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Slovaquie - Législatives

L'opposition de gauche, favorite des élections législatives anticipées en Slovaquie

L'opposition de gauche, favorite des élections législatives anticipées en Slovaquie

13/02/2012 - Analyse

Les Slovaques sont appelés aux urnes le 10 mars prochain pour des élections législatives anticipées consécutives au vote de défiance du Conseil national de la République, chambre unique du parlement, le 11 octobre dernier, à l'encontre du gouvernement de la Premier ministre Iveta Radicova (Union démocratique et chrétienne-Parti démocratique, SDKU-DS). Ces élections législatives sont le troisième scrutin anticipé (après les élections législatives de 1994 et 2006) dans le pays depuis l'indépendance de 1993.
2 971 candidats issus de 26 listes de candidats, dont 15 ont présenté des listes de 150 personnes (nombre de députés) ont été enregistrées (+8 par rapport au dernier scrutin du 12 juin 2010). Depuis 2004, les Slovaques vivant à l'étranger peuvent participer aux élections législatives. En 2010, seuls 5 861 d'entre eux avaient voté.
L'opposition de gauche, représentée par Direction-Démocratie sociale (SMER-SD), parti dirigé par l'ancien Premier ministre (2006-2010), Robert Fico, est le grand favori du scrutin.

La crise politique



Le 11 octobre dernier, le Conseil national de la République s'opposait par 124 voix, contre 55 et 60 abstentions à l'adoption du Fonds européen de stabilité financière (FESF) approuvé par les 27 chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne le 9 mai 2010, et destiné à préserver la stabilité financière de l'Union en fournissant une assistance financière aux Etats de la zone euro en difficulté économique. La Premier ministre Iveta Radicova avait lié la ratification du texte européen à un vote de confiance de son gouvernement. Une tactique qui a échoué, les députés ayant préféré dire "non" au gouvernement en place – qui rassemblait le SDKU-DS, Most-Hid, Liberté et solidarité (SaS) et le Mouvement chrétien-démocrate (KDH) – aux dépends du FESF sur lequel la Slovaquie était le dernier Etat membre de l'Union européenne à se prononcer. Les députés du principal parti d'opposition (SMER-SD) et tous les parlementaires de Liberté et solidarité (sauf un) ont voté contre.
"Le vote "2 en 1" était une solution de la dernière chance car les partis du gouvernement avaient négocié intensément depuis le mois de mai mais les solutions de compromis qui auraient permis à Liberté et solidarité de sauver la face ont été rejetées dans les trois dernières semaines" a déclaré Marek Rybar, politologue de l'université Comenius. Le leader du SDKU-DS Mikulas Dzurinda avait offert un compromis à Richard Sulik, leader de SaS, en lui proposant le soutien de la coalition gouvernementale à la nomination de Kamil Krnac, candidat du SaS à la tête du Bureau de la sécurité nationale (NBU) et le maintien de ses ministres au sein du gouvernement en échange du soutien de son parti au FESF. En vain. Richard Sulik a dénoncé le lien, qu'il a qualifié de "chantage", fait par la Premier ministre Iveta Radicova entre la question de la confiance au gouvernement et celle du texte européen. Le SaS a mis en avant le fait que la Slovaquie, deuxième pays le plus pauvre de l'eurozone, n'est pas en mesure de prêter de l'argent à des Etats endettés ou de payer pour la recapitalisation des banques.

Le 14 octobre, le FESF a été adopté lors d'un 2e vote par 114 voix, contre 30 et 3 abstentions. Robert Fico (SMER-SD) a voté cette fois-ci en faveur du mécanisme européen. ""Non" au gouvernement d'Iveta Radicova mais "oui" au FESF" a-t-il déclaré. La veille, le Parlement avait voté une loi constitutionnelle permettant l'organisation d'élections législatives anticipées le 10 mars 2012.

Le système politique slovaque



Le Conseil national de la République (Narodna rada Slovenskej republiky) comprend 150 membres élus pour 4 ans au scrutin proportionnel sur des listes bloquées au sein d'une seule circonscription nationale. Afin de pouvoir se présenter aux élections, tout parti ou mouvement doit déposer une caution de 16 596 € qui lui sera rendue s'il recueille au moins 2% des suffrages et rédiger une déclaration certifiant qu'il réunit au moins 10 000 adhérents. Si les effectifs d'un parti sont inférieurs, celui-ci peut néanmoins déposer une pétition de soutien contenant un nombre de signatures lui permettant d'atteindre ce chiffre. Les partis ayant obtenu plus de 3% des voix lors du précédent scrutin législatif ont droit à une subvention d'Etat. Tout parti doit recueillir au moins 5% des suffrages exprimés pour être représenté au parlement, une coalition de 2 ou 3 partis au minimum 7% (10% si elle réunit 4 partis ou +). Les candidats doivent être âgés d'au moins 21 ans et résider de façon permanente en Slovaquie.

