mesures phares de ce texte est l'augmentation de la tva sur les produits courants de 16% à 18% à partir du 1er janvier 2006. Cette réforme, qui devrait rapporter environ seize milliards d'euro par an, dont 75% reviendrait à l'etat fédéral et 25% aux länder et qui servirait à financer la réduction des coûts du travail, est très impopulaire auprès de la population et désavouée par le parti libéral démocrate, formation alliée à la cdu-csu pour les élections législatives. « Nous ferons tout pour éviter une augmentation de la tva » répète le président du FDP, Guido Westerwelle.

Les chrétiens-démocrates souhaitent libéraliser le marché du travail, proposant d'alléger la législation sur les licenciements dans les entreprises de moins de vingt salariés, de réduire l'impôt sur les entreprises de 25% à 19%, de faciliter les accords d'entreprise en dehors des conventions collectives et d'alléger les formalités administratives pour les pme. En outre, Angela Merkel propose de favoriser la réintégration des chômeurs de longue durée sur le marché de l'emploi en leur permettant d'être rémunérés les deux premières années 10% au-dessus du tarif de la convention collective. « ce qui est social, c'est ce qui créé des emplois » dit le slogan de la VDU-CSU.

Dans le domaine de la santé, la cdu propose d'instituer une cotisation forfaitaire à l'assurance maladie égale pour tous afin de réduire le coût du travail –l'un des plus élevés d'europe-. Côté famille, la formation parie sur la fiscalité pour promouvoir une meilleure adéquation entre vie familiale et vie professionnelle. Chaque membre d'une même famille devrait bénéficier d'un abattement fiscal de huit mille euro et chaque parent recevrait un bonus de cinquante euro sur sa cotisation retraite pour chaque enfant né après 2007. « Nous aurions voulu faire plus mais nous n'avons pas trouvé le financement qui l'accompagne » a regretté Angela Merkel. Enfin, les chrétiens-démocrates ont prévenu qu'aucune baisse des impôts ne pourra être envisagée avant 2007.

Le 17 août dernier, la candidate CDU-CSU a présenté son équipe d'experts (kompetenzteam) composé de neuf personnes dont trois femmes (Gerda Hasselfeldt chargée de l'agriculture, de la consommation et de l'ecologie, Annette Schavan, chargée de la recherche et de l'education et Ursula Von Der Leyen, chargée de la famille et de la sécurité sociale). Outre Wolfgang Schäuble, chargé de la politique extérieure, de la sécurité et des affaires européennes et peter müller, ministre-président de la sarre, cette équipe comprend l'ancien juge constitutionnel et professeur de droit fiscal à l'université d'Heidelberg, Paul Kirchhof à qui revient le budget et les finances et dont Angela Merkel souhaiterait faire, en cas de victoire, son ministre des finances. Proche de l'union démocrate-chrétienne, Paul Kirchhof a longtemps été opposé au projet d'augmentation de la tva de la CDU-CSU avant d'expliquer s'être finalement rangé à cette mesure dans la mesure où elle profiterait in fine aux familles.

A côté de ces deux grands partis de la scène politique allemande seront en lice pour les élections législatives du 18 septembre prochain de nombreuses autres formations politiques. Parmi elles, le parti libéral-démocrate est l'allié de l'union chrétienne-démocrate et devrait, en cas de victoire de la droite, former une coalition gouvernementale avec la cdu-csu. Lors du précédent scrutin législatif du 22 septembre 2002, le parti libéral-démocrate, qui s'était fixé l'objectif de recueillir 18% des suffrages, n'était arrivé qu'en quatrième position, obtenant 7,4% des voix. A la suite de ces élections, la formation avait connu une grave crise interne qui avait vu son dirigeant, le député Jürgen Möllemann, démissionner avant de se suicider et les membres du parti s'entredéchirer violemment. Trois ans plus tard, le calme est revenu au parti libéral-démocrate même si la formation poursuit ses rêves d'émancipation, ne semblant pas avoir abandonné son objectif de réunir 18% des suffrages sur son nom. « Le FDP n'est pas condamné à rester par la volonté divine le partenaire junior d'un autre parti » a déclaré Guido Westerwelle, imaginant « un paysage politique avec trois formations de poids égal ». Dans son programme, le parti libéral-démocrate met l'accent sur la fiscalité, qu'il souhaite réformer en profondeur afin de relancer la croissance et l'emploi. Il propose de ramener à trois le nombre de tranches d'imposition dont les taux seraient fixés à 15%, 25% et 35%. En politique étrangère, le FDP souligne l'importance du partenariat transatlantique.

