Elections législatives en Suède, le point à une semaine du scrutin

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Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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8 septembre 2006
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

Robert Schuman Fondation

Fondation Robert Schuman

A une semaine des élections législatives qui se tiendront dimanche 17 septembre prochain, la Suède est secouée, depuis lundi 4 septembre, par un scandale qui a mis à mal la légère avance que l'Alliance, c'est-à-dire l'union du Parti du rassemblement modéré (M), du Parti du peuple-Les Libéraux (FpL), du Parti chrétien-démocrate (KD) et du Parti du centre (C), possédait sur les forces de gauche (Parti social-démocrate (SAP) actuellement au pouvoir, les Verts (MP) et le Parti de la gauche (Vp)). Une plainte, déposée le 3 septembre, a permis de mettre à jour qu'un membre du Parti du peuple-Les Libéraux avait espionné le site Internet du Parti social-démocrate du Premier ministre Göran Persson. Per Jodenius, 24 ans, membre des Jeunes libéraux, section jeunes du Parti du peuple-Les Libéraux, a utilisé des codes d'accès et des mots de passe volés pour s'introduire sur le site Internet du Parti social-démocrate. A l'aide de ce mot de passe, qui aurait été utilisé 78 fois entre novembre 2005 et mars 2006, le jeune libéral a ainsi pu avoir accès à des informations stratégiques confidentielles. Per Jodenius a été exclu du Parti du peuple-Les Libéraux et devra répondre de ses actes devant les autorités policières. Il risque jusqu'à 2 ans de prison ferme.

Le secrétaire du Parti du peuple-Les Libéraux, Johan Jakobsson, a également démissionné le 5 septembre lorsqu'il est apparu qu'il avait eu connaissance des activités illégales de certains membres de sa formation. Il a déclaré qu'il aurait dû être plus ferme envers les auteurs de cet acte d'espionnage. Le leader de la formation, Lars Leijonborg, dont la démission a été demandée par le Premier ministre Göran Persson, a affirmé que sa formation n'avait pas, durant la campagne, tiré avantage des informations recueillies.

La semaine passée, ce sont les sociaux-démocrates qui faisaient la « Une » de l'actualité avec la démission de Lars Danielsson, proche conseiller du Premier ministre Göran Persson, à la suite des critiques sur son rôle dans la gestion de l'après tsunami de décembre 2004. Le conseiller est également accusé d'avoir empêcher le travail de la commission indépendante mise en place en janvier 2005 pour faire la lumière sur les réactions du gouvernement à cette catastrophe naturelle. Cette démission est la deuxième liée à cette affaire après celle, en mars dernier, de la ministre des Affaires étrangères de l'époque, Laila Freivalds. Rappelons que le tsunami avait tué 543 Suédois.

Le scandale de ces derniers jours semble avoir quelque peu affecté les partis de l'Alliance qui, pour la première fois depuis des semaines, sont devancées par les forces de gauche dans une enquête d'opinion réalisée par l'institut SIFO et publiée le 6 septembre dernier. Les formations gouvernementales recueillent 48,1% des intentions de vote, contre 47,4% pour les partis libéraux. Dans ce sondage, le Parti du peuple-Les Libéraux, deuxième formation de l'Alliance, perd 2,9 points par rapport au dernier sondage réalisé quatre jours plus tôt. « Cet incident a entraîné une remobilisation des électeurs sociaux-démocrates » a déclaré Alf Sjostrom de l'institut Novus Opinion.

Jusqu'à l'éclatement du scandale, l'Alliance menait la course en tête, les Suédois semblant prêts, après dix ans de gouvernement Göran Persson, à se laisser séduire par l'opposition, et notamment par son leader issu du Parti du rassemblement modéré, le jeune et charismatique Fredrik Reinfeldt.

Pour la première fois dans l'histoire du pays, les formations libérales se présentent unies à ces élections législatives. Instruites par leurs échecs précédents, elles ont renoncé à proposer des changements radicaux (coupes dans les dépenses sociales ou importantes réductions d'impôts) mais affirment qu'elles ne toucheront pas à l'Etat providence (Folkhemmet, la maison du peuple), auquel les Suédois sont très attachés. « La question centrale de ces élections législatives est la suivante : êtes-vous ou non fatigués de voir les sociaux-démocrates au pouvoir ? Avec Fredrik Reinfeldt, le Parti du rassemblement modéré a effectué un virage à 180°. Son programme est maintenant très proche de celui du Parti social-démocrate » souligne l'analyste politique, Lena Mellin.

Fredrik Reinfeldt a affirmé qu'en cas de victoire de L'Alliance, certaines compagnies publiques seraient privatisées (la banque Nordea, la société de télécommunications TeliaSonera et la compagnie aérienne SAS). « Nous avons eu de bons résultats lorsque nous avons dérégulé le marché dans les années quatre vingt dix. Cette politique doit être poursuivie de façon à relancer la croissance » a déclaré le leader du Parti du rassemblement modéré. L'Etat suédois est le principal employeur du pays, majoritaire dans 57 compagnies qui emploient environ 200 000 personnes. Dans l'ensemble, le secteur public emploie 30% des Suédois, soit le double de la moyenne des pays de l'Union européenne (15%).