6 partis politiques sont représentés dans l'actuel Conseil national de la République:
– Direction-Démocratie sociale (SMER-SD), créé le 29 octobre 1999 et dirigé par l'ancien Premier ministre (2006-2010), Robert Fico, possède 68 sièges ;
– l'Union démocratique et chrétienne-Parti démocratique (SDKU-DS) de la Premier ministre sortante Iveta Radicova qui a fusionné avec le Parti démocratique le 21 janvier 2006, compte 28 députés ;
– Liberté et solidarité (Sloboda a Solidarita, SaS), fondée en 2008 par son actuel leader, l'économiste et père de l'impôt à taux unique en Slovaquie, Richard Sulik, possède 22 sièges ;
– le Mouvement chrétien-démocrate (KDH), créé en février 1990 et dirigé par Jan Figel, compte 15 députés ;
– Most-Hid (qui signifie "pont"), fondé le 30 juin 2009 par son actuel leader Bela Burgar, possède 14 sièges ;
– le Parti national (SNS), populiste, créé en décembre 1989 et dirigé par Jan Slota, compte 9 députés.

Direction-Démocratie sociale, grand favori du scrutin



Direction-Démocratie sociale (SMER-SD) est le premier parti de Slovaquie depuis de nombreuses années. Son leader Robert Fico aime d'ailleurs à railler les autres partis obligés de faire campagne et de "se vendre comme des marques", une mesure dont le SMER-SD n'a selon lui nul besoin. Le parti est en effet en campagne depuis les élections législatives du 12 juin 2010.
En octobre dernier, après la chute du gouvernement d'Iveta Radicova, Robert Fico a indiqué que le SMER-SD resterait dans l'opposition jusqu'au dernier jour du mandat et n'essaierait pas de renforcer sa position au Parlement. Le SMER-SD a ouvertement utilisé le vote sur le FESF pour faire tomber le gouvernement avant d'accepter le texte après avoir obtenu l'organisation d'élections législatives anticipées. Robert Fico devrait cependant être amené par une partie de ses sympathisants à s'expliquer durant la campagne sur son soutien au FESF.
Le SMER-SD se veut le défenseur du niveau de vie et du pouvoir d'achat des Slovaques et répète que la hausse des prix, qui est la plus élevée au sein de l'Union européenne, est l'échec du gouvernement de la Premier ministre Iveta Radicova à qui il reproche également la hausse du taux de chômage et la dégradation des conditions de vie dans le pays. Il souhaite que les prix de l'énergie et de l'alimentation soient contrôlés par l'Etat et envisage d'augmenter les impôts pour les plus fortunés et les entreprises. Selon lui, les électeurs devront choisir "entre le chaos ou un gouvernement stable et fort". Selon certaines enquêtes d'opinion, le SMER-SD pourrait atteindre la majorité absolue au Parlement, soit 76 sièges. Robert Fico affirme cependant qu'en cas de victoire, il formera une coalition avec un autre parti, sans préciser lequel.
Le président de la République Ivan Gasparovic s'est déclaré certain de la victoire du SMER-SD le 10 mars. "Les électeurs doivent savoir que nous avons besoin d'un gouvernement stable qui garantira les réformes et la position de Slovaquie dans l'Union européenne, la politique étrangère et l'économie du pays" a souligné le chef de l'Etat.

Les partis de la coalition gouvernementale sortante



Le programme de l'Union démocratique et chrétienne-Parti démocratique (SDKU-DS) s'intitule "4x4 élections". "Pour un terrain difficile, le 4x4 est le meilleur véhicule" affirme le SDKU-DS qui s'appuie sur son expérience et demande le parti d'un gouvernement solide. Le parti promet de baisser les dépenses publiques mais s'oppose à l'accroissement des impôts. Il souhaite simplifier le système fiscal et préserver l'impôt à taux unique pour la TVA, l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, communément appelé flat tax et actuellement fixé à 19%.
Ivan Miklos, ministre des Finances sortant et leader parlementaire du SDKU-DS, a désigné l'accroissement du chômage comme le principal problème du pays. Il déplore de ne pas avoir pu mettre en place le programme en faveur de l'emploi qu'il a élaboré avec Jozef Mihal (SaS), ministre du Travail, des Affaires sociales et de la famille, Il a affirmé que l'Etat devait garantir un stage, qui pourrait être offert par les institutions publiques, ou permettre la requalification des jeunes diplômés qui ne trouvent pas de travail dans les six mois suivants l'obtention de leur diplôme. Par ailleurs, il a indiqué que le déficit budgétaire s'établirait à 4,9% du PIB en 2011 (il atteignait 8% en 2010) et pourrait baisser à 3,5% cette année pour atteindre 1% en 2013.
Mikulas Dzurinda, leader du SDKU-DS, ministre des Affaires étrangères sortant et ancien Premier ministre (1998-2206), pense que l'Europe sortira renforcée de la crise socioéconomique qu'elle traverse actuellement et souhaite un renforcement de la stabilité de la zone euro.