Sur la gauche de l'échiquier politique, les verts ont décidé de ne pas faire cause commune avec le parti social-démocrate. La formation écologiste, qui ne fait plus partie d'aucun gouvernement régional, joue une partie importante lors des élections législatives du 18 septembre prochain. Lors de leur congrès de Berlin, les écologistes ont choisi, pour la première fois de leur histoire, de ne pas placer leurs traditionnels thèmes de campagne que sont la protection de l'environnement ou le nucléaire au premier plan pour mettre l'accent sur les questions socioéconomiques et le chômage. Les verts réclament une baisse des charges sociales sur les plus bas salaires, une hausse des allocations chômage de longue durée et un salaire minimum dans les secteurs économiques qu'aucun accord de branche ne régule. Ils se prononcent pour un relèvement de 42% à 45% du taux d'imposition de la tranche la plus élevée de revenus. Leur leader, Joschka Fischer, a récemment appelé sa formation à « ouvrir grand les bras » aux déçus du spd tout comme à la nouvelle formation récemment apparue sur la gauche de l'échiquier politique, le parti de gauche.

Car le véritable événement de cette campagne électorale est effectivement la montée en puissance dans les enquêtes d'opinion du parti de gauche (linkspartei) qui regroupe, depuis juillet dernier, le parti du socialisme démocratique (PDS) et l'alternative pour le travail et la justice sociale (wasg). cette dernière formation, regroupant des déçus du parti social-démocrate, des syndicalistes, des altermondialistes et des militants d'extrême gauche, a été fondée en 2004 par des responsables syndicaux (en particulier des membres du syndicat ig metall) et des membres du parti social-démocrate contestant la politique menée par Gerhard Schröder. A peine deux mois après sa création, le parti de gauche arrive en tête de toutes les enquêtes d'opinion dans la partie orientale du pays –où le PDS reste toujours solidement implanté- devançant légèrement l'union chrétienne-démocrate. Ce qui fait dire au politologue Eckhard Jesse que « Les élections législatives anticipées risquent une nouvelle fois de se jouer à l'est » comme il y a trois ans où Gerhard Schröder avait gagné des points par sa gestion des crues de l'Elbe.

Le parti de gauche a recueilli 2,2% des suffrages aux élections régionales de Rhénanie du nord-westphalie du 22 mai dernier qui constituait son premier test électoral, mais le 19 septembre 2004, le parti du socialisme démocratique, donné pour mort quelques années auparavant, recueillait 23,6% des suffrages aux élections régionales de saxe et 28% dans le brandebourg, arrivant en deuxième position dans ces deux länder (derrière le SPD en Saxe et derrière la CDU/CSU dans le Brandebourg). La formation s'est donné pour objectif de recueillir 8% des suffrages le 18 septembre prochain et de devenir la troisième formation du pays, selon son chef de campagne, Bodo Ramelow.

Emmenée par Oskar Lafontaine, ancien ministre des finances, ancien président du parti social-démocrate et opposant notoire au chancelier Gerhard Schröder (il a définitivement quitté le spd le 24 mai dernier), et Gregor Gysi, ancien leader du parti du socialisme démocratique, ancien ministre de l'economie de la ville-etat de Berlin et homme politique le plus populaire de la partie orientale du pays, cette nouvelle formation est créditée de plus de 10% des suffrages par les sondages, et plus de 30% dans les länder de l'est.

Le parti de gauche se bat pour le relèvement des salaires et des allocations chômage, une plus forte taxation des revenus les plus élevés, la création d'un revenu minimum à hauteur de mille quatre cents euro mensuels et d'une assurance sociale qui garantirait un revenu de mille neuf cent euro mensuels à une famille de deux enfants, l'augmentation des allocations familiales (de cent cinquante-quatre à deux cent cinquante euro par mois) et la mise en œuvre d'un programme d'investissement étatique de trente milliards d'euro dans le but de relancer la croissance. « Nous sommes le seul parti à avoir un programme avec un financement sérieux » affirme Oskar Lafontaine tandis que le parti social-démocrate et les verts considèrent au contraire que la différence entre les recettes et les dépenses s'élèvent à plus de cent millions d'euro. Le chancelier Gerhard Schröder a exclu toute possibilité de coalition avec le parti de gauche. « Je ne vais jamais rien entreprendre avec ce groupuscule bizarre en marge de la gauche » a t-il affirmé. De son côté, la jeune formation déclare ne pas vouloir d'une telle alliance. « Nous ne pouvons tolérer une politique néolibérale » affirme Gregor Gysi, soulignant toutefois qu'à long terme, une union pourrait être envisagée si la social-démocratie allemande changeait de politique et retrouvait les valeurs qui sont les siennes, « ce qui ne peut se produire du jour au lendemain » précise t-il cependant.

la campagne électorale

Les débuts de la campagne électorale ont été marqués par les scandales déclenchés par les propos de certains membres de l'union démocrate-chrétienne à l'égard des citoyens de l'ex-Allemagne de l'est. Début août, le ministre de l'intérieur du brandebourg, jörg schönbohm met en avant les conditions de vie des habitants de la partie orientale du pays pour expliquer, en partie, le meurtre de neuf nouveaux-nés par leur mère alcoolique et sans emploi. Le 11 août, le ministre-président de bavière et ancien candidat cdu-csu à la chancellerie, Edmund Stoiber, déplore que l'avenir de l'Allemagne soit décidé par les électeurs de l'est « Je n'accepte pas que l'est décide à nouveau qui sera chancelier en Allemagne. Il ne faut pas que les frustrés décident du destin de l'Allemagne » déclare t-il, regrettant également que « La population ne soit pas partout aussi intelligente qu'en bavière ». Edmund Stoiber a affirmé avoir été mal compris et avoir uniquement visé par ses paroles les leaders du nouveau parti de gauche, Gregor Gysi et Oskar Lafontaine.