Une autre réforme importante proposée par l'Alliance est le gel de l'impôt sur la propriété. Les partis de l'opposition souhaitent fixer, pour l'année 2007, un plafond équivalent à 5 000 couronnes, soit 696 euro, pour cette taxe. Mais leur objectif est d'abolir l'impôt sur la propriété d'ici 2008 et de le remplacer, à terme, par une cotisation locale. Cette taxe, qui représente environ 1% de la valeur du montant de la propriété, a été critiquée en raison de la hausse des prix de l'immobilier. En effet, certaines personnes âgées, propriétaires depuis des années, ont désormais de plus en plus de difficultés à s'en acquitter. Le ministre des Finances, Pär Nuder (SAP), a critiqué le projet de l'opposition, affirmant qu'il bénéficierait aux riches : « Les gens paieront désormais des taxes identiques pour un château et pour une cabane » .

Les sociaux-démocrates ont mis en doute la capacité des partis de l'Alliance à s'entendre pour gouverner. Sans véritable succès. « Personne ne s'interroge plus sur le fait que nous sommes une alliance et que nous sommes unis » a déclaré Fredrik Reinfeldt.

De leur côté, les leaders gouvernementaux, qui peinaient à mobiliser leurs partisans ces dernières semaines, semblent avoir repris espoir à la suite de l'éclatement du scandale que d'aucuns n'hésitent pas à appeler le Watergate suédois. « En raison de ce scandale, il semble qu'on puisse envisager une victoire des sociaux-démocrates » a déclaré Henrik Bros, éditorialiste dans l'important journal, Dagens Nyheter.

Le Premier ministre Göran Persson mène campagne en s'appuyant sur son bilan économique. Durant ses dix ans passés à la tête du gouvernement, la productivité s'est accrue de 2,5% par an, les exportations ont progressé d'environ 6% par an et la croissance du PIB a été de 3% en 2004 et 2005 (elle pourrait atteindre 4% cette année). L'inflation est inférieure à 1% et la dette publique est tombée l'an passé en dessous des 50% du PIB pour la première fois depuis 1995. Par ailleurs, les habitants du royaume bénéficient d'un Etat providence généreux, ainsi que de programmes sociaux performants et vivent dans l'une des sociétés les plus égalitaires de la planète. Si le taux de chômage est bas (6,3% de la population active en juin 2006), les Suédois sont néanmoins de plus en plus nombreux à exprimer des inquiétudes quant à la situation économique du pays et, notamment, à l'évolution du marché du travail. En effet, selon certains économistes, le gouvernement falsifie la réalité puisque plus d'un million de Suédois recevraient des subsides de l'Etat et ne seraient donc pas comptabilisés parmi les chômeurs.

Dans son programme électoral, le Parti social-démocrate promet de porter, à partir de l'année prochaine, le taux maximum de l'allocation chômage à 930 couronnes par jour, au lieu de 730 actuellement. Cette mesure permettrait à 80% des salariés de conserver 80% de leurs revenus dans une période de chômage. Seuls la moitié des salariés perçoivent ce pourcentage lorsqu'ils perdent leur travail. Les sociaux-démocrates proposent également d'accroître les dépenses en faveur des personnes âgées, promettant d'offrir 100 000 nouvelles places en maisons de retraite, d'augmenter les subventions en faveur des personnes bénéficiaires de pensions maladie et d'investir plus d'argent dans l'aide sociale à domicile.

Enfin, la formation du Premier ministre répète sa volonté de briser la dépendance de la Suède à l'égard des combustibles fossiles d'ici 2020. Le pays figure déjà parmi les Etats les moins dépendants du pétrole. Depuis la crise énergétique des années 1970, la politique suédoise en matière d'énergie et d'environnement s'est orientée vers les énergies renouvelables. En 2002, 41% de l'énergie produite en Suède provenait du pétrole, 14,2% du nucléaire et 35% des sources renouvelables.

Le 6 septembre dernier, les deux candidats au poste de Premier ministre, Göran Persson et Fredrik Reinfeldt, se sont affrontés devant les caméras de télévision ; les deux hommes s'étaient préalablement mis d'accord pour ne pas parler du scandale qui secouent actuellement le pays. De l'avis des analystes politiques, le candidat libéral a été plus percutant dans ce débat qui a porté principalement sur les sujets sociaux et économiques. Le Premier ministre a affirmé que 550 nouveaux emplois étaient créés quotidiennement dans le royaume et qu'il ne voyait pas de raison de changer de politique. De son côté, le leader des forces de l'opposition a mis l'accent sur le fait que les sociaux-démocrates ne sont toujours pas parvenus à s'entendre avec leurs alliés des Verts et du Parti de la gauche pour la formation d'un gouvernement d'union en cas de victoire.

A une semaine du scrutin, l'incertitude est totale. Une seule chose est sûre : le Parti social-démocrate, formation dominant la vie politique suédoise depuis plus de 70 ans, livrera le 17 septembre prochain, l'un des plus rudes combats électoraux qu'il ait eu à mener depuis bien longtemps.

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