"Il n'est pas possible d'évaluer réellement les mesures prises par le gouvernement d'Iveta Radicova cette année" a souligné Lazlo Ollos, analyste politique "Il a voté quelques réformes qui n'ont pu être finalisées dont on ne peut donc pas vraiment parler" a-t-il ajouté. "Le gouvernement ne pouvait subsister avec les différences fondamentales qui existaient entre ses différents membres" a déclaré Grigorij Meseznikov, président du think tank l'Institut des affaires publiques, ajoutant "Les relations avec Liberté et solidarité ont empiré au point que la Premier ministre Iveta Radicova ne pouvait continuer à coopérer avec ce parti qui a refusé de la soutenir sur un sujet aussi important".
Le SDKU-DS est secoué à quelques semaines du scrutin par l'affaire Gorilla, nom d'une opération des services de renseignements slovaques, qui a éclaté en décembre dernier après la publication de documents secrets et d'enregistrements de conversations mis en ligne sur Internet. Ces derniers font état de conversations entre Jaroslav Hascak, président du groupe financier Penta, et plusieurs hommes politiques entre 2005 et 2006 et contiennent également des informations sur le financement des principaux partis. Gorilla révèle les liens du monde de la politique avec celui des affaires. Le SDKU-DS, au pouvoir en 2005-2006, en est la première victime même si les autres partis ne sont pas épargnés.

La liste du SDKU-DS sera conduite par Mikulas Dzurinda. Les ministres des Finances Ivan Miklos et de la Justice Lucia Zitnanska (SDKU-DS) occuperont les 2e et 3e places. La chef du gouvernement sortante Iveta Radicova a annoncé son retrait de la vie politique. Mikulas Dzurinda a indiqué que le SDKU-DS ne participerait pas une coalition gouvernementale avec le SMER-SD mais n'a pas exclu la possibilité de gouverner de nouveau avec le SaS. Le parti préfère cependant se concentrer sur une collaboration avec ses partenaires actuels que sont le Mouvement chrétien-démocrate (KDH) et Most-Hid.

Liberté et solidarité (SaS) a proposé l'organisation d'un référendum sur le fonctionnement de l'Union européenne et de la zone euro le même jour que les élections législatives. Le parti souhaite ainsi améliorer la participation électorale et minimiser le coût de cette consultation populaire. "Le FESF est la plus grande menace qui pèse sur l'Europe" a déclaré Richard Sulik. Le parti fera du fonds européen un enjeu majeur des élections législatives. "La Slovaquie a les salaires les plus faibles de la zone euro. Comment suis-je supposé expliquer aux gens que nous allons augmenter la TVA pour que les Grecs puissent toucher des pensions de retraite trois fois plus élevées que celles des Slovaques ?" répète Richard Sulik.

Le leader chrétien-démocrate Jan Figel, ministre des Transports sortant, défend une position inverse. Pour lui, "la Slovaquie ne doit pas rester isolée ou sombrer dans le populisme". "L'euro est la monnaie des Slovaques, pas seulement celle de l'Europe" a-t-il déclaré Jan Figel qui voit dans une victoire de SMER-SD les pires choses qui pourraient arriver à son pays. "Lors du scrutin, les électeurs peuvent voter en faveur de la politique socialiste de Direction-Démocratie sociale qui conduit à l'endettement et à l'effondrement du pays à la manière de ce qui se passe en Grèce ou pour la voie de liberté responsable que nous proposons et qui conduit à la croissance de l'emploi et à la prospérité économique" a-t-il affirmé.

Le programme de Most-Hid prévoit de nouvelles coupes dans les dépenses publiques pour ramener le déficit au-dessous des 4,9% du PIB. Le parti a exclu toute participation à une coalition gouvernementale dirigée par SMER-SD. 8 de ses 14 députés ont déclaré qu'ils concourraient aux élections législatives en candidats indépendants.