Devant ces propos, Angela Merkel a tenu à rassembler les allemands. « Il n'y a pas de campagne électorale à l'est et à l'ouest mais une campagne unique qui nous emmène de l'avant l'est doit apprendre de l'ouest et l'ouest doit apprendre de l'est » a-t-elle affirmé, ajoutant que. « Les ossis (citoyens de l'ex-Allemagne de l'est) peuvent être fiers de ce qu'ils ont accompli en près de quinze ans de réunification malgré beaucoup d'obstacles bureaucratiques. Les gens de l'est peuvent accomplir des choses, on doit juste leur en donner la possibilité ». Gerhard Schröder a eu beau jeu d'accuser l'opposition de diviser les allemands. « Notre devoir est de ne pas diviser notre peuple mais de le rassembler et de détruire au lieu d'amplifier ce qui est encore resté dans les têtes des divisions passées » a-t-il déclaré. Quant au leader des verts, Joschka Fischer, il a dénoncé « la reconstruction du mur dans les têtes ».

Tout juste arrivé sur la scène politique, le parti de gauche s'est trouvé au cœur d'un scandale. Son leader Oskar Lafontaine a provoqué une polémique en évoquant dans un discours le terme de « fremdarbeiter » (travailleurs étrangers), considérée comme xénophobe en Allemagne, au lieu de celui couramment utilisé de « gastarbeiter » (travailleurs invités). L'ancien dirigeant du parti social-démocrate a affirmé que l'etat était contraint « d'empêcher que des pères de famille et des femmes se retrouvent au chômage parce que des travailleurs étrangers leur volent les emplois avec de bas salaires ». En outre, à la mi-août, le président du parti de gauche de la circonscription de trèves, Wolfgang Schmitt, a été exclu de la formation après avoir refusé de revenir sur ses déclarations antisémites à propos du soutien financier accordé par l'etat pour la restauration de synagogues. « On ne devrait pas donner autant d'argent aux juifs » avait-il affirmé.

L'un des sujets de la campagne électorale tourne autour d'une éventuelle grande coalition spd-cdu. La percée du parti de gauche dans les enquêtes d'opinion trouble le jeu politique, un bon résultat de la formation radicale et un faible score du fdp pouvant priver l'union chrétienne-démocrate et le parti libéral-démocrate de la majorité absolue. Dans ce cas, la cdu et le spd pourraient se retrouver dans l'étrange cas de figure les obligeant à former une grande coalition comme l'Allemagne en a d'ailleurs connu à la fin des années soixante. Créditée de près de 49% des suffrages au mois de juin, l'union chrétienne-démocrate est à 43% selon une enquête d'opinion de l'institut forsa diffusé le 15 août dernier. Le parti social-démocrate reste stable à 29% des intentions de vote, le parti de gauche est à 10%, les verts et le parti libéral-démocrate à 7%.

Angela Merkel s'oppose complètement à cette idée de coalition. « Une grande coalition n'est pas appropriée pour faire avancer l'Allemagne. Mon objectif est une cdu-csu forte et une coalition avec le parti libéral-démocrate » a-t-elle déclaré dans une interview au welt am sonntag. de son côté, Gerhard Schröder déclare ne pas se voir en « partenaire junior » de qui que ce soit et affirme qu'il se retirerait de la vie politique dans un tel cas de figure. « Nous ne devrions pas parler de coalitions ni de constellations politiques mais travailler à faire du spd le parti le plus fort » a-t-il affirmé rabrouant, en outre, les ministres de l'economie, Wolfgang Clement, et des finances, hans eichel, pour les propos par lesquels ils ne se disaient pas a priori opposés à une grande coalition entre les deux principales formations allemandes. Les verts se retrouveraient sur les bancs de l'opposition dans ce cas et ne cachent pas non plus leur mécontentement quant à cette éventualité dans laquelle le coprésident du parti, Reinhard Bütikofer, voit « la preuve de la désorientation » des sociaux-démocrates.

A un peu plus de trois semaines du scrutin, les jeux sont loin d'être faits. S'il est très peu vraisemblable que le parti social-démocrate remporte les élections, il reste à savoir si la cdu et le fdp parviendront à obtenir la majorité absolue le 18 septembre prochain.

Rappel des résultats des élections législatives allemandes du 22 septembre 2002

Participation : 79,1%

Source : Ambassade d'Allemagne à Paris

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