Les autres partis



Le Parti national (SNS) se bat contre l'"islamisation" de la Slovaquie. "Je ne dis pas qu'une religion est pire qu'une autre ou qu'une telle est meilleure, je parle des problèmes qu'entraîne la coexistence de l'islam et de l'église catholique romaine" a souligné Andrej Danko, leader parlementaire du SNS. Il souhaite également organiser un référendum sur la langue du pays. Le slovaque est l'unique langue officielle du pays depuis la loi de juillet 2009. Toutefois, les communes qui comptent plus de 20% de leurs habitants membres d'une minorité linguistique peuvent utiliser une autre langue. Les langues minoritaires reconnues dans le pays sont le hongrois, le romani, le tchèque, le ruthène, l'ukrainien, l'allemand, le croate, le polonais et le bulgare.

Le Parti de la coalition hongroise (SMK), actuellement non représenté au Parlement, espère y siéger de nouveau. "Tout résultat supérieur à 5% des suffrages sera un succès" a indiqué son leader Jozef Berenyi. Il a centré sa campagne électorale sur 4 enjeux : le travail, l'éducation dans la langue maternelle, l'amélioration du système de santé et l'augmentation des pensions de retraite.

2012 pourrait bien être l'année de la fin de la longue carrière politique de Vladimir Meciar, ancien Premier ministre (1993-1994 et 1994-1998) qui a annoncé son retrait de la vie publique dans le cas où son parti, le Parti populaire-Mouvement pour une Slovaquie démocratique (LS-HZDS), ne recueillerait pas les 5% de suffrages obligatoires pour être représenté au Parlement.

Une éclosion de nouveaux partis



Ces derniers mois, la scène politique slovaque a vu l'éclosion de nouveaux partis. Ils pourraient, même sans recueillir un très grand nombre de voix, gêner les partis et notamment SMER-SD qui pourrait ne pas obtenir la majorité absolue. Ils pourraient également créer la surprise comme cela a été le cas dans certains pays voisins. En République tchèque, Tradition, responsabilité, prospérité 09 (TOP 09) de Karel Schwarzenberg et Affaires publiques (VV) dirigé par Radek John ont recueilli ensemble 27,58% des suffrages lors des élections législatives des 28 et 29 mai 2010. En Pologne, le Mouvement Palikot (RPP) est arrivé en 3e position au scrutin du 9 octobre 2011 avec 9,94% des voix. Enfin, le 4 décembre 2011, Slovénie positive, créé par le maire de Ljubljana, Zoran Jankovic, est arrivé en tête avec 28,54% des suffrages aux élections législatives. La Liste des citoyens-Gregor Virant, autre parti de création récente, a obtenu 8,42% des voix.

Parmi ces nouveaux partis, le Parti des gens ordinaires et des personnalités indépendantes (OL), créé le 28 octobre dernier et dirigé par Igor Matovic, veut introduire du sang neuf dans la vie politique slovaque. 4 de ses candidats – Igor Matovic, Erika Jurinova, Martin Fecko, Jozef Viskupic – ont été élus sur la liste de SaS lors du scrutin du 12 juin 2010. Le Parti du monde libre (SSS) est dirigé par Nora Mojsejova, originaire de Kosice, femme d'affaires controversée qui a présenté des émissions de télé réalité. Son programme porte sur la baisse de la TVA pour les produits alimentaires de base et les produits pharmaceutiques, l'augmentation du salaire minimum et du minimum retraite et l'émulation du monde des affaires. Enfin, Nation et justice-Notre parti (NaS-ns) a été créé par Anna Belousovova, exclue du SNS mais proche de ses thèses.

Selon la dernière enquête d'opinion réalisée par l'institut Focus et publiée le 2 février dernier, Direction-Démocratie sociale (SMER-SD) arriverait en tête des élections législatives avec 41,4% des suffrages, soit72 sièges. Il serait suivi par le Mouvement chrétien-démocrate (KDH) 9,6% (16 sièges), l'Union démocratique et chrétienne-Parti démocratique (SDKU-DS) 8,2% (14 sièges), Liberté et solidarité (SaS) 7,6% (13 sièges), Most-Hid 7,2% (13 sièges) et le Parti national (SNS), 5,6% (10 sièges). Enfin, le Parti des gens ordinaires et des personnalités indépendantes ferait son entrée au Parlement avec 6,8% (12 sièges). Le Parti populaire-Mouvement pour une Slovaquie démocratique de Vladimir Meciar obtiendrait moins de 2%.
Les deux tiers des Slovaques (64%) ont cité l'emploi comme l'enjeu le plus important du scrutin (le taux de chômage s'établissait à 13,59% en janvier 2012) ; 53% ont également mentionné la baisse du niveau de vie et 29% les défaillances du système de santé et la corruption dans un sondage réalisé par l'Institut des affaires publiques.

Source : Bureau des statistiques slovaque :
http://app.statistics.sk/nrsr_2010/sr/tab3.jsp?lang=sk
Directeur de la publication : Pascale JOANNIN
Les auteurs
Corinne Deloy
Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman
Fondation Robert Schuman
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